‹ Œuvres complètes;Chapitre 266 sur 312 · LETTRE CXXIX · texte numérisé non relu

LETTRE CXXIX

A LAUBE COMTE DE GtJASCO.

.l'ai reçu, mon cher comte, votre lettre de \iemie, du •28 décembre. Je suis fâché d'avoir perdu ceux qui m'avoient fait l'honneur d'avoir de l'amitié pour moi; il me reste le prince de Lichtenstehi, et je vous prie de lui faire ])ien ma cour. J'ai reçu des marques d'amitié de M. Duval, bi!)liolhécaire de l'empereur -, qui fait beau-

1. 1'. '2'27 du t. II, do la >jcptiùme série des Mémoires de V Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, 1870. Le pi^tit docuiiieal est publié d'après rautofiraphc conservé dans la collection de M. i\. Joly. :i la suite d'un article de ce dernier intitulé : Notice sur deux livres rarissimes qui font partie de ma bibliotlièque.

'2. r.'(îst-à-dire, de sa bibliothèque pariirulière, homme d'autant plu-

coup d'honneur à La Lorraine, sa patrie. Dites aussi, je vous prie, quelque chose de ma part à M. Yan-Svvielen; je suis un véritable admirateur de cet illustre * Esculape. Je vis hier M. et M'"*" de Senectère ; vous savez que je ne vois plus que les pères et les mères dans toutes les familles ; nous parhâmes beaucoup de vous ; ils vous

aiment beaucoup. J'ai fait connoissance avec ^ Tout ce

(|ue je puis vous en dire, c'est que c'est un seigneur magnifique, et fort persuadé de ses lumières; mais il n'est pas notre marquis de Saint-Germain; aussi n'esl-il pas un ambassadeur piémontois *. Bien de ces têtes diplo-

■ ■siimable, que, né dans nn état bien éloigne de la culture des lettres, il est parvenu à les cultiver, sans secours, par la seule force du talent. (Guasco.)

1. Il savoit que c'ctoit à lui que les libraires de Vienne dévoient la liberté de pouvoir vendre V Esprit des lois, dont la censure précédente des jésuites empêchoit l'introduction à Vienne; car M. le baron Van-Swietcn n'est pas seulement l'Esculape de cette ville impériale. Par sa qualité de premier médecin de la Cour, il est encore TApollon qui préside aux muses autrichiennes, tant par sa qualité de bibliothécaire impérial, charge qui, par un usage particulier à cette Cour, est unie à celle de premier médcei?i, que par celle de président de la censure des livres, et des études du pays, de sorte qu'il pourroit être en môme temps le médecin des esprits, comme il l'est des corps, si le despotisme sur le Parnasse n'était pas trop effrayant pour les Muses, et si la sévérité, lorsqu'elle est trop scrupuleuse, ne rendoit pas plus ingénieux dans la contrebande des livres dangereux, comme elle prive quelquefois de ceux qui sont d'une utilité relative aux différente-; professions. Quoi qu'il en soit, malgré la satire qu'on lit dans les Dialogues de M. de Voltaire, portant également sur les fonctions des d'^ux ministères de ce savant médecin, Vienne lui doit déjà quelques changements utiles au l)ien des études ; et ce poôte célèbre lui doit surtout, que son histoire universelle soit, contre toute attente, entre les mains de tout l(^ moucha dansée pays-là. (G.)

2. Ce nom n'a i)as pu se lire, l'écriture étant effacée. (G.)

Il est probable que Guasco n'a pas voulu publier le nom, et que ce nom est celui du comte de Sartiranc.

3. Il (Montesquieu) avoit été intiuKMUOiit lié avec M. le marquis de Breil, M. le commandeur Solar son frère, et M. le marquis de Saint-Germain, tous les trois ambassadeurs d<\ Sardaigne; le premier à N'ienne, les deux autres 'i Paris ; tous les trois hommes du pi-emiiM* mciite. (G.)

LETTRES FAMILIKI5ES. iti

•matiques se pressent trop de nous juger; il faudroit nous t'tudier un peu plus. Je serois bien curieux de voir les relations que certains ambassadeurs font à leurs cours sur nos affaires internes. J'ai appris ici que vous relevâtes fort à propos l'équivoque touchant la qualification de mauvais citoyen. Il faut pardonner à des ministres, souvent imbus des principes du pouvoir arbitraire, de n'avoir pas des notions bien justes sur certains points, et de hasarder des apophtegmes '.

La Sorbonne cherche toujours à m' attaquer ; il y a deux ans qu'elle travaille, sans savoir guère comment s'y prendre. Si elle me fait mettre à ses trousses, je crois que j'achèverai de l'ensevelir-. J'en serois bien fâché, car j'aime la paix par-dessus toute chose. Il y a quinze jours que l'abbé Bonardi m'a envoyé un gros paquet poui" mettre dans ma lettre pour vous; comme je sais qu'il n'y a dedans que de vieilles rapsodies que vous ne liriez point, j'ai voulu vous épargner un port considérable ; ainsi je garde la lettre jusqu'à votre retour, ou jusqu'à ce que vous me mandiez do vous l'envoyer, en cas qu'il y ail autre chose que des nouvelles des rues. J'ai appris avec bien du plaisir tout ce que vous me mandez sur votre sujet; les choses obligeantes que vous a dites l'Impératrice font honneur à son discernement, et les effets de

1. Ktant question do VEspi'it des Lois à un dinci- d'un amljassadeiii-, S. E. prononça qu'il le rcgardoit commo l'ouvrafîo d'un mauvais citoyon. <i Montesquieu mauvais citoyen ! s'écria son ami; pour moi je regarde l'/Tspritile; Lois mùmc comme l'ouvrage d'un bon sujet; car on ne sanroit donner une |)lus grande preuve d'amour et de fidélité à ses maîtres, que do les éclairer et les instruire. » (G.)

2. Il venoit de paroitre un ouvrage intitulé ; Le Tombeau de la Sorbonne, fait sous le nom de \'abbé de l'rade. (G.)

C'étoit l'œuvre de Voltaire.

4li' LETTRES FAMILIÈRES.

la bonne opinion qu'elle vous a marquée lui feront encore plus d'honneur. INous lisons ici la réponse du roi d'Anj^leterre au roi de Prusse, et elle passe, dans ce pays-ci, pour une réponse sans réplique. Vous qui êtes docteur dans le droit des gens, vous jugerez cette question dans votre particulier.

Vous avez très bien fait de passer par Lunéville; je juge, par la satisfaction que j'eus moi-même dans ce voyage, de celle que vous avez éprouvée par la gracieuse réception du roi Stanislas. Il exigea de moi que je lui promisse de faire un autre voyage en Lorraine. Je souhaiterois bien que nous nous y rencontrassions à votre retour d'Allemagne : l'instance que le roi vient de vous faire, par sa gracieuse lettre, d'y repasser, doit vous engager à reprendre cette route. Nous voilcà donc, encore une fois, confrères en Apollon ^ ; en cette qualité recevez l'accolade.

De Pari>;. ."> mars 17.'i'!.

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