DESTINS PRIVÉS OU DOMESTIQUES
ARGUMENT
L'horizon va s'éclaircir ; nous passons à des dissertations qui n'auront rien de scientifique et seront à portée de tout le monde.
Dans la première partie j'ai présenté aux curieux nn aperçu des grands phénomènes futurs. Voici pour les voluptueux un aperçu de diverses jouissances que l'Ordre combiné peut leur faire goûter dès la génération présente, sitôt qu'il sera organisé. J'insiste sur cette proximité de bonne fortune; car en fait de plaisir on n'aime pas les délais, surtout dans un temps où l'excès des malheurs a rendu chacun si pressé de jouir.
En donnant des peintures anticipées du bonheur prochain, mon intention déjà exprimée est d'intéresser le lecteur à la Théorie de V Association et de Y Attraction qui promet tant de délices, de lui faire souhaiter que cette Théorie soit praticable. A mesure qu'on formera des vœux pour la véracité et la justesse du calcul, on s'habituera insensiblement à examiner et étudier cette Attraction sur laquelle se fonderont de si grandes espérances.
D'après ces considérations, je ne veux produire que peu à peu ma Théorie, la disséminer insensiblement dans chaque Mémoire, et la rassembler ensuite en corps de doctrine. Bref, je veux proportionner les doses de Théorie à la dose de curiosité que j'aurai pu exciter. Je crois ces précautions nécessaires pour faire accueillir un Traité qui serait dédaigné comme toute science métaphysique si je le produisais brusquement et sans avoir préparé les voies.
^ En ébauchant quelques descriptions de l'Ordre combiné, mon
embarras ne sera pas d'en embellir, mais d'en affaiblir la peinture, et de ne soulever qu'un coin du rideau. J'ai dit que ces tableaux présentés sans ménagement causeraient trop d'enthousiasme, surtout chez les femmes : or, je désire amener les lecteurs au raisonnement , et non pas à l'engouement que je pourrais exciter si je laissais d'abord entrevoir l'Ordre combiné dans tout son éclat.
En conséquence, dans les tableaux qui vont suivre, je glisserai sur ce qui tient aux jouissances, et ne les ferai connaître qu'autant qu'il faudra pour amener la critique des ennuis et des ridicules de la Civilisation.
La perspective se composera de deux Notices descriptives.
La lre Notice, tirée de 7e Période, traitera des plaisirs du ménage dans celte société et des ennuis du ménage en Civilisation.
La 2e Notice, tirée de 8e Période, traitera de la splendeur de l'Ordre combiné.
Pour ménager la surprise et procéder par gradation, je débute par un tableau pris en 7e période où les plaisirs, déjà immenses au prix des nôtres, sont encore modérés, au prix de ceux de l'Ordre combiné, dont je ne parlerai qu'à la 2e Notice. Cette ire n'aura rien de choquant et ne donnera pas lieu, comme la seconde, au reproche de ridicule, de gigantesque et d'impossible.