SUR LE TRAITÉ DU LIBRE ARBITRE
Le Traité du Libre Arbitre ne figure pas dans la première édition du Traité de l'Unité universelle : c'est le premier des manuscrits de Fourier livré à l'impression depuis la mort de l'auteur.
Les cahiers laissés par Fourier ne sont en général que des travaux de premier jet qu'il condensait et ordonnait lorsqu'il devait les publier. Un assez grand nombre de ces manuscrits sont d'une date antérieure à celle où a paru la première édition du Traité de l' Unité universelle (4822).
Le Traité du Libre Arbitre est de ce nombre.
Malgré l'état imparfait dans lequel Fourier a laissé son travail , fidèles à une loi que nous nous sommes imposée, nous n'avons voulu faire aucune correction : nous reproduisons littéralement le texte , en prévenant seulement que le manuscrit n'est qu'une ébauche, un brouillon, dans lequel les mots sont souvent même écrits par abréviation. Les lacunes de mots, quand nous en avons rencontrées dans la phrase , ont été remplies -, mais dans ce cas l'intercalation est indiquée par des crochets.
Le Traité du Libre Arbitre n'est pas un des travaux les moins intéressants de Fourier. Le lecteur y retrouvera le caractère fondamental du génie du grand homme, caractère qui n'est autre chose que le bon sens dans la plénitude de sa force et de sa puissance; le bon sens élevé si haut, doué d'une vue si étendue, et armé d'une telle au-
lorité, qu'il devient la clarté, la lumière même, et s'identifie avec la raison universelle, le génie de l'Humanité.
En parcourant les annales des luttes intellectuelles, on ne rencontre aucune question sur laquelle les philosophes de toutes les écoles , les théologiens de toutes les sectes et de toutes les religions, aient entassé autant de controverses, accumulé autant de subtilités, que sur le Libre Arbitre. Fourier entre dans ce problème à sa manière accoutumée ^ il va droit à l'issue du labyrinthe, sans même abaisser son regard sur les routes tortueuses qui y ont été péniblement tracées. C'est le bon sens arpentant à grands pas le domaine que les subtilités métaphysiques des philosophes et des théologiens avaient couvert d'inextricables jets de rameaux épineux et stériles.
Les esprits alambiqués de subtilités métaphysiques et psychologiques, qui sont en philosophie ce que les chercheurs de la quadrature du cercle sont en mathématiques, trouveront sans doute que Fourier n'a pas même compris les données du problème à résoudre. La solution leur paraîtra trop naturelle, trop simple : les gens profonds qui cherchent midi à quatorze heures trouvent toujours bien simples ceux qui prennent bonnement midi à midi. Quant aux bons esprits, qui croient que la clarté et le bon sens ne sont point incompatibles avec la vérité et la profondeur, ils reconnaîtront facilement que la solution concrète du problème de la Liberté par V Attrait, dans le monde social, est identique avec la solution abstraite du problème dans sa forme métaphysique. Toutes les épines du problème du Libre Arbitre tombent devant la théorie de Y Attraction et de Y Unité universelle.