PREMIÈRE PARTIE. NOTICE III
pas d'en payer sa qaote-^ari; il la fourDira avûc joie, pourvu que le pont soit bien construit : ce sera donc pour lui un jour de fête que celui où arrivera le budget du pont désiré. Ce canton sait cpie , dans les relations par Séries passionnelles» on ne peut pas griveler une obote ; il croit donc sa dépense utile , judicieuse ; il se réjouit d'avoir pu la faire.
Il en est ainsi do tous les impôts de Tétat sociétaire , méoie de celui de liste civile payée aux souverains de tous les degrés, depuis l'Unarque, ou baron titulaire d'un canton, jusqu'à l'Omniarque , IS®. degré qui est hypermonarque du globe.
Les relations sociétaires sont disposées de telle manière 4ue chacun trouve son a^ément individuel dans les fonctions de ces nombreux dignitaires, aujourd'hui si onéreux pour les Réducteurs. La masse des peuples en Harmonie veut le faste de tous ces souverains; il devient branche de ses plaisirs et soutien de ses intérêts, ain^ qu'on le verra au traité des Séries passionnelles. Sous un tel régiioe , il ne sera pas besoin de faire eraindre les rois , parce qu'ils seront aimés; ni d'ordonner la erainte de Dieu, parce qu'il sera aimé et loué sans relâche , pour avoir inventé un système social si fortuné , si bien assorti au vœu des passions collectives et individuelles, à leur eoncerl et leur libre essor.
Je n'ai jamais lu une page des controv^ses relatives an lil>re arbitre , et j'ai vainement cherché ce mot dans l'Encyclopédie , aux lettres L et A. Je désirais voir comment nos sophistes prétendent nous prouver que l'homme soit libre, quand il ne peut pas obéir aux impulsions qui viennent de Dieu , quand il n'a pas la faculté accordée k tout animal d'obéir à l'Attraction. J'ignore comment ils
286 PROliGOMÊNES.
s'y prennent pour persuader que le sort du civflisë ou barbare soit égal à celui de ranimai , qui a le droit de prendre sa subsistance où il la trouve (i).
Le problème à résoudre, en fait de libre arbitre, est de réunir d'intention les administrateurs et les administrés : cet effet ne peut avoir lieu que sons un code généralement attrayant. Lorsque les peuples auront une sincère affection pour les souverains sous qui on .jouira du bonheur individuel , ils auront par suite affection pour Dieu , auteur de ce bel ordre , et tout sera lié dans le système social , mais lié passionnément, sans aucune contrainte. Alors existera la garantie du libre arbitre.
Quant à présent, peut-on penser qu'il existe chez les
nations industrieuses? Non, puisque les peuples libres on
I sauvages refosent l'industrie, et que chez les nations
I agricoles on voit éclater la révolte, du moment où la
^^ contrainte cesse.
Nos sociétés industrielles connues sont donc un état d'oppression pour Dieu et pour l'Homme; oppression pour Dieu qui nous stimule par l'Attraction toujours comprimée ; oppression pour l'Homme qui a l'intention et
(i) Sans doute ils se retrancheront dans de pompeux verbiages ^ur les convenances de civilisation perfectible, et sur les devoirs de Tindividu envers la masse qui ne s'engage à rien envers loi , puisqu'elle ne lui garantit ni travail , ni subsistance : or, comment Findividu est-il obligé envers une masse qui , après TaToir dépouillé des sept droits naturels ( 164), ne lui garantit aucun minimum en indemnité ? Sous cet inique système, faut-il s'étonner que les maîtres soient réduits à prêcher la crainte de Dieu et du Prince, et que les sujets, à part le 8*. de privil(%iâ et copartageants , n'aient aucun amour ni pour Dieu , ni pour le J^rince?
PHEMIÊRE PARTIE. NOTICE lU. â87
non la liberté de se livrer à rAtlraction. Nous ne pourrons donc concilier
La libre intervention de Dieu Et le libre arbitre de l'Homme , que sous un code adapté aux yœux de l'Attraction collective «t individuelle. J*ai démontré que ce code existe ; mais <;ominent. l'aurait- on découvert» tant qu'on en aurait refusé obstinément la recherche?
4<>. Combinaison de Futile et de l'agréable, ou bénéfice et charme par entremise de l'Attraction dans les travaux productifs^ où elle doit nous entraîner passionnément » comme à4out ce qui est fin de Dieu.
Nous devons , dit la morale , préférer Tuttle à Pagréable, ou, s'il faut opter, l'utile est préférable. Hais cette option est contraire à notre destination, qui est composée et non pas simple : elle doit nous procurer l'utile et Tagréable à la fois: nos relations doivent être distribuées de manière que nous obtenions l'utile en ne songeant qu'à l'agréable ; à défaut , notre bonheur serait inférieur à celui des animaux.
Croit-on que la fourmi songe à l'utile quand elle transeporte les provisions dans ses magasins? Non, c'est l'instinct seul qui la conduit : elle ne s'occupe que de l'agréable sans songer au lendemain , sans s'embarrasser de spéculations sur l'époque et la durée de l'hiver. Dieu nous doit un régime semblable, où nous puissions vivre pour l'instant présent, et non pour le lendemain qui peut-être ne luira pas pour nous.
Prétention insensée , dira-t-on ! Elle serait vraiment .insensée en Civilisation , et cela prouve le besoin d'une société différente, où cette insouciance devienne applicable, où les deux services du présent et de l'avenir
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s'exécuteBt simuItanèBieot. Si noas nous prhrons aa^ jourd'hui pour jouir demain» le bonheur n'est pas iniègral et continu. Cette prudence qui se prive pour l'avenir , est une sagesse divergente , une guerre de l'avenir avec le présent. La sagesse dans Tordre sociétaire devient con-
I vergente ; elle n'exige autre chose de l'horarae, sinon qu'il se divertisse aujourd'hui sans songer au lendemain, à moins que ce soin n'ait pour lui du charme. Du reste , cette inquiétude lui sera inutile dans l'état sociétaire » puisqu'en croyant n'avoir vaqué qu'à ses plaisirs présents,
^ il aura , comme l'abeille , travaillé pour l'avenir.
C'est trop de merveilles, dira-i-on, et nous ne désirons pas tant de prodiges! Ainsi répondent les prétendus sages : rien de plus erroné que leur modération. Ils ne considèrent pas que notre destin étant composé , si nous n'ob* tenons pas douUe prodige en bonheur , nous tomberons dans le double malheur. C'est une alternative qu'il faut souvent rappeler. Le bien et le mal sont toujours en effiet dualisés dans la destinée humaine ; ou , plus exactement, le bien est toujours dualisé, le mal est toujours duplique (adjectif analogue au substantif duplicité qui suppose ^fausseté).
A quel sort nous conduisent aujourd'hui nos théories de modération? A la famine composée, ou famine collectiv# et individuelle ; c'est-à-dire qu'aux époques de disette , la famine directe s'étend siir une contrée entière, et qu'aux jours d'abondance elle pèse encore directement sur la classe pauvre, et indirectement sur le cultivateur ; nouveau Tantale, il meurt de faim et de soif au milieu de ses greniers et caves pleines que dédaigna l'acheteur, ou dont on ne lui offre pas de quoi payer les frais de culture (abondaoee dépressive., 8®. caractère de commerce mensonger 219).
)>li£MIÈKE PARTIE. NOTICE III. SSè
Cette léëioQ deyieiit famine indirecte; elle renaît pè* riodiquement, faute d'un système d'approvisionnements de réserye qui, employant le superflu des années fécondes, maintiendrait les denrées à des prix sortables. Une telle précaution est impraticable dans l'état civilisé et barbare, où la guerre, l'impéritie et le gaspillage sont des obstacles invincibles & tout régime d'a|^rovisioimement public
Eb! comment l'association vaquera- t-elle à ces soins de l'avenir, à ces approvisionnements anticipés, si chacun y prend pour règle de ne s'occuper que du plaisir présent? L'Attraction y pourvoira. Tant de caractères trouventl daim le sain de V avenir un plaisir présent : ce seront eux qui , dans chaque Série , s'occuperont par attraction des approvisionnements. Par exemple , dans un canton sociétaire, la régence formée de gens graves, d'octogénaires et centenaires , trouve le plaisir présent dans ces actes de précaution; et lorsque, dans une année où surabondent les grains , elle délibère d'en mettre à part une pravision de trois ans, fermée en silo; lorsque chacun des Patriarches surveille tour à tour le travail d'enserrer le grain, le garantir de tout dommage; lorsqu'enfin les vieillards peuvent dire à la phalange , nos greniers sont r^nplis pour trois ans et disposés en bon ordre, leur plaisir .est-il renvoyé à l'avenir, comme la consommation de l'objet amassé ? Non certes , car un vieillard jouit présemfement quand il fait, pour des personnes aimées, quelque disposition qui leur garantit un heureux avenir. ].es vieillards trouvent d'ailleurs un charme présent à présider aux réunions des jeunes gens qui enserrent le grain; charme qui n'existerait pas pour des vieillards civilisés 9 toujours en butte aux railleries et maligm'tés de la jeunesse. L'incompatibilité des Ages extrêmes éiant une u |3
290 PROLiGOMilfES.
des duplicités les plus habituelles de Tètat civilisé, elle figurera dans le grand tableau, avec celle qui nous occupe, scissioD entre l'utile et Tagrëable, et nécessité d'opter entre eux sans pouvoir les concilier.
Il n'y aura sur ce point imité d'action, que dans un état de choses capable de faire cesser ce conflit d'attraction et de raison, et de donner combinément l'utile par l'agréable ; assurer le bien à venir par l'abandon au plaisir présent; problème bien brillant, bien effrayant , et qui est pleinement résolu par le mécanisme des Séries pas^. et de l'Attraction industrielle dont elles sont le gage.
Cette théorie une fois découverte, quel cas devonsy nous faire de notre sagesse actuelle qui, mettant âoi prises l'Attraction et la raison, et voulant sacrifier l'une à l'autre, né parvient & satisfaire ni l'une ni l'autre (297), puisqu'on ne voit en Civilisation aucun résultat de raison, pas même le premier et le plus urgent de tous, qui est l'approvisionnement anticipé ou garantie contre la famine. Sans cette garantie , un corps social éclairé de 40 mille tomes de controverse , a nnoins de bpn sens que la fourmi qu'il foule aux pieds. Or, quand nous arrivons, sous les auspices de ces torrents de lumière , à nous ravaler audessous des plus vils insectes ; quand il est évident que notre raison ne s'est pas élevée, en fait d'approvisionnements, au niveau de l'instinct des fourmis, comment douter qu'il ne nous reste de grands mystères à pénétrer en théorie de sagesse et d'Harmonie sociale, et qu'on ne doive suspecter les savants qui refusent d'aborder Jes études retardées , les sciences vierges dont on peut se promettre la solution de tant de grands problèmes?
50. Epargne des voies coercUives, des êHres , ifibeU, légishieurs, phUoêophes et rouages parasites, que l'état
MEHIÈRE PARTIE. NOTICE m. 294
eiTÛisé et barbare entremet pour le maintien de l'industrie morcelée et répugnante.
Cet attirail de contrainte serait inutile, du moment où on organiserait un mécanisme d'Attraction industrielle. Et peut-on douter que nous n'y soyons destinés? Il suffit pour indice, d'observer que Dieu n'a créé sur la terre aucun moyen de contrainte par autorité divine et supérieure aux forces que peut opposer l'homme. On ne voit sur notre globe ni géants, ni centaures, ni tritons, ni agents capables de dompter les armées bumaines, quoiqu'il eût été si facile à Dieu de créer sur les terres et dans les mers des êtres de stature colossale, et aptes à morigéner l'homme en cas de rébellion aux vues de Dieu. Cette lacune dénote que la contrainte n'entre pas dans les plans du Créateur, et qu'un code venant de lui en sera pleinement exempt.
Si Dieu ne possédait pas le levier de PAtlraction^ il serait obligé de recourir à la contrainte , créer dans le firmament des planètes colossales qui heurteraient les plus faibles , pour les contenir et les faire cheminer en orbite. Il en serait de même sur la terre, où Dieu serait obligé de créer des hommes d'espèce et de taille monstrueuses, des minotaures, sphinx, géants, briarées, centaures, sirènes , etc. , pour forcer les hommes à exercer l'industrie , et adopter tel régime voulu par Dieu. II serait également obligé de créer des abeilles gigantesques, pour forcer les moyennes à recueillir le miel; et des castors gigantesques, pour forcer les moyens & construire la digue.
Encore ces espèces colossales pourraient-elles désobéir à Dieu, si e\lh n'étaient pas elles-mêmes en attraclien pour \e service qu'il leur assignerait. Dieu serait donc
39S PROLÉGOHÈITES.
obligé demployer rillf actàm avec Ub ufi$,€tla cmtmmte avec les autres, et d'opérer scietnfneûl en duplicité de système , quand il peut opérer par voie d'unité , en soumettant les masses à TAttractiôn qui , ptt>duifsant Tobéis-^ sance empressée, afiectuelise, devient une chatne de fleurs pour les créatures.
Comment supposer qu'un Créateur qu'on nous dépeim comme .suprême bonté, suprènlô économie , ait pris plaisir à compliquer le mécanisme social , p^r léâ voies coercitivjes qui obligent à doubler tes agents et faire le malheur du grand nombre? Comment ce Dieu à qui (m attribue l'unité de système, pourrait-il se priver à plaisir du mer*veilleux ressort de l'Attractico qui, déjà employé avec plein succès connoe agent des bannemes sidérales, doit, selon l'unité , s'appliquer de même k l'harmonie des reUtions sociales de l'humanité?
Il résulte de ces indices, que Dieu, dans les lois sociales qu'il nous destine » n'a pu spéculer que sur l'Attraction , puisqull ne s'est pas pourvu de moyens eoerciUfs. D'après cela, comment expliquer l'inconséquence des humains qui veuleni, disent^ils, marcher dans tes voies de Dieu, et qui, refusant de eonsdter l'Attraction, son interprète en mécanique sociale, se confient obstinément à une science vague et arbitraire, nommée philosophie; quoique la ténacité des sept fléaux lymbiques leur ait prouvé, depuis 3 mille ans, qu'% sont è l'opposé des voies de Dieu, et qu'As ont manqQfé la théorie des destinées et le code social divin?
6^. Récompense directe et active des globes dodUs, par le charme du régime attrayant, et p&nition inéùrBcte et passive des rebettes, sans.efHpïoi de la videnee, par le seul aiguillon du désir, ou martyre d'Attraction , qui est