‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 11 sur 201 · XXVJ PREFACE · texte numérisé non relu

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entre mille, de Vérités repoussées, a leur apparition, par ces bizarres accusations d'Immoralité, d'Impiété, de Monstruosité, etc. Ces accusations ridicules ont environné le berceau de toutes les Sciences : les premiers qui ont étudié les phénomènes physiques et les réactions chimiques ont été considérés comme d'infâmes scélérats, des empoisonneurs, des donneurs de sort, des sujets du Démon; on les a brûlés. On a brûlé comme eux les Mathématiciens et les Astronomes. Les premiers Anatomistes ont soulevé contre eux les flots de l'Indignation et du Mépris public. Enfin, Socrate n'a-t-il pas bu la ciguë pour crime d'impiété? Jésus n'est-il pas mort sur la croix, condamné- comme un vil scélérat? E[ la Doctrine chrétienne, et le Culte chrétien ne se sont-ils pas vus accusés d'immoralité et d'infamie , pendant plusieurs siècles, dans les écrits des Philosophes, des Sages, des Moralistes et des Prêtres de l'époque? Que prouvaient toutes ces accusations? — Les accusations, qu'on le sache bien, ne prouvent que quand elles sont prouvées.

Maintenant, que messieurs les Moralistes qui lancent sur Fourier les foudres de leur indignation vertueuse nous permettent de leur donner sur la Morale, et pour nous résumer, une petite leçon tout à fait élémentaire dont ils ont assez besoin, car ils ne paraissent pas avoir en Morale des idées bien nettes, bien claires. Ce sont de simples définitions.

Un Système de Morale, ou si l'on veut une Morale, se compose nécessairement de deux choses : d'un But et des Moyens propres ou crus propres à atteindre ce But. Or, pour qu'une Morale soit légitime, vraie, juste, il faut non -seulement que le But en soit bon, il faut encore que les Moyens soient capables d'atteindre le But.

La Production du Bien dans la Société, tel doit être le But

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de la Morale ; mais ce But ne suffit nullement a justifier une Morale. Pour que la justification soit complète, il faut que cette Morale possède un Système de moyens capables de réaliser la Production du Bien dans la Société.

Les Moralistes, jusqu'ici, ne se sont pas avisés de cette distinction assez simple. Ils se sont plu, et ils ont fait de la langue leur complice, à identifier leurs Morales, leurs Systèmes moraux, avec le But de ces Systèmes, avec le Bien lui-même. De la cette dérivation qui a donné a l'épithète moral le sens de bon, vertueux, conforme au Bien, et a l'épithète immoral la signification inverse.

Mais il n'y a pas plus de raison, en principe, pour identifier la Morale avec le Bien, qu'il n'y en aurait a identifier, par exemple, le désir de faire fortune avec une fortune faite. A côté du But, du Vœu, du Désir de la Morale, il y a la question des Moyens de Réalisation. Il en résulteque dans l'intérêt même du But de la Morale, on peut demander a celle-ci compte de ses Moyens. Il en résulte, en outre, que si l'on trouve et si l'on prouve que ces Moyens sont mauvais, qu'au lieu d'avoir puissance de réaliser le Bien, ils ont au contraire empêché de découvrir les Conditions de la Réalisation du Bien, il sera très conforme au But de la Morale de critiquer la Morale, de montrer l'impuissance et la fausseté des principes sur lesquels elle s'est fondée? — C'est précisément ce qu'a fait Fourier.

Il y a donc la Morale considérée dans son But, et la Morale considérée dans ses Procédés. Le lecteur comprendra sans peine, en ayant égard a cette distinction fort sensée, qu'il faut beaucoup de légèreté ou beaucoup de mauvaise foi pour jeter sur un homme qui critique les Procédés de la Morale des accusations d'attaque à la Morale, formulées de manière à faire croire que c'est au But de la Morale,.au Bien lui-même, que cet homme veut porter atteinte. C'est cependant ainsi qu'ont bien

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soin d'agir toujours les Saintes Ames qui «vengent la Morale des odieuses attaques de Fourier. »Les vengeurs de la Morale seraient-ils donc dispensésd'a voir de laConscience ou du Bon Sens?

Si la légitimité du But de la Morale suffisait pour en couvrir, en légitimer, en justifier les Procédés, la même raison légitimerait, à priori, les Procédés de Fourier et tous les Systèmes, même les plus absurdes, dont les Auteurs et les Partisans auraient pour but la plus grande production du Bien dans la Société. En fait de Systèmes moraux, comme en fait de Systèmes de Réforme Sociale, toute la question consiste donc à examiner et à vérifier si le But est bon et si les Moyens sont capables de conduire au But : Or, cela constitue une Question scientifique, c'est-à-dire une question que la Raison et la Discussion doivent élucider, et que l'Expérience videra en dernier ressort

<}ue si l'on veut définir la Morale, la Science qui donne les Moyens de réaliser et de généraliser le Bien dans la Société, il résultera de cette définition :1° Que tout ce que l'on a appelé jusqu'ici la Morale doit porter dorénavant un autre nom, puisque ce que l'on a appelé la Morale a été impuissant à réaliser et a généraliser le Bien, et, au contraire, a laissé en fait subsister le Mal dans la Société ; 2° Que, suivant nous et jusqu'à preuve du contraire, Fourier doit être considéré comme le premier des Moralistes, puisque, suivant nous, il a découvert le seul moyen efficace de réaliser et de généraliser îe Bien dans la Société.

Que si au contraire on caractérise la Morale comme étant ce qu'elle a été en fait, un Ensemble de Doctrines fort incohérentes, mais s'accordant généralement a enseigner que le Bien ne peut être obtenu que par la Répression des Passions, par la Contrainte, on comprendra alors que Fourier, qui soutient qu'on ne pouvait découvrir les Lois de la Réalisation du Bien qu'en recherchant les Conditions du développement harmo-

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nique des Passions, et qui n'approuve la légitimité de la Contrainte que contre les essors subversifs des Passions, on conçoit, disons-nous, que Fourier n'ait point pris le titre de Moraliste, et qu'il ait combattu la direction donnée à l'esprit humain par les Doctrines morales, comme ayant entravé la Découverte des Conditions du Bien.

Nous avons prouvé que le mot Morde et tous les mots de la même famille ont plusieurs sens très distincts, et nous n'avons pas même épuisé tous les sens que ces mots comportent ; mais ce que nous avons dit suffira pour que le lecteur se tienne en garde contre les fausses interprétations que ces significations diverses peuvent produire. En lisant Fourier avec bonne foi, on comprendra toujours facilement la pensée , malgré des amphibologies dont la langue est coupable, et que l'on rougira bientôt, sans doute, d'exploiter contre lui.

Pour résumer sur les trois chefs d'accusation que nous venons d'examiner, nous dirons:

\° Non , Fourier ne veut pas que l'homme lâche la bride à ses passions; mais il prétend qu'il faut donner a la Science Sociale, pour base, la connaissance des Impulsions ou Facultés actives qui sont l'expression de la Nature Humaine, et, pour objet, la détermination d'un Milieu capable d'utiliser ces Impulsions, de les tourner au Bien, de les développer harmoniquement et de les satisfaire.

2° Oui, Fourier critique très énergiquement la Morale et les Moralistes; mais la critique de Fourier est une critique scientifique , qui ne porte nullement sur le But supérieur de la Morale, en tant que ce But serait la Production du Bien et de l'Harmonie sociale , puisque ce But est celui de Fourier lui-même. Cette critique porte exclusivement, au contraire,,

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