‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 7 sur 91 · L'excès de fumbre. On emploie, dit-on, à ces · texte numérisé non relu

L'excès de fumbre. On emploie, dit-on, à ces

(i) Le nombre des pauvres )k Liverpool s*ëlève ao tiers de la population, 27,000 indigents sur 80,000 habitants, et cependant Liverpool est'one des eit^ opulentes ; lé eemmerce maiiume y est en pleine actiyitë. Un tiers d^indigents!... Sini^nUer rësatait de Findustrie non sociélsiire f

i WTRODtJCTION.

tentatives, 5 à 600 familles; soit 3,000 individus. C'est

beaucoup trop, car le plus haut degré d'Association ne

comporte que 16 à 1700 personnes , hommes, femmes

et enfants, et le plus bas degré peut être limité à 460^

selon la table suivante des trois modes sociétaires :

Mode simple ou hongre , 400 & 500 \

Mode mixte ou ambigu, 800 à 1,000 r Associés

Mode composé ou binhar- i inégaux.

monique, 1,200 à 1,500/

On ne peut pas effectuer l'opération en simple sur une réunion de 300 personnes , et il serait difficile en composé d'élever le nombre à 1,800, à moins de certaines convenances de terrain qu'il est rare de rencontrer,

^. L'égalité. C'est un poison politique en Association ; ies Anglais l'ignorent et composent leurs réunions de fatntiles à peu près égales en fortune. Le régime sociétaire «st aussi incompatible avec l'égalité de fortunes qu'avec f uniformité de caractères ; il veut en tout sens l'échelle progressive , la plus grande variété de fonctions et surtout l'assemblage de contrastes extrêmes, comme celui d^ l'honmie opulent avec l'homme sans fortune, du caractère bouillant a^ec l'apathique, du jeune homme avec le vieillard, etc.

50. L' absence d'agriculture. Il est impossible d'organiser une Association -régulière et i)ien équilibrée, sans mettre enjeu les travaux champêtres ou tout au moins les jardins; vergers, troupeaux et basses-cours, avec grande variété d'espèces animales et végétales. On ignore ce principe en Angleterre , où on opère sur des artisans, sur le seul travail manufacturier, qui ne peut pas isolément suffire au lien sociétaire. Les fabriques sont nécessaires dans les trois modes d'Association, mais elles n'^

IISTR0D1JCTI0M. 5

interviennent qu'en relais des fonctions agricoles, qui sont l'aliment principal des rivalités et intrigues industrielles.

Faute capitale : le chef s'interdit toute participation au bénéfice ; il s'isole du ressort d'intérêt.

Il suffirait de l'exposé de ces fautes pour constater que les modernes étaient^bien éloignés de la découverte du procédé d'Association.

Malgré ces bévues / l'Angleterre est trés-louable d'avoir tenté une opération dont le succès serait le plus heureux des événements , et dans laquelle on aurait réussi depuis longtemps 9 si on n'avait pas différé o^OOO ans à s'en occuper*

Les tentatives après quelques échecs, pendant une ou deux générations, auraient nécessairement conduit à de grands succès r l'esprit de contradiction supplée souvent aux lumières ; chacun se platt à dévier des routes suivies par ses rivaux; les concurrents jaloux auraient fait des^ épreuves sur des systèmes différents, et bientôt quelqu'ua d'entre eux serait arrivé au but , même sans génie et sans théorie; car en furetant sur tous les points et sondant toutes les méthodes , on finit par découvrir la bonne ; de même qu'en, ouvrant et visitant toutes les portions du gâteau des rois, on finit par trouver la fève*.

Il n'est pas de plus sûr moyen- de découverte que Tex-i. ploration générale : c'est une vérité très-ignorée des modernes. Aussi ont-ils. laissé dans l'oubli les sciences qu'il était le plus urgent de cultiver, toutes celles qui pouvaient conduire aux inventions brillantes et utiles; tandis, qu'ils ont prostitué 400,000 tomes à des controverses politiques et morales qui ne servent qu'à troubler lemonde social : étrange dépravation de l'esprit humain I

Il est d'usage en Europe que l'Angleterre prenne l'ini-

6 IHÏHOMTCneN.

tiattre des tratam utiles, e( que hi France n'entre en scène qa'après Timpalsimi demèe par le» Angh» : attsi la France paraft^e s'ëTeîHer snr ce qui tooebe à 1* Association; elle tèmo^ne quelque penchant à s'en oceoper. Un ourrage priblié réceinBient par Tii^éfneiir IkkeûB^ et envoyé & tous les préfets par M. le censeflkir-d'éfal Becquey ^ directear-gènëral des ponts et chanssèes, décent les ayantages qoe TAngleteite a recueflfe des Associations spéeiale9 oa traram piAKes entrepris par con-pagnies d'actionnaireiï.

Inviter les capitafistes à s'^oecoper de ces entreprises ^ c'est demander te frint avant la féur. Les compagnies^ d'actionnaires naîtraient de Félat déschoses, lejonroû rAssocratioB domestique serait établie; eRe eiécuterail dès l'amiée suivante des (ravanx publics d^inrigatfon, reboisement, etc., an pm desyiels FAngleferre nesem* Uerait qu'on pygmée , quoiqu'elle seft un colosse en ce genre, comparativement anxairtres eofttrées«r

Les sociétés policées ne s'étantiamaboceopées d^Association, n'ont pas pu savoir cpie la domesliqtie doit précéder la spéciale, de même que la tige doit naître avant les rameaux. Ce qui prouve riasuffisance de la spé^ ciale^ c'est que TAngleterre, quoiqQ» féconde en ce genre, n'exécute point les grands travaux de première nécessité,, conome recouvrement et reboisement des pentes effritées, encaissement général des eaiB, etc.

Pour déBnir exactement le degré oÉ elle est parvenue en travaux publics, £sons qu'elle est on peu moins ett retard que les continentaux; mais de ses prod^es mdiistriels à ceux qu'opérera FAssociation domestique, ii reste encore , je le répète, la distance du pygmée au géant.

Quelques économistes français ont eu des idées super-

niTRCMkUCTIOlI. 7

fieieHes d'AsscM^iation domestique; j'ai lu en 1804 des obseryatioDS signées Gadet-de-Vaux, où Ton s'extasiait sur riminense bénéfice ^e recueillerait un village d'un millier d'habitants , si on pouvait associer les familles et les rétribuer proportionnément aux facultés de chfteime;

Ainsi, après 3,000 ans d'inadvertance, voilà deux grandes puissances qui se ravisent enfin sur la plus ur^ gente des recherches, mais sans oser se livrer à l'espé* rance , ni prq^oser le moindre jMrix pour la découverte! de TAssociation domestique*

On m'a communiqué fort tard (8 juillet 1821), une note où je vois qu'il existe à Paris des partisans de l'As-^ sociation, désirant et provoquant la découverte d'unpro*" cédé efficace : ladite note , signée Huard , se trouve dans le Mémorial universel de l'industrie française; juin, 54^; livraison.

Elle contient une description de l'établissement de M. Owen à New-Lanarck : ofi tie toit pas que cette réunion soit sociétaire; elle paraît n'être qu'un rassemblement très-nombreux de 2,S00 personnes, où régne une police bienveillante , une discipline judicieuse , mais sévère jusqu'à l'austérité (i), et un peu semblable à celle des jésuites du Paraguay. On n'y voit aucune disposition qui puisse remplir la principale condition du lien socié^ taire , la rétribution par dividendes proportionnels aux trois facultés, capital, travail et talent.

(i) Je la juge sévère d'après la ligne suivante : « Tous ces êtres » intéressants ont les pieds nus. » Est-il bien sûr que leur goût soit d'aller nu -pieds dans un pays aussi froid que TÉcosse , et si on les consultait , n'en trouverait-on pas bon nombre qui souhaiteraient de porter bas et souliers ? Ces statuts monastiques sont loin de l'Association attrayante dont je publie la th^rie.

Ge.n'^est pas moins un établissement très-précieux, en ce qu'il tend à quelques-uns des avantages matériels dfi {'Association. La marche naturelle , dans un siècle qui ne connaît pas la théorie, est de s'attacher d'abord aux économies matérielles et mécaniques : M. Owen y atteint partiellement, par le seul moyen de réunion nombreuse; c'est le phis sûr garant de l'économie, qui ne peut pas se rencontrer dans k gestion des familles incohérentes, comme celles du peuple de nos villes et villages.

M. Ôwen est le premier qui ail fait pratiquement des recherches et essais* sur FÀssociation- : sous ce rapport, son entreprise mérite des éloges que je lui donnerai plus loin y en traitant des transitions industrielles ou procédés miites entre le mode familial et le sociétaire.

Dans les aperçus fournis par cet article , je. pourrais signaler trente fautes de mécanisme passionnel; j'ain^e mieux faire Téloge de ce qui est louable : j'y remarque avec plaisir que les Anglais se ralKent au principe fondamental d'économie domestique, opérer sur de nombreuses réunions. Ils ont reconnu « que l'état actuel des pauvres » et des classes ouvrières , ne pouvant plus continuer, U » fallait trouver des remèdes efficaces en créant dans ces » classes des habitudes morales et des sentiknents d'uni(»i <• sociale. > (Phrase transcrite. )

On ne pouvait mieux poser le problème ; pourquoi ne pas y ajouter un prix quelconque pour celui qui le résoudra : une médaille purement honorifique, de cuivre ou de buis?

Les Anglais ont versé récemment une somme de deux millions et demi pour un établissement de mille personnes, selon la méthode de M. Ov^en. Ceux qui fondent une réunion de mille , peuvent à plus forte raison en fon-

éer uâe de cinq cents. Ils vont apprendre dans cet ouvrage quels prodiges peut opérer une réunion de cinq cents inégaux, hommes , femmes et enfants associés selon le yœu de la nature , selon les méthodes que détermine le calcul synthétique de l'attraction passionnée.

L'article cité désigne nominativement plusieurs per-* sonnages distingués et habitants de Paris ^ qui s'occupent à propager Tesprit d'Association et soutenir les établissements qui paraissent y tendre : ils devront être satisfait» d'apprendre la découverte du secret que les deux nations cherchaient en vain. Reste à savoir laquelle des deux devancera l'autre dans cette nouvelle carrière et enlèvera la palme : j'examinerai à la fin de l'introduction , leurs intérêts respectifs à cette initiative ; reprenons l'exposé dvt sujet.

On voit l'Association s'introduire dans quelques menus détails d'économie rurale , comme le four banal. Un vil-^ lage de cent familles reconnaît que s'il fallait construire, entretenir et chauffer cent fours, il! en coûterait en maçonnerie , combustible et manutention dix fois plus que ne CQÛte un four banal, dont l'économie s'élèvera au vingtuple ou trentuple , si la bourgade contient deux ou trois cents familles.

Il suit de là , que si on pouvait appliquer l'Association à tous les détails d'exploitation domestique et agricole , on trouverait en moyen terme une économie des neuf dixièmes sur Fensemble de la gestion , indépendamment du produit que donneraient les bras épargnés et ramenés à d'autres fonctions.'

Je n'exagère donc pas en avançant que l'Association domestique dans son plus bas degré , qui est de quatre cents personnes (soixante-dix à quatre-vingts familles) ,

10 IRTRODtCtlOH.

donne déjà un produit triple de celai qu'on obtient à chances égales d'une agriculture incohérente et moreetée comme celle de nos TiHageois.

Tai recours à la contre-preuve : estimons la dépense et la duperie qui résulteraient du morcellement de certains travaux exécutés en grand coimne celui de la brasserie. Si chaque ménage faisait sa bière comme il fail son vin en pays vignoble, cette bière ooâterait eaviron le décuple de celle du brasseur, qui trouve le gage de l'économie dans une grande entreprise , préparant pour un nullier de personnes»

Ajoutons que sur toutes ces bières faites en ménage , it y aurait souvent des cuites manquées et perdues , et que la plupart seraient de qualité trés-faiférieiire , même é égalité de matières , les petits ateliers ne pouvant réunir ni les connaissances ^ ni les moyens qu'on rassemble dans les grands.

Certaines classes pauvres , comme les soldats, se rallient forcément à fèconomie sociétaire. Slls faisaient séparément leur cfaétive cuisine , autant de soupes que d'individus, au lieu de préparer le potage pour la chambrée enttère , il leur en coûterait beaucoup de dépenses et de fatigues , et en triplant les frais ils seraient moins bien nourris.

Qu'un monastère de trente religieux essaie de faire trente cuisines séparées, trente (eux au lieu d'un, et ainsi du reste, il est certain qu'il dépensera six fois plus en matériaux, vaisselles et salaires d'agents, et qu'on sera moins bien traité qu'en gestion unitaire.

Gomment la politique moderne tout enfoncée dans les minutieux calculs , dans les balances par sous et deniers; n'a-t-elle pas songé à développer ces germes d'économie

INTROBBCTION. H

sociétaire, et proposer d'étendre aux villageois et citadins cette Association domestique dont on trouve des lueurs dans notre système social ? Ne pourrait^oo pa& amener trois cents familles de cultivateurs à une réunion action* naire , où chacun serait rétribué en proportion des trois facultés industrielles , qui sont capital, travail et tahnt ? Aucun économiste ne s'est occupé de ce grand problème ; cependant quelle serait Fénormité du bénéfice dans le cas où on aurait un seul et vaste grenier bien surveillé» au lieu de trois cents greniers exposés aux rats et aux char rançons, à Thumidité et à l'incendie 1 Une seule eu-* verie pourvue de foudres économiques, au lieu de trois cents cureries , meublées souvent de futailles malsaines et gérées par des ignorants qui ne savent ni améliorer, m conserver les vins dont on voit chaque année d'immenses déperditions!

Ne nous effrayons plus des obstacles apparents puisque le ivoUéme.est résolu, et osons envisager l'inmiensité des économies sociétaires dans les plus petits détails. CenI laitières qui vont perdre cent matinées ft la ville seraient remplacées par un petit char suspendu portant on ton-* neau de lait. Cent cultivateurs qui vont avec cent charrettes ou ânons, un jour de marché, perdre cent jour** Bées dans les halles et les cabarets, seraient remplacés par trois où quatre chariots que deux honomes suffiraient à conduire et servir. Au lieu de trois cents cuisines exigeant trois cents feux et distrayant trois cents ménagères, la bourgade aurait une seule cuisine à trois feux et trois degrés de préparation pour les trois classes de fortunes; dix femmes suffiraient à cette fonction qui, aujourd'hui, en exige trois cents.

On est ébahi quand on évalue le bénéfice colossal qui

iSi mmoDUCTioir.

résulterait de ces grandes Associations : à ne parler que du combustible , devenu si rare et si précieux, n est-il pas certain que dans les emplois de cuisine et de chauffage , l'Association épargnerait les 7/8 du bois que con*somme le système actuel , le mode incohérent et morcelé qui règne dans nos ménages?

Le parallèle n'est pas moins choquant si on compare spéculativement les cultures d'un canton sociétaire gérant comme une seule ferme, et les mêmes cultures morcelées, soumises aux caprices de trois cents familles. L'un met en prairie telle pente que la nature destine à la vigne ; l'autre place du froment là où conviendrait le fourrage ; celui-ci pour éviter l'achat de blé , défriche une pente roide que les averses déchausseront l'année suivante ; celui-là pour éviter l'achat de vin, plante des vignes dans une plaine humide. Les trois cents familles perdent leur temps et leuf^ frais à se barricader par des clôtures et plaider sur des limites et des voleries; toutes se refusent à des travaux d'utilité commune qui pourraient servir des voisins détestés; chacun ravage à Tenvi les forêts et oppose partout l'intérêt particulier au bien public.

Entre-temps nos sages nous vantent l'unité d'action : eh! quelle unité peuvent-ib voir- dans ce morcellement industriel , dans cette cacophonie anti-sociale I Gomment tardent*ils trois mille ans à poser en principe que c'est l'Association et non pas le morcellement, qui est la destinée de l'homme , et que tant qu'on ignore la théorie d'Association domestique , l'homme n'est point parvenu ft sa destinée !

Pour apprécier la justesse de ce principe , réfléchissons

I sur l'immensité de connaissances qu'exige l'agriculture,

et sur l'impossibilité oii est le villageois de réunir seule-

INTRODUCTION. tS?

ment le Yingtiëme des mojens qui conslilueraient le parbit agronome : il faudrait qu'à de grands capitaux r il pût ajouter les lumières disséminées sur cent tètes savantes et deux cents praticiens consommés ; en outre , il faudrait rendre immortel 1-agronome doué de ces nombreuses connaissances qu'on voit aujourd'hui éparpillées parmi trois cents théoriciens et praticiens. Si le propriétaire dont il s'agit mourait sans aroir un successeur d'égal talent , on verrait aussitôt péricliter les dispositions qu'il aurait faites, et le canton décliner rapidement.

Ce n'est que dans l'Association qu'on pourra réunir à perpétuité les-talents et les capitaux dont je viens de supposer le concours; l'Association - est donc le seul mode sur lequel le Créateur ait pu spéculer, car en la supposant appliquée à des cantons d'environ quinze cents habitants , jelle rassemblera dans chaque canton cette masse de lu« miéres qui se perpétueront par transmission corporative. Un fils- n'hérite point des connaissanees de son père, mais sur un canton de quinze cents habitants, il se trouvera des sujets aptes à hériter du talent des habiles sociétaires à l'école de qui ils auront été formés. Ces transmissions de talents sont une propriété inhérente à la 9érte passion^ neUe^ disposition que je décrirai plus loin et qui règne dans tous les détails industriels de l'état sociétaire. ^

Plus on disserte sur cette hypothèse d'Association , plus on se convainc que l'agriculture civilisée, le mor--^ cellement domestique, est le contre-sens de la destinée humaine , et qu'il fallait chercher le secret d'associer des masses nombreuses ; les petites ne pouvant pas s'élever aux dispositions de haute économie ^ ni réunir la variété de connaissances qu'exigerait la perfection de chaque* branche de culture et.de manutention.

i4 llITRMtCTlON.

J'ai fait entrevoir Tétourderie de trente siècles savants qui ont négligé de rechercher le procédé sociétaire enfin découvert.

Nous allons raisonner sur sa propriété principale, qui est Yaitraetion induêtrieUe; propriété au moyen de laquelle on surmontera tous les obstacles qui ont de tout temps arrêté la science.

Jusqu'ici la politique et la morale ont échoué dans leur projet de faire aimer le travail : on voit les salariés et toute la classe populaire incliner de plus en plus à l'oisiveté ; on les voit dans les villes ajouter un chômage du hindi au chômage du dimanche ; travailler sans ardeur, lentement et avec dégoût.

Pour les enchaîner à l'industrie, on ne connaît, après l'esclavage, d'autres véhicules que la crainte de la famine et des châtiments : si pourtant l'industrie est la destination qui nous est assignée par le Créateur, comment penser qu'il veuille nous y amener par la violence , et qu'il n'ait pa^ su mettre en jeu quelque ressort plus noble ^ quelque amorce capable de transformer les travaux en plaisirs!

Dieu seul est investi du pouvoir de distribuer l'attrac-tion; ii ne veut conduire l'Univers et les créatures que par attraction ; et pour nous fixer au travail agricole et manufacturier, il a composé un système à'aiiraetion industrielle qui, une fois organisé, répandra une foule de charmes sur les fonctions de culture et manufacture ; il y attachera des amorces plus séduisantes peut-être que ne sont aujourd'hui celles des festins , bals et spectacles; c'est-à-dire que dans l'état sociétaire, le peuple trouvera tant d'agrément et de stimulant dans ses travaux, qu'H ne consentirait pas à les quitter pour une offre de festins,

INTRODUCTION. i$

bals et spectacle» proposés aax heares des séances industrielles.

Le travail sociétaire, pour exercer une si forte attraction sur le peuple , devra différer en tout point des formes re^ butantes qui nous le rendent si odieux dans l'état actuel. Il faudra que Findustrie sociétaire, pour devenir attrayante, remplisse les sept conditions suivantes :

10. Que chaque travailleur soit associé, rétribué par dividende et non pas salarié.

^. Que chacun, homme, femme ou enfant, soit rétribué en proportion des trois facultés, capital, travail et talent,

30. Que les séances industrielles soient variées environ huit fob par jour, Tenthousiasme ne pouvant se soutenir plus dTune heure et demie ou deux hem'es dans Texercice d*uûe fonction agricole ou manufacturière.

40. Qu'elles soient exercées avec des compagnie» d'amis spontanément réunis, intrigués et stimulés par des rivalités trés-actives.

3<>. Que les ateliers et cultures présentent à l'ouvrier les appftts de l'élégance et de la propreté.

60. Que la divbion du travail soit pOTtée au suprême degré, afin d'affecter chaque sexe et chaque âge aux fonctions qui lui sont convenables.

7^. Que dans cette distribution chacun, homme, femme 00 entant , jouisse pteinement du droit au travail ou droit d'intervenir dans tous les temps ft telle branche de travail qu'il lui conviendra de choisir, sauf à justifier de probité et aptitude.

X Enfin, que le peuple jouisse dans ce nouvel ordre, ' d'une garantie de bien-être, d'un minimum suffisant pour

fQ UÏTltODCCTlOIf.

le temps prëseût et à venir, et que cette garantie le délivre de toute inquiétude pour lui et les siens.

On trouve toutes ces propriétés réunies dans le mécanisme sociétaire dont je publie la découverte ; et comme je m'engage à les démontrer en grand détail dans le cours de cet ouvrage, nous pouvons préalablement disserter sur rhypothése d'attraction industrielle qu'implique ce mécanisme.

J'ai dit plus haut, qu'elle suffira seule à lever tous les obstacles qui ont, depuis trois mille ans, paralysé le génie social; jugeons-en par trois problèmes d'où on pourra conclure sur tous les autres.

10. Extirper l'indigence. Elle natt en grande partie de la fainéantise; mais quand le peuple trouvera dans Tindustrie une amorce aussi puissante qiie le serait aujourd'hui celle des festins , la fainéantise ne pourra plus exister ; elle sera transformée en fougue industrielle, dont le produit suffira amplement à extirper l'indigence.

20. Prévenir les discordes. Elles naissent pour la plupart de la pauvreté; or, s'il est prouvé que l'Association et l'attraction industrielle aient la faculté d'élever le produit au triple, elles tariront la principale source des dis^ cordes , qui est la pauvreté.

30. Garantir le minimum au peuple. On en trouve le mcTyen dans l'énorme produit que fournira le régime sociétaire; sa propriété d'attirer au iravaUf fait4isparattre le danger qu'il y aurait dans l'état actuel à garantir au pauvre une subsistance qui serait pour lui un appât à la fainéantise^ mais il n'y aura aucun risque à lui faire l'avance d'un minimum de 400 fr., quand on saura qu'il en doit produire 600, au moins, en se livrant au travail devenu plaisir et métamorphosé en fêtes perpétuelles.

lAtRODVCTlOU. 17

Ainsi, tous les biens découlent à la fois de ceICe propriété d'attraction industrielle dont jouit l'ordre sociétaire; ladite propriété repose sur une disposition fort inconnue parmi nous, et que je décrirai sous le nom de série pas^ iùmneUe unitaire ou série contrastée, rioalisée^ engrenée. Cette' opération d'où naissent tant de merveilles sociales, aurait pa être découverte dés les premiers âges de ia civilisation, si l'on se fût livré à quelques recherches sur le mécanisme sociétaire, dont une négligence impardonnable a retardé l'invention. .

Les seules chances de bénéfice que j'ai fait entrevoir (il), devaient suflSre à stimuler le génie. Les philosophes pour excuser Teur apathie sur ce grand problème , objectent que cela serait trop beau y qae tant de perfection n'est pas faite pour les hommes : plaisant motif de négliger le» recherches ! Plus les résultats seraient brillants, plus la perspective devait exciter à chercher le procédé d'Asso-» dation.

Les passions s'y opposent, réplique-t«-ott, il est im«* possible de tenir en société domestique trois ou quatre ménages, sans que les friponneries , tes disparates de ca** ractéres, les prétentions impérieuses, n'amènent bientôt des discordes , surtout entre les femmes qui ne s'accorderaient pas une semaine.

Je le sais, mais on verra dans le cours de cet ouvrage que l'accord impossible* entre une dizaine de familles, devient très-praticable entre cent , distribuées selon le procédé que j'ai nommé série passionnelle unitaire, procédé qui ne peut s'appliquer qu'à des masses nombreuses et non pas à une dizaine de familles.

Dans ce nouveau mécanisme, les passions et les inéga* lités de fortune et de caractère , loin de s'opposer au lien;

18 miBOMcnoii.

sociétaire, eo tàmM, les rouages ; tons les contrastes y defiennent utiles : aiosi» oos préjogès nous rq^résenteat comme obstacle oe qoi est aa contraire moyen d'AssoeîatioB, et pour preore, on Terra daas ce traité qu'il serait impossiU» d'associer cent fomilles égales en fortaae el homogènes oa tréB*nipprocliées en caractères; Fopé^ ration dite 9éri^ pa$$inmellc tÊmtmre est incompatible airee l'égalité.

L'èeoBomie ne poorant naître que des grandes réu« nions» Dieu a dû adapter son plan sociétaire à des masses Dombrenses; de Ik Yient que les petites AssociatioBS de six» huit, éix famiUes sont inconciliables, et le seraient encore brs même qn'on essaierait d'y appUqœr le procédé sociétaire (la $&ie passùmnelk), qui ne peut s'adapter à de si petites masses.

' Hors des déreioppements par série unitaire , Ie$ pas-» sîons ne sont que des êtres démoniaques, des tigres déchaînés, ce qui a bit croire aux moralistes civilisés que nos passions étaient nos ennemis : c'est au contraire le mécanisme ciirilisé et barbare qui est l'ennemi des passions et des bumains, en ce qu'il ne se prête pas aux Uens sociétaires Toolus par Dieu.

Plaçons ici une définition provisoire de celte disposition, que je nomme série pasiùmnelle contrastée, rivalisée, engrenée; c'est le levier qui fait mouvoir tout le système d'harmonie sociétaire : l'mvenlion de ce procédé était la voie d'avènement au bonheur; sa découverte est pour tons les globes une condition me guâ non. Le monde social ne peut, dans aucune planète, passer à l'unité, ni s'élever aux destinées heureuses, avant d'avoir inventé ce mécanisme des séries passionnelles, dont la recherche est la tflche essentielle du génie. Les autres

innoDiKTnoii. 19

sciences, même les plusses, comme tes malhémtt^aes, ne sont pour nous qœ de Tabès lumières , iaot que nous ignorons la science du mécënisme sociétaire , d'od nattraienl la richesse » Tuniiè ei le bcNiheur.

BoimoDS par avance quelques ndions Irôs-snccinctes sur cetle opéraUon; exposons en quatre pages» s'il se peul , le sujel ipû, poiv être bien traité, exigera au moins quatre Tolumes de déyeloppements. Ce n'est-que Targument qu'on ya lire ; et comme il est nécessaire de se le grayer dans la mémoire , je le distingue par un italique y pour mieux le reconmiander à Tattention, qu'on accordera yolontiers» si on yeut se rappeler que Temploi des séries passionnelles en agriculture, nous vaudra- le précieux avantage de tri[der le revenu réel, et d'obtenir 5,000 fr. d'un domaine qui n^en rend que i,000 en culture civilisée et morcelée ; c'est une promesse qu'on ne saurait trop répéter, ^piand on en tient la preuve arithmétique.

SÉBLIES PASSIORKEIXES*

La iérie de groupes est le mode généralement adopié^ par Dieu , dans la dietrAution des règnes et des choses créées. Les naturalistes , dans leurs théories et leurs tableaux, ont admis cette distribution à Vunanmité; ils n'auraient pas pu s'en écarter sat^ faire scission avec la nature mime, et tomber dans Us confusion.

Si tes passions et tes earaeêires n'étaient pas assujettis comsne les régnes matériels à la distribution par séries découpes y l'homme serait hors d'unité avec tunwers; û y aurait duplicité de système et incohérence entre le matériel et le passionnel. Si l'homme veut atteindre à

20 INTRODUCTI0II«

tunité sociale , il doit en chercher k$ voies dans ce ré-^ gime de série auquel Dieu a soumis toute la nature.

^ Une série passionnelle est une ligue, une affiliation de diverses petites corporations ou groupes^ dont chacun exerce quelques^èce dune passion qui devient passion de genre pour la série entière. Vingt groupes cultivant vingt sortes de toses forment une série de rosistes quant au genre, et de Manc^rosistes , jaune-rosistes , mousse-rosistes, etc, quant aux espèces.

'. Autre exemple. Douze groupes cultivent douze fleurs différentes ; la tulipe est soignée par un groupe de tuli-pistes, la jonquille par un groupe de jonquillistes , etc.; tensemble dé ces douze groupes ligués forme une série de fleuristes, quia pour fonction de genre le soin des fleurs échelonnées par nuances de goûts, et où chaque groupe a pour fonction despèce le soin de telle fleur qu'il affectionne spécialement et cabalistiquement.

Les passions limitées à un individu ne sont pas admissibles dans ce mécanisme. Trois individtu ^ A , B , G , . aiment le pain à trois degrés de salaison ; A le désire peu salé, B le veut mi-salé, G Vaim^ trèS'Salé; ces trois êtres ne forment qu'un discord gradué y inhabile aux accords sériaires qui exigent un assemblage dégroupes affiliés en ordre ascendant et descendant.

Un groupe régulier doit avoir de sept à neuf sectaires , au moins, pour être susceptible de rivalités équilibrées; on ne peut donc pas spéculer en série passionnelle sur des individus. Douze hommes qui cultiveraient passion-nément douze fleurs différentes, ne pourraient pas ali-monter les intrigues d'une série: on en verra la preuve au traité, et jusque-là on devra se rappeler que la dé-

IMTRODVCTIOI». SI

êtgnation de série passionnelle signifie toujours une affi* liation de groupes , et jamais d'individus.

Ainsi, les trois personnages A, B, C, mentionnés plus haut, ne peuvent pas former une série de panistes ou sectaires du pain.

Si au lieu de trois on en suppose trente; savoir :

Huit du goût Â, dix du goût B, douze du goût G, Us formeront série passionnelle ou affiliation de groupes gradués et contrastés en goûts sur te pain; leur interrvention combinée , leurs âiseords cabalistiques , . fourniront les intrigues convenables à élever la fabrication du pain , et la culture du blé à la perfection.

Les séries passionnelles ont toujours pour but l'utilité, ^ F accroissement de richesse, et le raffinement d^ industrie, lors même quelles s'appliquent à des fonctions étagré-,ment, comme la musique.

Ufie série ne peut pas s'organiser à moins de trois groupes , car elle a besoin d'un terme moyen qui tienne la balancé entre les deux contrastes ou extrêmes. Elle s'équilibre fort bien aussi à quatre groupes dont les pro^ priétés et relations se rapportent à celles d'une proportion géométrique.

Lorsque les groupes d'une série sont en plus grand

nombre , on en forme trois corps, le centre et les deux

ailes, ou bien quatre corps en quadrilles, et on réunit

. dans chacun de ces trois corps les nuances vtcwa/eâ et

homogènes.

L'ordre sociétaire doit développer ainsi par gradations toutes les variétés de goûts et de caractères; U forme des groupes de chaque variété, sans statuer sur la préférence que peut mériter telle ou telle nuance de goût: ils sont tous bons et ont tous leur emploi, pourvu qu'on puisse

t2 BnrRowcTioii,

€n cùmfù$tr Mme ^érie réfuUèr&Buni écbehunie en^ordre ascendant ou deetendant, €t appuyée aux dfux Mxiré^ mUés par des fraapes de trunsMon 4m de jfoùJts mixtes et i&tards, LorsqueHe est dispêsée de cetU masiiérs , selon les méthodes qui seront expliquées au traité, chae$tn de ses groupes, fusseni-^ls au nombre de cent y coop^re.barmoaiqwBieol aoee la masse des autres ; eomme les dents d'un rouage qui sont toutes utiles, pourvu quelles en^ grèmnt à leur tour.

Le calcul des séries passionnelles va étahlir un prin^ tipe fiaiteur pour tout le genre humain, en démontrant que tous les goûts gui ne sont pas nuisS^s ou vexatoires pour autrui, oni un emploi précieux dans l'état sociétaire, et y deviennent utiles, dès qu'Us sont développés par série ou éthelle de nuances graduées et affectées à autant de groupes.

La théorie d'Association se bornera donc à l'art de former et mécaniser des séries passionnelles. Dis qu'un globe s'élève à cette science, il peut fonder subitement Xuniié sociale et atteindre au bonheur collectif et individuel : cent donc f étude de première nécessité pour le genre humain.

Les séries passionnelles doivent être contrastées, rivalisëes , exaltées et engrenées ; une série qui ne remplirait pas ces conditions ne serait pas opte à fonctionner en mécanisme d'harmonie.

Il faut contraster une série, la disposer en ordre as-eendant et descendant; si on classe une centaine d'individus en groupes d'âges, on les répartira comme il suit:

Aile ascendante. Les groupes d'enfants et impubères.

Centre de série. Les groupes d'adolescents et virils.

AWeAesceni^uXe.Lesgroupesdedéclinantsetvieillards.

Même distinction doit être observée dan$ le doêsement des séries de pussionê et de 4)araetères.

Cetteméthode, en faisant ressortir ies €4mtrastes, produit Venthomiasme dans ks divers groupes; eh^teun d'eux s'engoue du caractère ou du goût spécial gui le domine^ /H 4u contraste correspondant en échelle; dlocm d'eu» critique tMe nuance de passion ou d'industrie gu'excr^nt les autres groupes vicinaux de la série.

De cesclassemenis progressifs naissent des sgn^tkies et alliances entre les groupes exactement contrastés y H des ant^athies ou dissidencfis entre les groupes de nuances contiguis.

La série a besoin de diseords autant que d'accords : il fauttintriguerfar une foule de prétentions contraOc'^ foires y i'^ naissent les liens oeAalisUques et les ressorts d'émulation; sans contrasites , on ne pmrmendraii pas é^ créer lés ligues et l'enthousiasme; la série manquerait d^ ardeur au travaU, se^ produits seraient médiocres en qualité et quantité, -'

La seconde condition requise est de bien iniriguer une série, £y établir des rivalités trés-^ctives ; cet effet d^ vont noHre de la régularité des contrastes et de la gra-disation des nwmces, on peut dire que la seconde condition est accomplie conjointement avec la première 9 saufFem^ ploi des ressorts ^intrigue dont il n'est pas encore temps de nous occuper.

La troisième condition à remplir est celle de V&^grenage ou lien des différentes séries : il ne peut avoir lieu qu'autant que leurs groupes changent très^fréquemment de fonctions , comme d'heure en heure , ou tout au plus de deux en deux heures; par exemple , un homme peut se trouver

24 INTROimCTIOlf.

à 5 heures du matin., dans ungrùupe de pasteurs ;

à 7 y dans un groupe de laboureurs ;

à 9 i dans un groupe de jardiniers.

La séance de deux heures est la plus longue statûm ad^ missible en harmonie passionnée , l'enthousiasme ne pouvant passe soutenir au-delà de deux heures; les séances doivent se réduire à une heure , si l'objet du travail est peu attrayant.

Dans la succession que je viens d'indiquer, les trois téries de bergerie y labourage et jardins, auront engrené par échange réciproque de sociétaires.

Il n'est pas nécessaire que cet échange soit général; que tingt hommes occupés au soin des troupeaux de cinq 4 six heures et demie, aillent tous les vingt labourer de six heures, et demie à huit heures ; il faut seulement que chaque série fournisse aux autres plusieurs sociétaires tirés de quelques-uns de ses groupes, afin d'établir des liens entre elles par engrenage de divers membres fonctionnant alternativement dans l'une et dans l'autre.

Une série passionnelle qu'on formerait isolément , ne serait d'atH:un emploi, et ne se prêterait à aucune, opération d'harmonie. Mien ne serait plus aisé que d'organiser dans une grande vUle, comme Paris, une ou plusieurs séries industrielles : exerçant sur les parterres,, les vergers, elles seraient complètement inutiles; il faut au moins une cinquantaine de séries pour remplir la troisième con-dUùm y celle d'engrenage ; c'est pourquoi Von ne peut pas tenter F Association sur un petit nombre, comme vingt familles ou cent personnes , dont on ne parviendrait jamais à former cinquante séries régydièrement graduées par groupes de nuances ascendantes ou descendantes ; il faut au moins quatre cents personnes, hommes, femmes

et enfants 9 pour former et engrener une einqtêontaine de séries sur lesquelles doit rouler le mécanisme d'Association simple: il faudrait environ quinze à seize cents personnes pour fie mode composé qui exige au moins quatre icents séries.

On peut remarquer ici un vice de proportion , i5 à 1600 personnes pour former 400 séries, et 400 personnes pour former 50 séries.

On pensera que les quatre cents personnes doivent fournir iient séries : cette estimation est simple et fausse. On doU estimer en composé , c'est-à-dire en raison du nombre de sociétaires et en raison des développements quU permet. Or, le petit non^e se prêtant fort peu aux développements , Une faut pas s'étonner que je réduise à cinquante au lieu de cent la quantité de séries quon peut former avec quatre cents personnes.

Dans l'état sociétaire, Jes bénéfices croissent en raison du nombre de séries que peut former une masse de travailleurs; en conséquence y l'Association simple donne à peine moitié du bénéfice de la composée; un entrepreneur qui fonderait ,

d'une part , quatre cantons d'ordre simple , chacun de 400 personnes, formant SOO séries, sociétaires i, 600;

d'autre part, un canton d'ordre composé, formant

400 séries, sociétaires 1,600,

obtiendrait plus du double produit dans le canton d^ ordre

•composé: le rapport serait de trois à sept, c'est-à-dire

que si les quatre cantons simples produisaient au bout

del'an 1,200,000 fr.

le canton composé produirait 2,800,000 /r.

De là chacun va conclure qu'il faudra fonder en ordre composé le canton d'épreuve : cela serait à désirer; mais u a

des canMérations que f exposer m dans le cours de Voû^ vrage, nous obligeront à spéculer sur l'ordre simpk , quoique bien moins lucratif.

Il m'a paru nécessaire de donner d'emblée celte légère notion sur les séries ; le peu que j'en ai dit doit rassurer

l le lecteur sur les difficultés de cette nourelle science , et lui faire comprendre qu'elle se composera d'études plus amusantes que pénibles; elle n'est autre que l'art de raffiner, yarier, intriguer les plaisirs, et par suite les travaux agricoles et manufacturiers, qui, dans ce nouyel

\ ordre , sont métamorphosés en plaisirs.

Pour faciliter l'initiation , j'adopte la méthode progrèssire, je débute sur les séries par une leçon bornée à quatre pages; nous reprendrons le sujet dans une disser-

' tation étendue à quelques chapitres des prolégomènes, après quoi nous le traiterons complètement dans le corps de l'ouvrage.

Le mécanisme sociétaire ne pouvant opérer dans tous ses détails que par séries passionnelles, nous n'aurons pas autre chose k étudier que la formation des séries , leur distribution , leurs intrigues , leurs équilibres.

C'est donc l'argument de l'ouvrage qui est contenu dans ce paragraphe italique , où j'ai défini succinctement le ressort essentiel de l'Association : ressort tout à fait inconnu des peuples qui ont fait des tentatives en ce genre, soit en réunions militaires, comme celles des Spartiates et Croates; soit en réunions civiles comme celles des Hernutes, des Paraguais, et même des Anglais de New- Ldnark , dont le régime est supérieur en développements sociaux.

Ces tâtonnements tendaient à la découverte du procédé

INTRODUCTiOIf^. S7

nalurel oa série contrastée y rwalisée, engrenée; c'est la seule méthode adaptée au yœu des passions» la seule qui puisse créer rattraction induslrielle.

On a vu par la condition d'engrenage des séries» pourquoi TÂssociation est impraticable sûr un petit nombre de dix et vingt familles; si les économies et bénéfices ne peuyent nattre que des réunions nombreuses, Dieu a dû composer sa théorie pour de grandes masses , et notre politique est au superlatif d'absurdité quand elle veut fonder l'accord des passions sur la réunion domestique la plus minime, comme celle d'une famille. Le mode familial ou morcelé est une méthode complicatiye et ruineuse, qui attache mille dégoûts à l'exercice de l'industrie , et n'assure le bénéfice qu'au mensonge et aux viles astuces. Un tel ordre est fantipode des vues de Dieu, qui veut l'unité d'action, la garantie de vérité, et surtout la combinaison économique des travaux; elle n'a lieu que dans les séries de groupes assortis selon les convenances de penchants, et distribuant le travail en séances courtes et variées pour prévenir la tiédeur.

C'était, à la vérité, un problème efirayant que cette Association des inégaux, en raison des trois facultés, capital , travail et talent ; mais difficile ou non , c'était la tâche primordiale du génie. Gomment se fait-il qu'en 3,000 ans il ne s'en soit jamais occupé , excepté dans ce 19^. siècle, où l'Angleterre commence enfin à tenter quelques épreuves d'Association? L'on n'aurait jamais rien découvert sur le mécanisme sociétaire , tant qu'on se serait borné à semer le découragement en disant : ça serait trop beau.

Enfin, la négligence est réparée, et avant de décrire l'opération , il conviendra de donner dans des prolégo-

S8 iirmobuCTroir.

mènes quelque aperçu de ses résultats, et de la cure prochaine des plaies sociales : toutes font des progrès alarmants ; je ne m'arrête pas à parler de celles qu'on réputé incurables, comme Tindigence et la fourberie, qui de tout temps ont fait rougir la civilisation de ses prétendues lumières; je me borne à citer deux plaies modernes, dont la philosophie se flatte incessamment de nous délivrer, et qui pourtant se jouent des Escirfapes sociaux.

€es deux vices sont la pénurie Sseale et la dètériorar lion climatérique.

4^. La -pénurie Gscale et raccroissement des dettes publiques sont le véritable germe des révolutions : j^ai dit que cet ulcère sera extirpé subitement par FAssoctation ; en effet , lorsque le produit général de l'industrie sera élevé au triple , il sera plus aisé de percevoir sur tel pays, comme la France, deux milliards (valeur réelle), qu'aujourd'hui un milliard; dans ce cas les dettes publiques seront bien faciles à éteindre , et on pourra les considérer comme éteintes à jour fixe, dés qu'on pourra imposer sur un produit élevé au tri^e effectif.

20. L'autre vice tient au système matériel; c'est la détérioration climatérique, les intempéries outrées et provoquées par la destruction des forêts , par l'effritement des montagnes et pentes. La culture actuelle , ou méthode morcelée étant dépourvue de concert et de lien unitaire, ne peut pas réparer de tels ravages; aussi, malgré des milliers de décrets et de beaux traités , la France ne peut-elle pas effectuer un semis de forêt.

L'Association remédiera promptement à ces désordres , par sa propriété d'établir l'unité d'action, concilier l'intérêt individuel et l'intérêt général, qui sont incompatibles en.civiiisation, et faire concerter en toute opération

les associés inégaux, comme si leur canton appartenait à un seul individu qui' affecterait chaque portion dd terri^ toire aux emplois les plus convenables.

C'est trop de merveilles, répondent les sceptiques;' mais qu'ils attendent l'exposé des moyens. J'avoue que ïa perspective de tant de biens est humiliante pour certaines sciences qui ont néjgligé Tétùde de l'Association ; mais celui qui, après vingt^deuxans de recherches, tient la solution du problème, sera-t-il obligé d'en déguiser les avantages pour sauver l'orgueildes indolents qui n'ont pas voulu s'en occuper? Et si on découvre une mine d'or, faudra-^t-il la déclarer mine de ploinb, për déférence pour ceux qui n'ont pas su la trouver ?

Que les philosophes se rassurent, l'offeiise faite à leur amour-propre sera bien compensée par lés chances de fortune colossale qu'elle leur ouvrira , el dont je les en*^ tretiendrài à l'intermède^

ARTICLE li.

Arperçus des desiioées sociales, préveniionis qui régoent sur ce' sujet.

Une découverte à son apparition semblé ridicule si od la juge par comparaison aux moyens connus; le premier qui annonça l'invention de la poudre à canon et de ses* effets prodigieux, mine, artillerie^ etc., dut ne rencontrer que des incrédules qui l'accusèrent de vision; cependant quoi de plus constaté aujourd'hui que ces effets surprenants de la poudre?

C'est , je l'avoue , une annonce bien invraisemblable qu'un procédé pour associer trois cents familles inégales*

en fortune^ et rétribuer chacun» homme, femme, enfant, selon les trois^ facultés, capital, travail et talent. Plus d'un lecteur se croira bon plaisant, lorsqu'il dira : c Que 1 Tautenr essaie seulement d'associer trois familles, de

> concilier dans un même logis trois ménages en réunioD

> sociétaire, en combinaison d'achats et de dépenses, et

> en parfaite harmonie de passions, de caractère et d'au- » torité ; quand il aura réussi à concilier trois maîtresses » de ménage associées , nous croirons qu'il peut réussir » sur trente et sur trois cents. >

J'ai déjà répondu à cet argument qu'il est bon de reproduire (car ici les redites seront souvent nécessaires); j'ai observé que les économies ne pouvant naître que des grandes réunions, Dieu a dû composer une théorie sociétaire applicable à des masses nombreuses et non à trais ou quatre fàmffles.

Une objection plus sensée en apparence et qu'il faudra plus d'une fois réfuter, est celle des discordes sociales. Comment concilier les passions, les conflits d'intérêts, les caractères incompatibles, enfin les disparates innombrables qui engendrent tant de discordes ?

On a pu voir que je ferai usage d'un levier tout à fait inconnu, et dont on ne peut pas juger les propriétés avant que je ne les aie expliquées. La série passionnelle contrastée, ne s'^alimente que de ces disparates qui désorientent la politique civilisée ; elle opère comme le laboureur qui , d'un ramas d'immondices, va tiper des germe» de richesse; les détriments, les boues, les (M'dures el matières immondes qui ne serviraient qu'à souiller et infecter nos maisons, deviennent pour lui des sources de fortune. Il en est de même des immondices passionnelles dont la politique ne sait faire aucun emploi. Nous allons.

INTRODUCTION. 5i

grâce au leyier que je nomme série contrastée, transfert mer en matériaux précieux tous ces levains de fureurs sociales : plus ils sont nombreux, mieux les séries seront graduées» contrastées et aptes à l'engrenage. • On doit donc se garder d'élever à l'avance des objections contre un procédé dont on ne connaît pas encore les propriétés. Il faut, selon l'avis de la philosophie, croire que la nature n'est pas borjaée aux moyens connus, et selon l'avis de la raison, croire que Dieu, dont la providence est universelle, n'a pas créé les passions, les élé^ ments de mécanique sociale, sans nous ménager quelquef moyen d'employer utilement ces matériaux; moyen dont nos fausses méthodes ont pu retarder jusqu'à ce jour la. découverte. L'humanité a tardé 4,000 ans à inventer l'étrier et la soupente, que tout bon simple pouvait dé^ couvrir et qui furent mconnus d'Athènes et xle Rome; doit-on s'étonner qu'un calcul, immense , comme cehit des séries passionnelles, ait échappé aux sciences modernes qui ne l'ont pas même cherché et n'en ont pas soupçonné l'existence^

Plus une invention promet de bienfaits, plus le lecteur doit être exigeant sur les preuves. Si ma théorie ne se rattachait pas aux sciences fixes, chacan serait en droit de me suspecter d'esprit systématique et de modifier à sa. fantaisie mon plan d'Association. Il ne sera digne de confiance qu'autant qu'il ralliera et encadrera, dans un même plan , la mécanique sociétaire des passions et les autres harmonies connues de l'univers.

Mais pour démontrer cette concordance des passions avec le système de l'univers, il faudra le faire connaître, et rien n'est plus ignoré , quoique des milliers d'auteurs aient prétendu nous rexpliquer.^On a rêvé l'unité de l'unie

vers, elle va enGn être démontrée par appKcation du passionnel au matériel.

Nous aurons donc deux sciences nouvelles à étudier de front , celle de l'Association- et celle des harmonies de l'univers. C'est de quoi effrayer maint lecteur qui poorm craindre qu'on ne yeuille l'engager dans les hautes sciences: il n'en est rien; pour expliquer l'unité de l'univers, l'accord du mondé matériel avec le passionnel, nbu» n'aurons recours qu'à des leçons amusantes et tirées des objets les plus séduisants parmi les animaux et végétaux. Je ne donnerai oes leçons qu^à mesure de nécessité, et en doses qu'on jugera trop faibles , vu le charme attaché à cette science fort inconnue.

Dissipons d'abord le préjugé qui veut assigner d'étroites limites è la puissance^de Dieu et à la marche progressive de la nature. Il sombre, à en croire nos sciences, que la civiiisaiioB soit le terme ultérieur des destinées humaines, et qu'il soit* impossible à la sagessj^ divine d'inventer ui> mécanisme plus parfait, que eet abhne de misères et de perfidies qu'on nomme civilisation perfeetibilisée.

L'humanité peut organiser beaucoup de sociétés plus heureuses, et il existe un calcul régulier pour en déterminer l'échelle et les propriétés. Je vais disserter sur les huit premières, au nombre ^lesquelles se trouvent celles* que nous voyons établies.

INfRObUCTlOM. 33

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