‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 180 sur 201 · SERVITUDES ET DUPERIES DES CORPORATIONS SAVANTES · texte numérisé non relu

SERVITUDES ET DUPERIES DES CORPORATIONS SAVANTES

. . . Esclaves du temps présent , passé et a venir , par déchéance du lustre dont brillaient les sciences et les arts dans l'antiquité, et dont brillèrent encore les écrivains au dernier siècle; relief auquel succède la défaveur complète des gouvernements modernes , et la perspective du plus triste avenir.

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1. Esclaves de l'envie : se déconsidérant respectivement dam l'opinion , comme on l'a vu lors des prix décennaux qui furent à la fin supprimés , avec risée du public, par suite des retards et scandales qu'avait causés la violence des détractions.

2. Esclaves de la populace littéraire , delà tourbe des petits esprits , escobars , zoïles et autres pygmées. Servitude plus forte en France qu'en tout autre pays , par suite du monopole parisien et par absence d'une rivalité nationale , qui naît en Allemagne et en Italie de la pluralité des capitales; et en Angleterre , de l'esprit national et de la concurrence d'Edimbourg.

5. Esclaves du servilisme , de la vénalité mercantile qui les entraîne à prostituer leur plume , fabriquer des systèmes à la toise , envisager comme intrigant et confrère en dépravation, tout inventeur non connu d'eux ; supposer qu'il est un fourbe , par cela seul qu'il entre dans leurs rangs.

4. Esclaves de leur impéritie : établissant un système social qui les prive de fortune , au bénéfice de la classe parasite dont ils essuient les railleries; tandis qu'en faisant quelque effort d'étude , en s'évertuant aux inventions contre les vices notoires du commerce (11,216, et III, 276), ils auraient découvert maintes issues de civilisation , maintes voies de fortune , de lumière et de gloire.

— Esclaves de l'orgueil : se privant par une morgue insensée de la connaissance du système de la nature auquel ils pourraient s'initier dès à présent , et dont ils recueilleraient des palmes abondantes , en exploitant les diverses branches , même celle que j'ai spécialement choisie, et encore mieux toutes celles dont je me bornerai à donner la clef.

Tels sont les fruits qu'ils retirent de l'arbitraire ou refus d'accès aux inventeurs, manie aV exclusivité et monopole de génie : « Nul n'aura de l'esprit que nous et nos amis. »

Si le monde savant n était pas influencé par cette ligue secrète qui repousse les inventions , Von ne manquerait pas de les provoquer dans les cas ou deux partis opposes en reconnaissent la nécessité. Par exemple, il y a peu de jours que le Drapeau blanc {seul journal qui ait adopté le rôle de Mardochée et refusé de fléchir le genou devant V hydre mer-

cantile ) , se plaignait que l'agiotage se rit des lois et continue effrontément le jeu des marchés a découvert. Le Courrier français , en lui répondant , avouait en substance : « que » le corps commercial est devenu une puissance à part, une » république indépendante au sein de chaque état; que les » lois, bonnes à contenir le commun des citoyens, n'attein- »> dront pas de hauts et puissants seigneurs comme les agio- » teurs; » d'où il semblait conclure « que les philippiques » et jérémiades sont inutiles; qu'il faut se soumettre à la » nécessité. »

Voilà donc le génie de c^tte philosophie moderne qui se vante ( Interm. Y ) d'avoir, en théorie sociale , crée la science qui n'existait pas ! Son vol sublime se borne à nous apprendre quelle ne peut rien contre les vices du commerce , entre autres celui dont il s'agit. ( Politique èversive, action hostile contre les lois et contre les plans de l'état : elle est 10e. caractère du commerce libre , table, H, 219).

C'était le cas , pour les deux journaux cités , de provo quer une découverte, exciter les académies à mettre au concours l'invention d'un nouveau système de commerce. Le mode actuel, concurrence individuelle d'astuces (II, 218), est un régime fortuit , et non pas une conception de la science dite économisme. Elle Va trouvé établi; elle l'a sanctionné et prôné , pour se dispenser d'en découvrir un moins vicieux. C'est aussi la marche qu'elle a suivie en régime agricole et domestique : elle y a trouvé le morcellement établi , V extrême subdivision des ménages ; elle a vanté cette absence de politique sociétaire. Voilà toute la tactique des sophistes , le secret de leur vol sublime ; c'est de consacrer le règne du vice, en farder les turpitudes, pour se dispenser de la recherche du bien.

Aussi les deux journaux , quoique de partis contraires , n ont-ils proposé aucune invention contre le vice qu'ils attaquaient. La découverte est faite , et je peux donner connaissance des trois méthodes commerciales , supérieures à celle de civilisation {table, II, 218).

Lorsque la science est en défaut et refuse d'intervenir contre un vice , n'est-ce pas au gouvernement à la suppléer, à sortir du rôle passif, exercer la police active (54), soumettre le monde commercial et le monde savant au régime des contre -poids ou action composée?

A la vérité , il existait un obstacle; c'était l'invention de ces contre-poids qui ne sont pas mesures coërcitives. Divers cabinets , sans savoir les découvrir, ont eu Vidée de les employer, entre autres celui d'Autriche; mais ils ont été déconcertés par la répercussion. (Voyez note 11 ,

Le contre -poids à opposer en commerce par maîtrise proportionnelle illimitée et concurrence réductive, ne coûterait qu'un décret , et rendrait annuellement au fisc au delà de 150 millions en produit positif, non compris le négatif, comme l'épargne de 100 millions, citée plus haut sur une fourniture. La caisse d'amortissement de Paris aurait au moins 200 millions apercevoir en conseings de maîtrise.

Le contre-poids à l'anarchie scientifique a été décrit , jury (56) et police (table, 54). Moyennant cet établissement , le monde savant , dégagé tout à coup de ses servitudes, reconnaîtrait qu'il n'était pas en état de se diriger lui-même, et qu'en principe, l'action simple , sans contre-poids, opère contre elle-même; effet prouvé par l'état actuel, qui présente les philosophes opprimant la science par un comité de contre-censure qui étouffe les découvertes en politique sociétaire , et opprimant l'industrie par les théories fautrices du morcellement agricole et des vampires commerciaux. Ces faux savants assassinent politiquement le corps social en se nuisant à euxmêmes ; ils opèrent à la manière de Samson , qui s'en-

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sevelit sous les ruines du temple, pour y ensevelir les Philistins,

Leur pouvoir est Bien faible : un seul scissionnaire marquant les renverserait tous; il entraînerait en un mois Paris et l'Europe entière. D'autre part, ils ont la certitude d'être anéantis par le moindre essai d'Association (essai qui parait très-prochain). Leur convient-il de risquer une chute si honteuse , quand ils peuvent s'illustrer par un rôle dubitatif, une adhésion conditionnelle à l'épreuve sociétaire; par le rôle expectant (10), celui des Montesquieu , des Rousseau , des Voltaire, qui condamnent la civilisation et invoquent d'autres lumières?

Sophistes français, revenez de votre fausse politique , de vos routines de morcellement industriel. A quoi bon vous charger du soutien des erreurs de cent générations passées? Après tout , leurs 400,000 tomes , objet de vos alarmes, n'iront pas matériellement au fleuve d'oubli; ils seront même plus recherchés (22, noie lre.) après leur chute qu'auparavant. Vous n'en êtes pas les auteurs; vous n'y avez ajouté que des commentaires et compilations; laissez-les rouler dans V abîme pour en sortir vousmêmes. On se prépare des affronts si l'on tarde trop à se rallier à une lumière nouvelle. Jadis , les Àuguslin et les Constantin surent quitter à temps les vieilles idoles et suivre l'étendard du vrai Dieu. Prenez-les pour modèles; abandonnez à temps la décrépite philosophie, pour vous ranger sous la bannière de la nature et de l'Attraction sociétaire. Un seul orateur en crédit suffira pour tout entraîner : quelle carrière pour celui qui osera franchir le pas! Qui habet aures audiendi, audiat.

NOTE 11. Sur la répercussion commerciale.

C'est l'un des caractères anti-sociaux du commerce libre. (Elle est oubliée ainsi que beaucoup d'autres dans la liste ( II , 219 ) , qu'il eut fallu porter au double ).

Dès qu'on paraît menacer les libertés malfaisantes du commerce, il resserre les canaux de la circulation , répand le discrédit , l'alarme, etc. ; le gouvernement, déconcerté par l'influence de ce minoiaure, rétrograde comme le chien devant le hérisson qu'il ne sait par quel point saisir. Il y a , dans ce cas, action répercutée ; l'agresseur devient , par le discrédit, victime de sa fausse opération.

C'était pour Bonaparte un sujet de dépit secret. Piqué de voir dansHc corps social une puissance qui entravait ses vues despotiques, il dissimulait ; il caressait le commerce, créait dans chaque village des bourses et courtiers d'agiotage; enfin il flattait le monstre pour le dévorer. Il méditait le monopole universel et y préludait par des escarmouches, comme la régie des tabacs et la contrebande impériale des licences. Il ignorait qu'en théorie de mouvement civilisé, pour attaquer une masse régulière, il faut d'abord attaquer a la fois les deux chaînons extrêmes de la série : ce sont, en commerce, le roulage et le courtage, premier et dernier anneaux du système. Si l'on réussit à paralyser les deux extrêmes et qu'on sache a propos attaquer le centre, tout est renversé. Telle fut la bataille d'Austerlitz , la plus romantique et la plus classique de toutes les batailles françaises.

Bonaparte ne brilla pas de même en tactique mercantile ou il manqua de génie et de secours. Il eut l'idée de s'emparer du roulage , et s'il l'eut fait , je lui aurais enseigné par un mémoire spécial l'opération de concurrence réductive, très-belle issue de civilisation , allant en sens direct au but ou va le comptoir communal en sens inverse. Elle a plusieurs voies à suivre ; la plus prompteest de mettre le courtage et le roulage en monopole fiscal , afin de cerner le commerce et le faire capituler sans aucune faculté de répercussion.

Bonaparte hésita : il craignit de déceler son plan secret : personne ne sut le guider dans celte affaire , tant il est certain que la

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science comme l'administration ne connaissent rien au mécanisme commercial : au moins celle-ci l'avoue ; Bonaparte s'en plaignait nettement, disant, on ne connaît rien au commerce. Mais la science nie son ignorance ; elle s'enferre de plus en plus dans le ridicule système de concurrence complicative ; et avec tous ses traités d'économisme , elle sait de moins en moins opérer sur la fonction la plus parasite par pullulation d'agents, et la plus active en empiétements; cette fonction est le commerce arbitraire qui nous pousse à grands pas au monopole féodal , et à la 4me. phase de civilisation (II , 207).

Les trois leçons.

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