‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 36 sur 201 · GÉNÉRATIONS DE DISTANCE · texte numérisé non relu

GÉNÉRATIONS DE DISTANCE

Ainsi, la Théorie du Mouvement Social indique et prévoit les changements qui seront apportés un jour par la société dans les lois et dans les coutumes (très diverses d'ailleurs) qui régissent aujourd'hui l'union des sexes chez les différents peuples; mais la Théorie apprend en même temps, et c'est ce que Fourrier n'avait pas encore reconnu en 1807, que ces changements exigent impérieusement des conditions que l'Ordre sociétaire, à partir de son Organisation générale sur le globe, mettra plusieurs générations à créer et à développer.

Lorsque Fourier fut en possession des principes qui donnèrent le dernier degré de fixité à sa découverte sociale, il résolut de laisser dans la plus grande obscurité son ouvrage de 1808, à cause des erreurs qu'il contenait ; il le regarda absolument comme non avenu, et dans l'Exposition

régulière qu'il fil de sa découverte, sous le titre de Traité de l' Association domestique-agricole, en 1822, il ue parla pas plus de la Théorie des quatre mouvements que si elle n'eût jamais existé. Aussi, dans sou grand ouvrage de 1822, qu'il considérait comme devant seul faire autorité, il ne réfufa point les passages erronés d'un Prospectus abandonné et publié d'ailleurs sans nom d'oiiteur : en parlant des lois et usages qui, d'après la Théorie, doivent régler les relations des sexes dans les périodes d'Harmonie, il se borna à prévenir que de pareilles coutumes n'étaient pas seulement inadmissibles dans l'état actuel de la société, mais le seraient encore pendant les premières générations du Nouvel Ordre.

Lorsque, dans les derniers temps de sa vie, il était question d'une nouvelle édition de la Théorie des quatre mouvements, il nous parlait toujours de la nécessité où il serait de faire de nombreuses rectifications à la première édition, et il insistait principalement sur l'objet du présent Avertissement qu'il se réservait de traiter avec beaucoup de détail. C'est ce qui nous a fait une loi de présenter, à cette place et dans le texte même, les observations qu'on vient de lire, et de les appuyer des citations suivantes qui sont empruntées à diverses publications de l'auteur, postérieures au grand Traité de 1822 :

« ... Je dois ces détails pour démenti aux détracteurs qui prétendent « que je propose d'établir des libertés en amour dès le début de l'Har- « monie, quand le contraire est exprimé en toutes lettres dans vingt pas- « sages de mon Traité de 1822. Loin d'opiner ainsi, je suis le seul homme « qui puisse expliquer pourquoi ces libertés sont inadmissibles au début « de l'Harmonie comme en Civilisation. ( 1829. — ISouv. Moud, ind., " 3e sect., p. 283.)

« Tous ces nouveaux régénérateurs, Owen, Saint-Simon et autres, in- « clinent fort à spéculer sur l'émancipation des femmes ; ils ignorent qu'a- « vaut de rien changer au système établi en relations d'amour il faudra

« bien des années pour créer plusieurs garanties qui n'existent pas

« D'autre part, les modifications, eu régime des amours, ne seront appli- « cables qu'à une génération polie, élevée tout entière dans le Nouvel « Ordre et fidèle à certaines lois d'honneur et de délicatesse que les Ci- « vilisés se font un jeu de violer. Ou applaudit en France à celui qui « trompe femmes et maris ; les mœurs des Civilisés sont un cloaque de « vices et de duplicité. Une génération façonnée à de telles habitudes ne « pourrait qu'abuser d'une extension de libertés en amour... ■

« Et lorsque l'admission de ces libertés pourra convenir sous les rap- « ports de la fortune et des moeurs, on ne les introduira que par degrés et • non pas subitement... Chacune des libertés ne sera admise qu'autant « qu'elle aura été votée, sur tout le globe, par les pères et les maris; alors « on pourra la croire utile. L'effet de ces libertés sera de concourir puis-

« samment au charme des travaux, à l'accroissement du produit et au « règne des mœurs loyales ; mais en Civilisation on ne verrait naître que « les trois effeis opposés. (1831. — Pièg. et Charl. des deux sect, S.-Sim. « et Ow., p. 33.)

« Non-seulement vous ne verrez pas ces corporations, qui ne pourront « guère se former qu'après soixante ans d'Harmonie, mais pour la bonté « de votre Civilisation et de ses moralistes, on ne verra pas même en dé- « but d'Harmonie le corps vestalique, ressort du plus grand prix en bonnes « mœurs; on ne pourra pas le former avant la dixième année. (1838. — « Journal la Réf. ind. ou le Phal , t. 2, p. 187.)

« Signalons bien la ruse des Zoïles au sujet de mes aperçus d'Harmo- « nie future; ils transportent les dates et annoncent comme subites, im- « médiates, certaines coutumes qui s'établiront au bout d'un siècle ; en « outre, ils donnent sur ces coutumes les notions les plus fausses; d'autre • part, ils ridiculisent les innovations praticables subitement, comme la « gastronomie émulalive, appliquée aux rivalités industrielles, (id..., id.)

« Vous me diffamez, parce que, en mécanisme d'amours comme de « toutes passions, j'indique pour voie d'harmonie la Série ou échelle d'es- « sors gradués en genres et espèces applicables par degrés, quelques-uns .« rapidement, d'autres avec lenteur. Vous insinuez méchamment que je « propose de brusquer l'innovation, brusquer certaines réformes que je - déclare inapplicables avant les 5e et 4e générations d'Harmonie. J'ai, « au contraire, distingué et motivé les délais que devra subir l'avènement « de chaque passion et de chaque relation à son plein d'harmonie, à son « apogée d'essor. J'ai dit qu'on pourra très-rapidement donner cours à « divers rameaux d'Ambition et d'Amitié, plus promptement encore à la « gastronomie ; mais quant aux harmonies d'Amour et de Famille, je n'ai « pas promis d'avènement subit ; et, pour ses péchés, notre génération « sera sur ce point punie comme Moïse, qui vit de loin la terre promise « et ne put y entrer, (rd,.., p. 188.)

« Mais quelle est l'inconséquence de ces rigoristes ombrageux qui me « disent: "Vous devriez ne pas parler de tels sujets, par exemple des « dispositions d'Amour appliquées à l'industrie.» Quelle confiance méri- « tera ma Théorie si on peut présumer qu'elle ne s'étend pas à toutes les «passions et qu'elle négligera les plus puissantes, Gastronomie, Amour, « Ambition, sans savoir les utiliser? Ne suffit-il pas que j'indique les dé- ■ lais qu'éprouvera forcément telle innovation, et que je répète souvent : « Les innovations n'auront jamais lieu que d'après les votes unanimes des « pères et des maris? » (Jd..., p. 230.)

Nous pourrions multiplier beaucoup les citations ; miis les précédentes suffiront à l'objet de cet Avertissement. Nous terminerons en répétant ce que Fourier ne se fait pas faute de dire tout le long du présent ouvrage ,

à savoir que celle première publication n'ayant élé composée que comme un simple Prospectus destiné à sonder l'opinion, et que l'Auteur n'y ayant point développé sa Théorie, sa Science, on ne saurait y trouver ce qui n'y est pas. Pour être à môme de porter un jugement sur le système social de Fouvier, il faut donc l'étudier dans les ouvrages où ce système est exposé. (Avertissement des Editeurs.)

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