‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 66 sur 201 · SPOLIATION DU CORPS SOCIAL PAR L'ACCAPAREMENT · texte numérisé non relu

SPOLIATION DU CORPS SOCIAL PAR L'ACCAPAREMENT

* L'or même à la laideur donne un teint de beauté. »

Jamais cette maxime ne s'est mieux vérifiée que par la protection et considération qu'ont obtenues les Accapareurs sous l'égide de la philosophie moderne, qui n'admet que le poids de l'or pour règle de ses jugements, et qui flatte tous les vices dominants pour cacher son ignorance à y remédier.

L'Accaparement est le plus odieux des crimes commerciaux, en ce qu'il attaque toujours la partie souffrante de l'industrie. S'il survient une pénurie de subsistances ou denrées quelconques, les accapareurs sont aux aguets pour aggraver le mal, s'emparer des approvisionnements existants, arrher ceux qui sont attendus, les distraire de la circulation, en doubler, tripler le prix par des menées qui exagèrent la rareté et répandent des craintes qu'on reconnaît trop tard pour illusoires. Ils font dans le corps industriel l'effet d'une bande de bourreaux qui irait sur le champ de bataille déchirer et agrandir les plaies des blessés.

Une circonstance qui a contribué à la faveur dont jouissent aujourd'hui les accapareurs, c'est qu'ils ont été persécutés par les Jacobins; ils sont sortis de cette lutte plus triomphants que jamais, et celui qui élèverait la voix contre eux semblerait au premier abord un écho de la Jacobiniôre. Mais ne sait-on pas que les Jacobins ont massacré indistinctement toutes sortes de classes, soit d'honnêtes gens, soit de brigands? n'ont-ils pas envoyé au même échafaud Hébert et Malesherbes, Chaumette et Lavoisier?

Et parce que ces quatre hommes ont été sacrifiés à la même faction, s'ensuit-il qu'on doive les assimiler, etdira-t-on qu'Hébert et Chaumette soient des gens de bien parce qu'ils ont été, comme Malesherbes et Lavoisier, immolés par les Jacobins? Même raisonnement s'applique aux accapareurs et agioteurs, qui, pour avoir été persécutés par les ennemis de l'ordre , n'en sont pas moins des désorganisateurs, des vautours déchaînés contre l'honnête industrie.

Ils ont pourtant trouvé des preneurs parmi cette classe de savants qu'on appelle économistes, et rien n'est plus respecté aujourd'hui que l'accaparement et l'agiotage qu'on appelle en style du jour la spéculation et la banque^ parce qu'il est indécent de nommer les choses par leur nom.

Un résultat fort bizarre de l'Ordre civilisé, c'est que si l'on réprime directement des classes évidemment malfaisantes, comme celle des accapareurs, le mal devient plus grand, les denrées deviennent plus rares, et l'on s'en est assez convaincu sous le règne de la Terreur. C'est ce qui a fait conclure aux philosophes qu'il faut laisser faire les marchands. Plaisant remède contre un mal, que de l'entretenir parce qu'on ne connaît aucun antidote! Il fallait en chercher, et jusqu'à ce qu'on en eût découvert, on devait condamner leurs tripotages au lieu de les vanter; on devait provoquer la recherche d'un procédé capable de les réprimer (la Concurrence sociétaire).

Eh! pourquoi les philosophes pallient-ils des calamités, comme la Banqueroute, l'Agiotage, l'Accaparement, l'Usure, etc.? C'est que l'opinion leur répondrait : « Nous connaissons tous ces maux « sur lesquels vous vous apitoyez, mais puisque vous êtes des sa- « vants plus éclairés que nous, évertuez-vous à chercher des re- « mèdes ; jusque-là votre science, votre rhétorique nous sont « inutiles, comme les verbiages d'un médecin qui vient débiter « au malade du grec et du latin, sans lui procurer aucun soula- « gement. » Les philosophes, prévoyant ce fâcheux compliment, jugent convenable de nous étourdir sur le mal au lieu de l'avouer; aussi nous prouvent-ils que l'Accaparement et l'Agiotage sont la perfection du perfectionnement de la perfectibilité. Avec leurs verbiages sur les méthodes analytiques, les abstractions métaphysiques et les perceptions des sensations qui naissent des idées, ils vous plongent dans une léthargie scientifique, ils vous persuadent que tout va au mieux dans l'Ordre social; obligés pour sub-

sister de vendre des livres, d'en fabriquer sur un sujet quelconque ; habitués, comme les avocats, à plaider la mauvaise cause aussi bien que la bonne, ils trouvent bien plus commode de vanter et farder les vices dominants, que de s'occuper des correctifs à la recherche desquels ils risqueraient de consumer inutilement leurs veilles, sans remplir aucun volume.

De là vient que les Économistes, entre autres Smith, ont loué l'accaparement comme une opération utile au bien général. Analysons les prouesses de ces accapareurs ou spéculateurs. J'en vais citer deux, l'une sur l'accaparement de grains qui est le plus dangereux, et l'autre sur l'accaparement de matières qui paraît excusable, parce qu'il n'assassine que l'industrie, au lieu d'assassiner directement le peuple.

1° Accaparement de grains. Le principe fondamental des systèmes commerciaux, le principe : Laissez une entière liberté aux marchands, leur accorde la propriété absolue des denrées sur lesquelles ils trafiquent ; ils ont le droit de les enlever à la circulation, les cacher et même les brûler, comme a fait plus d'une fois la compagnie orientale d'Amsterdam, qui brûlait publiquement des magasins de cannelle pour faire enchérir cette denrée : ce qu'elle faisait sur la cannelle, elle l'aurait fait sur le blé, si elle n'eût craint d'être lapidée par le peuple ; elle aurait brûlé ou laissé pourrir une partie des blés, pour vendre l'autre au quadruple de sa valeur. Eh ! ne voit-on pas tous les jours, dans les ports, jeter à la mer des provisions de grains que le négociant a laissés pourrir pour avoir attendu trop longtemps une hausse; moi-même j'ai présidé, en qualité de commis, à ces infâmes opérations, et j'ai fait, un jour, jeter à la mer vingt mille quintaux de riz, qu'on aurait pu vendre avant leur corruption avec un honnête bénéfice, si le détenteur eût été moins avide de gain. C'est le corps social qui supporte la perte de ces déperditions, qu'on voit se renouveler chaque jour à l'abri du principe philosophique : Laissez faire les marchands.

Supposons que, d'après ce principe, une riche compagnie de marchands accapare dans une année de famine, comme 1709, les grains d'un petit État, tel que l'Irlande, lorsque la disette générale et les prohibitions de sortie dans les États voisins rendront presque impossibles les approvisionnements extérieurs. Supposons que la compagnie, après avoir rassemblé tous les grains qui étaient en vente, refuse de les céder, à moins d'une augmentation triple

et quadruple, en disant: «Ce grain est notre propriété; il nous « plaît d'y gagner quatre fois plus qu'il ne nous a coûté; si vous « refusez de le payer sur ce pied, procurez-vous d'autres grains « par le commerce. En attendant, il se peut que le quart du peuple. « meure de faim, mais peu nous importe; nous persistons dans « notre spéculation, selon les principes de la Liberté commer- « ciale, consacrée par la philosophie moderne. »

Je demande en quoi les procédés de cette compagnie différeraient de ceux d'une bande de voleurs; car son monopole forcerait la nation entière, sous peine de mourir de faim, à payer à la compagnie une rançon égale à la triple valeur du blé qu'elle livrerait.

Et si l'on considère que la compagnie, selon les règles de la Liberté commerciale, a le droit de ne vendre à aucun prix, de laisser pourrir le blé dans ses greniers, tandis que le peuple périrait, croyez-vous que la nation affamée serait obligée, en conscience, de mourir de faim pour l'honneur du beau principe philosophique : Laissez faire les marchands? Non, certes; reconnaissez donc que le droit de Liberté commerciale doit subir des restrictions selon les besoins du Corps social ; que l'homme, pourvu en surabondance d'une denrée dont il n'est ni producteur, ni consommateur, doit être considéré comme dépositaire conditionnel , et non pas comme propriétaire absolu. Reconnaissez que les commerçants ou entremetteurs des échanges doivent être, dans leurs opérations, subordonnés au bien de la masse, et non pas libres d'entraver les relations générales par toutes les manœuvres les plus désastreuses, qui sont admirées de vos Économistes.

Les marchands seraient-ils donc seuls dispensés envers le Corps social des devoirs qu'on impose à tant d'autres classes plus recommandables? Quand on laisse carte blanche à un général, à un juge, à un médecin , on ne les autorise pas pour cela à trahir l'armée, assassiner le malade et dépouiller l'innocent; nous voyons punir ces divers individus quand ils prévariquent; on décapite un général perfide, on mande un tribunal entier devant le ministre, et les marchands seuls sont inviolables et sûrs de l'impunité! L'Économie politique veut qu'on s'interdise toute surveillance sur leurs machinations; s'ils affament une contrée, s'ils troublent son industrie par des accaparements et des banqueroutes, tout est justifié par le seul titre de marchand! Ainsi le charlatan de comédie, assassinant tout le monde avec ses pilules, se trouve justifié par

le seul mot : medicus sum; et de même clans notre siècle de régénération, l'on veut nous persuader qu'une classe des moins éclairées du Corps social ne peut jamais dans ses trames opérer contradictoirement au bien de l'État. Autrefois c'était l'infaillibilité du Pape, aujourd'hui c'est celle des marchands qu'on veut établir.

2° Accaparement de matières ou denrées. J'en vais démontrer la malfaisance par un événement qui se passe sous nos yeux à l'heure où j'écris. C'est la hausse énorme du prix des denrées coloniales, sucre, café, coton, etc.; je parlerai spécialement du coton, parce que c'est l'objet qui a subi la plus forte hausse et qui était d'une nécessité plus urgente pour nos manufactures naissantes et élevées depuis peu d'années par les soins et les encouragements de l'Empereur. Ce que je dirai sur les affaires présentes s'applique aux accaparements de toute espèce.

Dans le cours de l'automne dernier (*), on a pressenti que l'arrivage des denrées coloniales, et surtout des cotons, éprouverait quelques entraves, et que les approvisionnements seraient retardés ; pourtant, on n'avait pas lieu de craindre que les fabriques de France fussent au dépourvu, car il existait à cette époque des magasins de coton qui pouvaient suffire à la consommation d'une année (y compris les achats faits dans l'étranger et acheminés sur la France). Le Gouvernement, par un inventaire, aurait pu faire constater que les fabriques étaient approvisionnées pour un an, pendant le cours duquel on avait le temps de se précautionner. Mais les accapareurs sont intervenus, ont envahi et resserré les provisions existantes, et ont persuadé que les manufactures seraient dépourvues en moins de trois mois; il s'en est suivi une hausse qui a élevé le coton au double du prix habituel , et cette hausse " menaçait " ('2) d'anéantissement la plupart des fabriques françaises, qui ne " pouvaient " pas élever le prix des tissus en proportion du prix des matières brutes ou filées; en conséquence,, un grand nombre de manufacturiers " renoncèrent, " et " congédièrent " leurs ouvriers.

Cependant les matières ne " manquaient " pas; au contraire,

(1) Dans l'un des Exemplaires annotés, le mol — dernier — est remplacé par — 180 G — .

(2) Ce changement et ceux qui viennent après, jusqu'à la fin de l'alinéa suivant, consistent dans une simple substitution de temps : menaçait pour menace, pouvaient pour peuvent, etc.

les riches (dateurs 4i étaient " eux-mêmes devenus accapareurs, et on les " voyait " brocanter leur superflu, leurs cotons de spéculation, sur lesquels ils " agiotaient, " après s'être réservé des provisions suffisantes pour alimenter leur filature. Bref, on ;' trouvait " chez les tripotiers ce superflu qui " manquait " aux consommateurs habituels; et en résultat, la France " n'était ni dépouvue " de matières, "ni" menacée d'en manquer. C'est une vérité de fait.

Dans cette conjoncture, quel fruit a-t-on retiré de la Licence commerciale, de la Libre Concurrence ? Elle a abouti :

1° A doubler le prix d'une matière première dont il n'y avait pas pénurie réelle, et dont le prix ne devait hausser que peu ou point;

2° A désorganiser les manufactures lentement et péniblement élevées ;

3° A enrichir une coalition de tripotiers, au détriment de l'industrie productive, et à la honte du Souverain qu'ils offensent en détruisant son ouvrage.

Voilà des vérités péremptoires. A cela on répliquera que si l'Autorité entravait la Libre Concurrence,^ Licence d'Accaparements, le mal serait peut-être pire encore. J'en conviens, mais vous prouvez par là que vos économistes ne connaissent aucun remède contre l'Accaparement. Est-ce une raison de n'en pas chercher, et s'ensuit-il que l'Accaparement soit un bien? Quand vous ne connaissez pas d'antidote à un vice social, osez du moins avouer que ce vice est une calamité ; n'écoutez pas vos philosophes qui vous vantent ce vice pour se disculper de ne savoir pas le corriger. Quand ils vous conseillent de tolérer l'Agiotage et l'Accaparement, de peur d'un plus grand mal, ils ressemblent à un ignorant qui vous conseillerait d'entretenir la fièvre parce qu'il ne saurait quel remède y appliquer.

Et parce qu'on ignore les moyens de prévenir l'Accaparement, était-il prudent de le tolérer sans mesure? Non, et je vais prouver qu'un coup d'Autorité aurait souvent prévenu de grands malheurs, sans commettre de violation ni tomber dans l'arbitraire. Donnons-en un exemple appliqué aux circonstances présentes [1807].

Je suppose que le Gouvernement, pour sauver ses manufactures de coton qui ont porté un coup si funeste à l'Angleterre, eût voulu réprimer les accapareurs, et que la police se fût transportée chez

tel banquier de Paris qui avait, en janvier [1807], un magasin de coton de 5 millions, prix d'achat, et dont il refusait 8 millions comptant, parce qu'il voulait très modérément doubler son capital en trois mois. L'Autorité aurait pu lui dire : « Les amas de ma- « tières premières faits par toi et tes complices menacent de ruine « nos manufactures, à qui tu refuses de vendre à un honnête bé- « néfice; en conséquence, tu es sommé de livrer ton magasin à « un quart ou un cinquième de bénéfice, au lieu du double que tu « en prétends. Tes cotons seront distribués aux petits manufac- « turiers (et non pas aux grands, qui sont eux-mêmes des accapa- - reurs ligués pour rançonner les petits). »

Que serait- il résulté d'une telle mesure?

Observons d'abord qu'elle n'aurait [eu] rien de vexatoire ; car l'accapareur obtenant, au bout de 3 mois, 6 millions d'un magasin qui lui en " coûte "5, gagnerait en 3 mois 20 pour cent; c'est quatre fois plus que ne gagne au bout de l'année un propriétaire exploitant péniblement son domaine.

Et par suite de cette sommation, tous les autres accapareurs, qui voulaient doubler leur capital et qui y ont réussi, se seraient décidés à livrer leurs cotons au bénéfice de 20 pour cent, les fabriques n'auraient que peu ou point souffert et n'auraient pas été réduites à fermer les ateliers et renvoyer les ouvriers. Ce coup d'Autorité aurait sauvé l'industrie et fait bénir le Gouvernement; il n'aurait aucunement ralenti les expéditions faites par nos alliés, car si des Américains nous envoyaient en " 1806 " des cotons dans l'espoir de les vendre cent écus le quintal, ils les " auraient envoyés " encore mieux pour vendre à cent vingt écus ; d'où l'on voit que l'Autorité doit intervenir contre l'Accaparement, non pas à la manière des jacobins qui spoliaient le possesseur en le payant avec des papillotes, mais intervenir pour limiter le bénéfice quand il dégénère en extorsion.

Lors donc qu'on prévoit la pénurie d'une denrée quelconque et que sa rareté peut exciter les spéculateurs à un Accaparement, il convient [ en politique civilisée ] de la déclarer HORS DE COM- MERCE et d'en maximer le bénéfice, en le fixant à un taux suffisant pour encourager l'arrivage, comme à un quart ou un cinquième en sus du cours habituel; en interdire l'acquisition et le trafic, même indirect, à tous ces tripotiers qui n'en ont pas une consommation ou un débouché reconnu; limiter les approvisionnements de chaque négociant en proportion du débouché habituel

24 i TROISIÈME PARTIE.

dont il pourra justifier par le terme moyen de ses ventes de plusieurs années.

Je ne m'arrête pas à indiquer " d'autres " mesures provisoires contre l'Accaparement, mesures qu'il est bien superflu de faire connaître, puisque la Concurrence Sociétaire ou procédé commercial de 6e Période prévient, au lieu de réprimer, l'Accaparement et autres désordres. Dans l'ignorance des moyens préservatifs, on est mpardonnable de n'avoir pas essayé du moins des palliatifs, comme la mise hors de commerce que la France aurait dû " adopter " pendant le cours de cet hiver [1807J, nommément à l'égard des cotons; car la prospérité de nos fabriques d'étoffes en coton allait porter un coup funeste à la Compagnie anglaise de l'Inde et aux fabriques intérieures de l'Angleterre.

Et pour avoir laissé élever le prix des matières au double du cours habituel, a-t-on augmenté les approvisionnements? Non; la matière quadruplerait de valeur sans que cette hausse levât les obstacles [de guerre] qui s'opposent à l'arrivage ; la hausse des matières n'aboutit donc qu'à dépouiller les fabriques et les consommateurs , au bénéfice des accapareurs. Or, dans un moment de crise où il est permis de s'écarter des règles et coutumes, qui fallait-il protéger, ou de la masse des consommateurs et fabricants, ou de quelques oiseaux de proie ligués pour désorganiser l'industrie par des terreurs factices et par un envahissement de denrée.dont ils n'avaient la veille ni débouché, ni consommation, ni connaissance?

Qu'il serait facile de confondre ces spéculateurs en rétorquant leurs propres arguments ! A les en croire, on va manquer de tout; bientôt on n'obtiendra pas les denrées, même au poids de l'or. A quoi l'Autorité pourrait leur répondre : « Vous croyez ou vous ne « croyez pas qu'on puisse alimenter les fabriques et la consomma- « tion. Dans l'un ou l'autre cas vous devez être contraints à livrer « vos magasins; car si les arrivages doivent cesser dorénavant, « si la pénurie doit être complète, il devient inutile de protéger « vos machinations, qui accélèrent la chute de l'industrie en la « rançonnant et entravant dans un moment de crise ; mais s'il reste * des moyens d'arrivage et d'approvisionnement, vous êtes des « perturbateurs, des alarmistes qui aggravez un mal-être momen- « tané. Ainsi, quelle que soit votre opinion sur la continuation ou « la cessation des arrivages, vous êtes des hommes punissables, « et vous devez vous estimer heureux qu'on - e borne à vous mettre

CONFIRMATION. 2iJ

« hors de commerce cl faire vendre vos magasins, en vous laissant « l'énorme bénéfice d'un quart en sus du prix habituel. »

En prolongeant cette discussion, il me serait aisé de prouver qu'on pouvait, sans gêner les relations commerciales [et sans sortir du cercle de la politique civilisée], mettre un frein à la licence des accapareurs; on en a senti la nécessité relativement au pain et au commerce des blés dans lequel le Gouvernement intervient en tous pays. On sait que, si les accapareurs de blé jouissaient d'une pleine liberté, s'ils pouvaient former des compagnies pour arrher sur champ les récoltes et emmagasiner les grains sans les mettre en circulation, on aurait des famines régulières et graduées, même dans l'année la plus abondante. Eh ! combien de foisles spéculateurs n'ont-ils pas réussi à affamer une contrée, malgré le danger d'être lapidés par le peuple et entravés par le Gouvernement, qui en un moment de détresse ferait ouvrir et vendre les magasins plutôt que de réduire le peuple au désespoir? Si l'on voit déjà les spéculateurs braver parfois tous les dangers, que feraient-ils dans le cas où ils jouiraient d'une absolue liberté et d'une protection assurée dans l'accaparement des grains?

Auteurs politiques qui composez des théories sur les devoirs de l'Homme , n'admettrez-vous pas aussi des devoirs du Corps Social ; et le premier de ces devoirs n'est-il pas de réprimer des parasites qui désolent l'industrie et ne fondent leur fortune que sur les plaies dont leur patrie est affligée? Si vous eussiez eu le courage de dénoncer de pareils vices, vous n'auriez pas tardé jusqu'à ce jour à en découvrir le correctif (la Concurrence Sociétaire). Oh! combien l'Antiquité, si souvent ridicule, a été plus sage que nous en politique commerciale ! elle a franchement conspué les vices mercantiles ; elle a voué à l'exécration ces vautours industriels, ces accapareurs dignes d'être encensés par la Philosophie moderne, apologiste déhontée de toutes les infamies qui conduisent à amasser de l'or.

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