LETTRE XCVII
LK DUC DE MVERNOIS, AMBASSADKLR A ROME, A f l> R É S l D E N T DE MONTESQUIEU.
Nous venons, monsieur, d'essuyer encore une bourrasque de la part de la Congrégation de X Index, au sujet de XExpril des Lois.
Il se tint, la semaine passée, une congrégation. Je sus qu'il devoit y être jugé, et qu'il n'y avoit aucun moyen de retarder l'examen. Dans cette circonstance j'ai réclamé la protection que Sa Sainteté' avait promise quand j'eus l'honneur de lui présenter vos ouvrages. J'ai fait valoir la disposition que vous avez déjà montrée à corriger les endroits qui blessaient, l'occupation que vous avait donnée, et l'examen du clergé, qui a été suivi d'un jugement favorable, et celle que vous donne la Sorbonne, de qui on a tout lieu d'espérer que vous recevrez un traitement aussi avantageux ; ce qui vous avait empêché jusqu'à présent de penser aux
exclu de la Soiboiino avec quantité des plus éclairés doctoiiis de ce corps, pour la cause de l'appel au sujet de la bulle Unigenitus. (Guasco.)
\. Comme cette lettre n'est point dalée, nous l'avons mise à la lin de l'année 1750; mais comme il est question de l'entrée de Guasco à l'Académie des inscriptions, entrée qui eut lieu à la fin de I7i9 , la lettre est peut-être des premiers mois de l'année 1750.
'2. Oliuvres posthumes du duc de Nivernois. Paris 1807. 2 vol in-S".
:{. lîenoîl XIV.
366 Lli TIRES FAMILIÈRES.
arrangements à prendre avec ce pays-ci ; et M. le cardinal Valenti, par qui j'ai fait passer ces représentations au pape, étant fort bien disposé, ainsi que Sa Sainteté, j'ai obtenu ordre à la congrégation de ne pas proposer le livre, s'il n'étoit déjà mis sur la liste des livres à juger, qu'on intime avant la congrégation; ou, s'il y était, et qu'en conséquence il fallut nécessairement qu'il fût examiné, défense de rien statuer.
Nous avons été dans le dernier cas, et je crois que le résultat de ce premier examen sera de nonmier un nouvel examinateur.
Je ne dois pas vous dissimuler que dans la congrégation tous les avis n'ont pas été favorables; mais vous avez un avocat dont le suffrage est considérable à tous égards: c'est le cardinal Querini, préfet de la congrégation de \ Index, de qui sûrement vous connoissez la vaste érudition. 11 ne put pas aller à la congrégation; mais il n'a point caché que, s'il y eût été, il eût opiné en votre faveur, et qu'il avait été satisfait de votre réponse in)primée\ Je fais de mon mieux pour l'entretenir dans ces sentiments favorables, qui peuvent vous être fort utiles, cette Excellence étant fort en état de défendre son opinion et de l'autoriser même auprès des autres juges.
Malgré cela, je suis fort éloigné d'oser vous répondre de rien ; ce que je sais, c'est qu'il est fort apparent ici qu'on ne se fût jamais avisé de soi-même de vouloir censurer votre ouvrage, si l'on n'y eût été excité d'ailleurs; et sans avoir de connoissance précise là-dessus, mon opinion et celle de plusieurs gens éclairés est que la dénonciation est venue de la France.