‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 39 sur 98 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

facilité de faire passer sans délai le genre humain à l'Ordre combiné. Cette facilité est si grande qu'on pourra dès la présente année 1808 voir commencer l'Organisation du globe; si un prince veut employer au canton d'esquisse une des armées que la paix continentale laisse dans l'inaction, s'il affecte vingt mille hommes aux travaux préparatoires du canton d'essai, l'on pourra, en transplantant les arbres avec leur terre natale (ainsi que cela se pratique à Paris), et en se bornante des constructions en briques, accélérer tellement l'entreprise, qu'à la fin du printemps de 1808 la première Phalange de Séries progressives entrera en exercice; et le chaos civilisé, barbare et sauvage se dissipera aussitôt par toute la terre, emportant les malédictions unanimes de tout le genre humain.

On voit par là combien nous sommes fondés à sortir de la léthargie, de la résignation apathique au malheur et du découragement répandu par les dogmes philosophiques qui établissent la nullité de la Providence en fait de Mécanisme social et l'incompétence de l'esprit humain pour déterminer notre Destination future.

Eh ! si le calcul des événements futurs est hors de la portée de l'homme, d'où vient cette manie commune à tous les peuples de vouloir sonder les Destinées, au nom desquelles l'homme le plus glacial ressent un frémissement d'impatience ! tant il est impossible de déraciner du cœur humain la passion de connaître l'avenir! Eh! pourquoi Dieu, qui ne fait rien en vain, nous aurait-il donné cet ardent désir, s'il n'avait avisé aux moyens de le satisfaire un jour? Enfin ce jour est arrivé, et les mortels vont partager avec Dieu la prescience des événements futurs : j'en ai donné ce léger aperçu pour vous amener à conclure que, si cette connaissance si merveilleuse et tant désirée tient à la Théorie de YAssodation agricole et de l'Attraction passionnée, rien n'est plus digne de piquer votre curiosité que cette Théorie de l'Association et de l'Attraction qui vous sera communiquée dans les Mémoires suivants, et qui vous ouvrira le grand livre des Décrets éternels.

« La Nature, disent les philosophes, est couverte d'un voile

- d'airain que tous les efforts des siècles ne sauraient percer (*).

- (Anacharsis.) » Voilà un sophisme bien commode pour l'ignorance et l'amour-propre ; ce qu'on n'a pas pu, l'on aime à persuader que d'autres ne le pourront pas. Si la Nature est voilée, ce n'est

'!) En marge : [Je ne cesserai de leur reprocher ces op(imons). }

pas d'airain, mais tout au plus de gaze. Puisque Newton a découvert la 4e branche de ses mystères, c'est un indice qu'elle ne voulait pas nous refuser la connaissance des trois autres branches. Quand une belle accorde quelque faveur, l'amant serait bien sot de croire qu'elle n'accordera rien de plus. Pourquoi donc les philosophes ont-ils molli près de cette Nature qui les agaçait en leur laissant soulever un coin du voile ?

Ils se vantent de répandre des torrents de lumières. Eh! dans quelle source les ont-ils puisées? Ce n'est pas dans la nature, puisqu'elle est, de leur aveu, « impénétrable pour eux et couverte « d'un voile d'airain. » C'est avec ces brillants paradoxes que les philosophes communiquent le découragement dont ils sont frappés, et persuadent au genre humain qu'on ne découvrira rien là où leur science n'a rien su découvrir.

Cependant l'Ordre social, malgré l'impéritie de tels guides, fait encore quelques progrès, comme la suppression de l'esclavage ; mais quelle lenteur à concevoir et exécuter le bien ! Il s'est écoulé vingt siècles scientifiques avant qu'on proposât le moindre adoucissement au sort des esclaves ; il faut donc des milliers d'années pour ouvrir nos yeux à une vérité, pour nous suggérer un acte de justice! Nos sciences, qui se vantent d'amour pour le peuple, sont complètement ignares sur les moyens de le protéger; aussi les tentatives des modernes pour l'affranchissement des nègres n'ontrelles abouti qu'à verser des flots de sang, qu'à aggraver le mal de ceux qu'on voulait servir ; et l'on est encore ignorant sur les méthodes d'affranchissement, bien que l'opération soit démontrée possible par le fait des usages modernes, [dont on ne sait pas déduire une Théorie d'affranchissement gradué].

C'est "donc" au hasard, et non pas aux sciences politiques et morales, que nous devons nos faibles progrès dans l'esprit social ; mais le hasard nous fait acheter chaque découverte par des siècles d'essais orageux. La marche de nos sociétés est comparable à celle de l'Ai, dont chaque pas est compté par un gémissement ; ainsi que lui la Civilisation s'avance avec une inconcevable lenteur à travers les tourmentes politiques ; à chaque génération elle essaie de nouveaux systèmes, qui ne servent, comme les ronces, qu'à teindre de sang les peuples qui les saisissent.

Nations infortunées, vous touchez à la grande métamorphose qui semblait s'annoncer par une commotion universelle. C'est vraiment aujourd'hui que le présent est gros de l'avenir et que

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