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En 17^7, parut sous la rubrique Florence i une éJition séparée, qui porte le titre de Voyage de l'isle de Paphos -. L'œuvre est complète, on a rétabli le commencement et la fin du manuscrit. On Ta même fait précéder d'une préface insignifiante, et on a inséré, dans le corps du récit, des vers qui sont plus que médiocres. Montesquieu n'a jamais passé pour poëte, mais dans ce qu'on connaît de lui, il n'y a rien d'aussi plat. Au reste, on en pourra juger. Nous n'avons pas voulu que les curieux eussent rien à regretter ; aussi donnons-nous le texte du Mercure avec les variantes et les additions de l'édition de 17Zi7.
Voici la préface de cette dernière édition :
Plaire à tout le monde ; c'est l'impossible. Plaire à beaiiroup de personnes; il est difficile. Plaire à un certain nombre ; cela se peut. Je souhaiterois que cet ouvrage fût lu de toutes les nations. Toutes y prendroient plaisir. Beaucoup l'aimeroient; mais peu s'en accommoderoient. On n'y verra rien que de très-agréable. Je m'attacherai moins à faire la description de l'ile que celle des faits que j'y ai vus. Chacun essaiera de s'y rcconnoître dans le caractère de Diphile; et je suis certain que peu l'imiteront, surtout en France; car on assui-e,ct je n'en doute nullement, que l'inconstance y prit naissance.
I.c Franrois porte un cœur facile ;\ s'enflammer. Avide de plaisir, il en est mercenaire,
Et sans ])osséclcr l'art d'aimer
11 s'attache au moyen de plaire.
Sans trop cherclier à me disculper, je sais qu'on pourroit trouver (et cela môme à Paris) des amants dignes de faire le voyage de Paphos, quoiqu'il n'y ait que les plus parfaits qui puissent y arriver. S'il s'en trouve si peu, on ne doit l'attribuer qu'aux mœurs du siècle ; on se fait im devoir d'être inconstant, volage; ce|)ondant on aime ; mais souvent tel s'attache et fait vœu de bien aimer un objet indigue de lui ; ainsi h(nirou\ mille fois ceux que l'amour sait assortir.