XXVJ PREFACE
entre mille, de Vérités repoussées, a leur apparition, par ces bizarres accusations d'Immoralité, d'Impiété, de Monstruosité, etc. Ces accusations ridicules ont environné le berceau de toutes les Sciences : les premiers qui ont étudié les phénomènes physiques et les réactions chimiques ont été considérés comme d'infâmes scélérats, des empoisonneurs, des donneurs de sort, des sujets du Démon ; on les a brûlés. On a brûlé comme eux les Mathématiciens et les Astronomes. Les premiers Anatomistes ont soulevé contre eux les flots de l'Indignation et du Mépris public. Enfin, Socrate n'a-t-il pas bu la ciguë pour crime d'impiété? Jésus n'est-il pas mort sur la croix, condamné comme un vil scélérat? Et la Doctrine chrétienne, et le Culte chrétien ne se sont-ils pas vus accusés d'immoralité et d'infamie , pendant plusieurs siècles, dans les écrits des Philosophes, des Sages, des Moralistes et des Prêtres de l'époque? Que prouvaient toutes ces accusations? — Les accusations, qu'on le sache bien, ne prouvent que quand elles sont prouvées.
Maintenant, que messieurs tes Moralistes qui lancent sur Fourier les foudres de leur indignation vertueuse nous permettent de leur donner sur la Morale, et pour nous résumer, une petite leçon tout a fait élémentaire dont ils ont assez besoin, car ils ne paraissent pas avoir en Morale des idées bien nettes, bien claires. Ce sont de simples définitions.
Un Système de Morale, ou si l'on veut une Morale, se compose nécessairement de deux choses : d'un But et des Moyens propres ou crus propres à atteindre ce But. Or, pour qu'une Morale soit légitime, vraie, juste, il faut non -seulement que le But en soit bon, il faut encore que les Moyens soient capables d'atteindre le But.
La Production du Bien dans la Société, tel doit être le But
DES EDITEURS. XXVlj
de la Morale ; mais ce But ne suffit nullement a justifier une Morale. Pour que la justification soit complète, il faut que cette Morale possède un Système de moyens capables de réaliser la Production du Bien dans la Société.
Les Moralistes, jusqu'ici, ne se sont pas avisés de cette distinction assez simple. Ils se sont plu, et ils ont fait de la langue leur complice, à identifier leurs Morales, leurs Systèmes moraux, avec le But de ces Systèmes, avec le Bien lui-même. De la cette dérivation qui a donné à l'épithète moral le sens de bon, vertueux, conforme au Bien, et à l'épithète immoral la signification inverse.
Mais il n'y a pas plus de raison, en principe, pour identifier la Morale avec le Bien, qu'il n'y en aurait a identifier, par exemple, le désir de faire fortune avec une fortune faite. A côté du But, du Vœu, du Désir de la Morale, il y a la question des MoyensdeRealisation.il en résulteque dans l'intérêt même du But de la Morale, on peut demander à celle-ci compte de ses Moyens. Il en résulte, en outre, que si l'on trouve et si l'on prouve que ces Moyens sont mauvais, qu'au lieu d'avoir puissance de réaliser le Bien, ils ont au contraire empêché de découvrir les Conditions de la Réalisation du Bien, il sera très conforme au But de la Morale decriliquer la Morale, de montrer l'impuissance et la fausseté des principes sur lesquels elle s'est fondée? — C'est précisément ce qu'a fait Fourier.
II y a donc la Morale considérée dans son But, et la Morale considérée dans ses Procédés. Le lecteur comprendra sans peine, en ayant égard a cette distinction fort sensée, qu'il faut beaucoup de légèreté ou beaucoup de mauvaise foi pour jeter sur un homme qui critique les Procédés de la Morale des accusations d'attaque a la Morale, formulées de manière à faire croire que c'est au But de la Morale, au Bien lui-même, que cet homme veut porter atteinte. C'est cependant ainsi qu'ont bien