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VOYAGE A PAPHOS
[Que voire absence est difficile à supporter! Pensez-vous, Mélite, que depuis dix jours je ne vous vois point? Imaginez combien j'ai de choses agréables à vous dire. J'arrive de Paphos.
Vénus a choisi cette île pour s'y délasser des fatigues de Cythère et d'Amathonte, où elle reçoit les hommages de tous les amants ; on ne voit à Paphos que les amants parfaits. Avois-je droit, Mélite, de m'y présenter^?]
Après une douce navigation que les Zéphirs rendent plus prompte par l'empressement qu'ils ont d'aller voltiger autour de Vénus, j'arrivai à Paphos au moment que l'Aurore commençoit à s'y montrer; elle me parut si riante, en éclairant cette île, que sans voir Céphale, je jugeai aisément qu'il étoit à ses côtés.
Je n'essayerai point, Mélite, de vous décrire les beautés du palais de Vénus : vous le connoissez par l'idée que vous en a donné le pinceau de l'AIbane ; il est si fidèle, qu'on distingue difficilement si les Grâces l'ont bâti sur ses dessins, ou s'il a travaillé d'après les Grâces.
1. Tout ce qui est entre crochets est pris du Voyage de l'île de Paphos. >'ous indiquerons les autres emprunts et les variantes par la lettre A.
L'imagination la plus vive et le goût le plus galant n'approcheront jamais de l'agréable assemblage qui compose ces jardins. Le Dieu qui les protège y fixa son séjour, et tout s'y ressent de sa favorable influence.
L'art n'y paroît que pour faire goûter avec plus d'admiration les beautés de la nature, ou pour mieux dire, on n'y reconnoît point d'art. Paphos enfm plaît aux Amours, et Vénus ne l'a jamais quitté sans regret, que pour aller à la conquête d'Adonis* .
Rempli de votre idée, que ne sentis-je pas à Paphos-? Tâchez de le comprendre, Melite, car je ne l'expriraerois jamais.
J'errai quelques moments de bosquet en bosquet, et j'écoutois avec attention ' les sons touchants de Philomèle, qui me paroissoient plus tendres en se mêlant au murmure des fontaines de cette île, quand j'aperçus une nymphe qui venoit à moi.
Je ne doute pas, heureux Amant, dit-elle en m'abordant, que vous ne soyez bien reçu dans cette cour. Je suis Diphile, ai-je répondu'*, j'aime Mélite. L'amant de Mélite, repart la nymphe, doit être le modèle des amants ? Nous entendons sans cesse parler des charmes de Mélite à la cour de Vénus, et vous venez sans doute rendre grâces à la déesse de ses bienfîiits; mais on n'entre point encore dans son palais. Je vous y conduirai quand il en sera