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Théorie intégrale de l'immortalité de l'âme

9. Glose aux Trans-Légomènes; exercées aux Post-Légomènes. Répertoires et dictionnaires en mode composé.

Un ample chapitre sur ce plan aurait été utile aux lecteurs étrangers , moins défiants que les Français : mais publiant chez ceux-ci, j'ai craint que cette bordée de volumes ne prêtât le flanc à la raillerie; je me suis borné à leur faire observer (en face du titre), qu'on ne peut pas donner en deux tomes la matière de six ou neuf, et qu'ils trouveront dans la synthèse routinière (3e. et 4e. tomes actuels) les connaissances nécessaires pour organiser et diriger le canton d'épreuve.

2e. faute grave. Le renvoi de sujets essentiels sans être urgents. Je n'en cite que deux, l'analogie passionnelle et les séries mesurées.

L'analogie passionnelle ou tableau hiéroglyphique des passions humaines représentées dans tous les produits des règnes divers. Cet article, qui pouvait fournir de charmants détails, a été à peine indiqué en 20 pages ,

sous le titre de psycologie comparée (III, 212). Il eût fallu y employer au moins 100 pages, même en se bornant à un aperçu. Je reviendrai sur la beauté de ce sujet, au 3e. chapitre (leçon 3e.) , dans une petite note sur des analogies de fleurs et d'oiseaux avec les passions humaines.

J'ai renvoyé le tout, ne voulant pas faire un 3e. tome, ni placer dans les 2 premiers la partie romantique au détriment de la classique. Je ne doute pas que les Français n'eussent préféré une ample section d'analogie ; mais j'ai craint que les nations graves, les Anglais qui sont disposés à tenter l'essai , ne me blâmassent d'avoir donné trop à l'agréable et trop peu au raisonnement , dans une affaire où il s'agit des plus pressants intérêts du genre humain.

Le renvoi de la section des séries mesurées, qui aurait expliqué les avantages de l'ordonnance à contrepartie, par Introduction et Extroduction, Avant-Propos et Arrière-Propos , Pivot direct et Pivot inverse, morceaux de transition, d'entr'acte, etc.

Sans doute il eût fallu décrire ces accords et relations d'un ordre à 32 divisions avec pivots; mais un contretemps est survenu 5 le défaut d'espace m'a arrêté 5 et comme ce sujet, auquel j'aurais dû donner 100 pages, me paraissait bien fort pour des commençants , j'ai opiné un peu tard à le renvoyer au 4e. tome (théorie transcendante).

Ce renvoi compromet le 1er. tome, qui, étant distribué en série mesurée, semble bizarre tant que je n'ai pas expliqué les harmonies très-ignorées de cette disposition. Mais les sujets traités n'en sont pas moins très-intelligibles; et pourquoi se plaindre de ma manière, si ellear-

rive au but, qui est d'indiquer un moyen d'associer 2 à 300 familles inégales en fortune , et tripler le produit de leur industrie? Je n'aurais rien su inventer si je n'avais eu que la manière banale , que la teinte uniforme des esprits civilisés, tous moutonniers en étude de la nature : ils jugent ridicule de distinguer des pivots dans tout classement; mais pourquoi la nature suit-elle cette méthode; pourquoi , aux 7 couleurs du rayon , ajoule-t-elle une pivotale ou couleur foyère , qui est le blanc? Au reste, ils verront plus loin , à la note sur l'immortalité de l'âme , dans quel trébuchet on s'engage , lorsqu'on veut bannir des études l'ordre établi par la nature, la distinction des pivots et transitions.

En FAUTES DOUTEUSES. 3°. Le brisement des idoles. Démasquer les Platon (III, 274), les Caton (II, 391) et autres égoïstes renforcés; réfuter en outre les hommes à illusions louables, comme Fénélon (IV, 477); prouver que leur charité, leur douce morale, ne sont encore qu'un assassinat indirect de l'humanité, qu'une illusion démentie par les faits : voilà la thèse que j'ai voulu démontrer, et il a fallu choisir les auteurs les plus recommandables par l'intégrité jointe à l'éloquence. Pouvais-je trouver mieux que Fénélon? Je n'aurais pas mis en scène ces écrivains suspects, ces plumes vénales , soufflant le chaud et le froid en morale : j'ai dû faire choix d'hommes de haute probité, pour conclure de leur doctrine qu'on est dupe en morale des vertus ou des talents de l'écrivain; qu'on devrait juger les choses et non les hommes, et dépouiller la civilisation de son masque.

On voit des écrivains très-estimables adopter ce rôle. Un journal du 28 mai donne l'analyse d'un traité d'économie politique, par M. le comte Destutt de Tracy, qui

se résout à dire des vérités sur la civilisation : j'en cite 3 seulement.

A. Les salariés ne reçoivent que le trop plein de tous les autres. De sorte que si les autres n'ont pas de trop plein, ce qui arrive parfois , il faut que les salariés meurent de faim. C'est ce qui a lieu surtout dans les pays de manufactures. Beau trophée pour la politique sociale î voilà donc le fruit de 5,000 ans d'études : aucune garantie de travail et de minimum au pauvre.

B. // est juste et utile de laisser le pauvre maître de son travail. Mais quand il n'en trouve point , de quoi sera-t-il maître? De mourir de faim ou de se tuer. Et quand il trouve du travail, quel chef se décidera à l'en laisser maître, lui en abandonner le produit, le juste lot de dividende industriel, c'est-à-dire les 2 portions dues au travail et au talent (IV, 502).

C . // importe aussi à la société que le pauvre ne soit pas trop malheureux. C'est avouer qu'il l'est déjà beaucoup et constamment , puisqu'on opine à ne pas le pousser au désespoir dont il est si près.

M. de Tracy peint la civilisation sans fard : mais comment concilier ce naïf aveu du malheur des peuples, avec le vol sublime de notre philosophie moderne , qui se vante d'avoir tant fait pour le bonheur social , en créant la science qui n'existait pas (64)/

Voilà au moins un philosophe qui dit vrai, qui avoue l'état des choses, l'impéritie de la raison , comme le signataire L. (64). Il se trouve donc, parmi les contemporains , quelques écrivains qui inclinent à l'aveu du mal. Ceux-là ont déjà besoin d'être désabusés sur l'espoir d'atteindre à quelque bien en civilisation. Mais les autres, qui se jettent à corps perdu dans les illusions,

qui croient au règne de la charité et de la vertu quand ils les voient dans les livres ou chez un homme isolé , ces illusionnaires qui n'envisagent que les dogmes et les individus au lieu de spéculer sur les résultats, sur l'expérience, ont besoin d'être fortement remontrés et démentis. 11 faut briser leurs idoles, quant aux doctrines seulement. De là vient que je dois réfuter de préférence les écrivains les plus honorables, tels que Fénélon, qui, joignant au relief de la vertu celui de l'éloquence, est doublement dangereux dans le cas de fausse doctrine. J'ai dû , par cette raison , le choisir pour modèle de cacographie morale et piège des ouvrages bien écrits.

De tels choix déplaisent aux lecteurs- ils reprochent au livre de n'être pas marchand. Je ne prétends pas au titre d'écrivain marchand, mais à celui d'inventeur.

4°. La 2e. faute douteuse est celle des dimensions. Tel juge trop abrégée une discussion que d'autres diront trop longue. Je n'ai donné que 64 pages (II, 259 à 303), à un sujet plus important à lui seul que les bibliothèques philosophiques , au calcul des garanties que l'attraction établit entre Dieu et l'homme 5 sujet dont l'examen eût pu conduire le genre humain 2,500 ans plus tôt à l'Association, s'il eût voulu consacrer 64 pages à cette branche d'études : et certains lecteurs osent dire qu'elle est trop longue! Si je n'avais pas soutenu ma théorie de cette métaphysique sévère, on aurait prétendu qu'elle était une babiole • que les groupes étaient des amusettes , des jeux d'imagination.

J'ai vu d'autres juges concevoir de la défiance en apprenant que je ne voulais publier que deux volumes , et douter qu'une grande découverte pût être contenue dans un si petit nombre de tomes. Habitués à voiries volumes

philosophiques entassés par mille et cent mille, ils désespèrent que deux tomes puissent attaquer une pareille armée.

D'où viennent toutes ces préventions ? De ce qu'on veut chercher dans le livre autre chose que ce qu'il doit contenir, autre chose que le traité de l'Association revêtu de preuve directe et indirecte. Si l'on se fixait à cette idée, on reconnaîtrait que l'engagement est rempli avec exactitude, et l'on ne tomberait pas dans ces arguties sur les dimensions.

5°. La 3e. faute douteuse est d'avoir donné des ébauches sur divers sujets transcendants , comme les effets de mouvement ambigu et infinitésimal (tome IV, section 6e.). Les uns prétendent qu'il eût fallu éviter ces notions succinctes sur des calculs si extraordinaires ; d'autres, au contraire, en trouvent les détails trop peu étendus. C'est une vraie loterie que ces choix de sujets dans une théorie neuve et immense : on n'a aucune donnée pour discerner les convenances du public; et, tout considéré, il pourra reconnaître que j'ai fait sagement de préluder sur tout un peu, soit pour juger de la marche à suivre dans les volumes suivants, soit pour démontrer que la théorie du mouvement embrassera exactement toutes les branches.

En FAUTES LÉGÈRES. Il doit s'en glisser bon nombre dans tout ouvrage qu'on livre à la presse jour par jour, sans avoir achevé les manuscrits, revu l'ensemble et mis la dernière main. Examinons-en quelquesunes.

6°. En 4re. faute légère, la dissémination de sujets propres à former des masses. Ainsi les deux quadrilles de conflit,

(IV, 66), sur l'éducation; (III, 61), sur la galanterie , auraient pu être réunis en opposition aux quadrilles de coïncidences;

(III, 485), sur le quadruple bonheur; (111,564), sur les approvisionnements.

J'aurais pu faire encore divers classements plus opportuns peut-être, comme la réunion des tableaux d'unité , disséminés (II, 449, 352; III, 207, 486, 586). Ces collections s'adapteraient mieux au goût de certains esprits : d'autres aiment que les idées neuves soit reproduites par intervalles. Il est bien difficile , dit le fabuliste , de contenter tous les goûts. Vingtavis contradictoires que fai recueillis, ne m'ont point fixé sur ce sujet comme je l'aurais été si j'avais vu une majorité des journaux s'accorder sur quelque point de critique franchement débattu.

7°. En 2e. faute légère, les peccadilles , les menues inconvenances en distribution. L'examen de ces taches étant de mince intérêt avant la lecture du livre, j'en réunis 3 à la note 40e. (H9), pour ne pas ralentir par de minutieux détails.

Au nombre de ces peccadilles on peut ranger les inexactitudes, les fautes de vérification, comme d'avoir indiqué (II, 464) la coNCHO'iDE au lieu de la quadratrice, pour courbe typique de la 2e. passion distributive. Ces menues erreurs sur les accessoires sont très-rares et ne compromettent nullement le fond de la théorie.

. . . Enfin , une faute accidentelle est celle des lacunes obligées, entre autres des 4 ralliements d'amour (IV, 464 )•, lacune motivée par les convenances et qui pourtant laisse bien des vides en théorie. J'ai assez regretté d'estropier ainsi le beau calcul des ralliements ou contacts

d'extrêmes. Au reste, j'ai observé qu'on n'aura nul besoin de hauts accords dans une Association démode simple (période 7e., table, 13), qui sera le mode adopté pour le canton d'essai.

Voilà, du petit au grand, les véritables vices de forme qu'on aurait pu me reprocher. Mais les critiques auraient toujours contre eux le tort principal , celui de ne tenir aucun compte du service réel, oublier ou feindre d'ignorer que j'ai satisfait au point essentiel; que l'art d'associer les masses de cultivateurs et propriétaires inégaux en fortune, et de tripler le produit de l'industrie, est bien inventé et dûment expliqué , revêtu de toutes les preuves désirables avant la sanction de l'expérience. Or, quand un ouvrage satisfait si éminemment à l'utile, n'est-ce pas le cas de l'absoudre sur les peccadilles de forme 5 le cas de dire (I, 81 ): « Verum ubi plura nitent in carminé, non » ego paucis offendar maculis. Hor. j> A moins que les critiques français ne préfèrent se ranger dans cette classe d'obscurants dont Thomas dénonce la jalousie en disant: Le dernier des crimes que l'on pardonne, est celui d'annoncer des vérités nouvelles.

NOTE 40. Sur les peccadilles distributives.

1. Les disparates, les morceaux déplacés. On en trouve un (II, 585) ayant pour titre les deux libéralisme s. Cet entracte coupe maladroitement le grand intermède ; il sort du cadre des deux divisions , positive et négative : sa place était a TExtroduclion. Pourquoi donc se trouve-t-il transporté dans le grand intermède , pour en couper le sens? Il y a eu sans doute quelque motif. Il est inutile d'en rendre compte; j'abonne pour une faute.

2. Les simpîismes. Je suis presque tombe dans ce défaut a l'In-

termède (III , SI ) ; j'y ai trop peu mentionne le vice de Tordre civilisé (jui fait débuter les jeunes gens par la fausseté , seule voie de succès en affaires galantes, et qui par suite les habitue a spéculer sur la fausseté en affaires d'ambition. Il eut fallu poser en thèse, dès la lre. page, le besoin d'une garantie appliquée à ces deux faussetés en amour et en ambition , puisqu'elles naissent Tune de l'autre. Le morceau tombe dans le simplisme , en ce qu'il ne traite guère que de garanties contre la fausseté des relations amoureuses, telles que redevance de célibat (III , 88). Peu de lecteurs s'apercevront de ce tort.

5. L'extrême brièveté sur des sujets de la plus haute importance, comme celui du dernier chapitre, sur les attractions sociales proportionnelles Aux périodes. Cette discussion eut exigé au moins une section entière , car le seul point de controverse en attraction est de déterminer si Dieu a distribué les attractions et répugnances en système assorti aux besoins des créaturcs, ou si Ton peut admettre les prétentions de la raison humaine à suppléer l'attraction.

C'est la thèse la plus vierge qui existe, et pourtant elle est la clef de toute métaphysique régulière sur les destins de l'homme en ce monde et en l'autre. C'est donc une faute que d'avoir glissé si brièvement sur un sujet de si haut intérêt , sur une thèse qui est la base de tout le système de preuves (72) en théorie de l'immortalité.

J'ai commis pareille faute en définissant les trois passions dis tributives ( III , 402 ) ; ce sont elles qui dirigent tout le mécanisme des séries, comme je vais l'expliquera l'art. 9. Il eut fallu y affecter une ample notice. Elle était ébauchée ; le défaut d'espace m'a forcé à la renvoyer, comme tant d'autres pièces nécessaires. Si des intrigues n'eussent pas empêché l'annonce de l'ouvrage , dès le mois suivant j'aurais publié un volume additionnel pour suppléer a toutes ces lacunes , et choisir de préférence les sujets qu'on eut paru désirer.

INTERMEDE A-

Les philosophes dupes de leur tyrannie.

En voyant notre siècle affecter un beau zèle pour le progrès des lumières , les idées libérales et l'essor de la pensée, présumerait-on que ses philosophes (c'est à dire la classe obscur ante , n), sont ligués pour étouffer les découvertes en voie de progrès social, exercer en secret une contre- censure , une tactique pour entraver ces inventions philantropiques et en avilir les auteurs!

Quel fruit le monde savant recueille-t-il de cette persécution ? quel rôle joue-i-il dans Paris , où l'on n'est rien sans la fortune? les philosophes ou même les savants utiles y tiennent-ils un premier rang ? Non; car la masse des corps scientifiques a pour patrimoine un petit budget de 400,000 fr. , distribué entre quelques favoris ; disons 500,000 fr. , y compris les pensions. Voilà ce nombreux aréopage bien loti; un demi-million de rente ! c'est tout à point le déjeûner d'un agioteur : il en est même qui gagnent le plein million avant dîner.

Quant à la classe de sophistes qui prône ces agioteurs sous le titre d'amis du commerce , que ne sait-elle comme eux se placer au premier rang, puisqu'elle est despote/ Si Bonaparte y après le renvoi des anarchistes , ne se fût adjugé qu'une place de sous -préfet, on se serait moqué de lui comme on se moque des philosophes , qui, loin de savoir s'élever à la fortune , sont au plus bas de la roue dans cette civilisation d'où il leur était si aisé de sortir. L'esprit se soulève au tableau des disgrâces dont elle paie ses illustres savants et artistes. On voit partout la majorité d'entre eux réduite au sort de ce Dom Cervantes, « qui corrigea son siècle et mourut de misère. > Le

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grand Corneille, au lit de mort, n'a pas de quoi se procurer du bouillon; Milton aveugle est réduit à vendre son poëme pour dix guinëes ; Le Tasse empruntée sous pour vivre pendant la semaine; L'Arioste se plaint de n'avoir qu'un vêtement troué; Dryden est toute sa vie aux gages d'un libraire; Lesage mange le pain de la pitié; Adanson à 80 ans n'a pas de souliers ; Camoens meurt de faim dans les rues de Lisbonne; Kepler, Boèce et tant d'autres, sont dans un état voisin de l'indigence ; le prince des poètes , Homère , mendie son pain , et le prince des philosophes, Rousseau , gagne sa vie au métier de copiste.

Pour surcroît d'outrages , on affecte de les honorer après leur mort. On leur accorde un simulacre de faveur, une protection dérisoire, quand on se voit dispensé de les secourir. Un journal s'indignait , il y a peu de jours , de ce que le premier théâtre français n'avait pas donné des pièces de Corneille au jour anniversaire de son décès ; hé, Messieurs, si vous rappelez sa triste fin dont les détails ne font pas honneur à la France, au moins sachez reprocher à cette nation son ingratitude habituelle de payer les grands hommes en arlequinades après leur mort , et en persécutions pendant leur vie.

Il est visible que la masse des savants et une portion des philosophes inclinent en secret à changer de bannière, qu'ils sont las et confus des résultats de la civilisation : en voici des indices bien récents.

Il y a peu de jours que le Courrier français, § juin, parlant de la négociation de 25 millions de rente, observait « que tel banquier, en obtenant sur ce négoce une provision de 1 » p. %, allait gagner 4 millions sans autre peine que celle de

» prêter son nom. » Il paraissait gémir en secret du parallèle entre le sort des traitants et celui des savants, qui ne voient guère de pluie d'or féconder leur stérile domaine»

Mais voici bien une autre lippée de millions , une rafle décuple, selon le journal de Paris , il juin. Il fait compte que le rnunitionnaire général de l'armée d'Espagne va gagner, en un an , quarante millions , non compris les bénéfices de rachat de rations, lacunes de service, etc., etc., etc. Ne fut-ce que CINQUANTE MILLIONS en tout, c'est , dit-il , un vingtième du budget de France absorbé par un seul homme.

On répond à cela : « 17 n\j a pas d'autre moyen connu » pour effectuer le service. » Oui , en système de commerce arbitraire (5e. période , 13) .* mais sachez inventer seulement l'ordre commercial de la&°. période(\5), et vous verrez que s'il faut, en mécanisme civilisé , abandonner pour un service de cent mille hommes, cinquante millions à un seul fournisseur, non compris les nombreux acolytes dévorant au moins pareille somme , ce même service , en mécanisme des garanties (6°. période, table, 13), comptoirs communaux et lelirs agences) , coûterait h peine le centième à l'état , à peine un million pour 100,000 hommes, en salaires de gestion des fournitures.

D'après cela, faites le calcul de ce qu'on gagne à étouffer les inventions , et à laisser pleine latitude à un comité de contre-censure , avilissant dans les journaux toute découverte contraire au système d'industrie morcelée ; avilissant, avant de l'avoir lue , la théorie sociétaire qui établirait un concert entre le gouvernement , V agriculture et les fabriques, pour subordonner l'action intermédiaire dite COM- MER CE , et la réduire au rang de simple salarié.

On s aperçoit dans maintes occasions que le monde savant, quoiqueentr aîné hV apologie du commerce mensonger, fait en secret de fâcheuses réflexions sur les résultats de la licence mercantile , et reconnaît que ce commerce, dont la philosophie vante les vertus , parait beaucoup plus fécond en industrie parasite qnen industrie utile; opinion qui

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commence à se faire entendre dans le sein du corps législatif. Bref, les esprits se désabusent peu à peu sur le commerce; en attendant il règne et envahirait tout, tant qu'on ne saurait inventer aucun moyen de résistance.

Un épisode assez honteux pour les philosophes , auteurs de cette anarchie industrielle , c'est que leur nom est un sujet de risée chez ce monde commercial dont tel matador gagne , en un an, le 20e. du budget de France , et dont chaque tripotier, gagnant en un déjeuner le demi-million, le budget entier des beaux esprits de Paris, déclare quun savant n'a besoin que d'un grenier et 50 fr. par mois..

En secret les philosophes rongent leur frein , reconnaissent la fausse position où ils ont placé le corps social et eux-mêmes. Combien, dans leurs conciliabules, doivent-ils se dire : « Ah ! Georges Dandin, ou t'es-tu fourre' avec tes visions » de politique mercantile ! »

On conteste aux malheureux savants, même le nécessaire. Tel journal qui nous apprend ces bourdifailles de millions , nous informe , à la page suivante , qu'un poète distingue, à qui on avait ôtè une médiocre place de 1,500 fr. de rente , en a enfin obtenu une autre ; que tel parti s'en indigne, et ne veut pas que M. Cas. Del&vigne jouisse de quelque emploi. Ainsi, tandis que la science applaudit au minotaure commercial absorbant les sueurs des peuples, on voit d'un autre coté les partis s'insurger lorsqiCun savant estimé gagne honnêtement sa vie.

Voilà le résultat de leur civilisation perfectibilisée : ils y ont donné aux vampires le premier rang; ils ont choisi pour eux le dernier. 0 trois et quatre fois dupes, avec leur bel esprit , leurs subtilités mercantiles et idéologiques! Ne suffisait-il pas de cette pauvreté qui les accable, pour leur faire apercevoir que l'état civilisé nest autre chose que le monde à rebours, l'antipode du sens commun, ainsi que de la justice et de la vérité? Si fessai de V Association eût été fait ce printemps , ce qui était fort aisé (43) , l'on aurait, dès l'an prochain, effectué l' organisation universelle ; et ce Pactole quine coule que pour l'industrie parasite au-

rait commencé , en 1824, à arroser le champ des sciences , des lettres et des arts. (Interm., II, 548. )

Envisageons bien la bévue , et à l'étalage de lumières politiques fait par les philosophes , opposons les preuves de leur cécité.

Impatients d'échapper à la surveillance administrative , ils ont posé en principe que certaines professions devaient jouir de V indépendance. W osant pas la solliciter pour eux seuls, ils ont fait comprendre le commerce dans ce privilège de licence anarchique dégagée de tout contre-poids. L 'administration , dupe de clameurs contre l'arbitraire , a cru faire une sage concession à la liberté en négligeant d'établir aucun frein d'opposition aux intrigues du monde mercantile et philosophique.

Elle s'est donc soumise au rôle d'autorité passive, se bornant à se garantir des agitateurs commerciaux et scientifiques, sa?is en garantir les peuples, sans donner aux deux corps scientifique et mercantile , une impulsion active au bien {table, M).

Ce n'est pas la gent savante qui a profité de cette anarchie ; on ne voit pas ses coryphées installés dans des palais. C'est l'agiotage qui a tout envahi. Les beaux esprits n'ont servi, comme le chat de la fable , qu'à tirer du feu les marrons dont s'empare le singe. Et c'est pour aboutir à cette duperie que la philosophie , oubliant ses beaux systèmes de balance, contre-poids, garantie, opposition, équilibre, a établi le principe de laisser à certaines classes une pleine licence. Elle en est la première victime, par les servitudes les plus honteuses, car de qui les savants ne sont-ils pas esclaves? Exposons en tableau leurs sujétions.

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