‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 79 sur 91 · PREMIÈRE PARTIE. PlTOT DIRECT · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. PlTOT DIRECT

Dans les détails, ifoiïs sUpprhnerons fréquemment le passé ; ear sa théorie est, en sens inverse, à pea prés la même que eelle de l'avenir. Je dis à peu près ^ car il y a dans le parallèle, de nombreuses différences, mais sur lesquelles on ne doit pas fixer l'attention du commençant : il sufik de l'habituer à spéculer, en thèse générale, sur Funité des deux éternités passée et future : quand il sera exercé sur ce sujet, on sera à temps de l'initier aux règles d'exception, aux menues différences du passé au futur.

Je comptais, dans ces prolégomènes, donner une S'^. partie à la cosmogonie ; il a convenu de restreindre le plan, et je me bornerai à deux articles sur ce sujet : ils seront placés en pivots des i'®. et 2>Q®. parties. Ils ne traiteront du matériel qu'accessoirement, et pour explication des destins de l'Ame.

Y Pivot direct, Ptycologie $péc%ale ou immortalité composée en passé et futur X-

*^ Pivot inverse , Piycologie comparée ou analogie universelle du matériel au passionnel >* .

Le pivot direct ou immortalité de l'âme, est le sujet qui va nous occuper.

S'il est vrai que les lumières aillent croissant , nous devrions en savoir sur l'immortalité plus que nos devanciers, les Grecs et Romains : loin delà, nous ne sommes parvenus qu'à mettre en problème ce qui était certitude pour eux : ils croyaient à l'existence de l'Ame et à son immortalité ; nous avons des sectes qui ne croient ni à l'une ni à l'autre.

Les lumières modernes ont évidemment rétrogradé sur ce point, comme sur une foule d'autres où l'instinct avait mieux guidé les anciens. Ils croyaient à l'existence du nouveau continent, i la rotation de la terre; pous

508 PHOLiOOllÈRES.

étions au eoDiraire parvenus, dans Tâge moderne, à ridioaliser ces Tàriite qui n'ont percé que Irés-iard. L'obscurité contioue encore à règn^ sur une foule de qpiestions qui autrefois ne semblaient pas probléniatiques, et notaounent celle de la vie future, |Uus que jamais révoquée en doute. L'esprit humain, au lieu de se rallier à l'espoir d'immortalité composée ou métempsycose , a voiula contester même sur la simple. Nos atbées et metériaUstes, loin de soupçonner le retour périodique des âmes, ne veulent admettre ni âme ni autre vie.

Nous avons sur ce point des doctrines qu'on dit su/*-fi4ant0$, mais qui ne sont que médiocrement permaiktis : si elles l'étaient suffisamment, on n^aurait pas vu édore des sectes de matérialisme. Leur seule existenoe prouve qu'il sera trés-opporlun d'ajouter aux preuves 8uffiiante$ des preuves convaincantes et mathématiques. Je ne pourrai les fournir complètes qu^apré's ayoir traité dès transitions et de l'analogie univen^elle. Nous n'en sommes ici qu'A des préludes.

Tant de fois des questions m'ont été adressées sur les destinées ultra-mondaines, que je dois en donner dans les prolégomènes au moins un aperçu qui, selon la règle tracée à l'avant-propos , devra être suivi d'un abrégé , puis d'une théorie t elle est obligée dans un ouvrage où l'on s'engage à démontrer l'unité de TUnivers, dont aucun sophiste n'a pu nous fournir de preuves appliquées au mécanisme social des passions et à {'immortalité de l'âme.

Toutefois, évitons sur ce sujet de compliquer les doctrmies de l'Attraction avec les dogmes religieux. Suppostons, sur tout ce qui touche aux affaires ultra-mondaines, que je ne sois qu'un philosophe, qu'un faiseur de système:

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je pl^is user du droit qa'onl eu Rvant moi cent miHe philosophes qui obt (ait des systèmes sur Tun ou Tautre modie. Si je me trompe , je répondrai , errare Aumofitm est. Mais après avoir lu mes erreurs sur le sort futur des âmes , on avouera au moins que ce cadre de nos destinées ultra^mondaines est digne de la pmssftnce de Dieu et du génie de l'homme.

Citer. -^ On a vu ( Trans-Vèi. 255) que les biens do ce monde, richesse, vigueur, longévité, ne seraient pour Jes harmoniens qu'un sujet de regret, si l'immortalité dualisée ou métempsycose ne leur était garantie: en outre le but de Dieu serait manqué; car en fejsant beaucoup pour le bonheur tnlra-mondain des humains , if n'en obtiendrait qu'une affection équivoque, un reproche continuel de n'avoir pas perpétué le bonheur de cette vie terrestre, et d'avoir inspiré é THomme un violent désir de retour en ce monde, sans avoir pris aucune mesure pour le satisfaire.

L'immortalité composée ou métempsycose est donc un des pivots du système de l'harmonie : il ne serait qu'avorton, sans la solution de ce problème dans lequel l'Attractfon va nous serftr de guide : il tomberait, quant au sort futur des âmes , dans le simplisme relatif, dans le vice que j'attaque sans cesse. Leur bonheur à venir sur ce globe serait imparfait, si elles ne rentraient pas en cette vie.

Examinons d'abord dans quel «sprit ont été calculées nos théories actuelles d'immortalité.

Pendant le cours des lymbes sociales (55) , où la vie n'est qu'un sentier de ronces , il suffit à l'homme d'une perspective de vie iuture dégagée des plaisirs sensuels , dont le civilisé jouit pra en ce monde. Il n'y possède pas

même le nécessaire; il ne conTiendrait pas qn^it e^rAt trop de bonheur sensuel dans l'antre monde ; il deviendrail apathique ou séditieux en celte yie. Si notre populace , toujours famélique» poufait espérer bonne tabje dans la vie future, elle serait trop empressée de s'y rendre, et trop disposée à sacrifier sa vie dans les bandes de voleurs et les émeutes populaires où elle ne s'aventure déjà que trop.

D'après cette considération, l'on a dû restreindre beaucoup les tableaui de bonheur ultra-mondain ; les borner à des passe-temps insipides et mesquins; des Champs-Elysées où les âmes des justes sont réduites à des promenades monotones, à de stériles entretiens sur la vertu; un Olympe où les Dieux et demi-Dieux mangent toujours du même plat, toujours de l'ambroisie; d'antres séjours ascétiques où l'on n'a aucun usage des sens principaux, goM et tact, ni même des passions romantiques; certaines demeures célestes où l'usage des sens est outré et sans diversion; tels sont les deux paradis imaginés par Odin et Hahomel : dans le premier, le régal se bornera à boire du sang dans les crânes de ses ennemis; dans l'autre , on sera conjoint pendant 50 mille ans avec uiie des Houris ou nymphes célestes, dont on pourra bien s'ennuyer au bout de. 50 jours, si rien ne fait diversion à cette uniformité.

Chacun de ces fabricants de paradis n'a dépeint, dans ses tableaux, que son goût favori :

« Tout a rhumeur gasconne , en un auteur gascon. r>

Dans le paradis de Sommonakodom, Dieu des Siamois, on passera des milliers d'années en état d'absorption mentale , sans songer à rien. Un tel bonheur pourra plaire

»iiEiniaiB i^Aittii. pivot diuect. S44

à «ertains oisirs d'Italie qoi ont poar devise » betta eosa far nienie. Bref , on ne saurait à qui donner la palme de déraison , parmi ces fabricateurs de séjours olympiques dont je ne pousserai pas plus loin la collection.

Ces pauvretés peuvent suffire à charmer des civilisés et barbares , à qui il serait dangereux de promettre davantage; elles ne seraient pas* présentables à des harmoniens qui seront insatiables de jouissances, et qui, convaincus, par leur état social , de l'extrême sagacité de Dieu dans la distribution des plaisirs, verraient en lui une parcimonie méprisable, si l'immortalité ne leur garantissait pas dans l'autre vie une supériorité d'essor de chacune des douze passions, une perspective capable d'exciter la convoitise , même dés ce monde.

Jusqu'à|)résent , les tableaux de l'autre vie sont si peu satisfaisants , que les riches redoutent et différent autant que possible d'aller en jouir. Quant aux pauvres , s'ils sont familiarisés avec la mort, ce n'est point par amorce de bien-être futur, mais par dégoût de l'existence présente^ ennui qu'ils expriment par ce refrain : c Nous ne 9 pouvons pas être plus mal dans l'autre monde que dans » celui-«i. >

Pour éclaircir le problème de notre sort dans l'autre monde , consultons d'abord les indices que nous fournit l'Attraction à titre d'agent de la Divinité.

J'ai suffisamment démontré que Dieu contreviendrait à toutes ses propriétés (244) , s'il employait d'autre agent que l'Attraction pour diriger l'Univers : mais en quelle dose la distribue-t-il à chaque espèce d'êtres; quelle régie suit-il dans cette distribution? II est hors de doute qu'il répartit l'Attraction conformément à ses trois propriétés primaires et X (245).

312 PMiÀGimkHEÈ.

A partir de cette base, tous les doutef{ sur riomioftalitè composée yoDt être levés : démontrons la thèse par application à l'une des trois lois (366) , à IVcofùmue de ressorts.

Si Dieu distriluie TAttraclion avec économie , il n*en doit donner à chaque être que le nécessaire, en justes proportions avec les destinées : la justesse exige que la dose d'Attraction soit inférieure aux biens qui nous sont réservés, qu'elle soit en degré d'iNFRA-BESTin, afin de nous ménager le charme d'une surabondance de biens. L'Attraction en dose de superflu ou supra-destin , en excédant de rapport avec les biens à obtenir, serait lUi tourment pour l'espèce entière ; jugeons-én par comparaison aux animaux. Le renne est destiné à vivre dans les glaces; Dieu ne lui donne pas attraction pour les prés fleuris et les végétaux de nos climats; ce quadnçède préfère les neiges et la mousse qu'elles recouvrent ; son attrac^on est donc proportionnelle av^ec sa destinée essentielle*

Remarquons que Dieu distribue les lumières en même rapport. Un bœuf est condamné à périr dans nos boucheries; Dieu ne lui donne pas , comme à nous , la faculté de réfléchir sur la mort et les genres dé mort. Cet animal serait inquiet toute sa vie , en prévoyant sa triste fin. La nature en agit de même à l'égard d'un sauvage destiné à encourir les risques de famine ; elle lui inspire une apathie qui lui cache le péril.

Il est donc évident que le Créateur a réparti les attractions et les lumières avec économie et discernement; qu'il n'en donne à chaque espèce aucune branche, aucune dose qui puisse excéder le nécessaire, ni s*écarter de convenance avec la destinée essentielle du gir^md nombre ;

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