‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 74 sur 91 · PREMIÈRE PARTIE. NOTICE III · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. NOTICE III

interprètes de la sagesse et de la raison» appuyés d^une grande aormèe improduetive sans laquelle aucun peuple n'entendrait aux leçons de la sagesse, ni ne consentirait à payer l'impôt. Toute celle masse de régisseurs actuels est knproductive ; elle produirait beaucoup en association, où le travaîi fidt les délices des rois comme' des peuples 7^ où l'état d'opulence et de paix générale dispense d'armées coercitifes,. préserve le peuple de l'ennui et de la pauvreté attachée au travail morcelé , et (ait, des plaisirs mènes, nattre les bénéfices. ->

L'effet contraire a lieu si l'Attraction cesse d'intervenir. Les pauvres refusent de travailler, ou ne le font qu'avec dégoût et lenteur; les grands sont réduits à se liguer et enrôler des affamés pour forcer le peuple à un travail ingrat : de là naissent les légions d'improductifs dont je donnerai ailleurs le tableau, et qui comprennent, le croirait-on I LES DIEUX TIERS dc la populatiou civilisée , puisqu'on pourrait, en Association , obtenir le même produit avec un tiers de cette population, en distribuant ses travaux par Séries passionnelles.

Nos théories qui attribuent à Dieu la faculté de suprême économe , se montrent vides de sens et dérisoires , quand elles supposent que Dieu spécule sur ce régime coercitif d'où natt une si énorme déperdition. Il lui est si facile d'adopter le régime attrayant d'où naîtraient toutes les économies, toutes les richesses : déjà il emploie visiblement ce régime dai» la direction des astres et de divers animaux industrieux; peut-on présumer qu'il veuille nous en exclure?

Mais comment la Philosophie nous donnerait-elle des notions régulières sur le système économique de Dieu , elle qui, en voulant s'immiscer dans le ré^e économique

de radministralioD , est parvenue avee ses perfectibiittës à augmenter si rapidement et si monstrueusement les impôts, que bientôt il faudrait dépenser la moitié du produit à faire administrer Tautre moitié ?

Telles sont les prouesses d'une science qui nous promet de simplifier les ressorts administratifs : et si on admet que Dieu ait le pouvoir de faire le bien promis par nos charlatans; si, au lieu de compliquer comme eux le nîé~ canisme au suprême degré , ii veut le simplifier ^ n'en posséde-t-il pas l'unique moyen dans l'Attraction dont il est seul distributeur? Ne doit-^on pas présumer qu'il a pris des mesures pour utiliser cette Attraction, et ne doiton pas en faire l'étude pour découvrir les emplois sociaux auxquels Dieu la réserve?

30. Concert spontané du Créateur avec la Créature, ou conciliation du libre arbitre de l'homme obéissant par plaisir, avec Taulorité de Dieu commandant le plaisir.

Ce n'est qu'à l'Attraction qu'on pourra devoir ces doubles merveilles : où trouvera-t-on» un ressort qui garantisse aussi parfaitement les libertés respectives du maître et du sujet , et qui fasse naître l'amour de l'obéissance même , d'où l'on ne voit nattre dans l'ordre actuel, que la haine du sujet pour le maître? Aussi est-on obligé d'ordonner aux civilisés la crainte de Dieu, pour les amener par suite à craindre l'autorité qui exige l'impôt. Si , au lieu de cet ordre qui ne repose que sur la terreur et les haines, on en découvrait un où le peuple, selon les vœux du moraliste Saint-Lambert (0, aimât à payer les

(i) Quelqu'un lisant l'épreuve de ceue feuille, m'observait que Saint-Lambert n*était plus cité en morale ; j'ai repondu : Celui qui est cit<! aujourd'hui ne le sera plus demain , puisque les systèmes

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impôts j et tressailltt de joie en voyant entrer le percepteur, les philosophes n admireraient-ils pas le ressort qui aurait produit cet effet, si impossible à obtenir de leurs théories?. Ce problème n'en est pas un pour l'Être suprême qui dispose de l'Attraction. En effet, si Dieu peut donner attraction pour le travail sociétaire d'où naissent d'immenses bénéfices, il aura déjà tari la source du dégoût qu* on éprouve à payer l'impôt; dégoût qui natt principalement du défaut de richesse. Tout canton sociétaire étant très-riche , et distrayant l'impôt avant d'avoir distribué les dividendes à chaque série , peu importe au

philosophiques, devenus objet de spéculation mercantile, doivent se succéder rapidement pour le bien du commerce. Il a besoin de mettre en crédit à chaque saison un nouveau système de moraie, de politique, d'économisme et d'idéologie, comme aussi de nouveaux colifichets et nouveaux chiffons : ceux d^aujourd^hui ne valent pas mieux que ceux de la veille, puisque demain un nouveau chiffon littéraire ou modiste éclipsera celui d'aujourd'hui. Dès lors, Sainl-Lambert, chiffon moral passé de mode, vaut les chiffon» moraux de 1821.

Il a eu son règne comme tout autre. En 1799, le ministre François de Neufchâteau . fit afficher dans toutes les écoles de France 25 préceptes ou devoirs envers la patrie, extraits du Catéchisme universel de Saint- Lambert. G^est une collection si plaisante et si curieuse, que j'en donnerai par forme de récréation une analyse dans quelque intermède : je n'en cite, pour échantillon, que le 15*. et sublime devoir, payes les impéta avec joie.

Lorsqu'on voit des doctrines de cette force passer de mode , après une vogue si bien constatée, croit-on se justifier en disant, un tel n'est plus cité, plus en crédit ? Croit-on que celui qui le supplante vaille mieux ? Donnez-moi les préceptes du moraliste dominant en 1831, et je me fab fort d'y trouver, comme dans ceu^ de Saint-Lambert, autant de balourdises que de maximes. {Note 4e la i", édition^ iSaa. )

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peuple qa'oo paie Yiwfài; rieo ne sort de la bourse de ïmimUm^ il oe ymk pas iBÔme de percepteur. La lettre du nÛDistre oà on aVise éts répartitions de contingents, ne GODceme cpie le burean de la régence chargée de la coœptdûbté du canton. La masse du peuple ne songe pas au paiement : la voilà déjà arrivée à l'indifférence en matière d'inqiôt; comment l'amener à la/otê de payer, joie si peu oottnue en Civilisalion^ surtout chez le paysan qui voit enlrer no garnisaire.

Cette joîe de payer est connue parfois de chacun ^ quand il reçoit im objet longtemps désiré.

Un littérateur qui reçoit un livre nouveau, attendir aveciiipatience;

Un agronome qui reçoit des végétaux exotiques dont il est dépourvu ;

Un marchand qui reçoit des étoffes attendues , sur lesquelles il espère gagner beaucoup ;

Une femme qui reçoit des psffures nouvelles , à la veillr d'un bal où ces colifichets la feront briller.

Tous ces individus ne craignent point de payer les frais d'achat et de route ; ils sont au contraire bien satisfaits , quand l'objet leur parvient à bon port, et tel qu'ils l'ont désiré : dans ce cas ils paient avec joie, ils croient leur argent très-bien employé, et remercient le correspondant qui les a bien servis.

Il s'agit d'établir pareille gratitude en relations fiscales; convaincre la masse que les impôts sont bien employés, qu'elle ne ferait aucune dépense plus profitable. Il faut fonder cette conviction sur des réalités et non sur des phrases.

Usons d'une comparaison : tel canton situé sur les bords du Rhin désire ardemment un pont : il ne refuse

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