PREMIÈRE PARTIE. NOTICE II. âOS
de eour et d'officiers; chacun d'eux ne ferait donc pas, en dix ans , le bénéfice que fail un agioteur en un an.
Cet essor gigantesque de T industrie mercantile a ébloui les philosophes : ils se sont tournés vei^s le soleil levant » et se sont prosternés devant l'agiotage. Leur science n'avait pas été si rampante , au dernier siècle, devant les hommes à portefeuille : elle badinait les financiers qui avaient le bon esprit de ne pas s'en fâcher. L'opinion n'a plus rien dé cet équilibré :i\ n'y a maintenant que prêtent tiens outrées chez le vice , et bassesse chez la science : les vampires mercantiles veulent être encensés, et la Philosophie obéissante persuade que l'encens leur est dû: elle prêche aux nations le respect des agioteurs^ vbire même des liihiei's d'agiotage appelés Courtiers et Agents de change.
■ D'après cet excès de corruption , il ne faut pas s'éton-^ ner qu'on ait manqué les découvertes qui tenaieuî aux correctifs du système de commerce. Les anciens furent excusables de se moquer de ce Minotaure , tant qu'il était au berceau ; mais aujourd'hui c'est le lionceau dévenu Kon ; c'est une nouvelle autorité qui entre en partage avec les gouvernements. Ils s'élevèrent dans le temps contre Tinthience colossale du clergé : Saint-Louis même s'y opposa; aussi Fontanes dit-il, dans une strophe à la louange du saint Roi i
Ses lois sont celles d^un grand homme ; Pieux , il sut contenir Rome.
Et lorsqu'une nouvelle tyrannie politique, celle du portefeuille , celle de l'usurier , la pire de toutes les tyrannies , vient jeter la griffe sur les Rois et les peuples , ou voit tout le corps scientifique ramper devant ce colosse mer-^
cantile , «e pamsiiie qui ,:stii8;neii j^rodiUKe, s'empiurf de la crtmejlujprodiiît , fonoè im» le S7«U«ie lodnstiM wi Mwr^aa «oaTerain i^istjpi que les roisin^ioe»., no ymnpioetiUi., sens radoritè légale, eaNreeo.ptejfi parkige a^ec les.sd^tres lèganx et s'arroge la pari du.lîon.
Le partage est d'aolant plus téel, f[ve ,1e gopTen»^ ln^nt ne perçoit qu'en simple, et Tagiolage ^icemposé. En effet , le Roi , la Cour, ne perçoiTeirt que sar lespre** daits du territoire national, tandis que rjagiolsge perçoit indifféremment sur ceux de tous les pays. Teb faanqoms qui ne sont ni Français, 4ii Àutriehiens^ ni Esqpagnols, ont penUètre au bout 4e l'an, sur les impôts de f nmee, Âfliriche^ Espagne, une le^ée plus forte que celle .des sewerains mômes , dont il faut distraire la dépense locale ou tenue de maison : cette distraction faite , ii f eate.hew* coup moins au souyér^in^sur le.prodult de l'impôt, ^'aux prêteurs qui négocient sur la dette publique. Aprésqu on a iait face aux services dîf ers , aux département de guerre, marine , intérieur , etc., l'excédant d'impMiirtisae aux usuriers , et non pas jiux princes ni av^ miniatres. i^es g<^yem9ments ciTiIisés sont aujourd'hui dans h sil^aMODSle oes pi^opriét^ires obé^ré» j qitf soient l'usurier tirer de leur domaine tie^qcoap plu^ qu'eux-*iQèQie9 qui l'ont çplUyé. ^Ët c^n^mie les jettes f^blique^ ne feropit que s'accroître , la puissance mercaptilç qffi est enivrée tea partage d'autorité ayec les gouvernements, tend à devenir leur supérieur et les réduire en tutèle , ou tout au moins se tenir en balance avec eux. Jamais duplicité d'action ne &jt plus éyidepte.
Le coffre-*)i:t .m ipjit-tMiigsîmt la» CiviJi^aiiÂaQ ; nus» ^voof-Qous vu que le jcongrés d'Ai^49tTChapel|e n'oaniit rien décider avant l'arrivée de deux banquiers atiendos»
PREMlÈlUE.MIine. JfOTIGE II. 90$
Si une ftefice poKlique imi h^ impôU à la disposition d!i]ii0 das^e de préteurs* cette classe devient parle Ui riyaie et concurrente des g^vvemements : c'est ce fui arrÎTe aujourd'hui des agioteurs, qui Yoieot le nmistére à leure pieds. Ces d^mmatmrs d'avenir dirigent tout le tripot de ^perfeclibiUtfe, et régnent sur Je gouternemeut mûme ; à tel point »qae tout iiûnistfhf^ qui Teut contrecarrer l'agiotage, échoue complètement» ^t échouerait tant qu'on ne découyrirait pas le procédé de comineroe fèridi^e , par lequel sont aotantis l'agiotage > l'usure , la fourberie, le monopole et 'toutes les estuces^iercatttiles prônées par les écoDomistes* J'ai donné (Introduction 61) un aperçu des bienfaits de ce régime qui, en Association, doit .doubler le revenu du :trésor .public, tout en dimiiuiaqt.de moitié les charges relatives du cootribuabfe.
Cet étatde choses devait fixer l'attention de la science ; il est clair que la Civilisation a changé de face, que le monopole et l'agiotage qui sont deux caractères commerciaux, ont bouleversé l'ancien ordre. Est-ce un sujet de triomphe ou d'alarme? Quel dénouement préeage eeUe monetrtieuse irruption du pouvoir mercantile dont les empiétemenis vont croissani? C'est une question qfsi devait occuper les corporations savantes conjointement aivec les deux problèmes précités (199) :
Etendre et généraliser ies germes d'association
commerciale; Combattre le mode mensonger pat invention du féridique.
Ces problèmes de circonstance ouvraient au génie une ncAlOiOarrière : il l'a esquivée par des déclamations amphigouriques sur les trames de l'ambitieuse Albion , qui , aprëa tout, ne fidt que le métier de tout marchand ; chacun
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d'eux, par des accaparements et menées d'agîotage, opère en petit sur une branche d'industrie , comme l'Angleterre opère en grand sûr l'industrie générale.
D'ailleurs , si la Philosophie est réellement ennemie du monopole» comment ose^t-elle prôner le plus ridicule des monopoles , cetui des Agents de change et Courtiers y d'une ligue de commis imposant légalement des devoirs aux négociants vingt fofs plus nombreux , mais assez dé-^ bonnaires pour se laisser maîtriser par leurs agents quî^ ont eu l'art de surprendre un privilège yexatoire? Faut-il' s'étonner que le gouvernement soit esclave des agioteurs et marchands , quand eux-mêmes le sont de leurs commis^ ambulants , les Courtiers ?
L'esclavage des gouvernements va ci'oiasant » et l'as-" cendant des agioteurs est parvenu à tel point » que le tripot de la bourse est devenu boussole d'opinion. Les fonds publics ont-ils baissé , c'est pour le vulgaire un thermomètre sans réplique , et tout mirmidon en conclut que le ministère opère mal , gouverne mal. Cette baisse est souvent l'effet des intrigues de tripotiers plus puissants que le ministre. Quel ministère peut lutter contre, des coalitions d'agioteurs, dont on voit un individu gagner à lui seul 80 millions en un an?
Dès qu'une cabale peut faire agir ce ressort de commotions politiques, cette baisse factice des fonds publics, l'opinion en chorus jette de la défaveur sur les opérations du cabinet. Il n'en faut pas davantage pour amener mal à propos la disgrâce d'un ministère » et souvent compromettre le sort d'un empire, parles intrigues des tripotiers de bourse. Jamais servitpde fut-elle mieux constatée? Et le niinistère peut-il douter qu'il ne soit sous la férule des agioteurs en tout pays endetté, ou pkitôt en tout pays