FIN
Ici se trouvaient, dans l'un des Exemplaires annotés, les observations suivantes motivées par un article du Publiciste, du 14 décembre 1808, article sans intérêt d'ailleurs et dont nous reproduisons ci-dessous le passage auquel Fourier répond :
(L'un des journaux de Paris, le Publiciste, insinua que je voulais voler 12,000 fr. aux souscripteurs; il fit sur la livraison proposée un compte de frais typographiques de 4,000 fr., dans lequel il oublia de porter en compte les gravures et les planches qui seules auraient exigé 8,000 fr. d'avances.
L'ouvrage qui était offert à 12 fr. aux souscripteurs, en aurait valu en commerce 2 4 par les gravures, qu'il me fâchera beaucoup de supprimer dans mon Traité. Il le fauJra donc hien, puisqu'on est voleur, selon les Parisiens, quand on cherche à se couvrir de frais exorhilanls, dont on ne peut ou n'ose faire l'avance quand on n'est pas assuré du débit.
Les journaux de Paris sont aussi indelgents pour eux-mêmes qu'ils le sont peu pour autrui. Le fameux Geoffroy, quoique fort riche, demandait effrontément une souscription de 60 fr. pour les 3 volumes de commentaires de Racine, avec gravures, et nul confrère ne l'en blâmait.
Ainsi les journalistes parisiens ne sont pas seulement zoïles et vandales à. l'égard des inventeurs français; ils ajoutent la calomnie à la détraction et traitent un homme de voleur parce qu'il propose la souscription d'usage. Le libraire m'avait recommandé de ne pas oublier celte précaution. Il sied bien auxGazeliers de Paris de s'en moquer; toute Gazette n'estelle pas un livre à 560 feuilles dont on fait couvrir les frais par souscription?
La nation française est tellement habituée à être dupe des charlatans qu'elle ne peut pas se persuader qu'un inventeur agisse loyalement; elle ne cherche pas des inventions utiles, mais des duperies agréables, ingénieuses; elle est satisfaite quand elle rencontre des enjôleurs comme celui de la mnémonique, assemblant et mystifiant pendant quelques séances un millier de souscripteurs à un louis par tête.
Voilà ceux qui sont gens d'esprit en France. Une nation si incline à favoriser l'intrigue est nécessairement le jouet des intrigants; aussi la France est-elle servilement soumise au monopole scientifique et littéraire
<lc Paris, qui a pour devise : Nul n'aura d'esprit que nous et nos ami?. Tout inventeur et auteur est bafoué, écrasé. S'il n'a pas la précaution de faire agréer humblement sa découverte par la cabale de Paris, il doit trouver bon qu'elle s'en attribue la meilleure partie, et qu'elle daigne accorder un accès à l'inventeur, qui encore devra déclarer que, s'il a quel que génie, quelque bon sens, il le doit aux torrents de lumière qu'ont répandus les économistes, les idéologues et les perfectibiliseurs tic Civilisation perfectible.
Ces malfaisants personnages dirigent l'esprit de la France, et par suite, de l'Europe littéraire; c'est parleur tyrannie que 40 tragédies attendent à la porte du Théâtre-Français, parce que leurs auteurs n'ont pas fléchi humblement devant le minautore, devant les monopoleurs de génie et de bel-esprit qui régissent Paris.
Voilà le secret dos jugements que la France porte sur les nouveautés en conséquence tout inventeur français n'a d'autre parti que de se retirer
hors de France.] Voici en quels termes s'était exprimé le Feuilletonniste du Pu
bîiciste dans un post-scriptum qui termine son article :
P. S. J'en étais là et j'allais signer cet article, lorsque j'ai eu le malheur de jeter les yeux sur la dernière page du livre, ou plutôt du prospectus que j'annonce. J'y ai lu en grosses lettres ce mot cruel, souscription. J'ai continué de lire, et j'ai vu que notre auteur annonce six mémoires sur V Attraction passionnée, chacun d'environ 150 pages, pour lesquels on peut souscrire moyennant douze livres tournois, chez l'auteur, qui se nomme Charles, et demeure à Lyon. J'ui vu plus bas que la livraison successive des cahiers commencera dès qu'il y aura mille souscrin teurs, en d'autres mots, dès que le prophète aura touché douze mille livres. Alors tous mes rêves se sont dissipés, toutes mes illusions se sont évanouies. Quoi! me suis-je dit, le possesseur de toutes les sciences, l'homme qui se réserve la plus sublime de toutes, celle du mouvement social, a besoin de douze mille livres, au monipnt où la révolution qu'il annonce va le rendre riche à millions! Et que dis-je, 12,000 livres! la moitié, moins encore, suffirait sans doute pour imprimer 2 vol. in-s°. Le prophète ne les possède-t-il pas? N'a-t-il pas assez de crédit auprès d'un libraire pour l'engager à faire une avance si modique , dont il serait si amplement dédommagé? Faut-il croire enfin que notre prophète n'a pas lui-même une foi bien vive dans ses révélations? C'est avec douleur que je le dis, mais je n'ai pu résoudre ces difficultés d'une manière satisfaisante. Je les soumets à mes lecteurs, et je crains bien qu'ils ne se résignent comme moi à rester encore dans ce misérable état de civilisation, la honte de l'espèce humaine, si nous n'avons que les Mémoires de TVI. Charles pour nous en tirer. A. Y.