SPOLIATION DU CORPS SOCIAL PAR LA BANQUEROUTE
Quand un crime devient très fréquent, on s'habitue à le voir sans aucune émotion. Dans l'Italie ou l'Espagne on voit très froi-
dément un sicaire poignarder la victime désignée et jouir de l'impunité en se retirant dans une église. En Allemagne et en France, où le caractère national est ennemi de la trahison, un tel assassin exciterait tant d'horreur, qu'il serait peut-être mis en pièces par le peuple avant que la justice se fût saisie de lui.
Combien voit-on d'autres crimes dominants chez une nation, et abhorrés chez la nation voisine! En Italie, on voit les pères mutiler et assassiner leurs enfants pour leur perfectionner la voix ; les ministres d'un Dieu de paix encouragent ces cruautés en affectant au service des autels ces malheureuses victimes de l'avidité paternelle. Voilà encore des abominations qui excitent l'horreur de toute autre nation civilisée.
Vous trouverez de même chez les Français, Allemands, Russes et Anglais, d'autres coutumes révoltantes qui soulèveront l'esprit des Italiens ou des Espagnols ; témoin la coutume des Anglais qui mènent leur femme au marché, la corde au cou, pour la mettre en vente, et tant d'autres usages grossiers de cette nation [dont la populace est] plus sauvage que civilisée, ne fût-ce que leur habitude d'insulter et molester les étrangers, qui sont souvent plus respectés par les sauvages que par la populace de Londres et les habitants des provinces d'Angleterre.
Si les coutumes et les opinions dans l'Ordre civilisé sont si différentes de nation à nation, combien doivent-elles différer de Société à Société, et combien les vices tolérés en Civilisation sembleraient-ils odieux dans des Sociétés moins imparfaites ! Dans la 6e (Gar autisme), qui est encore loin de la perfection, l'on aurait déjà peine à croire que des Empires qui se disent policés, et qui ont des théories sur la propriété et la justice, aient pu tolérer un instant des abominations comme la Banqueroute.
La Banqueroute est la friponnerie la plus ingénieuse et la plus impudente qui ait jamais existé; elle assure à tout négociant la faculté de voler au public une somme proportionnée à sa fortune ou à son crédit, de sorte qu'un homme riche peut se dire : Je m'établis commerçant en 1808-, je veux, à pareil jour en 1810, voler tant de millions à qui il appartiendra.
Laissons à part un incident actuel, le nouveau Code français, d'après lequel on se promet de réprimer la Banqueroute. Comme les opinions ne s'accordent point sur cette espérance et qu'on indique déjà les moyens d'éluder les nouvelles lois, attendons que l'expérience en ait décidé (si toutefois la Civilisation se prolonge
assez longtemps pour une pareille épreuve), et provisoirement raisonnons sur ce qui nous est connu, sur les désordres causés par le système philosophique, par le principe : «Laissez aux com- « merçants une entière liberté, sans exiger aucune garantie sur « la prudence, la probité et la solvabilité de chacun d'entre eux. »
De là est née, entre autres abus, la Banqueroute, vol bien plus odieux que le vol de grand chemin; on s'est pourtant habitué à la tolérer, à tel point qu'on reconnaît des Banqueroutes honnêtes, celles où le spéculateur n'enlève que moitié ; en voici un exemple :
Le banquier Dorante, possesseur de 2 millions, veut arriver promptement à 4 ou 5 millions par des voies quelconques. Il obtient sur sa fortune connue des crédits montant à 8 millions en lettres de change, denrées, etc.; il peut alors jouer sur un fonds de 10 millions. Il entreprend la haute spéculation, le tripotage des denrées et effets publics. Peut-être qu'au bout de l'année, au lieu d'avoir doublé les 2 millions qu'il possède, il les aura perdus ; vous le croiriez ruiné ; point du tout : il va posséder 4 millions, comme s'il avait réussi ; car il lui reste en main les 8 millions obtenus à crédit, et, au moyen d'une honnête faillite, il accommode pour en payer la moitié dans quelques années. C'est ainsi qu'après avoir perdu les 2 millions de son patrimoine il se retrouve possesseur de 4 millions enlevés au public. La belle chose que cette liberté commerciale ! et concevez- vous à présent pourquoi l'on entend dire chaque jour d'un négociant : 77 est bien à son aise depuis sa faillite ?
Autre chance pour le banqueroutier : Dorante, après son larcin de 4 millions, conserve pleinement l'honneur et l'estime publique, non pas à titre d'heureux larron, mais à titre de négociant malheureux. Expliquons ceci.
Dorante, en préméditant sa Banqueroute, s'est emparé de l'opinion ; ses fêtes à la ville et à la campagne lui ont formé de chauds partisans; la brillante jeunesse est pour lui; les belles s'apitoient sur son malheur (malheur est aujourd'hui le mot synonyme de Banqueroute); on vante son noble caractère si digne d'un meilleur sort. 11 semble, à entendre les apologistes d'un banqueroutier, qu'il est plus malheureux que ceux mêmes dont il emporte la fortune. Toute la faute est rejetée sur les événements politiques, les circonstances désastreuses, et autres verbiages familiers aux notaires, qui excellent à soutenir une charge de créanciers irrités.
Après le premier choc, Dorante fait intervenir quelques entremetteurs, quelques rouleaux distribués à propos, et bientôt l'opinion est circonvenue à tel point qu'on accuserait de cannibale celui qui parlerait contre Dorante. Au surplus, ceux à qui il enlève les plus fortes sommes sont à 100 ou 200 lieues de là, dans Hambourg ou Amsterdam; ils se calmeront avec le temps; peu importe : leurs clabauderies lointaines n influent en rien sur l'opinion de Paris. D'ailleurs Dorante ne fait perdre que moitié, et l'usage a décidé que celui qui ne fait perdre que moitié est plus malheureux que coupable ; ainsi Dorante est lavé dans l'esprit public dès le premier moment. Au bout d'un mois l'opinion est distraite par d'autres banqueroutes qui font plus de sensation, et qui offrent deux tiers ou trois quarts de perte. Nouveau lustre pour Dorante, qui n'a enlevé que moitié ; au surplus, c'est une affaire ancienne, oubliée. Déjà la maison de Dorante se rouvre petit à petit au public, son cuisinier règne de nouveau sur les esprits et confond les cris de certains créanciers atrabilaires, qui n'ont aucun égard pour le malheur, aucun usage des ménagements dus à la bonne compagnie.
C'est ainsi que se termine en moins de six mois l'opération par laquelle Dorante et ses semblables volent des millions au public, ruinent des familles dont ils ont les dépôts, et entraînent les négociants probes à une banqueroute qui les assimile aux fripons. La Banqueroute est le seul crime social qui se propage épidémiquement, et qui précipite l'honnête homme dans le même opprobre que le fripon. L'honnête négociant, qui essuie des Banqueroutes de la part de vingt fripons, est à la fin forcé de faire faillite comme eux.
De là vient que les banqueroutiers fripons, qui composent les neuf dixièmes de la clique, se donnent tous pour d'honnêtes gens qui ont eu des malheurs et s'écrient en chorus : Je suis plus à plaindre qu'à blâmer. A les entendre, ils sont tous de petits saints, comme les galériens, qui tous prétendent n'avoir fait aucun mal.
Sur ce, les partisans de la licence commerciale parleront de lois répressives, de tribunaux ; vraiment oui! des tribunaux contre des gens qui enlèvent plusieurs millions d'un seul coup !
Le dictum qui prétend que la justice n'atteint que les petits voleurs se trouve faux en affaires de commerce; la Banqueroute, même la plus petite, échappe aux poursuites de l'autorité sous l'égide des commerçants mêmes. Voici le fait :
Scapin, petit boutiquier, fait une petite banqueroute de 40,000 livres seulement; il détourne 30,000 livres, qui feront le bénéfice de l'opération; puis il présente aux créanciers un restant de 10,000 livres. Si on lui demande le compte des 30,000 livres de déficit, il répond qu'il ne sait pas tenir des livres comme les gros marchands, et qu'il a eu des malheurs. Vous croiriez qu'on va punir Scapin parce que c'est un petit voleur qui n'emporte que 30,000 livres; mais les créanciers ignorent-ils que, si la justice intervient, elle mangera les 10,000 livres restantes? elle n'en fera qu'un déjeuner. Après les 10,000 livres consommées, il n'y aura rien de décidé, et si l'on veut faire pendre Scapin, il faudra peutêtre débourser autres 10,000 livres, sans être sûr de réussir. Il vaux donc mieux prendre la modique somme de 10,000 livresque d'en débourser encore autant. Scapin fait valoir cet argument par l'entremise du notaire, de sorte que c'est le banqueroutier même qui menace de la justice ses créanciers. Eh ! pourquoi les créanciers de Scapin séviraient-ils contre lui? les uns songent à imiter son noble exemple, les autres l'ont précédé dans la carrière. Or, comme les loups ne se mangent pas entre eux, Scapin trouve bientôt un certain nombre de signataires qui adhèrent à ses propositions ; d'autres signent par la peur de voir intervenir la Justice qui ne laisserait rien; d'autres sont plus récalcitrants et parlent de sacrifier le tout, pour envoyer un coquin aux galères. Alors Scapin leur députe sa femme et ses enfants, qui demandent grâce avec des hurlements étudiés ; c'est ainsi que Scapin et son notaire obtiennent en peu de jours la majorité des signatures; après quoi l'on se moque des refusants, dont on n'a plus besoin. On rit de leur colère, Scapin y répond par de douces paroles et de profonds saluts, et déjà il médite une seconde banqueroute, vu l'heureux succès de la première.
En vain citerait-on quelques banqueroutiers frauduleux qui ont été punis ; sur 100, il en est 99 qui réussissent, et si le 100e échoue, c'est sans doute un oison qui n'a pas su conduire l'intrigue, car l'opération est tellement sûre aujourd'hui qu'on a renoncé tout à fait aux anciennes précautions. Autrefois le banqueroutier s'enfuyait à Trente, Liège ou Carouge ; cet usage est tombé depuis la régénération de 1789 ; chacun est revenu aux banqueroutes en famille; on prépare tranquillement l'affaire, et lorsqu'elle éclate, on s'en va passer un mois à la campagne, dans le sein de ses proches et amis ; le notaire accommode tout dans l'intervalle. On reparait
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après quelques semaines, et le public est tellement habitué à cette équipée qu'elle est traitée de gentillesse ; cela s'appelle faire ses couches, et l'on dit très froidement: Voilà un tel qui relève de couches.
J'ai observé que la Banqueroute est le seul crime social qui soit épidémique et qui entraine forcément l'homme probe à imiter le fripon. Je citerai pour exemple une banqueroute en feu de file. Il y a des banqueroutes de plus de cent espèces, tant la raison est perfectionnée par la philosophie moderne.
Banqueroute en feu de file. Le juif Iscariote arrive en France avec 100,000 livres de capitaux, qu'il a gagnées dans sa première banqueroute; il s'établit marchand dans une ville où il a pour rivales six maisons accréditées et considérées. Pour leur enlever la vogue, Iscariote débute par donner toutes ses denrées au prix coûtant : c'est un moyen sûr d'attirer la foule. Bientôt les rivaux d'Iscariote jettent les hauts cris; celui-ci sourit de leurs plaintes et continue de plus belle à donner les denrées au prix coûtant.
Alors le peuple chante merveille : Vive la Concurrence ! vivent les Juifs, la philosophie et la fraternité ! Toutes les denrées ont baissé de prix depuis l'arrivée d'Iscariote, et le public dit aux maisons rivales : « C'est vous, messieurs, qui êtes les véritables « juifs et qui voulez trop gagner; Iscariote seul est un honnête - homme; il se contente d'un bénéfice modique, parce qu'il n'a « pas un ménage aussi splendide que les vôtres. » Vainement les anciens commerçants représentent-ils qu'Iscariote est un fripon déguisé, qui fera tôt ou tard banqueroute; le public les accuse de jalousie et de calomnie, et court de plus en plus chez l'Israélite.
Voici le calcul de ce larron : En vendant au prix coûtant, il ne fait d'autre perte que celle de l'intérêt de ses fonds, soit 10,000 livres par an ; mais il se forme un débouché considérable, il se fait dans les ports une renommée de gros consommateur, et il obtient un grand crédit pour peu qu'il soit exact dans ses paiements. Ce manège continue pendant deux ans, au bout desquels Iscariote n'a rien gagné, tout en vendant énormément. Sa manœvre n'est point divulguée, parce que les Juifs n'ont chez eux que des employés juifs, gens qui sont ennemis secrets de toutes [les] nations et ne décèlent jamais une friponnerie préméditée par quelqu'un d'entre eux.
Quand tout est prêt pour le dénouement, Iscariote use de tout son crédit, donne d'amples commissions dans tous les ports, pour
la somme de 500 à 600,000 livres, achetées à terme. Il dirige ses denrées sur le pays étranger et vend à vil prix ce qui se trouve dans ses magasins. Enfin, quand il a fait argent de tout, l'honnête Iscariote disparaît avec son portefeuille, et retourne en Allemagne où il a acheminé ses denrées achetées à crédit. II les réalise promptement , !et se trouve au sortir de France quatre fois plus riche qu'il n'était en y entrant ; il est possesseur de 400,000 livres, et s'en va à Livourne, à Londres, préparer une troisième banqueroute.
C'est alors que le voile tombe et qu'on revient au bon sens dans la ville où il a fait le coup. On reconnaît le danger d'admettre au commerce les Juifs, les vagabonds qui ne tiennent à rien. Mais cette banqueroute d'Iscariote n'est que le premier acte de la farce; suivons les résultats, voyons le feu de file.
Il y avait six maisons rivales de l'Israélite ; nommons-les A, B, C, D, E, F.
A. était depuis longtemps gêné; il se soutenait sans fortune et sur sa bonne renommée ; mais l'arrivée d'Iscariote lui ayant enlevé toute sa consommation, il n'a pu fournir qu'un an de lutte, après quoi il a perdu courage, et, ne concevant rien à ces nouveaux systèmes philosophiques qui protègent les vagabonds, A. se voit forcé à plier devant la tactique d'Iscariote et à faire Banqueroute.
B. a soutenu plus longtemps le choc ; il prévoyait de loin la friponnerie d'Iscariote, et il attendait que cet orage fût passé pour rétablir sa consommation enlevée par le fourbe Israélite. Mais, dans l'intervalle, B. éprouve une forte banqueroute au dehors ; c'en est assez pour accélérer sa chute ; il croyait pouvoir tenir deux ans , et au bout de quinze mois il est forcé à faire Banqueroute.
C. était en société avec une maison du dehors qui se trouve ruinée par un autre Iscariote (car il s'en établit dans toutes les villes) ; C. est entraîné par la chute de son associé, et, après avoir fait pendant dix-huit mois des sacrifices pour soutenir la concurrence du voleur hébraïque, C. se voit forcé à faire Banqueroute.
D. avait une probité plus apparente que réelle. Il lui reste des moyens de se soutenir, malgré qu'il souffre depuis vingt mois de la concurrence du Juif; mais, irrité par les pertes qu'il éprouve, il se laisse aller au vice dont tout lui donne l'exemple. Il observe que trois de ses confrères ont ouvert la marche, et que lui qua-
thème passera dans le nombre, en prétextant des malheurs fictifs ou réels. D'après cela, D., ennuyé d'une lutte de vingt mois contre Iscariote, ne voit rien de plus prudent que de faire Banqueroute.
E. avait prêté de fortes sommes à ses quatre confrères qui viennent de faillir. 11 les croyait très solvables, et véritablement ils l'étaient avant que la manœuvre d'Iscariote leur eût enlevé leur industrie. E. se trouve au dépourvu par la faillite de ces quatre maisons ; en outre, il n'a plus de consommation : tout le public court chez Iscariote qui vend à prix coûtant. E. voit ses moyens anéantis, son crédit altéré ; on le presse, et, ne pouvant plus satisfaire à ses engagements, il finit par faire Banqueroute.
F., sans manquer de moyens, se trouve décrédité dans tous les ports de mer par la faillite des cinq précédents ; leur exemple fait soupçonner que F. ne tardera pas à imiter ses confrères. D'ailleurs quelques-uns d'entre eux qui ont terminé l'accommodement, vendent à très vil prix pour faire face aux premières échéances de leur contrat. Voulant accélérer leur vente , ils perdent un dixième et gagnent pourtant quatre dixièmes, puisqu'ils ont accommodé à moitié de perte. F. se trouve écrasé par cette circonstance et réduit à faire, comme tous ses confrères, Banqueroute.
C'est ainsi que l'établissement d'un vagabond ou d'un Juif suffit, pour désorganiser en entier le corps de marchands d'une grande ville et entraîner les plus honnêtes gens dans le crime ; car toute banqueroute est plus ou moins criminelle, quoique fardée de prétextes spécieux comme ceux dont j'ai coloré ces six banqueroutes, et dans tous ces prétextes il n'y a presque rien de vrai. Le fin mot est que chacun saisit habilement les occasions d'exercer un larcin qui demeure impuni. Si à la Banqueroute on ajoute l'Agiotage et tant d'autres infamies qui sont le fruit des théories philosophiques, on se rangera facilement à l'opinion que j'ai précédemment émise : c'est que les Civilisés n'ont jamais commis tant d'inepties politiques que depuis qu'ils ont donné dans l'esprit mercantile, dans ces systèmes qui prétendent que toute entreprise des marchands ne peut que tourner au bien général , et qu'il faut laisser aux marchands une pleine liberté, sans exiger aucune garantie sur le résultat de leurs opérations.
Eh ! comment les philosophes, qui ne rêvent que contre-poids et garanties, n'ont-ils pas songé à procurer au Corps social cette garantie que les gouvernements ont le bon esprit d'exiger de leurs
agents fiscaux? Un prince s'assure de la fidélité de ses receveurs par un cautionnement pécuniaire et par la perspective d'un châtiment inévitable, s'ils osent aventurer et dissiper les deniers publics dont ils sont dépositaires.
Pourquoi ne voit- on pas la moitié des receveurs publics s'approprier le produit des contributions et dire au gouvernement dans une lamentable cpîtrc : « Les malheurs du temps, les cir- « constances critiques, les revers déplorables, etc. Bref, je fais * banqueroute, faillite ou autre mot. Votre caisse doit contenir « dix millions ; j'offre de vous en rendre la moitié, cinq millions, « payables dans cinq ans. Soyez touché des disgrâces d'un infortuné « receveur ; conservez-moi votre confiance et la gestion de votre « caisse, sans quoi je ne pourrais pas même vous payer la moitié « que je vous offre ; mais si vous me continuez dans ma place et « mes recettes, je m'efforcerai de faire honneur à mes engage- « ments, c'est-à-dire que je vous régalerai d'une seconde ban- « queroute quand la caisse sera de nouveau remplie. »
Voilà en abrégé le contenu de toutes les lettres des faillis. Si les receveurs ne suivent pas leur exemple, c'est qu'ils sont assurés qu'aucune théorie philosophique ne pourrait les sauver du châtiment auquel échappent les banqueroutiers, à l'abri du principe ; Laissez aux commerçants une entière liberté, sans exiger de garantie sur leurs malversations.
En résumé, le Corps des négociants étant dépositaire d'une portion de la fortune publique, et chaque négociant, usant de ses dépôts pour hasarder des spéculations aventureuses qui n'ont de règle que son caprice individuel, il doit en résulter de nombreuses bévues et des Banqueroutes, par suite desquelles les producteurs et dépositeurs de capitaux supportent la perte des folles entreprises qu'ils n'ont pas consenties. Pour parer à cette injustice, il faudrait soumettre le corps commercial à une garantie telle, que tout négociant et toute société d'entrepreneurs ne pussent hasar der et perdre que ce qu'ils possèdent.
Il est une opération qui atteint ce but, qui rend le Corps commercial assureur de lui-même et le Corps social assuré contre le Commerce. Cette opération une fois exécutée, la Banqueroute, l'Agiotage et le Discrédit ne peuvent plus exister. Les relations Commerciales n'emploient tout au plus que le quart des agents et des capitaux qu'elles détournent aujourd'hui du travail productif. 11 n'est pas pressant de faire connaître cette opération, qui est un
procédé de 6e Période, et qui est entièrement opposée à cette ridicule méthode qu'on nomme la Libre Concurrence.
Continuons sur les scandales mercantiles, sur les rapines qui induisaient à suspecter en masse tout le système commercial actuel, et à rechercher une méthode d'échange moins vicieuse que la Libre Concurrence, qui serait mieux nommée Concurrence anarchique.
[Je n'ai décrit que trois espèces de banqueroutes; j'en donnerai dans !e Traité une série de quarante-deux espèces, mais il suffisait de trois dans un Prospectus.]