PREMIÈRE PARTIE. NOTICE!. Hf
sagesse moderne se dénonce elle-même ; je me borne à m'éiayer de quelques autorités imposantes qui ont signalé avant moi la fausseté des lumières actuelles , et à constater que les plus grands génies ont auguré , invoqué la découverte d'une théorie sociale autre que la Philosophie, franchement accusée par eux d'avoir engouffré la raison humaine dans les ténèbres.
Quelle est donc la faute commise dans les études, quelle est la branche des sciences oubliée ou négligée ? Il en est plusieurs, et notamment celle dont on croit s'être le plus occupé : je veux dire l'étude de F Homme. On l'a manquée complètement , tout en croyant l'avoir épuisée : on ne s'est attaché qu'à l'écorce de la science , à l'Idéologie et autres accessoires, bien insuffisants tant qu'on ne possède pas la science fondamentale ou théorie des ressorts de Fâme.
Pour connaître ces ressorts et leur but , il faut procéder au calcul analytique et synthétique de l'Attraction passionnelle. Sa synthèse détermine le mécanisme A* Association domestique et industrielle qui est destinée des sociétés humaines.
La destinée ! mot frappé de ridicule : chacun croira passer pour visionnaire s'il ne tourne en dérision l'idée d'une destinée préétablie, d'une théorie divine et mathématique sur les relations des sociétés et le mécanisme des passions.
Cependant, comment concevoir que l'être éminemment sage ait créé nos passions sans avoir auparavant statué sur leur emploi? Dieu, exercé depuis une éternité à créer et organiser des mondes , a-t-il pu ignorer que le premier besoin collectif de leurs habitants est celui d'un code régulateur des sociétés el des passions?
lia ^kOLiCOMÈKES.
Livrées à la direction de nos prétendos sages, les pas* sions n'engendrent que des fléaux qui feraient douter si elles sont TouTrage de l'Enfer ou de la Divinité. Essayez successivement les lois des bommes les plus révérés , de Selon et Dracon, de Lycurgue et Minos ; tous n'en verrez toujours naître qife les neuf fléaux (51 ) qui constituent le mécanisme subversif des passions. Dieu n'a-t-il pas dû prévoir ce bonteux résultat de la législation bumaine ? Il a pu en voir les effets dans des milliards de globes créés antérieurement au nôtre; il a dû savoir, avant de nous créer et de nous donner des passions, que la raison bumaine serait insuffisante pour les harmoniser , et que ' l'humanité aurait besoin d'un législateur plus éclairé qu'elle-même.
En conséquence , Dieu, à moins qu'on ne veuille croire sa providence insuffisante, limitée et indifférente sur notre bonheur; Dieu, dis-je, a dû composer pour nous un code passionnel ou système d'organisation domestique et sociale , applicable à l'humanité entière qui a partout les mêmes passions; et il a dû nous interpréter ce code passionnel par des voies fixes, qui ne laissassent aucun doute sur son excellence et son origine.
Il existe donc pour nous une destinée unitaire, ou législation de Dieu sur l'ordre à établir dans les relations industrielles de l'humanité. La tâche du génie était d'en faire la recherche , et préalablement de mettre en question par quelle méthode on doit y procéder. Cette méthode ne peut être que le calcul analytique et synthétique de l'Attraction passionnelle, puisque l'attraction est le seul interprète connu entre Dieu et l'Univers.
Autre indice : comment supposer Dieu plus imprudent que ne serait le plus novice d'entre nous! Lorsqu'un
PRfiiUÈRE PARTIE. NOTICE I. llS
homme rassemble des malériamc pour bfttir, manqae-t-9 à faire» soit par lui-même , soit par intenrention de l'arcbitecte, un plan d'emploi de ces matériaux? Que peuserions-nous de celui qui , achetant beaucoup de pierres de taille , bois de charpente et approvisionnements pour la construction d'un yaste édifice , ne saurait pas quelle sorte de bâtiment il veut élever, et avouerait qu'il a rassemblé ces matériaux sans avoir songé à l'emploi qu'il en pourrait faire? Un tel homme nous semblerait en état de démence.
Tel est pourtant le degré d'ineplie que nos sophistes attribuent à Dieu, en supposant qu'il ait pu créer les passions , attractions , caractères, instincts et autres matériaux d'édifice social, sans avoir arrêté aucun plan sur leur emploi.
Dieu n'aurait donc pas su composer pour nous un code ; il aurait été obligé de s'en remettre à la sagesse des Selon et des Justinien, pour statuer sur 4e mécanisme domestique et industriel des sociétés ! Le sens commun répugne à suspecter la divinité de cet excès d'impéritie : nous devons donc penser, en dépit des sophistes, qu'il existe pour nos relations une destinée préétablie , ou réglée par théorie divine antérieurement & la création de notre globe ; un mécanisme d'unité sociale et industrielle dont la raison devait s'évertuer à découvrir le plan , au lieu de s'ériger en Titan et de ravir à Dieu sa plus haute fonction, qui est la direction du mouvement social ou passionnel.
De toutes les impiétés, la pire est cet impertinent préjugé qui suspecte Dieu d'avoir créé les hommes , les passions et les matériaux de l'industrie , sans avoir arrêté aucun plan sur leur organisation. Penser de la sorte, c'est attribuer au Créateur une déraison dont rougiraient
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ks hommes ; c'est tomber dans une irréligion pire que Tathèisme ; car Tathëe n'avilit pas Dieu en le reniant , il ne déshonore qae lui-même, par une opinion voisine de la démence. Mais nos législateurs dépouillent l'Etre suprême de sa plus belle prérogative ; ils prétendent implicitement que Dieu est incapable en législation. Il le serait si , après rexpérience qu'il a acquise pendant rÉternité passée , sur la distribution matérielle et passionnelle des mondes, il eût oublié de pourvoir au plus urgent de leurs besoins collectifs, celui d'un code passionnel unitaire , et d'une révélation pern»anente de ce code.
C'est assez prouver qu'il euste une destinée préétablie, en dépit du ridicule que les esprits forts attachent à ce mot , pour se di^nser des études auxqueHes ils s'astreindraient en confessant la nécessité d'un code passionnel arrêté dans l'esprit de Dieu avant la création de chaque globe. Tant que nous n'avons pas découvert ce code , nous ne connaissons pas l'Homme , puisque nous ignorons l'emploi et le but assigné par Dieu aux ressorts de notre àme, passions , attractions , etc., et aux sociétés humaines dirigées par ces ressorts.
Et puisque Dieu a dû composer pour nos passions ce code régulateur des rapports domestiques industriels et sociaux, comment présumer qu'il ait voulu le cacher aux hommes , seuls êtres qui aient besoin de le connaître ? II ne nous a pas caché une branche de lois du mouvement bien moins importante pour nous , celle de la gravitation matérielle et des harmonies sidérales : il nous a initiés , depuis Newton , à ces mystères d'équilibre de l'univers , jugés impénétrables dans les siècles antérieurs ; pourquoi présumer qu'il veuille nous refuser l'initiation au système qu'il a dû composer sur le mécanisme des passions et des