GRADATION ET DEGRADATION
Les deux phases de Vibration ascendante opèrent la diminution des Servitudes personnelles ou directes.
Les deux phases de Vibration descendante opèrent l'accroissement des Servitudes collectives ou indirectes.
L'Apogée est l'époque où la Civilisation donnerait un développement complet à ses seize caractères et prendrait les formes les moins viles; je ne dirai pas les plus nobles, puisque cette Société est toujours odieuse et ne varie dans ses quatre phases que par les nuances de la perfidie et de l'iniquité, toujours dominantes.
On voit dans ce tableau une contradiction apparente : c'est que la Civilisation tombe en déclin par la naissance de l'Art nautique, qui est pourtant l'âme des progrès sociaux. Voyez le sens du mot déclin, page 133, où j'explique comment la Période sociale peut décliner par les progrès des facultés sociales.
Sous le nom tfArt nautique j'entends la grande navigation qui peut s'étendre à parcourir et régir le globe. Cet art, qui est le plus beau trophée de l'esprit humain, n'est pas convenable à la Civilisation, mais seulement à la 6e Période et aux suivantes. Si la société civilisée s'élève à un tel degré de science, c'est pour son malheur ; elle embrasse plus qu'elle ne peut porter. En effet, l'Art nautique produit parmi nous le Monopole insulaire et autres calamités qui ne pourraient pas avoir lieu en 6e Période; dès lors cet excès de connaissances nous devient funeste, comme la nourriture la plus saine peut nuire à la santé de celui qui en prend outre mesure. Or, le terme assigné aux facultés civilisées, c'est la petite Navigation; il eût fallu passer en 6e Période avant d'organiser la grande Navigation, car elle engendre parmi nous une multitude d'orages sociaux d'où naissent les 3e et 4e phases, le déclin et la caducité de la Période.
Chacune des quatre phases de Civilisation a son terme de plénitude ou apogée, comme la Période entière a le sien. Il est évident que la 3e phase est au [delà du] plein, puisque nous voyons régner exclusivement le Monopole insulaire et toutes les calamités comme banqueroute, agiotage, accaparement, etc., qu'engendre la Politique mercantile.
Xota. Ce tableau abrégé de Mouvement progressif n'a aucun rapport
avec le Mouvement mécanique, qui représenterait le système de la contremarche passionnée en ordre composé, les seize manœuvres de caractères ou développements de passions en ordre inverse. Il indiquerait leurs points de rencontre et de déchirement méthodique, par collision, conflit et divergence; puis la diffraction des sept primitives et leur formation en Séries récurrentes; enfin la grande bataille rangée des Passions. Je dis grande bataille; car, quoique les Passions se déchirent constamment dans les cinq Sociétés à ménages isolés, cependant leur choc présente en Civilisation des manœuvres plus compliquées et plus curieuses que dans aucune autre Période. Aussi !e Mécanisme civilisé est-il la plus belle horreur politique qu'il y ait dans l'univers, car c'est un renversement complet de l'Ordre combiné, qui est la plus savante combinaison de Dieu.
Remarquons que, dans les trois phases de Civilisation déjà parcourues , la Philosophie ne coopéra jamais aux progrès sociaux dont elle s'arroge le médiocre honneur ; elle fut toujours passive à l'égard du Mouvement social ; j'en ai déjà donné quelques indices que je rassemble.
lre Phase. Elle est engendrée par les concessions des Droits civils à l'épouse. C'est de quoi les anciens philosophes, tels que Confucius, et ceux de l'Egypte ou de l'Inde, ne s'inquiétèrent jamais; ils ne manifestèrent pas même l'intention d'améliorer le sort des femmes. Les dames anciennes avaient encore moins de liberté que les nôtres ; elles ne partageaient point les divers droits amoureux, comme celui de répudiation, et les moralistes étaient indifférents, comme aujourd'hui, à leur bien-être.
2e Phase. La Civilisation y entra par l'adoucissement de l'Esclavage. On a vu que cette amélioration fut l'effet de la Féodalité nobiliaire, qui fournit aux cultivateurs des moyens d'affranchissement collectif et progressif. En attachant les serfs à la glèbe et non à l'individu, elle fait tourner à leur avantage les faiblesses de chaque seigneur ; et la communauté pouvant obtenir telle concession de l'avarice du père, telle autre de la bienfaisance du fils, s'élève pas à pas à la liberté. C'est un procédé dont les anciens philosophes n'avaient encore aucune idée.
3e Phase. El!e s'est développée par l'influence de la Politique commerciale, née des monopoles coloniaux. Cette influence n'avait point été prévue par les philosophes, et ils n'ont inventé aucun moyen de la balancer, ni même de l'attaquer dans sa branche la plus vexaloire, qui est le Monopole insulaire. Ils ne se. sont entre-
INTERMEDE. 221
mis dans la Politique commerciale que pour en prôner les vices au lieu de les combattre, ainsi que je le démontrerai plus loin.
4e Phase. La Civilisation y tendait par l'influence des Maîtrises en nombre fixe, qui, à l'abri d'un privilège, excluent les prétendants les mieux fondés et ferment l'accès conditionnel au travail. De telles compagnies recèlent le germe d'une vaste Coalition féodale, qui envahirait bientôt tout le système industriel et financier, et donnerait naissance à la Féodalité commerciale. C'est ce que les philosophes étaient loin de prévoir ; et tandis qu'ils sont tout infatués de l'Esprit mercantile, dont ils ont si peu prévu l'influence, déjà se préparent des événements qui changeraient cette Politique et nous feraient dégrader en 4e phase de Civilisation.
Mais ces sophistes ne s'attachent pas à prévoir les orages futurs ; ils ne voient le Mouvement social qu'en sens rétrograde et ne s'occupent que du passé et du présent. Aujourd'hui que l'Esprit mercantile est dominant, ils décideront, selon leur usage, que l'état actuel des choses est le perfectionnement de la raison. Us se borneront à pérorer sur ce qu'ils voient, sans présumer que l'Ordre civilisé puisse prendre de nouvelles formes.
Et lorsque la Civilisation arriverait dans la suite à sa 4« phase, lorsque la Féodalité commerciale serait pleinement établie, on verrait les philosophes intervenir après coup pour former à ce sujet une nouvelle coterie de controverse; on les verrait prôner les vices de 4e phase et vendre des torrents de volumes sur ce nouvel Ordre, dans lequel ils placeraient encore le perfectionnement de la perfectibilité , comme ils le placent aujourd'hui dans l'Esprit mercantile.