‹ Œuvres complètes;Chapitre 87 sur 312 · Voyez \c traitt': des Devoirs, siip. p · texte numérisé non relu

Voyez \c traitt': des Devoirs, siip. p

Le prince doit avoir l'œil sur l'honnêteté publique, jamais sur les particuliers.

Il ne faut point faire par les lois ce qu'on peut faire par les mœurs.

Les préambules des édils de Louis XIV furent plus insupportables aux peuples que les édits mêmes.

Les princes ne devroient jamais faire d'apologies : ils sont toujours trop forts quand ils décident, et foibles quand ils disputent. Il faut qu'ils fassent toujours des choses raisonnables, et qu'ils raisonnent fort peu.

J'ai toujours vu que, pour réussir dans le monde, il falloit avoir l'air fou, et être sage.

En fait de parure, il faut toujours rester au-dessous de ce qu'on peut.

Je disois à Chantilly que je faisois maigre, par politesse; M. le duc étoit dévot.

Le souper tue la moitié de Paris; le dîner l'autre. Je hais Versailles, parce que tout le monde y est petit; j'aime Paris, parce que tout le monde y est grand.

Si on ne vouloit qu'être heureux, cela seroit bientôt fait ; mais on veut être plus heureux que les autres ; et cela est presque toujours difficile, parce que nous croyons les autres plus heureux qu'ils ne sont.

Les gens qui ont beaucoup d'esprit tombent souvent dans le dédain de tout.

Je vois des gens qui s'effarouchent des digressions ; je crois que ceux qui savent en faire sont comme les gens qui ont de grands bras : ils atteignent plus loin.

Deux espèces d'hommes : ceux qui pensent et ceux qui amusent.

Une belle action est celle qui a de la bonté, et qui demande de la force pour la faire.

La plupart des hommes sont plus capables de grandes actions que de bonnes.

Le peuple est honnête dans ses goûts, sans l'être dans ses mœurs. Nous voulons trouver des honnêtes gens, parce que nous voudrions qu'on le fût à notre égard.

La vanité des gens' est aussi bien fondée que celle que je prendroissur une aventure arrivée aujourd'hui chez le cardinal de Polignac, où je dinois. Il a pris la main de l'aîné de la maison de Lorraine, le duc d'Elbœuf; et après le dîner, quand le prince n'y a plus été, il me l'a donnée. Il me la donne à moi, c'est un acte de mépris; il l'a prise au prince, c'est une marque d'estime. C'est pour cela que les princes sont si familiers avec leurs domestiques : ils ^ croient que c'est une faveur, c'est un mépris.

Les histoires sont des faits faux composés sur des faits vrais, ou bien à l'occasion des vrais.

D'abord les ouvrages donnent de la réputation à l'ouvrier, et ensuite l'ouvrier aux ouvrages.

Il faut toujours quitter les lieux un moment avant d'y attraper des ridicules. C'est l'usage du monde qui donne cela.

Dans les livres on trouve les hommes meilleurs qu'ils ne sont : amour-propre de l'auteur, qui veut toujours passer pour plus honnête homme en jugeant en faveur de la vertu. Les auteurs sont des personnages de théâtre.

Il faut regarder son bien comme son esclave, mais il ne faut pas perdre son esclave.

On ne sauroit croire jusqu'où a été dans ce siècle la décadence de l'admiration.

t. M. Ravoncl vont (iifon lise : la vaiiitc des gueux ; je crois qu'il se trompe. La vanité des gens veut dire la vanité des gons de service, des laquais.

'2. C'est-à-dire : les domestiques, les gens.

PET^ÎSÉES DIVERSES. 475

Un certain esprit de gloire et de valeur se perd peu à peu parmi nous. La philosophie a gagné du terrain ; les idées anciennes d'héroïsme et de bravoure, et les nouvelles de chevalerie, se sont perdues. Les places civiles sont remplies par des gens qui ont de la fortune, et les militaires décrédilées par des gens qui n'ont rien. Enfin c'est presque partout indifférent pour le bonheur d'être à un maître ou à un autre : au lieu qu'autrefois une défaite ou la prise de sa ville étoit jointe à la destruction ; il étoit question de perdre sa ville, sa femme et ses enfants. L'établissement du commerce des fonds publics, les dons immenses des princes, qui font qu'une infinité de gens vivent dans l'oisiveté, et obtiennent la considération même par leur oisiveté, c'est-à-dire par leurs agréments ; l'indifférence pour l'autre vie, qui entraîne dans la mollesse pour celle-ci, et nous rend insensibles et incapables de tout ce qui suppose un effort; moins d'occasions de se distinguer; une certaine façon méthodique de prendre des villes et de donner des batailles, la question n'étant que de faire une brèche et de se rendre quand elle est faite; toute la guerre consistant plus dans l'art que dans les qualités personnelles de ceux qui se battent, l'on sait à chaque siège le nombre de soldats qu'on y laissera; la noblesse ne combat plus en corps.

Nous ne pouvons jamais avoir de règles dans nos finances, parce que nous savons toujours que nous ferons quelque chose, et jamais ce que nous ferons'.

On n'appelle plus un grand ministre un sage dispensateur des revenus publics, mais celui qui a de l'industrie et de ce qu'on appelle des expédients.

L'on aime mieux ses petits-enfants que ses fils : c'est

i. Esprit des Lois, liv. XIII, ch. xv.

qu'on sait à peu près au juste ce qu'on tire de ses fils, la fortune et le mérite qu'ils ont ; mais on espère et l'on se flatte sur ses petits-fils.

Je n'aime pas les petits honneurs. On ne savoit pas auparavant ce que vous méritiez; mais ils vous fixent et décident au juste ce qui est fait pour vous.

Quand, dans un royaume, il y a plus d'avantage à faire sa cour qu'à faire son devoir, tout est perdu.

La raison pour laquelle les sots réussissent toujours dans leurs entreprises, c'est que, ne sachant pas et ne voyant pasquand ils sont impétueux, ils ne s'arrêtent jamais.

Remarquez bien que la plupart des choses qui nousfont plaisir sont déraisonnables.

Les vieillards qui ont étudié dans leur jeunesse n'ont besoin que de se ressouvenir, et non d'apprendre.

On pourroit, par des changements imperceptibles dans la jurisprudence, retrancher bien des procès.

Le mérite console de tout.

J'ai ouï dire au cardinal Imperiali : « Il n'y a point d'homme que la fortune ne vienne visiter une fois dans savie ; mais lorsqu'elle ne le trouve pas prêt à la recevoir, elle entre par la porte, et sort par la fenêtre. »

Les disproportions qu'il y a entre les hommes sont bienminces pour être si vains : les uns ont la goutte, d'autres la pierre; les uns meurent, d'autres vont mourir; ils ont une même âme pendant l'éternité, et elles ne sont dilTérenles que pendant un quart d'heure, et c'est pendant qu'elles sont jointes à un corps.

Le style enflé et emphatique est si bien le plus aisé,, que, si vous voyez une nation sortir de la barbarie, vous verrez que son style donnera d'abord dans le sublime, et ensuite descendra au naïf. La difliculté du naïf est que le

Page 1