‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 16 sur 91 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Omission de IVtude de rHomme^ nécessite de réparer celle négligence.

Les philosopiies célèbres ont entrevu qu'il restait au génie quelque grand mystère à pénétrer, qu'il avait échoué dans l'étude de la nature et manqué les voies du bonheur individuel et collectif. ^

Dans des siècles moins orgueilleux , chaque savant a plus ou moins déploré ce retard , et manifesté l'espoir d'ayènement à une destinée plus heureuse que l'état civilisé. Nous voyons ce pronostic dans les écnts des auteurs les plus renommés 9 depuis Socrale qui augurait qu'un jour la lumière descendrait, jusqu'à Ypltaire, qui 9 impatient de la voir descendre , s'écrie : Mais quelle ëpaisse nuit voile encor la nature !

Platon et les sophistes grecs exprimaient en d'autres termes la même défiance. Leurs utopies étaient une accusatiou indirecte du génie social qui ne sait rien imaginer

ilO mùLicomÈsMS.

au-delà du régime ciyilîsè et barbare. Ces écrivains sont réputés oracles de sagesse ; et pourtant depuis Socrate jusqu'à Montaigne y on a entendu les plus respectables d'entre eux déplorer leur insuffisance , et s'écrier : que sais'je! On parie aujourd'hui sur un ton bien différent, et Voltaire se plaint à bon droit de ce que les sophistes modernes s'écrient : que ne sais-je pas!

Tous les philosophes honorables, tous ceux qui n'ont pas spéculé sur la controverse , ont confessé la fausseté de nos lumières sociales. Montesquieu pense, c que le

> monde policé est attaqué d'une maladie de langueur,

> d'un vice intérieur, d'un venin secret et caché. » J.-J. Rousseau dit , en parlant des civilisés : c ce ne

> sont pas là des hommes; il y a quelque bouleversement

> dont nous ne savons pas pénétrer la cause. >

On nous vante pourtant le progrès de nos sciences politiques et le perfectionnement de la raison ; jactance l indécente et cmellement démentie par le malheur général, par les essais désastreux de ces prétendues lumières d'où sont nés les orages révolutionnaires. Fut-on jamais plus fondé à flétrir en masse les sciences régénératrices déjà condamnées par leurs propres auteurs ! Le compilateur Barthélémy (Voyage d'Anacharsts), disait, avant la révolution : c ces bibliothèques, prétendus trésors de con- » naissances sublimes , ne sont qu'un dépôt humiliant de

> contradictions et d'erreurs; cette abondance d'idées » n'est qu'une disette réelle. > Qu'aurait-il dit, quelques années plus tard, s'il eût vu l'essai de ces dogmes? Sans doute il aurait, comme Raynal, fait abjuration publique, et aurait dit avec Bacon : t il faut refaire rentendement

> humain, ouUier tout ce qu'on a appris. »

Un érudit remplirait des pages de ces citations où la

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