‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 198 sur 201 · ET ENFANCE POLITIQUE DU GLOBE · texte numérisé non relu

ET ENFANCE POLITIQUE DU GLOBE

Si l'on veut faire un instant trêve d'amour-propre, chacun concevra que la meilleure aubaine pour un siècle, est d'être convaincu de sottise. Toute grande découverte imprime cette légère tache sur la génération qui l'a manquée; mais elle est dédommagée de ce petit affront , par la jouissance de lumières et bienfaits dont elle désespérait.

Lorsque Christophe Colomb revint à Séville avec les blocs d'or du nouveau Monde, ses contemporains qui pendant sept ans l'avaient excommunié, traité de visionnaire et de fou , ne furent-ils pas très-satisfaits d'être eux-mêmes convaincus de sottise, et réduits à décerner au seul Colomb la palme du bon esprit ? Dans cette conjoncture, le bénéfice ne compensa-t-il pas bien l humiliation, facile à oublier quand elle frappe sur une génération entière ?

Cette lutte de Colomb avec le xve. siècle , représente exactement la situation du xixe. siècle à mon égard. Alors il s'agissait du nouveau monde matériel; aujourd'hui, du nouveau monde social.

Assurément l'âge moderne va sourire de pitié en voyant un inconnu l'accuser de profonde ignorance en mécanique des passions , ou destin des sociétés industrielles. Mais si je suis fondé en preuves, si ma découverte est réelle, ne sera-ce pas pour le siècle un coup de fortune sans pareil? C'est aux opposants mêmes que j'en appelle de leur opposition : mieux avisés, ils accepteront le défi, et diront : « Ce qui est à souhaiter, pour notre intérêt commun, c'est » que la victoire demeure à l'inventeur , qu'il ait seul

» raison contre tout le monde savant , contre toute la ci- > vilisation ancienne et moderne. »

Tel est le vrai sens dans lequel on doit envisager ce débat; ne jamais perdre de vue que la défaite du siècle sera pour lui le gage d'un immense bonheur. Une fois pénétrés de cette réflexion , mes adversaires mêmes deviendront mes partisans secrets. L'orgueil sera balancé chez eux par la perspective des richesses et des lumières; ils seront en état de juger sainement sur le grand problème de V Association , et d'apprécier la théorie qui en ouvre la voie au monde entier. Alors la philosophie en corps votera pour sa propre chute, ses coryphées étant les hommes qui, a titre de littérateurs, doivent recueillir de l'état sociétaire les plus riches moissons, soit en fortune pécuniaire (II, 352), soit en palmes de gloire (II, 385).

Cest assez prouver que l'orgueil doit ici transiger avec V intérêt et la gloire , et que le plus sage parti sera la modestie spéculative. Ce principe établi , on peut passer à la thèse que font pressentir les articles précédents , celle de /'enfance politique du monde social. Il faut s'élever à concevoir que le genre humain , envisagé comme un seul corps, est sujet aux quatre phases de carrière vitale (voyez le petit tableau, II , 271 ), et qu'il n'en est qu'à la première.

L'enfance politique du genre humain est beaucoup plus courte proportionnément que celle d'un homme : celle-ci comprend un quart de carrière, soit quinze ans sur soixante; celle-là, un seizième, environ 5,000 ans sur 80,000. Mais les effets sont les mêmes; c'est-à-dire qu'un monde social en phase d'enfance est comparable aux impubères qui, à 8 et 10 ans, tout occupés de jeux enfantins , n'ont pas encore connaissance des plaisirs dont ils

jouiront en phase d'adolescence. Ainsi les humains, sur un globe enfant , ne s'élèvent pas à l'idée d'une harmonie future , où le monde passera de la pauvreté à l'opulence, de la fourberie à la vérité , des discordes aux concerts unitaires.

Phrases de roman, chimérique espoir, s' écrie-t-on ! Mais n'est-il pas à désirer que j'aie seul raison contre tous? C'est là-dessus que va s'établir la discussion dans le cours de l'ouvrage : tout se réduira à savoir si j'ai découvert ou non le procédé df ASSOCIATION ATTRAYANTE, présentant au Sauvage ou Barbare comme au Civilisé, la double amorce de triple produit et de charme industriel.

Si la découverte est démontrée , il est certain que les sociétés actuelles, Civilisée, Barbare et Sauvage, vont s'évanouir devant l'Association qui les absorbera toutes trois , et que le monde entier va sortir de la phase d'enfance, passer à l'adolescence politique (Harmonie ascendante, II , 271 ), et à la destinée heureuse, dont la durée (II , 271) est septuple des âges d'infortune et de chaos social (II, 33).

J'ai disposé les esprits , dans tout le cours de la préface, à cette heureuse métamorphose qui, s' opérant du plein gré des monarques et des peuples, absorbera subitement les querelles politiques dans l'ivresse du bonheur général.

On voit par là combien nous sommes fondés à sortir de la léthargie, de la résignation apathique au malheur, et du découragement répandu par nos sciences , qui enseignent la nullité de la Providence en fait de mécanisme social, et V incompétence de l'esprit humain à déterminer notre destination future.

Eh ! si le calcul des événements futurs est hors de la

portée de l'homme, d'où vient cette manie commune à tous les peuples , de vouloir sonder les destinées , au nom desquelles l'être le plus glacial ressent un frémissement d'impatience , tant il est impossible d'expulser du cœur humain la passion de connaître l'avenir/ Pourquoi Dieu , qui ne fait rien en vain , nous aurait-il donné cet ardent désir, s'il n'eût avisé aux moyens de le satisfaire un jour! Enfin ce jour est arrivé; les hommes vont s'élever à la prescience des événements futurs : je donnerai , dans la note cosmogonique E (III , 241 ) , un premier aperçu de l'analogie universelle qui va nous révéler tous ces mystères et nous ouvrir le grand livre des décrets éternels.

La philosophie, inhabile à les pénétrer, nous détournait de la recherche, par un épouvantail de voiles d'airain et de sanctuaire impénétrable : mais si la nature est vraiment impénétrable, selon le dire de nos sophistes, pourquoi a-t-elle permis que Newton expliquât la 4e. branche de son système général (32)? C'est un indice quelle ne voulait pas nous refuser la connaissance des autres branches. Quand une belle accorde quelque faveur , l'amant serait bien sot de croire quelle n'accordera rien de plus. Pourquoi donc les savants ont-ils molli près de cette nature qui les agaçait en leur laissant soulever un coin du voile? Pourquoi, avec leurs brillants paradoxes de voiles d'airain, communiquent-ils le découragement dont ils sont frappés , et persuadent-ils au genre humain qu'il ne découvrira rien là où leur science n'a rien su découvrir ?

Entre temps : la classe des sophistes nous leurre d'un espoir de progrès vers la perfectibilité , quand il est évident que la civilisation est un cercle vicieux ; qu'il n'y a

de salut que dans l'invention d'une société' plus élevée en échelle [voyez II , 33 ) , et que l'esprit civilisé est tout à fait inhabile à concevoir et exécuter le bien. Il s'est écoulé vingt siècles scientifiques avant qu'on ne proposât le moindre adoucissement au sort des esclaves : il faut donc des milliers d'années pour nous suggérer un acte de justice et de progrès social, bientôt compensé par quelque oppression pire encore , telle que la traite des Nègres, et celle des Blancs exercée par les Turcs sur les Chrétiens.

Au résumé, nos sciences, qui se vantent d'amour pour le peuple , sont complètement ignares sur les moyens de le protéger. Les tentatives des modernes sur l'affranchissement des Nègres n'ont abouti qu'à verser des flots de sang et redoubler les cruautés de la traite, qu'à aggraver le mal de ceux qu'on voulait servir. Nos prétentions en réformes sociales n'engendrent qu'orages et déchirements : la marche de nos sociétés est comparable à celle de l'aï, dont chaque pas est compté par un gémissement. Ainsi que lui, la civilisation s'avance avec une inconcevable lenteur à travers les tourmentes politiques : à chaque génération elle essaie de nouveaux systèmes qui ne servent , comme les ronces, qu'à teindre de sang les peuples qui les saisissent.

Enfin le terme des malheurs sociaux , le terme de l'enfance politique du globe est arrivé : nous touchons à la grande métamorphose qui semblait s'annoncer par une commotion universelle. Cest vraiment aujourd'hui que le présent est gros de l'avenir, et que l'excès des souffrances doit amener la crise du salut. A voir la continuité des secousses politiques, on dirait que la nature fasse effort pour secouer un fardeau qui l'oppresse : les guerres, les révolutions , embrasent incessamment tous les points du

globe; les orages à peine conjures renaissent de leurs cendres; les esprits de parti s'enveniment sans nul augure de conciliation ; le corps social est devenu ombrageux , délateur, pétri de vices, familier avec toutes les monstruosités, jusqu'à s'allier aux Barbares pour la persécution des Chrétiens; la fortune publique n est plus qu'une proie livrée aux vampires d'agiotage; l'industrie est devenue , par ses monopoles et ses excès, une punition pour les peuples réduits au supplice de Tantale, et affamés au sein de leurs trésors; l'ambition coloniale a fait naître un nouveau volcan ; l'implacable fureur des Nègres changerait bientôt l'Amérique en un vaste sépulcre , et vengerait par le supplice des conquérants les races indigènes qu'ils ont anéanties; le commerce, émule des Cannibales, raffine les atrocités de la traite , et insulte aux décrets bienfaisants d'un congrès de souverains. L'esprit mercantile a étendu la sphère des crimes; à chaque guerre il porte les ravages dans les deux hémisphères; nos vaisseaux n'embrassent le monde entier que pour associer les Barbares et Sauvages à nos vices et à nos fureurs; la terre n'offre plus qu'un affreux chaos d'immoralité , et la civilisation devient plus odieuse, aux approches de sa fin. C'est au plus profond de l'abîme, qu'une invention fortunée apporte aux civilisés la Boussole sociale , ou calcul de l'Attraction développée par Séries contrastées; boussole que les modernes auraient cent fois découverte , s'ils n'étaient pétris d'impiété , et tous coupables de défiance envers la Providence. Qu'ils sachent (et on ne saurait trop le leur répéter), qu'elle a dû avant tout statuer sur le mécanisme social, puisque c'est la plus noble branche du mouvement universel , dont la direction appartient tout entière à Dieu seul.

Au lieu de reconnaître cette vérité, au lieu de rechercher quelles peuvent être les vues de Dieu sur l'ordre social, et par quelle voie il a dû nous les révéler, l'âge moderne a écarté toute doctrine qui eût admis L'UNIVER- SALITÉ DE LA PROVIDENCE et V intervention active de Dieu dans le code social. On a diffamé V Attraction passionnée, interprète éternel de ses décrets : V homme s'est confié à la direction des philosophes qui veulent ravaler la Divinité au-dessous d'eux, en s' arrogeant sa plus haute fonction , la direction du mouvement social. Pour les couvrir de honte , Dieu a permis que, sous leurs auspices, l'humanité se baignât dans le sang pendant 23 siècles sophistiques , et qu'elle épuisât la carrière des misères , des inepties et des crimes.

La fortune enfin nous devient propice, le sort est désarmé, et l'invention de la théorie sociétaire nous ouvre l'issue de cette prison sociale qu'on nomme civilisation. A quel titre la théorie peut-elle mériter confiance conditionnelle , admission à l'examen et à l'épreuve sur un hameau? Ce n'est qu'autant quelle se rallie à l'unité de l'univers , à ses harmonies connues , comme la planétaire , la mathématique, la musicale; autant qu'elle s'étaie d'application aux théorèmes principaux de ces harmonies , et notamment à celui de l'équilibre planétaire en raison directe des masses et inverse du carré des distances. L'équilibre des passions doit se fonder sur la même règle , s'il y a unité dans l'univers matériel et passionnel, et cette règle doit être appliquée à la branche fondamentale de l'état sociétaire, à la répartition en raison des trois facultés, Capital, Travail et Talent. Si celte condition est remplie dans la nouvelle théorie (IV, section 8e.), il n'est rien de plus urgent que d'en

faire l'essai sur un hameau; proposition qui ne pourrait être combattue que par des Zoïles , devenus malheureusement si nombreux dans cette génération , ou par cette classe de dupes savants, à qui f adresse la, devise, aures habent et non audient, et l'article Introd., II, 56, sur la fausse nouveauté.

Quant aux impartiaux , j'aime leur circonspection et je la provoque; mais quils se gardent de prendre pour voie de prudence les insinuations de la tourbe des envieux, des petits esprits et des méchants (i).

(i) J'use d'un exemple, pour rendre sensible cette malignité générale des civilisés envers les inventeurs.

Lorsqu'un pape des moins judicieux lançait sur Colomb les foudres de l'église, ce pape n'était- il pas vivement intéressé au succès de Colomb ? Sans doute ; car a peine l'Amérique fut-elle connue, que le pontife y distribua des empires , et trouva fort bon de profiter d'une découverte dont la seule idée avait excité toute sa colère.

Le chef de l'église, dans cette inconséquence , était le portrait de tous les hommes ; ses préjugés et son amour-propre l'aveuglaient sur ses véritables intérêts. S'il eût raisonné, il eut entrevu que le Saint-Siège pouvant , a cette époque , distribuer la souveraineté temporelle des terres inconnues et les soumettre à son empire religieux, était intéressé sous tous les rapports à encourager la recherche d'un nouveau continent.

Mais, par excès d'amour-propre, le pape et son conseil ne raisonnèrent point. C'est une petitesse commune à tous les siècles et à tous les individus; c'est un contre-temps qui poursuit tout inventeur. Il doit s'attendre a être molesté en proportion de la magnificence de sa découverte, surtout s'il est homme profondément obscur, et qui ne soit recommandé par aucune production antérieure.

Toute invention trop brillante est jalousée par ceux qui pouvaient la faire : on s'indigne contre l'inconnu qui s'élève par un

Si le siècle sait s'en garantir, s'il opine sagement à consulter la preuve expérimentale , tout sur ce globe va changer de face; l'humanité va passer de l'abîme de souffrance au faite du bonheur, avec la rapidité de l'éclair : ce sera l'image d'un décor théâtral qui fait en un clin d'œil succéder l'olympe à l'enfer. Nous allons être témoins d'un spectacle qui ne peut être vu qu'une fois sur chaque globe, le passage subit de l'incohérence industrielle à la combinaison sociétaire. C'est le plus brillant effet de mouvement qui puisse avoir lieu dans tous les

coup de hasard au faite de la renomme'e ; on ne lui pardonne pas d'éclipser tout à coup les lumières acquises. Un tel succès devient un affront pour la géne'ration existante; elle oublie les bienfaits que va donner la découverte, pour ne songer qu'à la confusion imprimée sur le siècle qui l'a manquée. Chacun, avant de raisonner, veut venger son amour-propre offensé, veut contrecarrer une brillante invention avant de l'avoir examinée.

On ne jalousera guère un Newton, parce que ses calculs sont si transcendants , que le vulgaire scientifique n'y avait aucune prétention : mais on déchire un Colomb, parce que son idée de chercher un nouveau monde était si simple , que chacun pouvait la concevoir avant lui.

Même disgrâce va peser sur l'inventeur du nouveau monde social : la philosophie, qui règne sur le xixe. siècle, élèvera contre moi plus de préjugés que la superstition n'en éleva, auxiv". siècle, contre Ch. Colomb. Cependant , s'il trouva dans Ferdinand et Isabelle des souverains plus sages que les beaux esprits du temps, ne puis-je pas, comme lui, compter sur l'appui de quelque monarque plus clairvoyant que ses contemporains? Et tandis que les sophistes actuels répéteront avec ceux des âges obscurs, qu'il n'y A rien A découvrir, ne se pourra-t-il pas qu'un potentat, plus sage que la philosophie, veuille tenter l'essai que firent les monarques de Castille?

Ils exposaient peu, en hasardant un vaisseau, pour courir la

univers : son attente doit consoler la génération actuelle de tous ses malheurs. Chaque année, pendant cette métamorphose, vaudra des siècles d'existence, et présentera une foule d'événements si surprenants , qu'il ne convient pas de les faire entrevoir sans préparation.

Flétris par d'antiques malheurs et courbés sous les chaînes de l'habitude , les civilisés ont cru que Dieu les destinait aux privations , ou seulement à un bonheur médiocre. Ils ne pourront pas se façonner subitement à l'idée du Bien-être qui les attend, et leurs esprits se soulèveraient , si on leur exposait sans précaution la perspective des délices dont ils vont jouir sous très peu de temps, car il faudra à peine deux ans pour organiser chacun des cantons sociétaires, et à peine six ans pour achever

chance de découvrir un nouveau monde et en acquérir l'empire. L'un des monarques actuels (ou même an riche particulier, tom. IV, 587), pourra dire dans le même sens: hasardons, sur un tiers de lieue carrée, l'essai de l'Association domestique agricole : c'est bien peu risquer pour courir la chance de tirer le genre humain de la lymbe sociale (Introd., II, 55), de monter au trône de l'unité universelle (II, 576), et d'en transmettre à perpétuité le sceptre à nos descendants.

Je viens de signaler les préjugés que l'orgueil scientifique élèvera contre moi : j'ai voulu, par là, prévenir le lecteur contre les sarcasmes de cette multitude qui tranche sur ce qu'elle ignore, et qui répond aux raisonnements par des jeux de mots (IV, 594). Lorsque les preuves de ma découverte seront produites et qu'on verra s'approcher l'instant d'en recueillir le fruit , lorsqu'on verra l'unité universelle prête à s'élever sur les ruines du chaos sauvage, barbare et civilisé, les critiques passeront subitement du dédain à l'ivresse; ils voudront ériger l'inventeur en demi- dieu, et ils s'aviliront de rechef par des excès d'adulation , comme ils vont s'avilir par des railleries inconsidérées.

l'organisation du globe entier, à supposer les plus longs délais.

L'état sociétaire sera, dès son début, d autant plus brillant qu'il a été plus longtemps différé. La Grèce , à l'époque des Solon et des Périclès, pouvait déjà l'entreprendre ; ses moyens étaient parvenus au degré suffisant pour cette fondation : elle exige le secours de la grande industrie , inconnue sur chaque globe aux générations primitives que Dieu , d'après cet obstacle , doit laisser dans ï ignorance de la destinée heureuse à laquelle un monde ne pourrait pas s'élever dans ses premiers âges.

Aujourd'hui, nos moyens de luxe et de raffinement sont au moins doubles de ce qu'ils étaient chez les Athéniens : nous débuterons avec d'autant plus d'éclat dans l'ordre sociétaire. C'est à présent que nous allons recueillir le prix des progrès de nos sciences physiques. Jusqu'à ce moment , en perfectionnant le luxe , elles augmentaient les privations relatives de la multitude qui est dépourvue du nécessaire; elles ne servaient que les oisifs , en désespérant les industrieux , et cet odieux résultat conduisait à opter entre deux opinions, ou la malfaisance de Dieu, ou la malfaisance de la civilisation. Raisonnablement, l'on ne pouvait se fixer qu'à cette dernière opinion.

Les philosophes, au lieu d' envisager la question sous ce point de vue , ont éludé le problème que présentait la malice humaine ; elle conduisait à suspecter la Civilisation OU SUSPECTER DlEU.

Pour esquiver l'alternative, ils se sont ralliés, dans le dernier siècle, à une opinion bâtarde, celle de l'athéisme, qui, supposant l'absence d'un Dieu, dispense les savants de rechercher et déterminer ses vues , les autorise à don-

ner leurs théories capricieuses et inconciliables pour règles du bien social. L'athéisme est une opinion fort commode à l'ignorance politique, et ceux qu'on a surnommes ESPRITS FORTS pour avoir professé l'athéisme, se sont montrés par-là bien faibles de génie. Craignant d'échouer dans la recherche des plans sociaux de Dieu, ils ont 'préféré nier l'existence de Dieu , vanter comme perfection cet ordre civilisé qu'ils abhorrent en secret, et dont l'aspect les désoriente au point de les faire douter de la Providence.

Les sophistes, sur ce point, ne sont pas les seuls en défaut : s'il est absurde de ne pas croire en Dieu, il est également absurde d'y croire à demi; de penser que sa providence est incomplète, qu'il a négligé de pourvoir à nos Besoins les plus urgents , à celui d'un ordre social qui assure notre bonheur. Lorsqu'on voit les prodiges de notre industrie, tels qu'un vaisseau de haut bord et autres merveilles qui sont prématurées eu égard à notre enfance politique, peut-on raisonnablement penser que ce Dieu qui nous a prodigué tant de sublimes connaissances, veuille nous refuser celle de l'art social, sans laquelle toutes les autres ne sont rien ? Dieu même ne serait-il pas blâmable et inconséquent, de nous avoir initiés à tant de sciences admirables, si elles ne devaient produire que des sociétés dégoûtantes de crimes , comme la Barbarie et la Civilisation , dont l'humanité va être enfin délivrée, et dont la prochaine clôture doit être un signal d'allégresse universelle !

DIRECTION pour les 5 classes de lecteurs (p. 5).

1°. Les frivoles. Je leur conseille de débuter par de petits articles détachés et amusants, qui traitent des prodiges romantiques de l'Association ; ce sont, en 2e. partie :

i°. Le trentuplement de richesse (III, 45 ). 2°. Les melons jamais trompeurs (III, 47), 3°. La dette de 25 milliards payée en 6 mois ( III, 206 ). En Tntrod. : Le tableau partiel du mouvement social (II, 55 a 57).

La vraie et la fausse nouveauté (II, SI à 59). La détraction française, etc. ( II, 75 a 84). Prolégom. Le 5e. chapitre ( II , 99 ), et la Cis-Médiante ( II , 149).

Le chapitre du commerce mensonger (II, 216

La garantie septénaire ( II, 259 à 248 ). Intermède : 1er. moyen, lustre des sciences et des arts (II, 549 2e. moyen, leurres sur la fortune et la gloire (II, T. III, Citerl. (585). Banqueroute (124). Français (IV, 571).

De Ta ils pourront passer à la 2e. partie (III, 1 ), qui est théorie spéculative et par conséquent lecture obligée pour tous.

2°. Les mixtes ajouteront quelques articles à cette liste; les tables des matières (II, 547; III, 415) les aideront à juger du choix a faire.

5°. Les graves devant lire le tout, il n'y a aucune instruction a leur donner sur le choix des lectures.

Les disciples bénévoles devront se munir d'arguments péremptoires à opposer aux sceptiques et zoïles; voici un choix de répliques adaptées aux trois caractères.

Les frivoles, pour éviter de longs raisonnements, pourront faire valoir, 1°. les perspectives de bénéfice (lre. note., 2e. part6.), qui militent pour l'essai; 2°. les 12 prodiges d'unité sociétaire ( Cis-Méd., II, 149, et Citerl., III, 585 ), objecter que la civi-

lisation, dont les savants sont tous partisans de l'unité', produit l'oppose de ces douze effets d'unité, et conclure qu'il faut ou renoncer à prôner l'unité, ou s'élever plus haut que la civilisation , pour obtenir l'unité et ses bienfaits.

Les graves, qui ne craignent pas les discussions, prendront pour thème : 1°. les propriétés et attributions de Dieu (II, 245) ; 2°. les trois chap. (lpe. part*., 5e. note. ), sur les garanties que l'attraction pass. fournit a Dieu et à l'homme; 3°. les équilibres pass. ( IV, sect. 7 et 8); 4°. les propriétés de l'essor infinitésimal et unitaire (II, 352 ; IV, 6e. sect. ).

Les mixtes pourront s'emparer des arguments plaisants, badiner la philosophie sur le résultat constant de ses lumières ( les 9 fléaux , II, 51 ), sur ce qu'elle n'a aucune connaissance des sujets dont elle traite, comme

Droits de l'homme ( II, 165 ),

Phases de civilisation (II, 207 )*,

Commerce (II, 219 et III, 124),

Vrai bonheur (III, 183),

Conditions de liberté par minimum et attraction indust. (II, 172, 187),

Faux et vrai libéralisme ( II, 385, 594, 449 ; III, 269 ) , et sur ce qu'ayant donné les 12 préceptes (II, 129 ) , qui conduisaient aux 16 issues de civilisation (H, 142), elle n'en a suivi aucun et n'a su trouver aucune des issues. Ce canevas de répliques suffira aux divers adeptes.

Organes d'une science conciliante, ils devront consoler les vaincus; représenter a la philosophie que perdant un, elle

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