‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 193 sur 201 · ET PLAN DE L'OUVRAGE · texte numérisé non relu

ET PLAN DE L'OUVRAGE

VRJE. — EXPOSE SUCCINCT.

Contre l'usage des inventeurs, tous enclins à exagérer le mérite de leur découverte , je m'efforcerai de déguiser les beautés de la mienne , les dévoiler par degrés , traiter le lecteur comme un homme opéré de la cataracte, et qu'on n expose que peu à peu à la lumière du soleil.

L'Association agricole, que tous les siècles avaient crue impossible, présente des résultats gigantesques en magnificence. Les démonstrations rigoureuses, les calculs arithmétiques dont ils seront étages , n empêcheront pas que le tableau de tant de biens ne révolte des esprits habitués aux misères de la civilisation.

Par exemple, dire que l'état sociétaire doit tripler subitement (dans l'intervalle de deux ans) le produit de l'agriculture et de l'industrie générale, de sorte que celui -de France, estimé aujourd'hui A et 1/2 milliards, s'élèvera à 15 milliards au moins en 1825 , si V Association i. 1

commence en 1825 , c'est exciter le cri d'impossibilité et de vision. Cependant Von sera pleinement convaincu, après la lecture de cet ouvrage, que, loin d'être exagérée, cette estimation est cavëe trop bas.

Passant d'un prodige matériel à un prodige politique, la fusion et l'absorption des partis quelconques , j'entrevois que les défiances vont redoubler et éclater en risées , si j'avance que l'état sociétaire va absorber subitement les esprits de parti , faire tomber dans Toubli toutes leurs querelles (non par voie de conciliation directe, qui serait vraiment la chose impossible).

Ce prodige de concorde sociale naîtra de la diversion qu'opéreront de nouveaux intérêts, et surtout de la confusion dont tous les partis seront frappés , en voyant la duperie du monde social, mystifié depuis 5,000 ans par la philosophie, qui vante le travail insociétaire et la pauvreté pour se dispenser de recherches sur l Association.

La science qui a trompé ainsi le genre humain , se compose de A facultés, dites métaphysique, politique, moralisme (0, économisme. Ces 4 sciences tombent à la

(i) Je dis moralisme et non pas morale, car il n'est rien de plus louable que les préceptes qui prêchent la moralité et les bonnes mœurs ; mais le moralisme ou esprit de controverse, manie sophistique en morale , est une science aussi nuisible que les

3 autres sciences philosophiques ; c'est d'ailleurs la plus contradictoire des quatre, depuis qu'elle prêche l'amour du trafic et l'amour de la ve'rite'.

« Serpentes avibus geminentur, tigribus agni. »> Saint Chrysoslôme pensait qu'un marchand ne saurait être agréable a Dieu. A cette époque la morale avait du moins l'honneur de ne pas heurter de front la ve'rité , en prônant les marchands : elle n'était que doctrine sophistique , mais non pas fautrice du mensonge et de ses légions.

fois devant la théorie de l Association dont elles ont toujours dit : « Cela serait trop beau; donc cela est impossible. j> Cest ainsi qu elles ont esquivé la tâche : le monde social est bien coupable de ne les avoir pas sommées de la remplir, toute affaire cessante.

Enfin la duperie générale est réparée , et le calcul de l'Association pleinement découvert en tous degrés (III , 437). L'opération repose sur une seule disposition que je nommerai Série de groupes industriels, contrastée, rivalisée, engrenée : plus brièvement , Série passionnelle, définie pages II, 19 à 26, Introd. On verra dans cet ouvrage que V Association ne peut pas s opérer sans intervention de ce ressort.

Le débat se réduira donc à vérifier :

1°. Si la distribution par Séries passionnelles contrastées est l'ordre convenable à l'Associalion ;

2°. Quels procédés les détracteurs opposent à la Série passionnelle ;

3°. À considérer que c'est ici la seule invention assortie aux convenances des souverains et des peuples ; qu'elle seule peut leur garantir les quatre avantages suivants , entre mille :

1°. Art de rendre le travail attrayant, môme pour les deux extrêmes , les Sybarites et les Sauvages ;

2°. Triplement subit de la richesse réelle 5

3°. Extirpation complète des germes de révolution ;

4°. Faculté d'atteindre aux richesses par la pratique de la vertu et de la vérité, qui , en civilisation, sont voies de l'indigence et de toutes les disgrâces.

La Série de groupes contrastés est le procédé adopté par Dieu dans toute la distribution des règnes et de ï univers. Ce procédé doit , selon l'unité de système , être

applicable aux relations humaines. Le problème était de découvrir la voie d'application.

Je ne propose donc pas ici un procédé inconnu ; je m'en tiens à celui que Dieu met en œuvre dans toute la nature. C'est, je pense, un titre suffisant à une confiance provisoire et conditionnelle.

Obligé de satisfaire diverses classes de lecteurs , et de me précautionner contre les plagiaires , j'ai dû faire des dispositions qui sembleront bizarres au premier coupd'œil , et qu'il faut justifier.

J'ai fait choix du titre le plus modeste : en bonne forme , il eût fallu intituler cet ouvrage ,

Théorie de l'Unité universelle , science effleurée par Newton qui en a expliqué une branr che ; mais les Français, chez qui j'écris, étant inondés de systèmes sur l'unité de l'univers, me condamneraient dès le titre , si je leur annonçais une découverte sur laquelle ils ont été tant de fois abusés. L'affluence de sophistes a fait naître la défiance; elle pèsera sur le véritable inventeur : en conséquence , je supprime ce titre fastueux ; je me borne à annoncer la branche la plus subalterne de l'unité , l'Association domestique.

Suivent deux préfaces ; l' Avant-Propos et l'Introduction.

Ce serait, rêplique-t-on , déjà trop d'une, car peu de gens lisent les préfaces , et chacun dira des deux vôtres :

Je saute vingt feuillets pour en trouver la fin.

Encore ne serait-ce pas un moyen à" y échapper, car elles en remplissent plus de soixante. Essayons d apprivoiser le lecteur avec ces deux préfaces , dont f^a lre. pour les Français et nations frivoles ,

La 2e. pour les Anglais et nations graves.

Les lecteurs impatients qui désireraient en franchir quelques articles , ou la majeure partie , trouveront au final de l'avant -propos une table de direction pour les 5 caractères, frivole, mixte et grave-, table qui leur indiquera les morceaux du IIe. tome dont ils peuvent différer la lecture , et ceux quil est indispensable de lire avant de passer aux IIIe, et IVe. tomes (théorie concrète).

J'ai moi-même cet usage , vicieux peut-être , de laisser quelques morceaux en arrière , et précipiter la lecture , sauf à revenir ensuite aux portions que j'ai franchies. Pour la commodité de ceux qui ont cette coutume , je leur ai tracé, auVosT ou Final , une marche expéditive.

La 2e. préface, Introduction, est pour les nations graves , Anglais et Allemands , qui veulent prendre connaissance exacte d'un sujet neuf. Les Anglais, en théorie sociétaire , méritent une attention particulière sous double rapport.

En effet, ils ont pris l'initiative en théorie; Newton a traité en partie du matériel de V Attraction , dont il a négligé la branche aromale. En outre, les Anglais en sont déjà aux essais-pratiques sur le problème principal d'Attraction passionnée, sur le lien sociétaire, opération à laquelle ne songent pas encore les continentaux.

Dès lors l'invention est par le fait de la compétence des Anglais, et l'auteur doit y discuter spécialement leurs intérêts , sans perdre de vue ceux des autres nations. Tel a été mon plan dans l'Introduction, où se trouve une grande note À , qui concerne particulièrement l'Angleterre.

Chacun prétendra qu'à la suite de ces deux préfaces

je devrais entrer franchement en matière. Ce serait trahir le lecteur, abuser de sa faiblesse : je dois lui répéter sans cesse que tout civilisé qui lit le traité de l'Association , est comparable à un aveugle opéré de la cataracte et qu'on ne doit exposer que par degrés à la lumière.

De là naît le besoin d'instructions préparatoires ou acheminements gradués dont il n'est pas possible de dispenser le lecteur; car il faut, selon Condillac et Bacon , lui enseigner à re foire son entendement, à oublier tout ce qu'il a appris des sciences qui vantent le travail morcelé.

Il n'est pas d'idée plus neuve, plus surprenante , que celle d'associer 500 familles d'inégaux; prétention à laquelle chacun oppose d'abord qu'on ne peut pas même associer 3 familles, encore moins 500.

Il est Bien certain qu'on ne peut pas associer 5 familles : moi qui connais la théorie d'Association en tous degrés, je puis affirmer que le plus bas degré ne descend pas à 50 familles, encore moins à 5 (111,43). JKfais Y Association peut en comprendre de 40 à 300; et pour expliquer une opération si neuve, si incompréhensible selon les méthodes actuelles, il faut réfuter d'abord les préjugés sur lesquels se fondent ces fausses méthodes.

Cest ce qui m'oblige à donner deux instructions préparatoires. L'une , sous le nom de Prolégomènes, traite la question du régime sociétaire en sens abstrait ; l'autre, intitulée Cis-Légomènes , traite le même sujet en sens mixte. De là nous passerons à la théorie concrète , sujet desllie. et IVe. tomes. Cette instruction graduée rend la méthode sociétaire plus intelligible.

Quelle serait la folie d'un lecteur, qui, ayant employé sa vie entière ou sa jeunesse à étudier dans 400,000 tomes philosophiques des théories d'indigence, de four-

berie , de cercle vicieux, enfin de civilisation , craindrait d'employer une quinzaine à étudier quelques volumes contenant la théorie d Harmonie sociétaire, qui va élever subitement le genre humain tout entier, sauvages, barbares et civilisés, à l'opulence, à la vérité , à V unité sociale , et à la pleine connaissance du système de la nature, d'où nous éloignaient de plus en plus nos fausses méthodes appelées sciences philosophiques ? • Et puisqu'il est nécessaire , comme Vont fort bien pensé Condillac et Bacon , d'oublier tout ce que ces sciences nous ont appris (avis que je reproduirai souvent), l'esprit humain ne souscrira à cette condition qu'autant quon lui aura démontré amplement sa duperie : tel est l'objet de ce premier volume.

Comment attaquer la vieille idole philosophique, sans heurter les préjugés et l'amour-propre? Je ne saurai pas , dans ce rôle , user de la souplesse convenable : serace un tort à me reprocher ? Loin de là, tout lecteur devra s'en applaudir; car si j'avais la flexibilité des beaux esprits , je n'aurais su comme eux que m' engager dans les sentiers battus, et j'aurais manqué l'invention à laquelle on va devoir le bonheur universel. Il fallait s pour dérober ce secret à la nature , ce calcul des destinées , un esprit original , rétif aux méthodes et opinions dominantes : devra-t-on s'étonner de retrouver dans mon style et ma manière l'indépendance qui m'a conduit à un succès dont le genre humain tout entier va recueillir le fruit ?

L'art d'associer en industrie agricole et manufacturière 2 à 5 cents familles , tient à une méthode si éloignée des nôtres , quelle sera pour le lecteur un nouveau monde social. Il faut donc, dans cette étude, suivre le

guide avec docilité et confiance ; envisager sans cesse le but inestimable du travail sociétaire , l'avantage d' obtenir en rente annuelle et en valeur réelle ( II , 1 ) , trois mille écus d un domaine qui ne rend aujourd'hui que mille écus, et 15 milliards d'un royaume qui n'en rend aujourd'hui que A 1/2.

De tels résultats valent bien le sacrifice de quelques préjugés : tout lecteur judicieux se ralliera à cet avis, et consentira à suivre la marche que je recommanderai sans cesse : négliger la forme et les accessoires ,

POUR NE S'OCCUPER QUE DU FOND * ET NE S'ATTACHER Qu'a UN SEUL POINT, Qu'a VÉRIFIER SI LE PROCÉDÉ DISSOCIATION EST RÉELLEMENT DÉCOUVERT.

CfTRA. ÉTAT CRITIQUE DE LA CIVILISATION.

Le monde policé n'eut jamais un besoin plus pressant d'inventions utiles. Il est affligé de quatre fléaux tout récents, qui viennent aggraver ses antiques misères. Ce sont :

M. La nouvelle peste et ses croisements (0 ;

(i) La peste, qui n'était que simple, est à présent quadruple :

1°. L'ancienne peste ottomane , ou peste du Levant;

2°. La fièvre jaune , ou nouvelle peste d'Amérique ;

3°. Le typhus , qui tient rang de peste européenne ;

4°. Le cholèra-morbus , ou peste indienne , qui fait des progrès et gagnera bientôt la Turquie et l'Afrique.

Ce quadrille de peste démontre que si la civilisation tend a la perfectibilité , comme elle s'en flatte , elle y tend à la manière de l'écrevisse, en affaires matérielles ainsi qu'en affaires politiques. Il est évident qu'elle recule devant le but, en croyant y p.rriveK.

M. L'intempérie continue, effet du déboisement ;

P. L'esprit révolutionnaire , difficilement comprimé;

P. L'accroissement des dettes publiques et de l'agiotage.

A ce quadrille de calamités matérielles et politiques, il faut ajouter un fléau pire encore ; c'est la charlatanerie scientifique , vice plus fâcheux à lui seul que les quatre précédents , car il entrave la découverte des remèdes, et même la recherche, en décorant du titre de perfectionnement l'état civilisé qui engendre tant de maux.

Une secte, qu'on peut nommer la coterie des perfectibiliseurs, ne cesse de vanter les progrès de la raison moderne. A en croire ses jactances, il semble que ie génie social soit parvenu aux dernières limites de la science, parce qu'il a raffiné les controverses d'idéologie et d'économisme.

Pour toute réponse aux chantres de perfectibilité , ne suffit-il pas de leur citer le quadrille de fléaux très-récents que je viens d'énumérer? A ne parler que d'un seul des quatre, de la pénurie financière, où en trouver le remède? Sera-ce dans les sciences politiques? Leurs subtilités n'aboutissent qu'à accroître les dettes publiques. Aussi les pays qui ont le plus produit d'économistes sontils les plus endettés. Voyez la France et l'Angleterre.

La dette de France, en budget fiscal, ne s'élève qu'à 4 ou 5 milliards; mais si on veut consulter l'opinion qui réclame une indemnité pour les propriétaires dépossédés et les classes froissées par les révolutions, l'on verra qu'aux 4 ou 5 milliards de dette fiscale, il faut ajouter 7 à 8 milliards de dette révolutionnaire ; total , 12 milliards.

On se dissimule celte vérité , parce qu'on ne sait où puiser la somme nécessaire à combler un tel déficit. Une

ÏO AVANT-PROPOS.

nouvelle science va résoudre ce problème. L'Association domestique- agricole garantit le triplement du produit effectif de l'industrie générale; c'est-à-dire que si la France, en régime de culture morcelée ou civilisée, produit environ 4 V2 milliards, elle donnera, je l'ai dit plus haut, de 45 à 14 milliards effectifs en régime sociétaire. Dans ce cas , il sera plus aisé d'imposer et prélever 2 milliards, qu'aujourd'hui un seul.

Ainsi , dès que l'industrie sociétaire sera organisée , la France éteindra facilement, en douze années, sa dette évaluée 12 milliards. On l'acquittera tout en procurant à la masse un dégrèvement relatif de, moitié sur l'impôt habituel; car le tribut de 2 milliards sur un produit annuel de 14, est inférieur d'environ moitié au tribut d'un milliard et plus, imposé sur 4 1/2 milliards.

Ce n'est là qu'un des bienfaits qu'on va devoir à l'Association , dont nos sciences philosophiques ont si longtemps retardé la découverte, par leurs prestiges d'impossibilité. On verra dans cet ouvrage qu'il y avait seize voies d'avènement à l'état sociétaire. Quelle duperie à Fâge moderne, d'ajouter foi à ces sophistes qui, pour soutenir leurs théories de morcellement et de subdivision ruineuse, persuadent que les découvertes nécessaires sont impossibles, et, sous ce prétexte, détournent de toute recherche quand il y a 16 moyens d'arriver au but.

D'autres sciences, les mathématiques, la physique, la chimie , font des progrès réels- et loin de s'enorgueillir, elles avouent qu'il reste encore beaucoup à faire. La philosophie moderne adopte une marche contraire ; plus elle voit les fléaux s'envenimer, plus elle vante son orviétan de perfectibilité dont l'épreuve , après 50 ans de révolutions , prouve qu'on n'a rien à en espérer, et qu'il

AVANT-PROPOS. li

faut chercher dans quelque science neuve des antidotes efficaces contre les nouvelles calamités.

Il est des inventeurs qui mettent à prix la communication de leur découverte : en livrant gratuitement la mienne , je suis hien fondé à imposer au lecteur une condition facile à remplir, c'est de se soumettre à des instructions préparatoires.

Elles sont indispensables : tous les esprits sont plus ou moins viciés par les idées philosophiques; ceux mêmes qu'on pourrait croire antagonistes de cette science et qui l'attaquent dans leurs écrits, sont encore tout infatués des préjugés d'impossibilité et autres qu'elle a accrédités.

Des hommes bien pensants et qui se prononcent franchement contre la philosophie, ont donné tête baissée dans ses doctrines sur l'insuffisance de la Providence, et sur l'incompétence de Dieu en direction du mécanisme social. On ne s'aperçoit pas de cette bévue , où tombent innocemment les personnages les plus religieux : ils sont eux-mêmes fort éloignés d'entrevoir cette erreur, dont ils se convaincront, IIe. tome, lre. partie, 3e. notice.

S'ils croyaient pleinement à l'universalité de la Providence , ils seraient persuadés qu'elle a dû pourvoir à tous nos besoins-, qu'elle n'a pas pu oublier le plus urgent , celui d'un mécanisme régulateur de nos relations industrielles et domestiques.

Je ne parle pas de relations administratives : le tort de la science est de s'être depuis 5000 ans engagée dans les controverses d'administration, qui ne servent qu'à exciter des troubles. Elle devait s'exercer exclusivement sur l'organisation domestique, sur l'art d'associer les ménages isolés , et d'atteindre aux économies colossales r

aux énormes bénéfices que produirait celte association (IIIe. volume, 2e. partie, 4e. notice).

Une telle étude n'aurait porté ombrage à aucun gouvernement; tous désirent de voir l'industrie se perfectionner, augmenter le produit, et par suite les voies et moyens d'imposition.

Il est assez connu que l'Association domestique-agricole, si elle était possible, donnerait des bénéfices gigantesques ; le Créateur ne l'a pas ignoré : or, quelle peut être à cet égard son intention ? Lorsqu'il a statué sur nos relations industrielles, il n'a pu opter qu'entre l'état sociétaire ou l'état morcelé (T. IV, 124). Lequel des deux modes nous a-t-il assigné? S'il a opté pour l'état sociétaire , comme on devait le présumer, il fallait procéder à la recherche des lois qu'il a dû faire sur l'Association. Pour peu qu'on se fût exercé sur ce problème , on serait bien vîte parvenu à la découverte (II, 142).

Mais cette recherche ne convenait point aux sophistes, dont elle aurait fait suspecter les 4 sciences, politique, métaphysique , moralisme et économisme. Pour sauver cette controverse , ils ont enseigné l'insuffisance de la Providence , et persuadé qu'elle n'a réglé nos destinées sociales qu'à demi, qu'elle n'a rien statué sur l'ordre des relations domestiques-industrielles.

De là vient que personne n'a songé à faire des études sur l'Association, qui est nécessairement le mode voulu par une Providence économe. Les esprits civilisés sont obstrués de préjugés sur cette question et sur une foule d'au'.resqui en dépendent, notamment sur l'unité de l'univers ou analogie universelle, dont la théorie, indiquée à l'article pivot inverse (III, 212), fera tomber dans l'oubli les controverses philosophiques, par sa propriété

Je plaire et instruire sans exeiter ni troubles, ni débats sophistiques.

Examinons plus en détail les quatre fléaux récents , d'où je conclus à l'urgence d'une découverte qui vienne au secours du monde matériel et du monde politique t l'un et l'autre également déclinants.

Fléaux, matériels. 1°. La nouvelle peste et ses croisements. L'on se croit à l'abri en voyant le fléau confiné en Espagne , borné à ravager les côtes de Cadix à Barcelone ; mais en dépit des quarantaines , la fièvre jaune arrivera quelque jour au Havre ou à Douvres, et le lendemain à Paris et Londres, car elle règne de plus en plus dans les deux Amériques , sans que la médecine ait acquis de connaissance fixe ni sur la nature du mal , ni sur le remède à y appliquer.

D'autre part , la peste du Levant doit se renforcer par l'influence qu'on vient de rendre aux Ottomans , qu'il eût été si aisé de détruire en 1821, et presque sans coup férir.

Le typhus des Nègres et des Blancs est une perfectibilité naissante. Il prendra de i'activilé quand il se sera croisé avec les autres pestes. On assure que déjà il redouble, par ses croisements, la malignité de la fièvre jaune.

Le chole'ra-morbus arrive d'Orient ; il a déjà pénétré à Bagdad ; il marchera à pas de géant sous la tutelle de nos aimables alliés les Ottomans, qui, par fatalisme et malpropreté, auront bientôt croisé cette peste indienne avec l'égyptienne, et toutes deux, réunies à la fièvre jaune et au typhus , formeront des mariages de perfectibilité. Entretemps, l'Europe chante le perfectionnement i il suffirait de cette seule calamité pour la désabuser; nous allons en signaler 5 autres.

A cette perspective on oppose une ombre de bien 5 on observe que la petite vérole est combattue avec succès par la vaccine. C'est un petit avantage à mettre en balance avec d'énormes désastres : nous opérons comme un général qui ferait mille prisonniers sur l'ennemi, quand l'ennemi lui enlèverait 3 et 4 mille hommes. Comment notre siècle, sans cesse raisonnant de balance et d'équilibre , ne s'aperçoit-il pas qu'en matériel comme en politique , si le bien fait un pas en avant , le mal en fait quatre et souvent dix? J'aurai souvent occasion de lui rappeler ce plaisant résultat de ses théories de balance , contre-poids , garantie , équilibre.

2°. L'intempérie croissante , effet du déboisement. Les saisons n'ont plus de cours régulier; elles ne présentent que des excès monstrueux, des transpositions pernicieuses qui font décliner les cultures , et relèguent par degrés l'olivier vers le Midi. La cause de ce désordre, la dévastation des forêts, s'accroît en tout pays, et l'agriculture est menacée du plus sinistre avenir.

On a tant publié de jérémiades sur ce sujet , que je n'ai rien à ajouter aux tableaux du mal, sinon qu'il naît des incidents mêmes qu'on juge favorables. Après une série djannées rigoureuses depuis 1816, l'hiver trèsdoux de 1822 et le printemps précoce donnaient lieu de croire à une restauration climatérique : ce n'est qu'un désordre de plus. La planète , après plusieurs hivers prolongés jusqu'en juin, depuis 1816 à 1821, a fini par sauter un hiver entier en 1822; nouvelle calamité qui nous a valu des légions de rats, de chenilles, etc., des sécheresses prématurées et obstinées, des ouragans multipliés, dont les ravages ont frappé non pas un ou deux cantons , selon l'usage , mais 20 et 50 à la fois sur un même point.

et donné , après tant de belles apparences , une récolte des plus médiocres.

Ce fléau, joint au précédent, suffit à constater le désordre matériel et l'urgence d'un moyen de restauration générale du matériel : mais comment nos physiciens le découvriraient-ils, quand ils n'ont pas même posé en principe la nécessité de le chercher, pas même spéculé sur l'hypothèse de restauration générale composée, dont je donne les tableaux à l'Introduction (note A, II, 91, 98)? Qui d'entre les savants songerait à chercher les voies du bien matériel, quand aucun d'entre eux n'a su s'élever à en calculer les effets, ni en matériel , ni en politique ?

Fléaux politiques. Les plus récents et les plus saillants, dettes publiques et révolutions, naissent l'un de l'autre. Les Esculapes sociaux n'ont su jusqu'ici qu'aggraver ce double mal; ils n'ont inventé ,

Contre les dettes nationales, que le gouvernement représentatif, qui, d'après l'expérience, a la propriété d'accroître les impôts, les dettes et les commotions politiques ;

Contre les révolutions, qu'un système répressif qui les fait renaître de leurs cendres. Il eût fallu absorber l'esprit révolutionnaire dans de nouveaux intérêts , assez puissants pour faire tomber dans le mépris les chimères démocratiques : tel sera l'effet de l'Association,

Loin de procéder ainsi contre l'esprit révolutionnaire, la politique ne sait lui opposer que la science du dey d'Alger, la répression, quoique divers opérateurs (III, 555), aient prouvé qu'on peut employer avec succès le mode mixte ou fusion. Il restait aux uns et aux autres à s'instruire sur le mode harmonique ou substitution (III, 555).

Ce n'est que dans le régime sociétaire qu'ils en peuvent

trouver les voies. Dès le moindre essai de l' Association, et même dès l'apparence de tentative , on verra tomber à plat ce faux libéralisme, contre lequel s'escriment les cabinets et les congrès. Il sera frappé de ridicule comme trahissant les intérêts personnels et collectifs de tous. La classe qui s'attribue des vues libérales sera convaincue de n'avoir pas même connaissance de l'esprit libéral, caractère très-honorable, mais dont la civilisation n'offre aucun type. On en verra la preuve aux articles II, 585,. III , 86 , 269 , IV, 422 et autres , où il est démontré que le vrai libéralisme doit se concilier avec toutes les formes de gouvernements civilisés, ne spéculer que sur les améliorations industrielles, et jamais sur les changements administratifs ni sur les déplacements de fonctionnaires. C'est l'opposé du libéralisme civilisé, qui ne tend qu'à décréditer l'administration, s'installer à sa place, et laisser la besace au peuple, après l'avoir leurré de régénération.

Le 4e. fléau, Kart de décimer et dévorer l'avenir.

L'acwoissement des dettes publiques et de l 'agiotage est une calamité si notoire et dont les progrès sont si rapides, qu'elle suffirait seule à confondre les sciences économiques. J'aurai lieu d'en traiter dans une foule d'articles ; suspendons jusque-là.

Un vice qui se rattache à ces 4 fléaux, c'est de prétendre y remédier par un fléau pire encore , la charlatanerie scientifique ou licence accordée aux systèmes incertains , qui , loin d'être compatibles avec l'expérience, engendrent tous les maux opposés aux biens qu'ils ont promis. Le tort principal de la politique moderne est de ne pas astreindre les sophistes à une responsabilité expérimentale, à une peine afflictive en cas de démenti donné par l'expérience.

AVÀKT-FROPOS. 17

La philosophie, qui a tant disserté sur la responsabilité des ministres, n'a jamais dit mot de celle qu'on devrait imposer à ses légions de sophistes. Un code pénal sophistique aurait guéri le siècle de la manie des systèmes incertains, et dirigé les écrivains à la recherche des inventions utiles. Notre siècle, riche de bel esprit et de subtilités, s'est montré bien pauvre de sagacité dans la police des sciences.

Je me suis borné à citer pour symptômes de périclitalion matérielle et sociale, 4 fléaux récents; j'aurais pu décupler le tableau, ainsi qu'on le verra dans le cours de l'ouvrage : mais c'en est assez pour une première apostrophe aux champions de perfectibilité, qui ne sauraient nier cette quadruple dégénération. J'en signalerai une foule d'autres, dont les analyses tendront à ramener sans cesse l'attention sur l'objet spécial qui doit être de vérifier (Prœ) t

1°. S'il est probable que l'Association puisse donner en effectif le triple produit, selon les estimations des Gis-Légomènes;

2°. Si la méthode que je décris aux IIIe. et IVe. toi»., sous le nom de Série passionnelle et Phalange de Sé« ries, est apte à former et consolider le lien sociétaire.

Ces deux points une fois démontrés, l'acquittement prochain des dettes publiques et l'indemnité des lésions de révolution seront pleinement garantis. Sans l'Association l'on ne pourrait atteindre aucun des deux buts , et les indemnités que l'on allouerait s'élèveraient à peine au quart de la véritable dette, qu'on n'oserait pas reconnaître en plein, faute de moyens pour y faire face et l'amortir.

Par exemple, en accordant à un émigré le prix de vente de ses domaines, on ne lui donnerait peut-être que

le 10e. de sa créance réelle-, car ces sortes d'immeubles ont été la plupart vendus pour le montant du produit de deux récoltes, ou pour la valeur des coupes de forêt, des matériaux d'édifices démolis. Le dédommagement, en le stipulante prix de vente, serait donc borné au 10e.; encore que de délais à redouter si une guerre venait absorber les ressources fiscales!

Tout injustes que seraient ces évaluations , l'on y aurait été réduit sans la découverte inespérée du mécanisme sociétaire. Combien ceux qui ont de pareilles réclamations à former doivent bénir l'invention qui va fournir des moyens d'indemniser complètement toutes les parties lésées, y compris les ecclésiastiques et les créanciers spoliés par des remboursements en assignats, hors de transactions commerciales.

Mais pour s'initier à cette précieuse théorie de l'Association, je répète qu'il faut s'affranchir des préjugés philosophiques répandus partout, et dominants jusque chez ceux qui s'en croient les ennemis. Ces préjugés sont vraiment un péché originel dans tous les esprits civilisés, une souillure qu'il faut effacer par d'amples instructions préliminaires, objet de ces Prolégomènes.

À part la nécessité d'attaquer les doctrines philosophiques, on peut dire que la théorie d'Association est une science toute conciliante, en ce qu'elle enseigne l'art d'enrichir la masse sans froisser aucun individu. Elle servira les sophistes mêmes, qui feront aisément le sacrifice de leurs 400,000 volumes en considération des bénéfices rapides qu'ils vont obtenir dans l'état sociétaire, et du charme de connaître le calcul des destinées , le système de la nature, dont ils n'osaient pas même espérer la découverte.

Quant aux autres classes, elles pourront , après la lecture de cet ouvrage, se convaincre que le plus riche Sybarite ne peut pas, en civilisation, s'élever un seul jour au degré de bonheur dont jouira, dans l'état sociétaire, le moindre cultivateur; thèse qui sera démontrée à la rigueur, T. IV, liv. 4, Son. 8e# Qn peut) au tome ni, chap. 24, page 483, s'assurer que je ne me trompe pas en estimation de bonheur.

Le moindre essai de l'Association sur une centaine de familles et un tiers de lieue carrée , suffira à prouver que les sophistes n'ont jamais eu aucune notion régulière sur le bonheur social , non plus que sur la vérité , la liberté et l'économie dont ils se disent les oracles. Après cet essai, eux-mêmes seront si confus de leur prétendue science et de l'industrie morcelée dont elle est l'apôtre, que le nom de philosophe sera renié par quiconque pourra s'en défendre.

Au reste, l'épreuve de l'Association ramènera tous les partis à l'indulgence et à la modestie, en prouvant que si les philosophes sont pauvres de génie inventif, leurs antagonistes le sont de même, pour n'avoir pas suremplir la tâche qu'esquivaient les sophistes, ni déterminer la destinée industrielle et domestique, l'Association, où seize routes pouvaient les conduire (II, 142) (indépendamment de diverses voies secondaires que je n'ai pas dû mentionner (II, 142), en tableau des voies primordiales).

Et le siècle, après de telles négligences, après ce retard de l'étude la plus urgente, ose vanter ses progrès vers la perfectibilité! opposons-lui sans cesse l'humilité de ses propres chefs (Devises en tête de l'avant-propos). Tous confessent l'inanité de leur science, et l'égarement de cette raison qu'ils ont cru perfectionner; tous, enfin,

s'accordent à dire, avec leur compilateur Barthélémy: « Ces bibliothèques, prétendus trésors, etc. »

Il n'est que trop vrai : depuis 25 siècles qu'existent les sciences politiques et morales, elles n'ont rien fait pour le bonheurde l'humanité ; elles n'ont servi qu'à augmenter la malice humaine, perpétuer l'indigence, et reproduire les mêmes fléaux sous diverses formes. Après tant d'essais infructueux pour améliorer l'ordre social, il ne reste aux philosophes que la conviction de leur impéritie; le problème du bonheur public est un écueil insurmontable pour eux.

Cependant une inquiétude universelle atteste que le genre humain n'est point arrivé au but où la nature veut le conduire, et cette inquiétude semble présager quelque grand événement qui changera notre sort. Les nations, harassées par le malheur et trompées cent fois par les jongleurs politiques, espèrent encore et ressemblent à un malade qui compte sur une miraculeuse guérison. La nature souffle à l'oreille du genre humain, « qu'il est réservé » à un bonheur dont il ignore les routes, et qu'une décou- » verte merveilleuse viendra tout à coup dissiper les » ténèbres de la civilisation. »

La théorie sociétaire va justifier cet espoir, assurer à chacun cette aisance graduée qui est l'objet de tous les désirs. Les sciences n'ont rien fait pour le bonheur social, tant qu'elles n'ont pas pourvu au besoin principal , au besoin de richesse graduée, assurant au pauvre un minimum décent. La théorie sociétaire ne serait qu'un nouvel opprobre pour la raison, si elle ne nous donnait que de la science et toujours de la science, au lieu de nous donner la richesse qui est notre premier besoin , notre Yœu le plus unanime,

AVANT-PR0t>0S. M

Quant à la civilisation d'où nous allons enfin sortir, loin d'être destinée sociale de l'homme, elle n'est qu'un fléau passager dont les globes sont affligés durant leurs premiers âges : elle est pour le genre humain une maladie d'enfance , comme la dentition ; maladie qui s'est prolongée sur notre globe au moins 20 siècles de trop, par l'inadvertance et l'orgueil des philosophes anciens qui dédaignèrent toute élude sur l'Association et l'Attraction passionnée. Bref, les sociétés sauvage, patriarcale, barbare et civilisée, ne sont que des sentiers de ronces, des échelons (II, 33) pour s'élever à un meilleur ordre, à l'Harmonie sociétaire qui est destinée industrielle de l'homme, et hors de laquelle les efforts des meilleurs princes ne peuvent aucunement remédier aux malheurs des peuples.

C'est donc en vain, Philosophes, que vous auriez amoncelé des bibliothèques pour chercher le bonheur, tant qu'on n'aurait pas extirpé la souche de tous les malheurs sociaux, le morcellement industriel ou travail non sociétaire , qui est l'antipode des vues économiques de Dieu.

Vous vous plaignez que la nature vous refuse la connaissance de ses lois : eh! si vous n'avez pas pu, jusqu'à ce jour, les découvrir, que tardez-vous à reconnaître l'insuffisance de vos méthodes, comme l'ont fait les auteurs cités plus haut, et invoquer une nouvelle science, un nouveau guide? Ou la nature ne veut pas le bonheur des hommes , ou vos méthodes sont réprouvées de la nature, puisqu'elles n'ont pu lui arracher ce secret que vous poursuivez.

Voit-on qu'elle soit rebelle aux efforts des physiciens comme aux vôtres? Non, parce que les physiciens élu-

client ses lois au lieu de lui en dicter; et vous n'étudiez que l'art d'étouffer la voix de la nature, d'étouffer l'Attraction qui est interprète de la nature, et dont la synthèse conduit en tout sens à la formation du lien sociétaire.

Aussi, quel contraste entre vos bévues et les prodiges des sciences fixes! chaque jour vous ajoutez, Philosophes, des erreurs nouvelles à d'antiques erreurs, tandis qu'on voit chaque jour les sciences physiques avancer dans les routes de la vérité, et répandre sur l'âge moderne autant de lustre que les billevesées philosophiques ont répandu d'opprobre sur le dix-huitième siècle.

CIS- PAUSE. — Les partis conciliés aux dépens des Bibliothèques.

J'insiste par note spéciale sur l'assertion précédente , savoir: « que l'Association est toute conciliante, garan- » tissant la prompte fusion, et qui plus est, l'absorption » des partis. »

On pourra me reprocher des indices contraires, un début très-hostile, qui, dès les premières pages, heurte un parti nombreux, celui des philosophes et des libéraux. « Il fallait, diront les Aristarques, vous en tenir à des ï thèses bien suffisantes ; vous borner à prouver qu'un » domaine du produit de 1,000 écus en rendra 5,000 en » Association , et que cet accroissement colossal de » richesse est le seul moyen de cicatriser les plaies de ré- » volution, en indemnisant les parties lésées. »

Une telle circonspection serait duperie en France, où l'on prodigue le titre de philosophe à tout auteur d'idées neuves. Je ne veux point être confondu avec les sophistes

que je combats , et j'ai dû, dès la ire. page, faire scission avec de faux savants qui se dénoncent eux-mêmes ( Devises, plus haut ).

Dans cette préface , comme dans tout le cours du livre, j'attaque la science et non les auteurs, à qui ma théorie ménage les capitulations les plus favorables sous les rapports de l'amour-propre (II, 120), et de la fortune subite (II, 552).

Ils y verront que l'Association leur vaudra cent fois plus de richesses et d'honneurs qu'ils n'en eussent osé désirer: n'est-ce pas se concilier pleinement avec eux, que de combler ainsi leurs vœux? Il en est de même des libéraux dont j'attaque les erreurs, les duperies, et non les intentions expresses : désirent-ils sincèrement d'améliorer le sort des peuples, ils seront ravis d'apprendre qu'il existait une voie sûre pour atteindre au bien social, et que la philosophie nous avait caché depuis 5000 ans cette planche de salut enfin découverte, voie toute pacifique, purement industrielle , et étrangère aux affaires de politique administrative.

Quant aux bibliothèques philosophiques, il n'est aucun moyen de les sauver. Les philosophes cherchent, disentils , la vérité; ils ont dû s'attendre que son apparition serait un coup de foudre pour des systèmes dont euxmêmes déplorent la vanité, espérant qu'un jour la lumière DESCENDRA.

En leur apportant cette lumière, dois-je à leur science plus d'égards qu'ils n'en ont pour elle? Serai-je obligé de vanter 400,000 tomes qu'ils proscrivent, en disant (Devises, plus haut) : « Ces bibliothèques, prétendus trésors .» de connaissances sublimes, ne sont qu'un dépôt humij liant de contradictions et d'erreurs? »

Il faudra cent fois le leur répéter pour les disposer à subir une déchéance dont eux-mêmes ont prononcé l'arrêt, pensant que l'exécution en était renvoyée à des milliers d'années, et que la philosophie, tout en s'avouant trompeuse et impuissante contre les désordres sociaux , allait régner encore bien des siècles avant qu'on n'obtînt la lumière invoquée par ses coryphées, Socrate, Montesquieu, Voltaire, ete.

On ne peut espérer cette lumière que d'une science opposée en tous points aux quatre corps de sophisme qui ont égaré l'esprit humain, engouffré le monde social dans l'indigence, la fourberie, la civilisation et la barbarie. Il est donc nécessaire que l'inventeur du calcul des destinées se déclare en pleine contradiction avec les 4 facultés philosophiques.

Si j'hésitais dans ce rôle, si je ménageais quelque voie d'accommodement avec leurs 400,000 tomes, le lecteur serait fondé à concevoir des défiances, ne voir en moi qu'un sophiste de plus. Celui qui apporte réellement la vérité, et qui s'engage à en fournir les preuves mathématiques, doit rompre en visière à l'erreur et déclarer sans réserve aux quatre sciences fausses, que leur règne est fini; annonce qui, loin d'être alarmante pour les écrivains, leur présente un gage d'immense fortune (268), une moisson de nouvelles palmes scientifiques et littéraires (Pivot inverse, III, 212).

Peut-être auront-ils à se plaindre de l'aspérité des formes , de l'amertume des reproches : mais si la nature m'eût donné la souplesse des caméléons littéraires, elle ne m'aurait pas accordé le génie inventif, et je n'aurais pas su

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