‹ Œuvres complètes;Chapitre 310 sur 312 · I. A. Pour Phil^nc. Philène, etc · texte numérisé non relu

I. A. Pour Phil^nc. Philène, etc

Nous nous assîmes près d'un ruisseau qui se plaît à embellir son gazon, pour attirer les Nymphes sur ses bords, et dès que Zélide commença à parler, il adoucit son murmure pour écouter ce qu'elle raconta ainsi :

Vous devez tous vos feux au Dieu de Cythère, et je crois Diphile, quil n'enflamma jamais plus heureusement : mais entre Lycas et moi, nous rassemblons les feux de Bacchus et de l'Amour. Ces Dieux dont je vous ai fait connoître l'aimable intelligence, sont sujets aux foiblesses que peuvent avoir les autres Dieux.

Quand il s'agit de soutenir ses droits, la plus forte amitié n'est pas exempte de froideur. Un berger des rives du Lignon, cueilloit un jour un raisin pour l'ofiTrir à sa bergère. Un buveur jaloux de la gloire de Bacchus, rencontre le berger qui entrelaçoit ce raisin dans des guirlandes de fleurs.

Si vous cherchez à plaire à l'Amour, en offrant des présents à vos bergères, dit le buveur, contentez-vous des dons de Flore et de Pomone, et laissez aux buveurs les dons de Bacchus. Il n'est rien de réservé pour plaire à l'Amour, répondit le berger, et Bacchus lui-même ne pourroit m'empêcher d'offrir ce présent à Lisis. Téméraire, repartit le buveur, tu ne connois pas Bacchus, mais tu connoîtras sa vengeance.

L'Amour protégeoit le berger, et Bacchus se déclara contre lui. Vénus craignant que l'intérêt particulier de ces deux Dieux ne nuisît à son empire, ne perdit point de temps pour rétablir leur intelligence.

Elle leur fit jurer par le Slyx d'oublier cette querelle; je veux, leur dit-elle, pour que l'univers ne doute pas de votre union, que Bacchus porte aujourd'hui les armes de mon fils, et (juo mon fils règne sur l'ompirc de Bacchus.

Ces dieux acceptent les conditions du raccommodement, et dans cette journée Bacchus lança autant de traits que l'Amour soumettoit de buveurs.

Lycas depuis longtemps soupiroit pour moi, et jusqu'à ce jour je n'avois rien senti pour lui ; mais enfin, Bacchus, maître des feux de l'Amour, m'enflamma, et dès ce moment j'aimai autant que j'étois aimée. Cependant Lycas prétentendoit avoir l'avantage, et juroit sans cesse qu'il aimoit plus que moi. Je suis blessé des mains de l'Amour, me disoit-il, vous ne devez vos feux qu'à Bacchus ; avouez, Zélide, que l'Amour... Non, Lycas, l'Amour même, l'Amour sent moins d'ardeur pour ce qu'il aime, que Zélide en sent pour vous. Quand Bacchus m'a blessée, il avoit avec .son pouvoir tout le pouvoir de l'Amour ; et le Dieu qui vous blessa n'avoit pas le pouvoir de Bacchus.

Ainsi nous disputions toujours l'avantage d'aimer plus tendrement; quand Lycas demandoit la moindre des faveurs qu'Amour ordonne qu'on accorde, j'exigeois avant que de rien permettre, qu'il avouât que j'aimais plus que lui. Il se contraignoit quelquefois pour en convenir ; mais souvent j'étois obligée de me contraindre aussi pour refuser ce que j'avois tant d'envie qu'il obtînt.

Enfin, je résolus, pour ne pas lui céder l'avantage, d'implorer le secours de l'Amour.

Je me présentai à son temple ; mais Diphile, bien différemment de vous ; vous allâtes lui demander de vous laisser sortir de son empire, et je demandois d'aimer encore plus que je n'aimois.

Les mortels sont égaux aux Dieux dans le temple de l'Amour, et je n'approchai du sanctuaire qu'après les amants qui s'étoient présentés avant moi.

J'aime Églé, disoit un berger ; Dieu des cœurs, tu le

sais; mais je suis trop jeune, pour oser avouer que je l'aime. Inspire-lui donc, Amour, que des feux qui doivent durer toujours, ne sauroient trop tôt paroître.

Fils de Vénus, disoit un disciple de Mars\ j'ai toujours traité les amants d'insensés ; leur soumission, leur contrainte, et leurs plaisirs, tout me paroissoit incroyable: mais quand je pense à Phénice, tout me paroît possible.

Amour, disoit un autre, j'implore ton secours auprès de Bacchus. J'ai fait serment de passer mes jours dans ses plaisirs, et dans les tiens ; il me reproche aujourd'hui que près de Thémire, je ne pense qu'à toi, et près de lui je ne pense qu'à Thémire ■\

Le Dieu me vit, il savoit quel dessein m'amenoit à son temple, il prévint ma prière, et me blessa du trait le plus ardent. Viens, m'écriai-je à l'instant, viens, Lycas, me disputer à présent la gloire de mieux aimer.

Lycas, me dit l'Amour, aime autant que Zélide. Zélide fut blessé parles mains de Bacchus, et l'Amour vient encore de l'enflammer. Lycas fut blessé par l'Amour ; mais il sort du temple de Bacchus, et Bacchus a mis dans son cœur des feux qu'il emprunta de moi. Heureux amants, ajouta le Dieu de Gythère, vous aurez l'avantage sur tous les cœurs amoureux ; mais Zélide ne sauroit l'avoir sur Lycas, ni Lycas sur Zélide.

Lycas, enfin, sent pour moi tout ce qu'Adonis sent pour Vénus ; mais j'ai pour lui, je crois, des transports que Vénus n'eût jamais pour Adonis.

Oui, INyï^""?'^^' j'avouerai que Vénus vous cède en tendresse, si vous convenez que vous devez me céder aussi.

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