XIY DU LIBRE ARBITRE
n'écoutez aucun des deux , revenez sur vos pas dont je vois la trace, et quand vous aurez regagné la terre ferme , je vous conduirai à mon logis où je vous ferai l'opération de la cataracte; après quoi vous aurez pour vous diriger les deux moyens qui vous manquent, le positif ou jouissance delà lumière, et le négatif ou absence des guides maladroits qui vous égarent.
Tel est en substance l'avis donné à l'esprit humain dans le Traité de l'Harmonie (i). On lui prouve que ses deux guides le jettent de Charybde en Scylla, qu'en suivant leurs ineptes conseils il ne jouit que d'un Libre Arbitre illusoire]; car son intention est d'atteindre au bonheur et les deux sciences ne le conduisent qu'à l'indigence. Il doit débuter par revenir sur ses pas , se dégager du bourbier de six cent mille volumes où sa raison est enfoncée. Après qu'il aura, selon l'avis de Bacon, oublié de ce fatras tout ce qu'il en a appris, refait son entendement en élaguant les insinuations des deux sciences, leurs prestiges sur une destinée malheureuse et limitée aux échelons civilisé, barbare et sauvage, on pourra lui lever la cataracte, l'initiera la théorie des autres voies sociales, à l'élude de la Nature ou Attraction, foulée aux pieds par les deux sciences. L'homme, après ce traitement, aura surmonté les deux obstacles qui le réduisent au Libre Arbitre passif; ce sont l'ignorance des lois de la nature et la perversité des guides qui s'emparent de lui dans son aveuglement. Jusque-là sa raison n'est qu'un dédale et son arbitrage qu'une illusion.
(i) L'ouvrage dont ces manuscrits étaient l'ébauche, et que Fourier se proposait d'intituler Traité de l'Harmonie ou Traité de V Unité universelle.
Dt LIBRE ARBITRE. XV
Passons au rôle actif ou exercice direct du Libre Arbitre, qui suppose l'indépendance des préjugés et les connaissances exactes sur la destinée. Quelle règle devra suivre l'homme pourvu de ces nouvelles lumières? La règle de s'astreindre aux lois de la nature en développant tes cinq passions sensitives et les quatre affectives, selon l'ordre indiqué par les trois distributives. Il ne peut pas exister de bonheur collectif et individuel hors de celte méthode, aucun être ne pouvant être heureux positivement sans l'essor de sa nature ou développement de ses attractions. Nous ne pouvons donc nous flatter de connaître les lois de la nature passionnelle qu'autant que nous aurons découvert un moyen de développer dans cet ordre nos douze passions, et nous ne pouvons arriver à cette découverte qu'en oubliant les dogmes de nos 600,000 volumes philosophiques et théologiques, plus ou moins opposés à l'essor des passions.
Parvenus à ce nouveau mécanisme social, notre Libre Arbitre sera actif par deux raisons, parce qu'il ne sera impulsion d'aucune secte, mais de Dieu par l'Attraction, de nous-mêmes par la raison convergente ou coïncidente avec les lois de la nature et de ses harmonies matérielles. Ce n'est qu'en marchant dans celte voie que nous pourrons nous flatter d'un exercice positif de la raison, qui tendra alors à raffiner continuellement nos plaisirs. Elle est négative dans l'ordre actuel, où ses impulsions les plus sages ne nous poussent qu'au mal et ne remplissent aucunement leur destination qui est de nous diriger dans les plaisirs, d'en étendre le cercle, d'en accroître l'intensité par l'emploi des trois passions distributives.
Concluons, en récapitulant sur celte thèse, qu'il n'existe pas aujourd'hui de Libre Arbitre, et que le rôle