‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 81 sur 201 · A LA PROCHAINE MÉTAMORPHOSE SOCIALE · texte numérisé non relu

A LA PROCHAINE MÉTAMORPHOSE SOCIALE

Plusieurs Civilisés ayant désiré savoir quelle est la conduite convenable à leurs intérêts pour employer utilement le reste de la Civilisation, voici ce que je puis leur dire à cet égard :

1° Ne construisez aucun édifice ; la distribution des bâtiments civilisés n'est point compatible avec les habitudes de l'Ordre combiné , et il faudra faire à toutes vos maisons des changements énormes pour en tirer quelque parti ; il y en aura même un grand nombre d'inutiles. Cela ne doit pas alarmer les propriétaires , parce que tout dommage causé par l'établissement du Nouvel Ordre est indemnisé par la Hiérarchie sphérique ; elle aura des terres] vacantes trois fois plus qu'il n'y en a de cultivées. Or, comme elle mettra tout le globe en exploitation, elle aura dix fois plus de richesses qu'il n'en faudra pour suffire aux indemnités dont il s'agit.

2° Recherchez les richesses mobiles, l'or, l'argent, les valeurs métalliques, les pierreries et objets de luxe méprisés par les philosophes ; leur valeur doublera et triplera à l'époque où commencera l'Ordre combiné. L'augmentation sera moins sensible sur le cuivre, l'étain, le fer, etc.; mais en général tout produit qu'on extrait péniblement des mines acquerra subitement une valeur énorme dans l'Ordre combiné , où l'exploitation des mines sera excessivement coûteuse, parce qu'elle est très peu attrayante. Il en sera de même des objets qu'on extrait à grande peine du sein des mers, comme les perles, etc. Ces genres de travaux seront très peu exercés, lors même que l'Harmonie sera complètement organisée.

3° En propriétés rurales, recherchez préférablement les bois de haute futaie et les carrières. Comme il faudra subitement construire une infinité de nouveaux édifices, les bois à bâtir et les pierres de taille s'élèveront nécessairement à un prix excessif dans les premières années où l'Ordre combiné sera encore imparfait et

où Pesprit mercantile se maintiendra plus ou moins pendant quelque temps encore.

4° Ne formez aucun établissement lointain, ne songez point à vous expatrier par appât de la fortune ; chacun sera heureux dans son pays et y vivra sans nulle inquiétude. Quant aux versements que feront les contrées populeuses, ils s'effectueront d'une manière fort différente de vos fondations coloniales, et les colons partiront fout formés en Phalanges pour aller s'installer dans des cantons et édifices qui leur auront été préparés par les armées industrielles.

5° Faites des enfants; il n'y aura rien de plus précieux au début de l'Ordre combiné que les petits enfants de 3 ans et au-dessous ; car, n'étant pas encore gâtés par l'éducation civilisée, ils pourront recueillir tous les fruits de l'éducation naturelle et s'élever à la perfection de corps et d'esprit. En conséquence, un enfant de deux ans sera bien plus précieux qu'un de dix, et la Hiérarchie sphérique récompensera généreusement toutes les filles qui pourront fournir de petits enfants au-dessous de trois ans. Elle récompensera de même les princes qui auront pourvu à cette fourniture, en permettant dès à présent à toute fille de faire des enfants hors de mariage.

0° Ne sacrifiez point le bien présent au bien à venir; jouissez du moment, évitez toute association de mariage ou d'intérêt qui ne contenterait pas vos passions dès l'instant même. Pourquoi travailleriez-vous pour le bien à venir, puisqu'il surpassera vos vœux et que vous n'aurez dans l'Ordre combiné qu'un seul déplaisir : ce sera de ne pouvoir doubler la longueur des jours, afin de suffire au cercle immense de jouissances que vous aurez à parcourir.

7° Ne vous laissez point abuser par les gens superficiels qui croiraient voir dans l'invention des lois du Mouvement un calcul systématique. Songez qu'il ne faut que 4 à 5 mois pour le mettre à exécution sur une lieue carrée, que l'essai en sera peut-être achevé dans le cours de l'été prochain ; qu'alors le genre humain tout entier passera à l'Harmonie universelle, et que vous devez dès à présent régler votre conduite sur la proximité et la facilité de cette immense révolution.

8° Gardez-vous plus soigneusement encore d'écouter les critiques qui porteraient sur l'inventeur et non sur Vinvention. Qu'importe la manière dont elle est annoncée! que ce Prospectus manque de style, de méthode, etc., j'y consens et ne veux pas même cher-

cher à mieux faire dans les mémoires suivants. Fussent-ils écriU en patois, c'est l'invention et non pas l'inventeur qu'il faut juger. Dès lors toute critique devient inconséquente, tant que cette invention n'est pas publiée et que je me borne à la laisser entrevoir. Sans doute il n'était pas besoin d'un volume pour une pareille annonce, mais j'ai dû déférer à l'opinion qui veut des volumes. Chacun s'informe d'abord combien l'invention remplira de volumes, et l'on semble croire qu'elle n'aurait aucune valeur si elle n'en remplissait pas quelques-uns. Il fautdonc broder sur le sujet, et faire des livres plus ou moins mauvais, comme peut les faire un homme qui, à part sa découverte, n'a d'autre science que de tenir Vaune. Or, pour gagner de vitesse les critiques, je déclare que je donne mes livres à pendre, n'ayant pas la prétention d'être écrivain, mais seulement inventeur,, Je ne veux pas même lire la grammaire pour me corriger des fautes qui doivent fourmiller dans mon style. Je fais parade de mon ignorance; plus elle est grande, plus elle couvre de honte les savants, qui, avec tant de lumières dont je suis privé, n'ont pas su découvrir les lois du Mouvement social, n'ont pas entrevu la route du bonheur que moi seul j'aurai ouverte au genre humain, sans que nulle autre puisse revendiquer la moindre part à mon invention.

Avant de la publier je donnerai un second Prospectus, qui sera une extension de celui-ci et roulera sur les mêmes sujets, à peir de chose près.

Ces deux premiers Mémoires ayant pour but de consulter l'opinion, afin de connaître les points sur lesquels il faudra s'étendre en développements, j'ai dû glisser légèrement sur chaque matière à laquelle j'ai touché, ne pouvant donner aucune démonstration régulière avant d'avoir publié la Théorie de l'Attraction passionnée. Elle sera contenue en six petits Mémoires qui paraîtront successivement, et dans lesquels je représenterai l'Ordre combiné en action. Je supposerai un réveil d'Épiménide en l'an 2200, époque où la 8e Période sociale qui va s'organiser aura acquis sa splendeur, et où commencera la 2e création qui introduira le genre humain en 9e période.

Les souscripteurs pour les 6 cahiers de l'Attraction passionnée auront la faculté de m'adresser leurs objections et remarques sur les développements qu'ils jugeront nécessaires. Je leur donnerai les éclaircissements qui seront d'utilité générale, et je pourrai dans chaque cahier consacrer quelques pages de réplique aux obser-

vations les plus importantes qui me seront parvenues. Du reste, je ne veux m'engager dans aucun débat polémique sur ce sujet.

Il est un problème sur lequel on devra s'abstenir de demander des éclaircissements : c'est le plus important de tous, c'est celui

de LA RÉTRIBUTION PROPORTIONNELLE AUX 3 FACULTÉS INDUS- TRIELLES, C'EST-A-DIRE LA RÉPARTITION DU PRODUIT AGRICOLE ET MANUFACTURIER D'UNE PHALANGE, ENTRE LES SOCIÉTAIRES, SELON LA QUOTITÉ DE CAPITAUX, LUMIÈRES ET TRAVAIL DE CHACUN.

Ce problème est le nœud gordien de l'Ordre combiné, celui sans la solution duquel il serait inutile d'organiser une Phalange ; elle tomberait promptement en discorde si l'on ne savait pas prendre les mesures nécessaires pour la rétribution proportionnelle aux 3 facultés. J'éviterai à dessein tout éclaircissement sur ce problème, afin de pouvoir réserver à qui de droit l'honneur de fonder l'Harmonie universelle, dont l'entreprise pourrait être faite par tout riche propriétaire, et même par une compagnie d'actionnaires, si je divulguais la solution dont il s'agit. Il sera donc inutile de la solliciter dans les objections qu'on pourra m'adresser.

J'invite à relire cet ouvrage, si l'on veut en tirer quelque fruit; une première lecture ne peut suffire dans un sujet aussi neuf. D'ailleurs, n'étant pas exercé à écrire, je n'aurai pas su classer avec méthode, ni exposer avec clarté les diverses matières; dès lors une seconde lecture dissipera bien des obscurités, et suppléera à mon insuffisance. Plusieurs de mes assertions heurtent toutes les opinions et soulèvent les esprits au premier abord ; elles ne peuvent être goûtées que dans une seconde lecture ; la première ne peut servir qu'à élever des doutes qui seront pleinement confirmés par un plus mûr examen des absurdités civilisées.

Eh! fut-il jamais un instant plus favorable pour rappeler les Civilisés à la honte d'eux-mêmes et de leurs sciences philosophiques ! fut-il jamais de génération plus inepte en politique que celle qui a fait égorger trois millions de jeunes gens pour revenir aux préjugés dont elle voulait s'affranchir ! Les siècles précédents étaient bien plus excusables dans leurs fureurs; c'étaient l'avidité, le fanatisme qui se montraient à découvert, c'était la passion toute nue qui causait les guerres ; mais aujourd'hui c'est pour l'honneur de la raison qu'on surpasse tous les massacres dont l'histoire ait transmis le souvenir; c'est pour la douce égalité, la tendre fraternité, qu'on immole trois millions de victimes! après

quoi la Civilisation, lasse de carnage et honteuse de sa propre ineptie , ne voit d'autre moyen de repos que de rétablir humblement les préjugés qu'elle avait bannis, et d'appeler à son secours les coutumes que la philosophie accuse de déraison.

Voilà les trophées politiques de la génération présente : après cela quel homme ne doit pas rougir d'être Civilisé et d'avoir ajouté foi aux charlataneries politiques et morales? Quel siècle doit être plus disposé à considérer nos lumières sociales comme d'épaisses ténèbres, à soupçonner l'existence de quelque Science plus certaine qui aura pu échapper jusqu'à ce jour aux recherches du genre humain? Oui, cette Science du Bonheur Social que vous aviez manquée, n'est autre que la Théorie de l'Attraction passionnée ; le Mécanisme de l'Attraction est un problème que Dieu donne à résoudre à tous les globes, et leurs habitants ne peuvent passer au Bonheur qu'après l'avoir expliqué.

Les six Mémoires sur l'Attraction passionnée seront chacun d'environ 150 pages, caractère et format de celui-ci; le prix de souscription est de douze livres tournois. Les lettres et envois devront être adressés, franc de port, à l'Auteur (Charles, à Lyon.)

Dans les villes éloignées, les souscripteurs, réunis au nombre de 12, pourront désigner un Libraire correspondant. Celui qui le premier me fera l'envoi du montant des 12 souscriptions réunies deviendra correspondant pour ladite ville et les lieux circonvoisins.

La livraison successive des six Cahiers commencera dès qu'il y aura mille souscripteurs.

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