XXV11J PREFACE
soin d'agir toujours les Saintes Ames qui «vengent la Morale des odieuses attaques de Fourier. »Les vengeurs de la Morale seraient-ils donc dispensés d'avoir de laConscience ou du Bon Sens?
Si la légitimité du But de la Morale suffisait pour en couvrir, en légitimer, en justifier les Procédés, la même raison légitimerait, à priori, les Procédés de Fourier et tous les Systèmes, même les plus absurdes, dont les Auteurs et les Parlisans auraient pour but la plus grande production du Bien dans la Société. En fait de Systèmes moraux, comme en fait de Systèmes de Réforme Sociale, toute la question consiste donc a examiner et a vérifier si le But est bon et si les Moyens sont capables de conduire au But : Or, cela constitue une Question scientifique, c'est-à-dire une question que la Raison et la Discussion doivent élucider, et que l'Expérience videra en dernier ressort
Que si l'on veut définir la Morale, la Science qui donne les Moyens de réaliser et de généraliser le Bien da?is la Société, il résultera de cette définition : ]° Que tout ce que l'on a appelé jusqu'ici la Morale doit porter dorénavant un autre nom, puisque ce que l'on a appelé la Morale a été impuissant à réaliser et à généraliser le Bien, et, au contraire, a laissé en fait subsister le Mal dans la Société ; 2° Que, suivant nous et jusqu'à preuve du contraire, Fourier doit être considéré comme le premier des Moralistes, puisque, suivant nous, il a découvert le seul moyen efficace de réaliser et de généraliser le Bien dans la Société.
Que si au contraire on caractérise la Morale comme étant ce qu'elle a été en fait, un Ensemble de Doctrines fort incohérentes, mais s'accordant généralement a enseigner que le Bien ne peut être obtenu que par la Bépression des Passions, par la Contrainte, on comprendra alors que Fourier, qui soutient qu'on ne pouvait découvrir les Lois de la Réalisation du Bien qu'en recherchant les Conditions du développement harmo-
DES ÉDITEURS. XXÎX
nique des Passions, et qui n'approuve la légitimité de la Contrainte que contre les essors subversifs des Passions, on conçoit, disons-nous, que Fourier n'ait point pris le titre de Moraliste, et qu'il ait combattu la direction donnée à l'esprit humain par les Doctrines morales, comme ayant entravé la Découverte des Conditions du Bien.
Nous avons prouvé que le mot Morale et tous les mots de la même famille ont plusieurs sens très distincts, et nous n'avons pas même épuisé tous les sens que ces mots comportent ; mais ce que nous avons dit suffira pour que le lecteur se tienne en garde contre les fausses interprétations que ces significations diverses peuvent produire. En lisant Fourier avec bonne" foi, on comprendra toujours facilement la pensée , malgré des amphibologies dont la langue est coupable, et que Ton rougira bientôt, sans doute, d'exploiter contre lui.
~ Pour résumer sur les trois chefs d'accusation que nous, venons d'examiner, nous dirons:
1° Non , Fourier ne veut pas que l'homme lâche la bride à ses passions; mais il prétend qu'il faut donnera la Science Sociale, pour base, la connaissance des Impulsions ou Fa- <,jlt<;s actives qui sont l'expression de la?^Tature Humaine, et, pour objet, la détermination d'un Milieu capable d'utiliser ces Impulsions, de les tourner au Bien, de les développer harmoniquement et de les satisfaire.
2° Oui, Fourier critique très ênergiquement la Morale et les Moralistes; mais la critique de Fourier est une critique scientifique , qui ne porte nullement sur le But supérieur de la Morale, en tant que ce But serait la Production du Bien et de l'Harmonie sociale , puisque ce But est celui de Fourier lui-même. Cette critique porte exclusivement, au contraire,