DOIS-JE DONNER DES PREUVES DÉTAILLÉES, OU SUCCINCTES , OU MOYENNES
Nul doute, répliquent les rigoristes 5 il faut des preuves complètes, bien développées. Dans ce cas il faudrait donc descendre aux menus détails, à une analyse exacte des 12 passions, sujet tout à fait inconnu et très-minutieux, si l'on veut suivre l'échelle régulière (III, 556)! Ce serait rebuter le lecteur à force d'exactilude. La méthode minutieuse fatigue souvent plus qu'elle n'éclaire: je n'ai jamais pu rien comprendre à l'idéologie ; c'est pourtant la science qui , après les mathématiques, me paraît la plus scrupuleuse en dissections analytiques. J'en conclus que l'afïluence de détails méthodiques n'est point une voie sûre pour instruire le lecteur, et j'opine à laisser en arrière beaucoup de développements sur lesquels on sera
toujours à temps de revenir. J'aime mieux exposer incomplètement divers sujets , que d'engager l'étudiant dans des subtilités dogmatiques; elles seraient pour lui des épines et non des lumières 5 j'en ai donné la preuve (II, 489), en hasardant sur un point de nomenclature, sur les hjmbes sociales, une page de commentaire. J'ai prévenu qu'on les trouverait obscurs et fatigants, quoique très-exacts, et j'en ai moi-même supprimé plus d'une phrase traînante.
On tomberait dans ce défaut à chaque instant, si pour complaire aux lecteurs pointilleux on s'engageait dans tous les détails désirables ; ils seraient qualifiés de grimoire confus, d'argot scientifique. Je les diffère pour en composer au besoin un recueil destiné aux adeptes.
Par opposition, l'on trouvera dans ce traité divers articles qui pourront sembler déplacés, et que des critiques à courte vue opineraient â retrancher. Us en jugeront différemment s'ils veulent prendre en considération une chance de candidature qui me fait la loi.
Il existe 4,000 candidats de fondation , gens dont chacun a le moyen d'entreprendre l'essai sociétaire, soit de ses propres fonds, soit par souscription. Tout millionnaire est candidat, car il peut, sans aucun risque, éprouver le régime sociétaire sur une réunion de 4 à 500 inégaux, hommes, femmes et enfants, cultivant un tiers de lieue carrée.
A la rigueur, il ne faut persuader qu'un des 4,000. Quelle marche suivre? Ce n'est ni aux fleurs de rhétorique, ni aux formes adulatrices qu'il convient de recourir. Un fondateur ne sera guère entraîné que par la justesse des calculs.
J'ai dû négliger la conquête de ceux qui exigent de la
flatterie : ce sont, pour l'ordinaire, des caractères faibles, indécis, louvoyeurs, des avortons politiques, gens qui se borneraient à de stériles suffrages. Il faut un esprit ferme, vaste, grandiose, apte à voir les choses dans le droit sens, et à s'élever au-dessus de la petitesse de ses contemporains. Un tel homme goûtera mieux une critique des bévues de la science, qu'une apologie des erreurs en crédit. D'ailleurs, je ne connais ni ne veux connaître la flagornerie, et j'aurais très-mauvaise grâce à vouloir écrire sur ce ton ; c'est pour cela que je ne dois spéculer que sur les candidats déclasse grandiose.
L'homme doué de conceptions vastes et unitaires, voudra une théorie satisfaisante snr les trois unités : il n'y aurait pas foi, si j'esquivais quelqu'un des problèmes; il faut donc les aborder franchement dans les 3 ordres : c'est ce que je fais dans les 3 articles,
Unité de l'homme avec lui-même (II, 368), Interm., 2e. moyen;
Unité de l'homme avec Dieu (II, 304), Pivot direct;
Unité de l'homme avec l'univers (III, 241), note E; Articles qui pourront sembler bizarres à la multitude : elle peut les franchir, ou les regarder comme non avenus. Mais s'ils sont nécessaires pour inspirer confiance à un fondateur, m'est-il permis de négliger pareille précaution, et de céder aux petitesses dominantes , dans une affaire d'où dépend la délivrance du genre humain, l'issue du labyrinthe civilisé, barbare et sauvage, et l'avènement subit à l'unité universelle?
AVANT-PROPOS. b5