‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 40 sur 98 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

l'excès des souffrances doit amener la crise du salut. A voir la continuité et l'énormité des secousses politiques, on dirait que la Nature fait effort pour secouer un fardeau qui l'oppresse. Les guerres, les révolutions embrasent incessamment tous les points du globe; les orages, à peine conjurés, renaissent de leurs cendres, de même que les têtes de l'hydre se multipliaient en tombant sous les coups d'Hercule. La paix n'est plus qu'un leurre, qu'un songe de quelques instants; l'industrie est devenue le supplice des peuples, depuis qu'une île de pirates entrave les communications, décourage les cultures des deux continent-, et transforme leurs ateliers en pépinières de mendiants. L'ambition coloniale a fait naître un nouveau volcan; l'implacable fureur des nègres changerait bientôt l'Amérique en un vaste ossuaire, et vengerait par le supplice des conquérants les races indigènes qu'ils ont anéanties. L'esprit mercantile a ouvert de nouvelles routes au crime ; à chaque guerre il étend les déchirements sur les deux hémisphères, et porte jusqu'au sein des régions sauvages les scandales de la cupidité civilisée; nos vaisseaux n'embrassent le monde entier que pour associer les Barbares et Sauvages à nos vices et à nos fureurs. Oui, la Civilisation devient plus odieuse aux approches de sa chute ; la terre n'offre plus qu'un affreux chaos politique ; elle appelle le bras d'un autre Hercule pour la purger des monstruosités sociales qui la déshonorent.

Déjà le nouvel Hercule a paru ; ses immenses travaux font retentir son nom de l'un à l'autre pôle, et l'Humanité, accoutumée par lui au spectacle des faits miraculeux, attend de lui quelque prodige qui changera le sort du monde. Peuples, vos pressentiments vont se réaliser; la plus éclatante mission est réservée au plus grand des héros; c'est lui qui doit élever l'Harmonie universelle sur les ruines de la Barbarie et de la Civilisation ('). Respirez et oubliez vos antiques malheurs; livrez-vous à l'allégresse, puisqu'une invention fortunée vous apporte enfin la Boussole sociale^),

(l) [Cet article fui composé pour me conformer aux coulumes, usages de 1808, qui exigeaient dans tout ouvrage une bouffée d'encens pour l'Empereur.]

(«) La Boussole sociale. C'est un nom qui convient éminemment aux Séries progressives, puisque celle opéralion si simple et si facile résout tous les problèmes imaginables sur le bonheur social, et suffit à elle seule pour guider la politique humaine dans le labyrinthe des passions, comme

que vous auriez mille fois découverte, si vous n'étiez tous pétris d'impiété, tous coupables de défiance envers la Providence. Apprenez (et je ne saurais trop vous le répéter) qu'elle a dû avant tout statuer sur V ordonnance du Mécanisme social, puisque c'est la plus noble branche du Mouvement universel dont la direction appartient tout entière à Dieu seul.

Au lieu de reconnaître cette vérité, au lieu de vous appliquer à rechercher quelles peuvent être les vues de Dieu sur l'Ordre social et par quelle voie il peut nous les révéler, vous avez écarté toute thèse qui eût admis l'intervention de Dieu dans les relations humaines; vous avez avili, diffamé V Attraction passionnée, interprète éternel de ses décrets ; vous vous êtes confiés à la direction des philosophes qui veulent ravaler la Divinité au-dessous d'eux, en s'arrogeant sa plus haute fonction, en s'établissant régulateurs du Mouvement social. Pour les couvrir de honte, Dieu a permis que l'Humanité, sous leurs auspices, se baignât dans le sang pendant 23 siècles scientifiques, et qu'elle épuisât la carrière des misères, des inepties et des crimes. Enfin, pour compléter l'opprobre de ces Titans modernes, Dieu a voulu qu'ils fussent abattus par un inventeur étranger aux sciences, et que la Théorie du Mouvement universel échût en partage à un homme presque illitéré('). C'est un sergent de boutique qui va confondre ces bibliothèques politiques et morales, fruit honteux des charlataneries antiques et modernes. Eh ! ce n'est pas la première fois que Dieu se sert de l'humble pour abaisser le superbe, et qu'il fait choix de l'homme le plus obscur pour apporter au monde le plus important message.

l'aiguille aimanlée suffit à elle seule pour guider le navire, dans l'obscurité des tempêtes et l'immensité des mers. (1) Illitéré. Sic.

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