‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 105 sur 298 · PREMIÈRE PARTIE. NOTICE III · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. NOTICE III

impôts, et tressaillit de joie en voyant entrer le percepteur, les philosophes n'admireraient-ils pas le ressort qui aurait produit cet effet, si impossible à obtenir de leurs théories? Ce problème n'en est pas un pour l'Être suprême qui dispose de l'Attraction. En effet, si Dieu peut donner attraction pour le travail sociétaire d'où naissent d'immenses bénéfices, il aura déjà tari la source du dégoût qu'on éprouve à payer l'impôt; dégoût qui naît principalement du défaut de richesse. Tout canton sociétaire étant très-riche , et distrayant l'impôt avant d'avoir distribué les dividendes à chaque série , peu importe au

philosophiques, devenus objet de spe'culation mercantile, doivent se succéder rapidement ;?0!<r le bien du commerce. Il a besoin de mettre en crc'dilà chaque saison un nouveau système de morale, de politique, d'économisme et d'idéologie, comme aussi de nouveaux colifichets et nouveaux chiffons : ceux d'aujourd'hui ne valent pas mieux que ceux de la veille, puisque demain un nouveau chiffon littéraire ou modiste éclipsera celui d'aujourd'hui. Dès lors, Saint-Lambert, chiffon moral passé de mode, vaut les chiffons moraux de 1821.

I! a eu son règne comme tout autre. En 1799, le ministre François de Neufchàteau fît afficher dans toutes les écoles de France 23 préceptes ou devoirs envers la pairie, extraits du Catéchisme universel de Saint-Lambert. C'est une collection si plaisante et si curieuse, que j'en donnerai par forme de récréation une analyse dans quelque intermède : je n'en cite, pour échantillon, que le 15*. et sublime devoir, payes les impots avec joie.

Lorsqu'on voit des doctrines de cette force passer de mode , après une vogue si bien constatée, croit-on se justifier en disant, un tel n'est plus cité, plus en crédit ? Croit-on que celui qui le supplante vaille mieux ? Donnez-moi les préceptes du moraliste dominant en 1821, et je me fais fort d'y trouver, comme dans ceux de Saint-Lambert, autant de balourdises que de maximes. (Note de la i^'- édition, i8a2. )

peuple qu'on paie l'impôt; rien ne sort de la bourse de l'individu, il ne voit pas môme de percepteur. La lettre du ministre où on avise des répartitions de contingents, ne concerne que le bureau de la régence cbargée de la comptabilité du canton. La masse du peuple ne songe pas au paiement : la voilà déjà arrivée à l'indifférence en matière d'impôt; comment l'amener à h joie de payer, joie si peu connue en Civilisation, surtout chez le paysan qui voit entrer un garnisaire.

Celte joie de payer est connue parfois de chacun, quand il reçoit un objet longtemps désiré.

Un littérateur qui reçoit un livre nouveau, attendu avec impatience;

Un agronome qui reçoit des végétaux exotiques dont il est dépourvu ;

Un marchand qui reçoit des étoffes attendues , sur lesquelles il espère gagner beaucoup ;

Une femme qui reçoit des parures nouvelles , à la veille d'un bal où ces colifichets la feront briller.

Tous ces individus ne craignent point de payer les frais d'achat et de route; ils sont au contraire bien satisfaits, quand l'objet leur parvient à bon port, et tel qu'ils l'ont désiré : dans ce cas ils paient avec joie , ils croient leur argent très-bien employé, et remercient le correspondant qui les a bien servis.

11 s'agit d'établir pareille gratitude en relations fiscales; convaincre la masse que les impôts sont bien employés, qu'elle ne ferait aucune dépense plus profitable. Il faut fonder cette conviction sur des réalités et non sur des phrases.

Usons d'une comparaison : tel canton situé sur les bords du Rhin désire ardemment un pont : il ne refuse

pas d'en payer sa quote-part; ii la fournira avec Joie, pourvu que le pont soit Lien construit : ce sera donc pour lui un jour de fête que celui où arrivera le budget du pont désiré. Ce canton sait que, dans les relations par Séries passionnelles, on ne peut pas grivcler une obole; il croit donc sa dépense utile , judicieuse ; il se réjouit d'avoir pu la faire.

Il en est ainsi de tous les impôts de l'étal sociétaire , même de celui de liste civile payée aux souverains de tous les degrés, depuis l'Unarque, ou baron titulaire d'un canton, jusqu'à l'Omniarque, i5<^. degré qui est hypermonarque du globe.

Les relations sociétaires sont disposées de telle manière que chacun trouve son agrément individuel dans les fonctions de ces nombreux dignitaires, aujourd'hui si onéreux pour les producteurs. La masse des peuples en Harmonie veut le faste de tous ces souverains; il devient branche de ses plaisirs et soutien de ses intérêts, ainsi qu'on le verra au traité des Séries passionnelles. Sous un tel régime , il ne sera pas besoin de faire craindre les rois , parce qu'ils seront aimés; ni d'ordonner la crainte de Dieu, parce qu'il sera aimé et loué sans relâche , pour avoir inventé un système social si fortuné, si bien assorti au vœu des passions collectives et individuelles, à leur concert et leur libre essor.

Je n'ai jamais lu une page des controverses relatives au libre arbitre , et j'ai vainement cherché ce mot dans l'Encyclopédie, aux lettres L et A. Je désirais voir comment nos sophistes prétendent nous prouver que l'homme soit libre, quand il ne peut pas obéir aux impulsions qui viennent de Dieu , quand il n'a pas la faculté accordée à tout animal d'obéir à l'Attraction. J'ignore comment ils

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s'y prennent pour persuader que le sort du civilisé ou barbare soit égal à celui de l'animal , qui a le droit de prendre sa subsistance où il la trouve (i).

Le problème à résoudre, en fait de libre arbitre, est de réunir d'inlenlion les administrateurs et les administrés : cet effet ne peut avoir lieu que sous un code généralement attrayant. Lorsque les peuples auront une sincère affection pour les souverains sous qui on jouira du bonheur individuel, ils auront par suite affection pour Dieu, auteur de ce bel ordre, et tout sera lié dans le système social, mais lié passionnément, sans aucune contrainte. Alors existera la garantie du libre arbitre.

Quant à présent, peut-on penser qu'il existe chez les nations industrieuses? Non, puisque les peuples libres ou sauvages refusent l'industrie , et que chez les nations agricoles on voit éclater la révolte, du moment où la contrainte cesse.

Nos sociétés industrielles connues sont donc un état d'oppression pour Dieu et pour l'Homme ; oppression pour Dieu qui nous stimule par l'Attraction toujours comprimée ; oppression pour l'Homme qui a l'intention et

(i) Sans doute ils se retrancheront dans de pompeux verbiages sur les convenances de civilisation perfectible, et sur les devoirs de l'individu envers la masse qui ne s'engage a rien envers lui , puisqu'elle ne lui garantit ni travail , ni subsistance : or, comment l'individu est-il oblige envers une masse qui, après l'avoir de'pouille des sept droits naturels ( 164), ne lui garantit aucun minimum en indemnité ? Sous cet inique système, faut-il s'e'tonner que les maîtres soient réduits a prêcher la crainte de Dieu et du Prince, et que les sujets, à part le 8°. de privilegie's et copartagcants , n'aient aucun amour ni pour Dieu , ni pour le Prince ?

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