PREMIÈRE PARTIE. NOTICE III
monde , qu'elle tendra toujours aux richesses et non à la pauvreté, aux groupes et non à l'incohérence, il devient évident par cette immutabilité de l'Attraction , que toute science relative à ses développements et propriétés , serait une science fixe ; que tout système social qui en résulterait, serait un code fixe dicté par Dieu, et interprété par révélation permanente de Dieu , puisque l'Attraction n'est jamais ni muette, ni incertaine. Quel appât à rechercher ce code, qui, une fois déterminé, deviendrait boussole fixe en politique sociale , et donnerait congé à nos inconciliables systèmes !
Si l'Attraction n'est pas destinée à nous fournir celte boussole , quel but , quel emploi le Créateur lui a-t-il donc assigné? Elle ne sert jusqu'ici qu'à nous égarer, nous pousser aux excès , aux fureurs sociales ; elle semble un ennemi dont Dieu nous aurait entourés, un traître qui vient, sous des dehors flatteurs , s'emparer de notre confiance pour nous leurrer et nous perdre. Est-ce donc Dieu qui veut nous trahir, car c'est lui qui nous fait assiéger par elle?
Des Sophistes croient expliquer le problème, en disant que Dieu nous donne la raison pour résister. C'est précisément ce qu'il ne nous donne pas : la raison qu'on veut opposer à l'Attraction , est impuissante même chez les distributeurs de raison ; elle est toujours nulle quand il s'agit de réprimer nos penchants. Les enfants ne sont contenus que par la crainte; les jeunes gens, par le manque d'argent; le peuple , par l'appareil des supplices; le vieillard, par des calculs cauteleux qui absorbent les passions fougueuses du jeune âge : mais personne ne sera contenu par une raison qui, sans user de contrainte, viendrait heurter de front ses penchants.
La raison est donc de nulle influence; et plus on observe l'homme, plus on voit qu'il est tout à l'Attraction; qu'il n'écoule la raison qu'autant qu'elle enseigne à raffiner les plaisirs et mieux satisfaire l'Attraction. De là il est évident que Dieu, en nous asservissant à celte interprèle, à ce guide qu'on nomme Attraction, a dû lui réserver quelqu'emploi adapté aux vues d'Unité et de justice qui sont attributs du Créateur : il a dû, pour utiliser l'Attraction, nous donner un code qui pût en permettre l'essor. Cette opinion est la seule qui puisse cadrer avec les propriétés de Dieu (243).
D'après cette masse d'indices qui nous excitaient à étudier l'Attraction et déterminer le mécanisme qu'elle tend à former, quelle est l'étourderie des nations policées qui ont différé si longtemps celte élude , el quelle serait la perversité de ceux qui chercheraient à entraver l'épreuve du lien sociétaire dont nous découvrons enfin les lois dans le calcul de celte Attraction si longtemps négligé!
2^. Economie de mécanisme dans un ressort cumulant les facultés d'interprétation et d'impulsion; ressort apte à révéler et stimuler à la fois.
Quelle idée se forme-t-on de celte économie de Dieu sur laquelle on déraisonne sans cesse ? Croit-on que lorsqu'il se présente un moyen de faire double service par un seul agent, Dieu veuille préférer à cette économie le procédé coercilif qui causerait double déperdition? C'est ce qui arriverait , s'il choisissait pour interprète la raison sans Attraction : il serait obligé, selon le mode civilisé et barbare , de mettre en jeu
Des interprètes improductifs El des disciples rétifs.
Nous avons , dans l'état actuel , beaucoup de soi-disant
interprètes de la sagesse et de la raison, appuyés d'une grande armée improductive sans laquelle aucun peuple n'entendrait aux leçons de la sagesse, ni ne consentirait à payer l'impôt. Toute celte masse de régisseurs actuels est improductive ; elle produirait beaucoup en association, où le travail fait les délices des rois comme des peuples , où l'état d'opulence et de paix générale dispense d'armées coercitives , préserve le peuple de l'ennui et de la j.auvreté attachée au travail morcelé, et fait, des plaisirs mêmes, naître les bénéfices.
L'effet contraire a lieu si l'Attraction cesse d'intervenir. Les pauvres refusent de travailler, ou ne le font qu'avec dégoût et lenteur; les grands sont réduits à se liguer et enrôler des affamés pour forcer le peuple à un travail ingrat : de là naissent les légions d'improductifs dont je donnerai ailleurs le tableau, et qui comprennent, le croirait-on ! LES DIEUX TIERS de la population civilisée, puisqu'on pourrait, en Association, obtenir le même produit avec un tiers de cette population , en distribuant ses travaux par Séries passionnelles.
Nos théories qui attribuent à Dieu la faculté de suprême économe , se montrent vides de sens et dérisoires , quand elles supposent que Dieu spécule sur ce régime coercitif d'où naît une si énorme déperdition. Il lui est si facile d'adopter le régime attrayant d'où naîtraient toutes les économies, toutes les richesses : déjà il emploie visiblement ce régime dans la direction des astres et de divers animaux industrieux; peut-on présumer qu'il veuille nous en exclure?
Mais comment la Philosophie nous donnerait-elle des notions régulières sur le système économique de Dieu , elle qui, en voulant s'immiscer dans le régime économique
de radminislralion, est parvenue avec ses perfectibilités à augmenter si rapidement et si monstrueusement les impôts, que bientôt il faudrait dépenser la moitié du produit à faire administrer l'autre moitié ?
Telles sont les prouesses d'une science qui nous promet de simplifier les ressorts administratifs : et si on admet que Dieu ait le pouvoir de faire le bien promis par nos charlatans; si, au lieu de compliquer comme eux le mécanisme au suprême degré , il veut le simplifier , n'en posséde-t-il pas l'unique moyen dans l'Attraction dont il est seul distributeur? Ne doit-on pas présumer qu'il a pris des mesures pour utiliser cette Attraction, et ne doiton pas en faire l'étude pour découvrir les emplois sociaux auxquels Dieu la réserve?
3°. Concert spontané du Créateur avec la Créature, ou conciliation du libre arbitre de l'homme obéissant par plaisir, avec l'autorité de Dieu commandant le plaisir.
Ce n'est qu'à l'Attraction qu'on pourra devoir ces doubles merveilles : où trouvera-t-on un ressort qui garantisse aussi parfaitement les libertés respectives du maître et du sujet , et qui fasse naître l'amour de l'obéissance même , d'où l'on ne voit naître dans l'ordre actuel, que la haine du sujet pour le maître? Aussi est-on obligé d'ordonner aux civilisés la crainte de Dieu, pour les amener par suite à craindre l'autorité qui exige l'impôt. Si , au lieu de cet ordre qui ne repose que sur la terreur et les haines , on en découvrait un où le peuple, selon les vœux du moraliste Saint-Lambert (0, aimât à payer les
(i) Quelqu'un lisant l'épreuve de celte feuille, m'observait que Saint-Lambert n'était plus cite' en morale; j'ai repondu : Celui qui est cité aujourd'hui ne le sera plus demain , puisque les systèmes