‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 4 sur 98 · DES ÉDITEURS. XJ · texte numérisé non relu

DES ÉDITEURS. XJ

de l'Ordre universel, el qu'en même temps elle soit contraire li la Morale, ce sera tant pis pour la Morale, et il faudra bien que celle-ci s'arrange pour s'en accommoder.

Quand Galilée avança que la Terre tournait autour du Soleil, quand Christophe Colomb soutint qu'elle était ronde et qu'il existait des Antipodes, ce fut un grand scandale dans l'Église. Galilée et Christophe Colomb furent déclarés impies au premier chef. La Sainte Inquisition s'en mêla, le Pape fulmina l'Excommunication, etc. Toute cette pieuse colère était fort imprudente et très ridicule. Il fallait savoir si Galilée et si Colomb avaient tort ou raison ; s'assurer si leurs Théories étaient fondées en Vérité ou basées sur VErreur, et ne point compromettre la Religion en se pressant trop de la faire témoigner contre des idées qui pouvaient devenir et qui sont devenues quelque temps après des Vérités démontrées et qu'on a bien été forcé d'admettre. Nous ajoutons que si une Religion quelconque n'eût pas pu s'accommoder de ces deux Vérités, la sphéricité de la terre et Yimmobiliiè relative du soleil, si ces deux Vérités eussent été positivement et absolument contraires à ses textes et à ses dogmes, c'eût été tant pis pour cette Religion.' C'est ce que personne au monde ne saurait contester.

Fourier soutient que la Nature Humaine n'est pas fatalement mauvaise, que les Passions natives de l'Homme sont susceptibles de produire le Bien comme elles sont susceptibles de produire le Mal ; qu'elles produisent d'autant plus de Mal qu'elles fonctionnent dans un Milieu social moins approprié, moins convenant a la nature humaine ; qu'elles produiront, au contraire, d'autant plus de Bien que le Milieu social se rapprochera davantage de celui pour lequel Dieu les a créées et que Fourier croit avoir découvert...

Or, comme l'assertion de Fourier sur la Nature Humaine,

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sur les Passions natives et sur l'influence bienfaisante du Mécanisme social qu'il propose, se peut vérifier par des expériences très licites, très légitimes, par une opération purement industrielle contre laquelle ni la Loi, ni la Morale, ni la Religion, ni les Gouvernements ne sauraient avoir le plus petit mot a dire, toute la question consiste a faire ces Expériences décisives et a reconnaître, de facto, si l'assertion de Fourier est vraie ou fausse.

Que celte assertion soit contraire a l'opinion actuelle des Moralistes et des Philosophes, cela n'est pas douteux; mais si les applications graduelles du Procédé proposé par Fourier pour placer la Nature Humaine dans les Conditions de Yessor harmonique intégral des Passions natives, prouvent la Vérité de l'assertion ; si les Penchants que Dieu a déposés dans le coeur de l'Homme tournent au Bien naturellement, librement, spontanément dans le Milieu qui leur est approprié, force sera d'admettre l'assertion de Fourier sur la Bonté Native de l'Homme, de reconnaître la Vérité du magnifique Théorème des Attractions proportionnelles aux Destinées, et du Système d'Harmonie Sociale qui en dérive. Alors les Moralistes et les Philosophes modifieront leurs idées sur la Nature Humaine. Leurs théories morales et philosophiques se trouvant en contradiction avec des Faits prouvés, des Vérités positives, démontrées, les Philosophes et les Moralistes laisseront de côté leurs théories morales et philosophiques actuelles pour en prendre d'autres plus conformes à la Vérité : — à cela personne assurément ne verra grand mal.

C'est une chose plus qu'étrange que l'on veuille faire passer pour contraires aux bonnes mœurs des Principes inconditionnels, des Principes qui sont de la nature des Axiomes, celui-ci, par exemple : La perfection de l'État Social est caractérisée par l'Union Absolue de l'Ordre et de la Liberté. Si ce prin-

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cipe est immoral, nous sommes obligés de confesser l'immoralité de la Théorie de Fourier dont il est l'âme.

Convaincu que Dieu ne pouvait pas avoir imposé fatalement et a jamais la perpétration du Mal a sa créature, Fourier s'est proposé de découvrir des Conditions sociales telles que l'Homme, libre de faire le Mal, ne fît jamais le Mal, n'ayant plus dans ces conditions le moindre intérêt a mal faire. Après des travaux immenses, Fourier est arrivé à déterminer et a décrire un État social conforme aux Lois de l'Ordre universel, et dans lequel il est évident que l'individu n'a plus d'intérêt à nuire a son semblable, et doit naturellement employer toutes ses facultés, toute l'énergie de ses Passions natives au service de la Société. Fourier a proclamé la découverte des Conditions d'Union de l'Ordre et de la Liberté, il a fait connaître son Principe et son Système, il en a demandé la Vérification par l'Expérience : voila ses crimes !

H se pourrait donc, et Fourier le soutient, que l'Homme ne fût pas, comme l'ont professé depuis trois ou quatre mille ans les Philosophes et les Moralistes, une méchante créature, un être naturellement pervers, aimant le Mal pour le Mal, éternellement destiné à mal faire! Il se pourrait que les Passions que nous tenons de la Nature, qui sont les Lois de notre F.tre, les manifestations de la Pensée divine et créatrice, nous eussent été données avec intelligence et dans un but d'Harmonie! Il se pourrait qu'il existât un État Social au sein duquel il fûtnaturela chacun de se conduire loyalement, honorablement ; qui accordât l'intérêt individuel avec l'intérêt général ; dans lequel la Prison, le Bourreau ne fussent plus des Nécessités de chaque jour, et où les sermoneuses et impuissantes élucubralions des Moralistes ne trouvassent pas même de prétexte pour se produire! De pareilles espérances, de pareilles hypothèses ne sont-elles pas véritablement monstrueuses, im-

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morales, impies? N'est-il pas criminel de penser que tous les efforts des Moralistes pour comprimer, réprimer et supprimer les Passions ayant été impuissants, il peut être sage de chercher enfin s'il n'y aurait pas des moyens d'utiliser, de diriger, d'employer socialement ces Passions, de les mettre elles-mêmes dans l'intérêt de l'Ordre, dans le parti du Bien ? Voila, certes, une Doctrine bien scandaleuse et des idées faites pour soulever à bon droit l'indignation de tous les Amis de la Vertu! Une Doctrine qui soutient que le meilleur moyen de généraliser la Vertu c'est de la rendre attrayante ! et qui croit avoir résolu ce Problème ! ! et qui demande qu'on vérifie la Solution qu'elle présente I !! Mais une pareille Doctrine est Yabomination de la désolation, et il faut se hâter d'appeler sur elle et sur ceux qui la professent le mépris public, la réprobation universelle...

Nous aurions bien des réponses a faire a ces déclamations, mais nous pouvons nous borner a une seule : c'est que ceux qui déclarent la Doctrine de Fourier une monstrueuse Erreur et qui en combattent la propagation avec une ardeur si sainte, ceux-là n'ont rien de mieux à faire que d'en provoquer la Vérification par l'Expérience. A quoi bon tant de paroles contre la Doctrine de Fourier? Voulons-nous l'imposer bon gré, mal gré, à la Société, cette Doctrine? Fourier lui-même a-t-il prétendu l'imposer? Que demandait-il? que demandons-nous? Nous demandons la chose même que doivent demander à grands cris nos Adversaires : nous demandons les Expériences qui mettront la Doctrine de Fourier a néant, si cette Doctrine est une erreur.

Quand même la Doctrine des Antipodes eût été une erreur et une impiété, l'Excommunication n'en fût pas moins demeurée un très mauvais moyen pour la détruire : le seul moyen raisonnable était de donner au Partisan de cette erreur

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