DE L'ASSOCIATION AGRICOLE
La solution de ce problème tant dédaigné conduisait à la solution de tous les problèmes politiques. L'on saitquil suffit quelquefois des plus petits moyens pour opérer les plus grandes choses : c'est avec une aiguille de métal qu'on maîtrise la foudre et qu'où dirige un vaisseau à travers les orages et les ténèbres; c'est avec un moyen aussi simple qu'on peut mettre terme à toutes les calamités sociales; et tandis que la Civilisation se baigne dans le sang pour assouvir des jalousies mercantiles, on apprendra sans doute avec intérêt qu'une opération industrielle va les terminera jamais, sans aucun combat, et que la puissance maritime, jusqu'à présent si redoutable, va tomber dans une absolue nullité par l'effet de V Association agricole.
Cette disposition n'était pas praticable dans l'antiquité, à cause de l'esclavage des cultivateurs; les Grecs et les Romains vendaient le laboureur comme une bête de somme, avec l'agrément des philosophes, qui ne réclamèrent jamais contre cette odieuse coutume. Ces savants sont dans l'usage de croire impossible tout ce qu'ils n'ont pas vu ; ils s'imaginaient qu'on ne pourrait pas affi anchir les cultivateurs sans renverser l'ordre social ; cependant on est parvenu à les mettre en liberté, et l'Ordre social n'en est que mieux organisé. Les philosophes ont encore à l'égard de l'Association agricole le même préjugé qu'ils avaient à l'égard de l'esclavage; ils la croient impossible parce qu'elle n'a jamais existé; envoyant les familles villageoises travailler incohéremment, ils pensent qu'il n'est aucun moyen de les associer, ou du moins ils feignent de le penser; car sur ce point, comme sur tout autre, ils sont intéressés à donner pour insoluble tout problème qu'ils ne savent pas résoudre.
Cependant, plus d'une fois l'on a entrevu qu'il résulterait des économies et des améliorations incalculables si l'on pouvait réunir e:\ société industrielle les habitants de chaque bourgade, associer en proportion de leur capital et de leur industrie deux à trois cents familles inégales en fortune qui cultivent un canton.
L'idée paraît d'abord gigantesque et impraticable à cause de l'obstacle qu'opposent les passions à une telle réunion ; obstacle
d'autant plus effrayant qu'on ne peut pas les surmonter petit à petit. On ne peut guère réunir en société agricole vingt, trente, quarante individus, pas même cinquante ; il en faut au moins huit cents pour former l'Association naturelle ou attraïante. J'entends par ces mots une société dont les membres seront entraînés au travail par émulation, amour-propre, et autres véhicules compatibles avec celui de l'intérêt : l'Ordre dont il s'agit nous passionnera pour l'agriculture, aujourd'hui si rebutante qu'on r.v l'exerce que par nécessité et par la crainte de mourir de faim.
Je passe sur le détail des recherches que me coûta le problème de l'Association naturelle; c'est un Ordre tellement opposé à nos usages que je ne me hâte pas d'en donner connaissance; sa description paraîtrait ridicule si je n'y disposais le lecteur par un aperçu des immenses avantages qui en résulteront.
L'Association agricole, en la supposant élevée au nombre d'environ mille personnes, présente à l'industrie des bénéfices si énormes qu'on a peine à expliquer l'insouciance des modernes à ce sujet; il existe pourtant une classe de savants, les économistes, voués spécialement aux calculs de perfectionnement industriel. Leur négligence à rechercher un procédé d'Association est d'autant plus inconcevable qu'ils ont eux-mêmes indiqué plusieurs des avantages qui en résulteraient ; par exemple, ils ont reconnu, et chacun a pu reconnaître comme eux, que trois cents familles de villageois associés n'auraient qu'un seul grenier bien soigné, au lieu de trois cents greniers mal en ordre; qu'une seule cuverie au lieu de trois cents cuves soignées la plupart avec une extrême ignorance; qu'ils n'auraient dans divers cas, et surtout en été, que trois ou quatre grands feux au lieu de trois cents; qu'ils n'enverraient à la ville qu'une seule laitière avec un tonneau de lait porté sur un char suspendu, ce qui épargnerait cent demi-journées perdues par cent laitières qui portent cent brocs de lait. Voilà quelques-unes des économies que divers observateurs ont entrevues, et pourtant ils n'ont pas indiqué la vingtième partie des bénéfices qui naîtraient de l'Association agricole.
On l'a crue impossible parce qu'on ne connaissait aucun moyen de la former; était-ce un motif de conclure qu'on n'en découvrirait pas et qu'on n'en devait pas chercher? Si l'on considère qu'elle triplerait [et souvent décuplerait] les bénéfices d'exploitation générale , on ne doutera pas que Dieu n'ait avisé aux moyens dé l'établir; car il a dû s'occuper avant tout de l'organisation du
mécanisme industriel, qui est le pivot des sociétés humaines. Les gens pressés d'argumenter élèveront là-dessus maintes objections. « Comment amalgamer en société des familles dont l'une « possède 100,000 livres et l'autre pas une obole? Comment dé-
- brouiller tant d'intérêts divers, concilier tant de volontés con- « tradictoires? Comment absorber toutes ces jalousies dans un
- plan d'intérêts combinés?» A cela je réplique par l'appât des richesses et des plaisirs ; la plus forte passion des paysans comme des citadins, c'est l'amour du gain. Lorsqu'ils verront un canton sociétaire donner, à égalité de chances, trois fois [ cinq fois, sept fois] plus de bénéfice qu'un canton de familles incohérentes, et assurer à tous les associés les jouissances les plus variées, ils oublieront toutes leurs rivalités et se hâteront d'opérer l'Association; elle s'étendra sans aucune loi à toutes les régions; car en tous lieux les hommes sont passionnés pour les richesses et les plaisirs.
En résumé, cette théorie de l'Association agricole, qui va changer le sort du genre humain, flatte les passions communes à tous les hommes , elle les séduit par l'appât du gain et des voluptés ; c'est là le garant de son succès chez les Sauvages et les Barbares comme chez les Civilisés, puisque les passions sont les mêmes en tous lieux.
Il n'est pas pressant de faire connaître ce nouvel Ordre, auquel je donnerai les noms de Séries progressives ou Séries de groupes, SÉRIES PASSIONNÉES.
Je désigne par ces mots un assemblage de plusieurs groupes associés qui s'adonnent aux diverses branches d'une même industrie ou d'une même passion. On peut consulter à ce sujet la note A [à la fin du volume ], où je donne sur l'organisation des Séries progressives quelques notions qui seront loin de suffire, mais qui préviendront les fausses idées qu'on pourrait se former sur ce mécanisme, d'après divers détails qu'on a entendus de moi, et qu'on ne manque jamais de dénaturer en les répétant.
La théorie des Séries passionnées ou Séries progressives n'est pas imaginée arbitrairement comme nos théories sociales. L'ordonnance de ces Séries est en tout point analogue à celle des séries géométriques dont elles ont toutes les propriétés, comme la balance de rivalité entre les groupes extrêmes et les groupes moyens de la série. Ceci est exprimé plus en détail dans la note A.
Les passions qu'on a crues ennemies de la concorde, et contre
lesquelles on a écrit tant de milliers de volumes qui vont tomber dans le néant, les passions, dis-je, ne tendent qu'à la concorde, qu'à l'unité sociale dont nous les avons crues si éloignées ; mais elles ne peuvent s'harmoniser qu'autant qu'elles " se développent" régulièrement dans les Séries progressives ou Séries de groupes. Hors de ce mécanisme, les passions ne sont que des tigres déchaînés, des énigmes incompréhensibles; c'est ce qui fait dire aux philosophes qu'il faudrait les réprimer : opinion doublement absurde en ce que l'on ne peut pas réprimer les passions (!), et en ce que si chacun les réprimait, l'état civilisé déclinerait rapidement et retomberait à l'état nomade , dans lequel les passions seraient encore aussi malfaisantes qu'on les voit parmi nous; car je ne crois pas plus aux vertus des bergers qu'à celles de leurs apologistes.
L'Ordre Sociétaire qui va succéder à l'incohérence civilisée n'admet ni modération, ni égalité, ni aucune des vues philosophiques ; il veut des passions ardentes et raffinées; dès que l'Association est formée , les passions s'accordent d'autant plus facilement qu'elles sont plus vives et plus nombreuses.
Ce n'est pas que ce nouvel ordre doive rien changer aux passions ; cela ne serait possible ni à Dieu ni aux hommes : mais on peut changer la marche des passions sans rien changer à leur nature. Par exemple, si un homme sans fortune hait le mariage, et qu'on lui offre une femme dotée de cent mille livres de rente, il consentira avec joie à former ce lien qui lui répugnait la veille. Aura-t-il pour cela changé de passion? Non, mais sa passion dominante, l'amour des richesses, aisra changé de marche ; elle prendra , pour atteindre à son but, une voie qui lui déplaisait hier ; elle n'aura pas pour cela changé de nature, mais seulement de route.
Si donc j'avance que dans l'Ordre Sociétaire tes hommes prendront des goûts différents de ceux qu'ils ont à présent, et qu'ils préféreront le séjour des campagnes à celui des villes, il faut se garder de croire qu'en changeant de goûts ils changeront de passions ; ils ne seront toujours guidés que par l'amour des richesses et des plaisirs.
J'insiste sur cette remarque pour écarter une ridicule objection que forment certains esprits obtus } lorsqu'ils entendent parler
(t) [Autrement <yae par la violence ou l'absorption réciproque.]
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des changements do goûts et de coutumes qui résulteront de l'Ordre Sociétaire, ils s'écrient aussitôt : Vous changerez doxc les passions! Non, certes, mais on leur ouvrira de nouvelles chances, qui leur assureront un développement triple et quadruple de celui qu'elles trouvent dans l'ordre incohérent où nous vivons. C'est pour cela qu'on verra les civilisés prendre en aversion des habitudes qui leur plaisent aujourd'hui, telle que la vie déménage, lorsqu'ils observeront que dans le ménage les enfants ne sont occupés qu'à hurler, briser, quereller et refuser tout travail, et que ces mêmes enfants, introduits dans les Séries progressive* ou Séries de groupes, ne s'y occupent que d'industrie, rivalisent d'émulation sans qu'on les excite, qu'ils s'instruisent de leur plein gré sur les cultures, les fabriques, les sciences et arts; qu'ils produisent et font des bénéfices tout en croyant se divertir. Lorsque les pères verront ce nouvel ordre, ils trouveront leurs enfants adorables dans les séries et détestables dans les ménages incohérents. Quand ils observeront ensuite que, dans la résidence d'une Phalange (c'est le nom que je donnerai à l'Association qui cultive un canton) , on fait une chère si merveilleuse que, pour le tiers des frais que coûte une table de ménage, on trouve dans les Séries un service trois fois plus délicat et plus copieux, de sorte qu'on peut s'y nourrir trois fois mieux en dépensant trois fois moins que dans un ménage, et éviter encore l'embarras des approvisionnements et préparations ; lorsqu'ils verront enfin que dans les relations des Séries on n'éprouve jamais aucune fourberie, et que le peuple si faux et si rustre en Civilisation devient éclatant de vérité et de politesse dans les Séries, ils prendront en aversion ee ménage, ces villes, cette Civilisation, qui sont les objets de leur affection présente ; ils voudront s'associer dans une Phalange de Séries et habiter son édifice. Auront - ils changé de passions parce qu'ils dédaigneront les coutumes et les goûts qui leur plaisent aujourd'hui? Non, mais leurs passions auront changé de marche sans avoir changé de but ni de nature. Il faut donc bien se garder de croire que l'Ordre des Séries progressives, qui ne sera plus la Civilisation , doive opérer le moindre changement dans les passions ; elles ont été et seront immuables pour produire les déchirements et la pauvreté hors des Séries progressives, ou pour produire la concorde et l'opulence dans "l'État Sociétaire" qui est notre destinée, et dont la formation dans un seul canton sera imitée spontanément en tout pays, par le seul appât des im-
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meiises bénéfices et des jouissances innombrables que cet Ordre assure à tous les individus, quelle que soit l'inégalité des fortunes. Je passe aux résultats de cette invention sous le rapport scientifique.
DE L'ATTRACTION PASSIONNÉE ET DE SES RAPPORTS AVEC LES SCIENCES FIXES."
Est-ce par dédain , par inadvertance ou par crainte d'insuccès, que les savants ont négligé de s'exercer sur le problème de l'Association? Il n'importe quel a été leur motif, mais ils l'ont négligé ; je suis le premier et le seul qui s'en soit occupé. De là résulte que, si la théorie de l'Association, inconnue jusqu'à ce jour, pouvait acheminer à d'autres découvertes, si elle est la clef de quelques nouvelles sciences , elles ont dû échoir à moi seul , puisque je suis le seul qui ait cherché et saisi cette théorie.
Quant aux nouvelles sciences dont elle ouvre l'accès, je me bornerai à en indiquer deux principales, et comme ce détail n'intéresse pas le grand nombre des lecteurs, je serai bref autant que possible.
La première science que je découvris fut la théorie de l'Attraction passionnée.
Lorsque j'eus reconnu que les Séries progressives assurent un plein développement aux passions des deux sexes, des divers âges et des diverses classes; que dans ce nouvel ordre on acquerra d'autant plus de vigueur et de fortune qu'on aura plus de passions, je conjecturai de là que, si Dieu avait donné tant d'influence à l'Attraction passionnée et si peu à la raison, son ennemie, c'était pour nous conduire à cet Ordre des Séries progressives q«i satisfait en tout sens l'Attraction. Je pensai dès-lors que l'Attraction tant décriée par les philosophes était interprète des vues de Dieu sur l'ordre social, et j'en vins au calcul analytique et synthétique des attractions et répulsions passionnées; elles conduisent en tout sens à l'Association agricole. On aurait donc découvert les lois de l'Association sans les chercher, si l'on se fût avisé de faire l'analyse et la synthèse de l'Attraction. C'est à quoi personne n'a songé, pas même dans ce dix-huitième siècle, qui, voulant fourrer
partout les méthodes analytiques, n'a pas essayé de les appliquer l'Attraction.
La théorie des attractions et répulsions passionnées est fixe et applicable en entier aux théorèmes de géométrie; elle sera susceptible de grands développements, et pourra devenir l'aliment des penseurs, qui, je crois, sont fort en peine d'exercer leur métaphysique sur quelque sujet lumineux et utile.
Je continue sur la filiation des nouvelles sciences. Je reconnus bientôt que les lois de l'Attraction passionnée étaient en tout point conformes à celles de l'Attraction matérielle , expliquées par Newton et Leibnitz, et qu'il y avait unité du système de mouvement POUR LE MONDE MATERIEL ET POUR LE MONDE SPIRITUEL.
Je soupçonnai que cette analogie pouvait s'étendre des lois générales aux lois particulières ; que les attractions et propriétés des animaux, végétaux et minéraux étaient peut-être coordonnées au même plan que celles de l'homme et des astres; c'est de quoi je fus convaincu après les recherches nécessaires. Ainsi fut découverte une nouvelle science fixe : l'Analogie des quatre mouvements matériel, organique, animal et social, ou Analogie des modifications de la matière avec la théorie mathématique des passions de Vhomme et des animaux.
La découverte de ces deux sciences fixes m'en dévoila d'autres dont il serait inutile de donner ici la nomenclature ; elles s'étendent jusqu'à la littérature et aux arts, et établiront des méthodes fixes dans toutes les branches des connaissances humaines.
Du moment où je possédai les deux théories de l'Attraction et de l'Unité des quatre mouvements, je commençai à lire dans le grimoire de la nature; ses mystères s'expliquaient successivement, et j'avais enlevé le voile répété impénétrable. J'avançais dans un nouveau monde scientifique; ce fut ainsi que je parvins gradativement jusqu'au calcul des Destinées universelles, ou détermination du système fondamental sur lequel furent réglées les lois de tous les mouvements présents, passés et à venir.
Dans un tel succès, de quoi faut-il le plus s'étonner : ou du coup de fortune qui m'a dévoilé tant de nouvelles sciences par le secours d'un petit calcul sur l'Association qui en était la clef, ou dei'étour- «lerie de vingt-cinq siècles savants qui n'ont pas songé à s'occuper «le ce calcul, quoiqu'ils eussent épuisé tant d'autres branches d'études? Je crois que l'on décidera l'alternative en ma faveur, et
que l'étendue de mes découvertes semblera moins étonnante que l'étourderie des siècles qui les ont manquées.
Déjà j'ai consolé les savants d'une telle disgrâce en leur apprenant qu'une moisson de gloire et de richesses leur est préparée à tous; j'apporte plus de sciences nouvelles qu'on ne trouva de mines d'or en découvrant l'Amérique. Mais n'ayant pas les lumiè.es nécessaires pour développer ces sciences, je n'en prendrai pour moi qu'une seule, celle du mouvement social; j'abandonne toutes les autres aux érudits des diverses classes, qui s'en composeront un magnifique domaine.
Combien ils avaient besoin de ce ravitaillement! Toutes les classes de savants étaient aux abois, et réduites à glaner misérablement. On avait ressassé et pressuré jusqu'au dernier grain des sciences connues ; il ne restait d'autres ressources que de créer des sophismes pour les combattre, et remplir double quantité de volumes en élevant et réfutant chaque erreur.
Dès à présent la scène change; les savants vont passer de l'absolu dénuement à l'excessive opulence ; la moisson sera si copieuse qu'ils peuvent se flatter tous d'y prendre part et de s'établir des renommées colossales, car ils auront la première exploitation de cette mine scientifique dont ils saisiront les plus riches filons. Chacun d'entre eux pourra dès le deuxième Mémoire, où je traiterai des mouvements animal et organique, entrevoir les objets de sa compétence, sur lesquels il aura à composer des traités de science certaine. Et j'insiste sur ce nom de science certaine, car on le prodigue bien mal à propos à des sciences vagues et capricieuses, comme la botanique dont les divers systèmes ne sont que des tableaux arbitrairement classés; ils n'ont aucun rapport avec la méthode de la nature qui est de coordonner toutes les formes et propriétés des choses créées à un type commun, au système mathématique des passions humaines.
J'ai fait entrevoir que les sciences vont enfin prendre une marche fixe, et se rattacher toutes à une méthode invariable. Je donnerai dès le second Mémoire quelques notions de cette méthode qui rapporte tout à nos passions. Elle montre dans tout ce qui! existe les tableaux du jeu des passions, et cette analogie donnera aux études les plus rebutantes, telles que Panatomie, plus de charme que n'en offre aujourd'hui l'étude des fleurs.
Parmi les heureux résultats que donnera cette méthode, il faut placer avant tout la découverte de remèdes spéciaux à toutes les
maladies. Il n'est aucun mal qui n'ait un ou plusieurs antidotes tirés des trois règnes ; mais la médecine n'ayant pas de théorie régulière pour procéder à la recherche des remèdes inconnus, elle est obligée de tâtonner pendant des siècles et même des milliers d'années, jusqu'à ce que le hasard lui livre un remède ; aussi n'at-elle pas encore trouvé les absorbants naturels de la peste, la rage et la goutte ; on les découvrira par la théorie des quatre mouvements. La médecine ainsi que toutes les autres sciences va sortir de sa longue enfance, et s'élever par le calcul des contremouvements à toutes les connaissances qui lui furent si longtemps refusées.