COURONNE BORÉALE
(C'esl ici un chapitre plus curieux que nécessaire; on peut le franchir et passer aux suivants, où je traite des périodes 2, 3, 4 el 5, qui offrenS des détails plus à la portée de tout le monde.)
Lorsque le genre humain aura exploité le globe jusqu'au delà des soixante degrés nord, la température de la planète sera considérablement adoucie et régularisée ; le rut acquerra plus d'activité; l'aurore boréale, devenant très fréquente, se fixera sur le pôle et s'évasera en forme d'anneau ou couronne. Le fluide qui n'est aujourd'hui que lumineux acquerra une nouvelle propriété, celle de distribuer la chaleur avec la lumière.
La couronne sera de telle dimension qu'elle puisse toujours être par quelque point en contact avec le soleil, dont les rayons seront
(l) [J'ai reconnu depuis qu'elle naîtra quatre ans après la fondation de l'Harmonie; c'est la couronne australe qui ne naîtra que lard, et environ 432 ans après la fondation de l'Harmonie. Je n'ai rien dit en 1808 de cette couronne australe, sur la naissance de laquelle je n'avais aucuns certitude. La théorie de cosmogonie n'était que très peu avancée, et j'ai mieux aimé dire trop peu que de hasarder ce qui était encore conjectural. ]
nécessaires pour embraser le pourtour de l'anneau; elle devra lui présenter un arc, même dans les plus grandes inclinaisons de Taxe de la terre.
L'influence de la couronne boréale se fera fortement sentir jusqu'au tiers de son hémisphère ; elle sera visible à Pétersbourg, Ochotsk, et dans toutes les régions du soixantième degré.
Depuis le soixantième degré jusqu'au pôle , la chaleur ira en augmentant, de sorte que le point polaire jouira à peu près de la température d'Andalousie et de Sicile.
A cette époque le globe entier sera mis en culture, ce qui causera un adoucissement de cinq à six degrés, et même douze, dans les latitudes encore incultes, comme la Sibérie et le Haut-Canada.
Les climats voisins du soixantième degré s'adouciront par double cause : par l'effet des cultures générales, et par l'influence de la couronne, au moyen de laquelle il ne viendra du pôle que des vents tempérés, comme ceux qui arrivent de la Barbarie sur Gènes et Marseille. Ces causes réunies établiront au soixantième degré la température dont jouissent aujourd'hui les régions du quarante-cinquième, en pleine culture, comme Bordeaux, Lyon, Turin, Venise. Ainsi les villes de Stockholm, Pétersbourg, Tobolsk et Jakutsk, qui seront sur la ligne la plus froide de la terre, jouiront d'une chaleur égale à celle de Gascogne ou de Lombardie , sauf les modifications causées par le voisinage des montagnes et des mers. Les côtes maritimes de la Sibérie, impraticables aujourd'hui, jouiront de la douce température de Provence et de Naples.
Une amélioration plus importante qu'on devra à la couronne boréale, ce sera de prévenir tous les excès atmosphériques : excès de froid ou de chaud, excès d'humidité ou de sécheresse, excès d'orage ou de calme. L'influence de la couronne, réunie à l'influence de la culture universelle, produira sur le globe une température graduée qui ne peut exister nulle part aujourd'hui. Les climats qui seront les plus glacials du globe, tels que la ligne de Pétersbourg à Ochotsk, jouiront à cette époque d'une température plus agréable qu'on ne peut la trouver maintenant dans les séjours les plus vantés . tels que Florence, Nice, Montpellier, Lisbonne, qui sont favorisés du ciel le plus serein et le plus doux. J'estime que ces contrées n'ont pas plus de quatre mois de belle saison tempérée ; mais après la naissance de la couronne boréale, le soixantième degré, c'est-à-dire la ligne de Pétersbourg à Ochotsk, aura pour le
moins huit mois de belle saison et double récolte assurée. Voyez pour démonstration la note(4) où j'indique la cause des longs hi-
(l) Ouire la cause naturelle des hivers, qui est l'inclinaison de l'axe, il existe trois causes accidentelles dont le concours élève l'hiver au quadruple de ce qu'il doit être, et qui cesseront dans l'ordre combiné ; ce sont :
L'état inculte du globe, et surtout des terres voisines du pôle ;
La croule glaciale du pôle, qui double l'influence des frimas pendant l'absence du soleil;
Les émanations glaciales du pôle, qui contrarient l'influence du soleil à son retour après le solstice d'hiver.
À la naissance de la couronne ces trois causes de frimas seront neutralisées. J'ai dit que les latitudes de Pélersbourg seront plus assurées de la double récolte que ne le sont aujourd'hui celles de Toscane, et que le soixantième de^ré jouira d'une belle saison plus constante qu'on ne peut Tavoir aujourd'hui en aucun lieu de la terre; c'est ce que je vais expliquer.
Dès que les régions du pôle boréal seront éclairées, échauffées parla couronne et mises en culture, rien ne pourra balancer l'influence du soleil aux approches du printemps, époque où naît aujourd'hui un second hiver par l'effet des vents glacials qui se répandent alors du pôle sur tout l'hémisphère; de là vient que les hivers, en France, se prolongent jusqu'en mai, et absorbent la plus belle moitié du printemps, celle des jours de moyenne grandeur.
Après la naissance de la couronne, les aquilons ou vents du pôle seront tempérés, même en hiver, et adouciront le soixantième degré sur lequel ils se dirigeront ; il n'existera d'autres vents froids que ceux qui auront pris naissance aux environs du soixantième degré, lequel recevra, même en hiver, de la chaleur par double voie; il en recevra de son nord comme de son midi. La feuillaison commencera donc à Pélersbourg dès le mois de mars, et plutôt encore au soixante-dixième degré; elle sera en plein développement à Paris et au Spiizberg dans le courant de février.
Telle serait la marche de la nature si elle n'était gênée par l'obstacle des vents et émanations polaires qui arrêtent la germination au retour du soleil, et nous donnent un second hiver, un hiver factice, après le véritable. Cette calamité ne fut jamais plus frappante qu'en l'année 180 7. Pendant l'hiver dernier la mauvaise saison semblait finie en France au 15 février; le soleil était déjà ardent, et l'on croyait entrer dans le printemps lorsque les vents de nord et nord-ouest commencèrent un nouvel hiver qui se prolongea pendant deux mois et demi et se fit sentir jusqu'aux premiers jours de mai. Cet inconvénient, presque habituel, rend le cîi-
ï i PREMIÈRE PARTIE.
vers, et autres désordres climatériques auxquels le globe est assujetti pendant la première phase du Mouvement social.
En attendant la démonstration de ce futur événement, observât de France insupportable. On n'y jouit d'aucune belle saison, car la température y est toujours excessive, et les transitions sont subites, excepté celle de l'automne à l'hiver ; aussi n'y a-t-il de supportable en France que les trois mois de mai, septembre et octobre.
Ce qui constitue une belle saison , c'est la variété bien nuancée des températures; une petite gelée par un temps serein nous semble aussi agréable en janvier qu'une journée de printemps, pourvu que cette geiée ne soit pas de longue durée , qu'elle soit amenée gradalivement et en temps convenable, et qu'elle ne soit pas accompagnée de frimas, temps nébuleux et vents glacés. Tels seront les hivers dans le nouvel Ordre. Alors la vigne croîtra au soixantième degré, tandis que l'oranger sera cultivé aux cinquante-troisième et soixante-dixième degrés. Varsovie aura des forêts d'orangers comme en a aujourd'hui Lisbonne, et la vigne sera plus en sûreté à Pélersbourg qu'elle n'est aujourd'hui à Mayence, parce que la métamorphose des vents du pôle en zéphyrs la mettra à l'abri des .surprises qui sont aujourd'hui par toute la terre une des principales causes d'appauvrissement.
L'influence glaciale du pôle rend nos hivers beaucoup trop rigoureux pendant le mois de janvier, qui est leur époque naturelle, et ils recommencent à l'issue de janvier où ils devraient cesser. Il suffit de ces deux circonstances pour faire de notre hémisphère un séjour vraiment détestable jusqu'au quarantième degré en Europe, et trentième en Asie et en Amérique, où les froids sont bien plus rigoureux; car Philadelphie et Pékin, qui sont sur la ligne de Naples et Lisbonne, ont des hivers plus désagréables et plus âpres que ceux de Francfort et Dresde, villes plus élevées de onze à douze degrés.
On va présumer que, si les frimas doivent être réduits à si peu de chose dans la zone, tempérée boréale, les chaleurs deviendront insupportables en s'approchant de l'équateur; il n'en sera rien; d'autres causes contribueront à tempérer l'équateur, et rendront les étés du Sénégal moins fatigants que ceux de France. Une température bénigne et graduée succédera aux ouragans et aux tempêtes qui s'étendent de l'équateur sur les zones tempérées, et les climats seront régénérés au centre comme à l'extrémité du globe. Je ne parlerai pas ici des causes qui corrigeront la température équatoriale; elles sont étrangères à la naissance de la couronne boréale. En résumé, lorsque ces divers principes d'adoucissements opéreront sur l'atmosphère du globe, le plus mauvais climat, ■comme Ochotsk et Jakutsk, pourra compter sur huit à neuf mois de belle
vons divers indices qui l'annoncent : d'abord, le contraste de forme entre les terres voisines du pôle austral et celles voisines du pôle boréal ; les trois continents méridionaux sont aiguisés en pointe,
saison, et sur un ciel exempt de brumes et d'ouragans, qui seront à peu près inconnus dans l'intérieur des continents et très rares au voisinage, des mers.
Il est entendu que ces améliorations seront modifiées par les hautes montagnes et le voisinage des mers, surtout aux trois pointes de continent voisines du pôle austral, qui n'aura pas de couronne et restera à jamais enseveli dans les frimas. Cela n'empêchera pas que les terres voisines de ce pôle ne participent en divers sens à l'influence de la couronne qui, entre autres bienfaits, changera la saveur des mers, et décomposera ou précipitera les particules bitumineuses par l'expansion d'un acide citrique boréal. Ce fluide combiné avec le sel donnera à l'eau de mer le goût d'une sorte de limonade que nous nommons aigre " de cèdre ". Alors cette eau pourra être facilement dépouillée de ses particules salines et citriques, et ramenée à l'état d'eau douce., ce qui dispensera d'approvisionner les navires de tonnes d'eau. Celte décomposition de l'eau de mer par le fluide boréal est un des préliminaires nécessaires aux nouvelles créations marines; elles donneront une foule de serviteurs amphibies pour le trait des vaisseaux et le service des pêcheries en remplacement des horribles légions de monstres marins qui seront anéanties par l'immersion du fluide boréal et la décomposition qu'il opérera dans les mers. Un trépas subit purgera l'Océan de ces infâmes créatures, images des fureurs de nos passions qui sont représentées par les guerres acharnées de tant de monstres. On les verra frappés de mort tous à la fois, comme on verra les mœurs odieuses des Civilisés, Barbares et Sauvages, s'éclipser subitement pour faire place aux vertus qui seront honorées et triomphantes dans l'Ordre combiné parce qu'elles y deviendront la route des richesses et des voluptés.
A'. L\ La mer Caspienne et autres bassins salés de l'intérieur, comme le grand lac Aral, les lacs Zare, Jeltonde, Mexico, et même la mer Noire, qui est presque isolée des autres mers, participeront fort peu et très lentement à l'influence du fluide boréal; elles ne recevront rien des lames sous-marines qui, partant du pôle, se répandront dans les Océans et les Méditerranées. Ces bassins n'aspireront que les arômes plus subtils qui, émanant de la couronne même, se répandront dans l'atmosphère. De là vient que les poissons contenus dans ces réservoirs bitumineux ne seront pas détruits par le fluide boréal qui émanera de la couronne; sa petite quantité, son introduction lente et imperceptible leur permettra de s'y habituer en moins de deux ou trois générations, et d'y devenir plus vi-
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et de manière à élcrgner les relations des latitudes polaires* On remarque une forme tout opposée dans les continents septentrionaux; ils sont évasés en s'approchant du pôle, ils sont groupés autour de lui, pour recueillir les rayons de l'anneau qui doit le couronner un jour ; ils versent leur grand fleuve dans cette direction, et comme pour attirer les relations sur la mer glaciale. Or, si Dieu n'avait pas projeté de donner la couronne fécondante au pôle boréal, il s'ensuivrait que la disposition des continents qui entourent ce pôle serait un phénomène d'ineptie, et Dieu serait d'autant plus ridicule dans un tel œuvre, qu'il a agi avec une extrême sagesse sur le point opposé, sur les continents méridionaux ; car il leur a donné des dimensions parfaitement convenables autour d'un pôle qui n'aura jamais de couronne fécondante C1).
On pourrait seulement se plaindre que Dieu ait poussé trop loin la pointe magellanique , ce qui cause une entrave momentanée ; mais son intention est que cette route soit abandonnée, et qu'on fasse aux isthmes de Suez et de Panama des canaux na vigoureux qu'ils ne sont dans les ondes bitumineuses, comme un fruit devient plus beau et pins savoureux sur le sauvageon où il est enté.
En conséquence, dès que le genre humain verra s'approcher la naissance de la couronne, il fera sur les hôtes des mers l'opération que tît IVoé sur les hôtes des terres, dont il recueillit dans l'arche plusieurs couples de ceux qu'il voulait conserver. On transportera donc dans les bassins salés intérieurs , comme la Caspienne et autres, une quantité suffisante des poissons, coquillages, plantes et autres productions marines que l'ou voudra perpétuer et réinstaller dans l'Océan après sa régénération. On attendra que l'Océan soit purgé et passé aux grands remèdes par l'effort des lames du fluide boréal, qui, s'élançant du pôle avec violence, précipiteront les bitumes si activement que tous les poissons seront surpris, suffoqués par cette transition subite. Il n'en restera que les races utiles, comme merlan, hareng, maquereau, sole, thon, tortue, enfin toutes celles qui n'attaquent pas le plongeur, et qu'on aura tenues à l'écart pour les replacer dans les ondes après leur purification , et les garantir contre la violente surprise du fluide boréal auquel ils se seront lentement et progressivement habitués dans les bassins intérieurs. Ces espèces, qui ne sont point malfaisantes, pourront sympathiser avec les poissons de nouvelle création, dont les sept huitièmes seront serviteurs de l'homme, ainsi que le seront les animaux terrestres des créations futures indiquées dans le tableau.
(l) [Il l'aura, mais plus tard que l'autre pôle.]
gables aux grands vaisseaux. Ces travaux, et tant d'autres dont l'idée épouvante les Civilisés, ne seront que des jeux d'enfants pour les armées industrielles de la Hiérarchie sphérique.
Un autre pronostic de la couronne, c'est la position défectueuse de l'axe du globe. Si l'on suppose que la couronne ne doive jamais naître, l'axe devrait, pour le bien des deux continents, être renversé d'un vingt-quatrième, ou sept degrés et demi, sur le méridien de Sandwich et Constantinople, de manière que cette capitale se trouvât au trente-"troisième" degré boréal; il en résulterait que, [sur] la longitude 225 de l'île de Fer, le détroit du Nord et les deux pointes nord d'Asie et d'Amérique s'enfonceraient d'autant dans les glaces du pôle boréal ; ce serait sacrifier le point le plus inutile du globe pour faire valoir tous les autres points. •Jugeons-en par quelques détails relatifs aux régions polaires et tempérées.
Quant aux régions polaires, observons que, le détroit du Nord étant complètement inutile, à cause de la saillie du cap Szaîaginskoi, peu importerait que ce détroit s'engageât plus avant dans les glaces, puisqu'il est déjà nul pour la navigation. Mais son rapprochement du pôle rabaisserait d'autant la région la plus intéressante de la zone glaciale ; c'est le golfe d'Archangel, ou mer Blanche , qui deviendrait très praticable , puisque le cap Nord de Laponie ne se trouverait plus qu'à soixante-quatre degrés, au niveau de Jacobstadt, dernière ville de Finlande.Les relations maritimes s'étendraient facilement aux bouches de l'Obi et du Jénisea, qui s'échaufferaient de six degrés par ce redressement de l'axe, et de six autres degrés par l'effet des cultures dont la Sibérie orientale deviendrait susceptible. Alors s'établirait une communication par eau entre les extrémités du grand continent; les productions chinoises, transportées du coude du Hoang jusqu'au lac Baïkal, s'y embarqueraient à peu de frais pour l'Europe en descendant l'Angara et le Jénisea.
Dans notre zone tempérée, des débouchés importants, tels que le Sund et la Manche, s'amélioreraient de môme en se rapprochant de l'équateur de cinq à six degrés. Les golfes de Saint-Laurent et de Corée ne subiraient aucun déplacement sensible ; la Baltique entière gagnerait pleinement sept degrés, et Pétersbourg se trouverait à la hauteur [actuelle] de Berlin.
Je ne parle pas des régions équatoriales, puisqu'un déplacement de sept degrés et demi devient indifférent dans ces latitudes.
Vers le 45e austral, la pointe méridionale d'Amérique se rapprocherait un peu de l'équateur, et ce serait pour elle un avantage. La pointe d'Australie gagnerait encore plus dans le même sens. •Quant à la pointe d'Afrique, elle serait abaissée du 35e au 42e austral, et ne resterait pas moins praticable aux navigateurs, qui, dans tous les cas, l'abandonneront tôt ou tard pour le canal de Suez.
Qu'on essaie de tracer sur un planisphère des latitudes coordonnées à cette hypothèse du déplacement de l'axe, et l'on verra qu'il serait à l'avantage de la terre entière, sauf quelques cantons déjà indignes d'attention, tels que le Kamtschatka. Or, Dieu aurait posé l'axe dans le sens que j'indique si nous devions être privés de la couronne boréale, au moyen de laquelle notre axe , qui est ridiculement placé aujourd'hui, se trouvera dans la position la plus convenable au bien général : indice péremptoire de la nécessité de la couronne et de sa naissance future.
Cette observation sur les inconvenances de l'axe n'a point été faite, parce que l'esprit philosophique nous éloigne de toute critique raisonnée sur les œuvres de Dieu et nous jette dans les partis extrêmes, dans le doute de la Providence ou dans l'admiration aveugle et stupide, comme celle de quelques savants qui admirent jusqu'à l'araignée, jusqu'au crapaud et autres ordures, dans lesquelles on ne peut voir qu'un titre de honte pour le Créateur, jusqu'à ce que nous connaissions les motifs de cette malfaisance. Il en est de même de l'axe du globe, dont la position vicieuse devait nous induire à désapprouver Dieu, et deviner la naissance de la couronne qui justifiera cette apparente bévue du Créateur. Mais nos exagérations philosophiques, notre manie d'athéisme ou d'admiration nous ayant détournés de tout jugement impartial sur les œuvres de Dieu , nous n'avons su ni déterminer les correctifs nécessaires à son ouvrage, ni pressentir les révolutions matérielles et politiques par lesquelles il effectuera ces corrections.
Je suis entré dans ces détails pour prouver que la distribution matérielle des continents et des terres n'est point faite au hasard ; j'en donnerai une seconde preuve dès ce Mémoire (en traitant des Archipels à monopole commercial). Le hasard va bientôt perdre cette haute puissance que lui attribue la philosophie aux dépens de la Providence; on reconnaîtra que Dieu a restreint le hasard dans les plus étroites limites ; et quant aux formes des continents dont il est ici question, loin qu'elles soient l'effet du hasard, Dieu
en a calculé les convenances jusqu'au point de préparer l'emplacement spécial pour une capitale de l'Unité universelle. Déjà chacun est frappé des dispositions uniques et merveilleuses qu'il a faites pour l'utilité et l'agrément de Constantinople. Chacun y devine l'intention de Dieu, et chacun dit : « C'est ici que doit être « la Capitale du monde. » Elle y sera nécessairement placée, et c'est à son antipode que sera fixé le premier méridien de l'Unité universelle.
J'ajouterai, au sujet de la couronne boréale, que la prédiction de ce météore ne semblera point extraordinaire si l'on considère les anneaux de Saturne. Pourquoi Dieu ne nous accorderait-il pas ce qu'il accorde à d'autres globes? L'existence de l'anneau polaire est-elle plus incompréhensible que celle des ceintures équatoriales dont Saturne est entouré?
L'aspect de ces deux anneaux lumineux aurait dû dissiper plus tôt nos préventions au sujet du soleil, qu'on a regardé si ridiculement comme un monde enflammé. Herschel est le seul qui l'ait bien défini : « Un grand et magnifique monde baignant dans un « océan de lumière. » La chose était évidente du moment où l'on aperçut les deux anneaux de Saturne. Si Dieu peut donner à un globe des enveloppes circulaires, il peut en donner de sphériques; il peut donner aussi des anneaux polaires et même des calottes polaires; il reste à connaître les théories qui règlent cette distribution et qui admettront notre globe à partager une faveur dont Saturne a seul joui jusqu'à présent. D'autres planètes pourront l'obtenir encore : il est des tourbillons où elles ont toutes quelque ornement lumineux pour échauffer un ou deux pôles; si le nôtre en est généralement privé, c'est qu'il est un des plus pauvres du firmament, et je démontrerai que nos "32" planètes [le soleil et la lune non compris] ne sont qu'un reste de tourbillon, qu'une petite cohorte mal organisée, comme sont les échappés d'un régiment détruit clans une bataille. D'autres tourbillons ont de quatre à cinq cents planètes rangées en séries de groupes ; c'està-dire qu'on y voit des satellites de satellites, et tous pourvus de ceintures, couronnes, calottes polaires et autres ornements. Si cette faveur est réservée à notre globe, c'est " un attribut inhérent à son rang de basse cardinale du clavier majeur".
Divers accidents peuvent troubler la succession assignée aux trente-deux Périodes sociales : telle serait l'entrée d'une nouvelle planète dans le tourbillon, et cette introduction paraît probable à
cause de l'extrême distance qui règne entre le soleil et les grosses planètes. Ces astres, peu nombreux et décrivant des orbites trop séparées, forment une ligne peu serrée et qui est dans le cas d'être forcée par quelque comète. L'événement peut s'opérer de diverses manières; j'en cite une dans la note ci-bas (*). Il est démontré par
(t) Je suppose qu'une grosse comète, égale à Jupiter, se trouve à son point de fécondation, au degré convenable pour devenir planète ; elle chercherait à entrer en ligne et à se fixer dans un tourbillon. Si elle arrivait sur notre Soleil parallèlement au plan des orbites planétaires, elle pourrait, au retour, se loger entre le Soleil et Jupiter; au lieu de poursuivre sa marche parabolique, elle décrirait une spirale pour sonJer le terrain et chercher un point d'équilibre entre Jupiter et le Soled. Dans le cours de sa spirale elle approcherait successivement toutes lts petites planètes isolées, et les entraînerait en qualité de Lunes. La Terre et Vénus, qui sont les plus grosses, sont encore beaucoup trop faibles pour opposer quelque résistance à un gros monde attrayant qui les approcherait; or la comète serait attrayante du moment où elle se fixerai! sur no tre Soleil.
Dès lors notre petit globe serait entraîné et deviendrait une Lune de cet intrus qui serait bientôt la planète la plus riche et la plus féconde de tout le tourbillon, à cause de sa proximité du Soleil et de la multitude de ses Lunes. L'intrus s'adjoindrait Vénus, Mars, la Terre et tous les globules qui sont entre le Soleil et Jupiter; il s'en composerait une brillante suite de sept ou huit satellites et produirait, comme Saturne, le double anneau équatorial ou la double couronne sur deux pôles, ces doubles parures étant affectées à toutes les planètes septilunaires, lorsque leurs habitants ont formé l'Ordre combiné. (Saturne n'a pas toujours eu ses deux anneaux, et il les perdra sur la fin de sa carrière, lorsque son mécanisme social retombera à l'Ordre incohérent.)
Cette introduction de comète * qui est assez probable serait pour notre globe une révolution excessivement heureuse ; car elle produirait sans délai une nouvelle création liés fructueuse qui forcerait la naissance des Séries progressives el la chute de l'état civilisé et barbare.
La métamorphose de notre globe en monde luuaire ne causerait aucun mal au genre humain; le changement dans l'ordre des jours et des saisons pourrait détruire quelques espèces d'animaux et végétaux , mais non pas les plus utiles, comme le cheval, le mouton, etc., qui resteraient
(') [ J'ignorais alors qu'une comète ne peut pas entrer «n plan tant que le soleil, vicié et ÎDComplU ('ans son quadrille d'atomes cardinaux, n'aura pas rétabli l'intégrité qui lui est nécessaire pour fixer les comètes. ]
la contiguïté et l'engrenage de Cérès, Pallas et Junon, que les orbites pourraient être beaucoup plus rapprochées, sans qu'il en
pour augmenter les richesses que nous donnerait subitement la nouvelle création.
La nouvelle planète deviendrait pour nous un Vice-soleil qui nous distribuerait une immense lumière ; nous aurions en outre la lumière accidentelle de ses satellites qui, gravitant dans des orbites voisines, pourraient nous fournir jusqu'à six Lunes à la fois, quand ils se trouveraient rassemblés dans le demi-cercle de notre orbite. De là on peut conclure que ces grosses comètes, qui épouvantent le genre humain, sont un sujet d'espoir et non de terreur, puisque leur installation dans le tourbillon deviendrait le gage de notre bonheur.
Cette révolution serait une des plus petites qu'on puisse prévoir. Il peut arriver qu'au lieu d'une comète il en survienne une masse de trois à quatre cents qui se fixeraient tout à coup sur notre Soleil pour son avantage et le nôtre. L'événement est d'autant plus probable que notre tourbillon n'est, je le répète, qu'un débris astronomique à recompléter. Le terme moyen des tourbillons est de quatre cents [quatre] planètes autour d'un Soleil ; le nôtre, qui n'en a qu'une trentaine, ne ressemble-t-il pas à ces légions dont il ne reste que l'ombre, qu'un faible peloton, pour servir de noyau et de ralliement à une masse de nouvelles levées qu'on leur enverra?
Parmi les révolutions célestes qui peuvent affecter notre système planétaire, une des plus curieuses serait la dislocation de la Voie Lactée et l'acheminement d'une de ses colonnes sur notre tourbillon. En pareil cas nous aurions le charme de voir défiler pendant quelques milliers d'années des légions éclatantes, et composées àlujperlunes ou étoiles de lueur moyenne, comme la Lune. Leur passage, échaufferait les deux pôles de toutes nos planètes et les rendrait cultivables, ce qui forcerait encore une nouvelle création très magnifique et d'un prix inestimable pour nous *.
(*) [Erreur; ce passage ne produirait pas de nouvelles créations; leur cause lient aux relations internes du tourbillon.] — Un des Exemplaires annotés contient en outre sur cette note les observations et rectifications suivantes :
[ Ces conjectures sont la portion inexacte de l'ouvrage ; il ne reste maintenant sur ces matières aucune incertitude : mais en 1807 ic "'avais pas de règle fixe en pareils calculs, et je tombais dans l'arbitraire. Ces conjectures sont rectifiées depuis i8i4-
Il ne peut entrer dans notre tourbillon une nouvelle planète lunigère que dans le cas où l'une des quatre lunigères en sortirait par décès ou nouvel emploi; alors la planète introduite ne s'adjoindrait que les cinq lunes du Clavier hypo-majeur, Mercure , Junon, Cérès, Pallas et Vesta, lesquelles, avec les sept de Saturne, forment le complet de l'Octave majeure.
Ces cinq lunes viendront nous rejoindre et s'échelonner sur notre globe dès la quatrième année d'Harmonie. Phcebé, astre mort et faisant fonction d'appui aromal provisoire, sera dé. planée, désaréée (ex ereâ éjecta) cl ira se dissoudre en Voie Lactée.
résultât d'agglomération; et pour la prévenir j'estime qu'il suffirait, entre Jupiter et Saturne, d'une distance de trente millions do lieues, et de même entre Saturne et Uranus. L'énorme distance de cent trente et deux cent soixante millions de lieues, qui règne entre eux, provient de la rareté de planètes qui, par l'effet de leur petit nombre, sont forcées d'occuper non-seulement le même espace, mais un espace bien plus étendu que ne l'occuperait un tourbillon complet de quatre à cinq cents planètes. [Le nôtre effectuera sa concentration dès que notre globe sera harmonisé et réemparé de son clavier lunaire.]
PREMIÈRE PÉRIODE DE SUBVERSION ASCENDANTE. ( LES SÉRIES CONFUSES.) SOUVENIRS QU'ELLE A LAISSÉS PAR LA FABLE DU PARADIS TERRESTRE.
Dieu créa seize espèces d'hommes, savoir : neuf sur l'ancien continent, et sept en Amérique. Les détails sur leur diversité sont peu importants. Voyez la note (') ci-bas.
(l) Parmi les seize races primitives il faut distinguer d'abord quatre races hétérogènes :
i . Les Nains boréals, tels que Lapons et Samoïèdes;