PREJUGE PARTIS
NOTICE (*) SUR LA CRÉATION SUBVERSIVE ANTERIEURE, AFFECTÉE A L'USAGE DE LA PREMIERE PHASE, ET DE LA HUITIEME PÉRIODE QUI OUVRE LA DEUXJÈME PHASE.
Cette création dont nous voyons les produits est la première des dix-huit (2) qui doivent s'opérer successivement pendant la carrière sociale du genre humain.
Je ne parle ici que de la création des substances des trois règnes, et non pas de la création du globe même.
La terre employa environ quatre cent cinquante ans à engendrer les productions des trois règnes sur l'ancien continent. Les créations d'Amérique n'eurent lieu que postérieurement, et s'opérèrent sur un plan différent ; dans l'un ou l'autre continent elles causèrent de grands bouleversements. [ Celles d'Harmonie s'effectueront sans commotions. J
C'est pour Dieu une jouissance que de créer, et il y va de son intérêt de la prolonger. Si les temps de conception, gestation et enfantement d'un homme, emploient une durée de neuf mois, Dieu dût employer un espace de temps proportionnel pour créer les trois règnes : la théorie évalue ce temps à la cent quatre-vingt-douzième partie de la carrière sociale, ce qui donne approximativement quatre cent cinquante ans pour la durée de la première création.
Toute création s'opère par la conjontion d'un fluide boréal, qui est mâle, avec un fluide austral, qui est femelle (r>). Une planète est un être qui a deux âmes et deux sexes, et qui procrée comme l'animal ou végétal par la réunion de deux substances génératrices. Le procédé est le même dans toute la nature, à quelques variétés près, car les planètes ainsi que les végétaux réunissent les deux sexes dans un même individu.
(1) L'Exemplaire Annolé porte en marge : [En 180 7 je ne connaissais que très imparfaitement la Théorie des Créations. Deux auront lieu au début de l'Harmonie et donneront d'immenses richesses en tout règne.]
(2) " Des vingt-six ".
(3) [L'astre peut copuler : 1° avec lui-même de pôles norJ et sud, comme les végétaux; 2° avec un autre astre par versements tirés de pôles contrastés ; 3° avec intermédiaire : la Tubéreuse est engendrée de trois arômes : Terre-Sud, Herschel-Nord et Soleil-Sud.]
Croire que la terre ne fera pas de nouvelles créations et se bornera à celles que nous voyons, ce serait croire qu'une femme qui a pu faire un enfant n'en pourra pas faire un deuxième, un troisième, un dixième. La terre fera de même des créations successives; mais les seize créations harmoniques s'opéreront avec autant de facilité que les deux subversives, lre et 18e, ont coûté et coûteront de fatigues.
Sur chaque globe les première et dernière créations sont réglées sur un plan opposé à celui des créations moyennes, et donnent pour résultat une affluence de productions nuisibles avec un très petit nombre d'utiles. Le contraire a lieu dans toutes les créations moyennes ou harmoniques*, elles donnent une affluence de productions brillantes et utiles, puis un très petit nombre, un huitième d'inutiles, et point de nuisibles.
Aussi la première création dont nous voyons les produits a-t-elle donné une immense quantité de bêtes malfaisantes sur les terres et encore plus dans les mers. Ceux qui croient aux démons ne doivent-ils pas penser que l'enfer a présidé à cette création, quand ils voient sous la forme du tigre et du singe respirer Moloch et Bélial? Eh! qu'est-ce que l'enfer dans sa furie pouvait inventer de pire q e le serpent à sonnettes, la punaise, les légions d'insectes et reptiles, les monstres marins, les poisons, la peste, la rage, la lèpre, la vénérienne, la goutte, et tant de venins morbifiques imaginés pour tourmenter l'homme et faire de ce globe un enfer anticipé?
J'ai indiqué dans une note précédente (à l'article Hiérarchie des quatre Mouvements) les causes de ce système malfaisant qui régla la première création; j'ai dit « que les effets des trois Mouvements, animal, organique et matériel, doivent représenter les jeux des passions humaines dans l'ordre social. » Or, la première création devant former le tableau des sept périodes d'enfance humaine, à l'usage de qui elle est affectée, Dieu dans cette création a dû peindre par d'horribles productions les résultats épouvantables que devaient produire nos passions pendant ces sept périodes; et comme il devait régner quelques vertus dans le cours des première et septième périodes, Dieu a dû les peindre par quelques productions utiles et gracieuses, qui sont en bien petite quantité dans les trois règnes de cette création vraiment démoniaque. On verra plus loin quelles espèces de produits donneront les créations futures sur les terres et dans les mers; quant à présent, nous ne
savons pas même faire usage du peu de bien qu'a fourni la première création , et je citerai pour preuve quatre quadrupèdes, la vigogne, le renne, le zèbre et le castor. Nous sommes privés des deux premiers par notre maladresse, notre malice et notre friponnerie; ces obstacles s'opposent à ce qu'on élève des troupeaux de rennes et de vigognes dans toutes les chaînes de hautes montagnes où ces animaux pourraient s'acclimater. D'autres vices sociaux nous privent du castor non moins précieux par sa laine que la vigogne, et du zèbre non moins précieux que le cheval par sa vélocité, sa vigueur et sa beauté. Il règne dans nos étables et dans nos coutumes sociales une rudesse, une mésintelligence qui ne permettent pas les entreprises nécessaires pour apprivoiser ces animaux. On verra dès la huitième période, et l'on verrait même dès la septième, les zèbres et couagas vivre dans l'état domestique, comme aujourd'hui les chevaux et les ânes; on verra les castors construire leurs édifices et former leur république au sein des cantons les plus habités; on yerra les troupeaux de vigognes aussi communs dans les montagnes que les troupeaux de moutons; et combien d'autres animaux, tels que l'autruche, le daim, la gerboise, etc., viendront se rallier à l'homme dès qu'ils trouveront près de lui les appâts qui doivent les fixer, appâts que l'Ordre civilisé ne permet aucunement de leur procurer ! Ainsi cette création déjà bien pauvre et malfaisante est doublement pauvre pour nous qui, par mésintelligence sociale, nous privons de la majeure partie des biens que les trois règnes pourraient nous offrir.
Les nouvelles créations ne peuvent pas commencer avant que le genre humain ait organisé la huitième période sociale; jusquelà, tant que dureraient les sept premières sociétés, on ne verrait jamais commencer la deuxième création.
Cependant la terre est violemment agitée du besoin de créer; on s'en aperçoit à la fréquence des aurores boréales, qui sont un symptôme du rut de la planète, une effusion inutile de fluide prolifique; il ne peut former sa conjonction avec le fluide " des autres planètes, " tant que le genre humain n'aura pas fait les travaux préparatoires ; ces travaux ne sauraient être exécutés que par la huitième société qui va s'organiser. Il faudra d'abord porv ter le genre humain au petit complet de deux milliards, ce qui exigera au moins un siècle, parce que les femmes sont bien moins fécondes dans l'Ordre combiné que dans la Civilisation, où la vie de ménage leur fait procréer des légions d'enfants; la misère en
dévore un tiers, un autre tiers est emporté par les nombreuses maladies que l'Ordre incohérent fait naître chez les enfants. Il vaudrait bien mieux en produire moins et les conserver ; c'est ce qui est impossible aux civilisés, aussi ne peuvent-ils pas mettre le globe en culture; et malgré leur effrayante pullulation, ils ne suffisent qu'à entretenir le terrain qu'ils occupent.
Lorsque les deux milliards d'habitants auront exploité le globe jusqu'au soixante-cinquième degré, on verra naître la couronne boréale, dont je parlerai plus loin, et qui donnera la chaleur et 1» lumière aux régions glaciales arctiques. Ces nouvelles terres offertes à l'industrie permettront de porter le genre humain au grand complet de trois millards. Alors les deux continents seront mis en culture, et il n'y aura plus d'obstacle aux créations harmoniques, dont la première (l) commencera environ quatre siècles après l'établissement de l'Ordre combiné.