SUBIISME CO:VIPOSE COlKVEBCiEIVT
Cctic 9". fait partie de la 2'. Phase.
Dans les 4 périodes 1, 7, 8, î>, qui sont organisées en séries passionnelles unitaires, la justice et la vérité dominent, parce qu'elles conduisent à la fortune et à la considération, tandis que le mensonge n'y conduirait qu'à la ruine et au déshonneur.
Par contre, le mensonge et l'injustice doivent régner dans les périodes numérotées 2, 3, 4, 5, oii ces vices conduisent à la fortune et à la considération ; c'est un effet inévitable du morcellement industriel ou exercice par familles non associées. Quant à la vérité, elle n'est lucrative et protégée que dans l'état sociétaire, dans les périodes organisées en séries passionnelles unitaires.
Des neuf périodes indiquées dans ce tableau, quatre seulement nous sont connues : ce sont les quatre mensongères nommées, 2, sauvagerie; 3, palriarchat; 4, barbarie; 5, civilisation.
Je les désigne sous le nom de tymbes obscures, parce qu'elles sont autant de lymbes, autant de labyrinthes pour le génie social. Pendant la durée de ces sociétés, il est réduit à des rêves impraticables sur les divers objets de ses vœux ,
Richesse proportionnelle.
Bonheur individuel , Règne de la justice ,
X Unité d'action.
Aussi n'est-il parvenu qu'à établir, La Pauvreté relative; L'Inquiétude personnelle ; Le Règne de tous les vices;
X La Duplicité d'action.
Le seul chapitre des duplicités d'action nous fournira une immense litanie, dont l'article le plus saillant est !a contrariété de l'intérêt individuel avec l'intérêt collectif, et l'insouciance de chacun pour les opérations d'intérêt général, comme la conservation des forêts.
Pourquoi la période sauvage est-elle , quoique sans industrie, au rang de lymbe ambiguë, et plus rapprochée de la destinée que les trois lymbes industrieuses, 3, 4, S ? Ce débat mènerait trop loin; ne compliquons pas la théorie dans un début, et classons la société sauvage au nombre des lymbes obscures.
Dans ce tableau de la première phase, j'ai intercalé sept périodes mixtes ou échelons bâtards et intermédiaires, placés à tous les intervalles; il suffit de ces sept
pour exercer un lecteur à classer les mixtes : par exemple, il est connu que la société chinoise réunit par égales doses les caractères de barbarie et de civilisation ; elle a des sérails comme les barbares , des tribunaux de judicature et d'étiquette, comme les civilisés; elle est donc un mixte à classer entre les échelons 4 et 5, dont elle participe assez également.
L'ordre mixte est répandu dans tout le système de la nature ; il existe en mouvement social comme en mouvement matériel. Les périodes mixtes sont aux autres échelons ce qu'est le polype aux deux règnes animal et végétal, ce qu'est la chauve-souris aux deux ordres de quadrupèdes et d'oiseaux dont elle forme le lien. Nous reviendrons sur ces mixtes sociaux qu'il n'est pas encore temps de définir.
Fixons-nous à l'objet principal, â la distinction des échelons ou périodes en sociétaires et insociétaires, dont il faut remarquer le contraste principal , savoir :
Que les sociétaires numérotés 1, 7, 8, 9, ont la propriété de rendre la vertu , la justice et la vérité , plus lucratives que le vice, l'injustice et le mensonge; et par suite, faire préférer la vertu au vice, passionner les hommes pour la pratique de la justice et de la vérité.
Que les périodes ïnsoctV<a{res numérotées 2, 3, 4, 5, allouent le bénéfice et les honneurs au vice fardé des couleurs de la vertu , et par suite entraînent l'immense majorité à la pratique de l'injustice et de la fourberie. Elles sont donc pour le génie des lymbes obscures, où il est privé de la lumière sociale, ignorant l'opération d'où naîtraient la richesse, le bonheur, la vérité et l'unité.
Le parallèle de ces huit sociétés, dont quatre heureuses et quatre malheureuses, donne lieu à poser le
56 iNTRODCCTiorr.
principe de dualité d'essor dans le système du mouvement. Distinguons-y l'essor harmonique ou heureux et vrai, distribué par séries, el l'essor subversif ou malheureux et faux, distribué par familles.
Sur ce problème, l'instinct avait mieux guidé les anciens, que la raison n'a servi les modernes. Ceux-ci n'ont tenu aucun compte de la dualité d'essor.
Les anciens admettaient deux principes dans l'Univers, le bon et le mauvais, nommés Orobaze el Arimane. Ils étendirent cette idée au mouvement social où ils introduisirent des démons concurremment avec les dieux. En donnant un peu d'extension à cette idée, on aurait dû l'appliquer aux périodes sociales , et les distinguer en divines et en démoniaques. On en aurait conclu, que notre globe se trouvait dans les périodes infernales régies par le mauvais principe ; car on voit sur notre globe tous les effets que pourrait y produire l'influence des esprits infernaux : l'état social n'offre à nos regards qu'indigence, fourberie,, violence, carnage, et tous les résultats qui peuvent nous faire douter de l'intervention de la Providence , nous amener à conclure que le mouvement social est dans la phase régie par le mauvais principe, et qu'il faut s'évertuera découvrir d'autres sociétés où puissent dominer le bon principe et ses effets, tels que richesse, vérité, liberté, paix générale.
Nous voyons ces deux sortes d'effets dans le monde sidéral, où le principe subversif règne parmi les astres incohérents nommés comètes, et où le principe d'harmonie règne parmi les astres sociétaires nommés pla-nètes. S'il y a unité dans le système de l'Univers, ce contraste d'essor, cette dualité doit régner également dans le monde social =
Il ne fallait pas grand effort de génie pour soupçonner une analogie du mouvement social avec le sidéral, et conclure que les sociétés humaines pouvant être sujettes à ce double essor, on devait chercher à sortir des quatre sociétés malheureuses et fausses, dites Sauvage, Patriarcale, Barbare, Civilisée, et procéder à l'invention des sociétés heureuses que j'ai désignées sous les numéros 1,7, 8,9: la ire., Eden , ne peut plus renaître, elle a été de courte durée.
La 6^, période indiquée au tableau sous ks noms de Garantisme, Demi-Association , Lymbe-Ambiguë , n'a été ni organisée , ni découverte, mais très-activement cherchée. Elle présenterait un amalgame assez régulier de vice et de vertu. Elle est l'objet des rêves de la philosophie, qui dans ses utopies ne raisonne que de garantie, contrepoids, balance, équilibre. Pour s'élever à ce degré de bien, à ce demi-règne de la vérité, il eût fallu inventer la période 6, plus élevée en échelle que la civilisation, qui n'est pas compatible avec les garanties régulières : aussi toutes celles qu'on tente d'y établir, sont-elles constamment éludées et illusoires.
Le fruit à tirer de ce tableau, dont je recommande l'étude, c'est de se souvenir que les périodes lymbiques, les échelons sociaux 2, o, 4, 5, où le procédé d'Association est inconnu, et où le travail est géré en mode incohérent et morcelé, sont quatre égouts de vices, quatre boîtes de Pandore, d'où se répandent sur la terre toutes les calamités : pauvreté, inquiétude, fourberie, duplicité, etc.
Lorsqu'on voit ces fléaux naître à la place des biens promis par la science, et s'envenimer par les antidotes qu'on y oppose , n'est-il pas évident que l'esprit humain s'est fourvoyé, et que les voies du bien so.ial restent à
découvrir? Pourquoi la philosophie se refuse-t-elle à l'aveu de ces errements que dénonce l'expérience? Les autres sciences n'ont pas cet orgueil. On convient en médecine qu'il y a insuffisance de l'art quand une maladie, comme la goutte, l'hydrophobie ou l'épilepsie, est rebelle à tous les traitements connus. Dans ce cas, la médecine avoue franchement qu'elle est en arrière d'invention, et que l'antidote reste à découvrir.
La politique est bien plus en défaut de génie ; l'art de ses coryphées ne sert qu'à nous rendre plus fourbes , plus malheureux, qu'à désoler les empires par des commotions violentes, les baigner dans le sang et le crime , en leur promettant la douce fraternité : toute nation qui appelle à son secours ces régénérateurs, en vient bientôt à souhaiter de ne les avoir jamais connus.
Il est donc évident que la médecine sociale , dite philosophie , est souvent un remède pire que le mal , quelque louables que soient ses intentions. Elle échoue sur tous les points , parce qu'elle a manqué les voies de découvertes en mécanique sociétaire.
Signalons ici une contradiction qui n'a point été remarquée : d'une part, le préjugé nous habitue à négliger toute recherche sur l'Association, sous prétexte que ça serait trop beau; et d'autre part le mal-6tre nous fait invoquer pièce à pièce les divers bienfaits qui naîtraient du lien sociétaire. Nos désirs en ce genre peuvent se réduire à quatre , déjà énoncés et qui comprennent tous les autres, ce sont :
Richesse proportionnelle.
Bonheur individuel, Règne de la justice,
X Unité d'actioR.
J'emploie ici l'expression de bonheur individuel, d'où naît le bonheur général qui ne peut se fonder que sur le contentement de chaque individu. Tant que cette condition n'est pas remplie, il n'existe point de bonheur général.
Tous les vœux de la politique, de la morale et de l'économisme, sont renfermés dans ces quatre lignes, qui indiquent les résultats généraux de l'Association; or, demander chacun des effets, n'est-ce pas désirer la cause qui seule peut les produire, et qui n'est autre que le lien sociétaire dont on n'a jamais songé à déterminer le procédé?
La politique moderne, qui se flatte de répandre sur nous les quatre bienfaits, richesse, bonheur, justice, unité, nous accable de tous les fléaux opposés.
i<*. Elle promet d'enrichir les gouvernements et les particuliers; il arrive au contraire que tous les souverains s'obèrent de plus en plus, et que les particuliers, gênés par le progrès du luxe, trouvent partout leur fortune trop modique, même dans la classe qui surabontle de biens; tandis que la nombreuse caste des salariés n'a pas m^me le nécessaire ou minimum , et se voit d'autant plus sujette à manquer de travail , que l'industrie manufacturière et mécanique fait plus de progrès.
J'ai déjà observé (16) que la société civilisée et barbare ne peut pas garantir aux salariés ce nécessaire , parce que le travail étant répugnant hors de l'Association par séries unitaires, le peuple s'adonnerait à l'oisiveté dès qu'il serait assuré d'un minimum. On ne peut le lui fournir que dans l'état sociétaire où règne XaUraction industrielle, et où la régence du canton peut sans danger avancer au pauvre les 2/3 de ce qu'il gagnera en se
livrant à ses plaisirs; c'esl-à-dire aa travail devenu attrayant et métamorphosé en plaisir. Hors de cet état, la répugnance des salariés pour l'industrie va croissant, parce que leur pauvreté est relativement plus grande qu'aux époques où le luxe était moindre; aussi n'est-il pas de misère plus effrayante que celle du peuple anglais, qui tient pourtant le premier rang dans l'industrie.
On voit par là que notre politique opère à contre-sens de son premier souhait, qui est la richesse proportionnelle ; et que ses progrès en industrie sont un cercle vicieux , comme tant d'autres perfections dont elle fait trophée, mais qui examinées sévèrement , jugées d'aprèi les résultats , ne sont que des illusions systématiques.
2°. La politique se dalle de conduire les nations au honheur , elle n'a pas même su le définir : comment nous procurerait-elle un bien qu'elle ne connaît pas? 11 existait à Rome, au temps de Varron, 278 opinions contradictoires sur le vrai bonheur, on en compterait aujourd'hui bien davantage dans Paris ou Londres.
Pour expliquer !e problème, il faut s'en rapporter à la majorité des voles. Pvous voyons tous les gens riches s'adonner à la vie oisive , aux fêtes , aux débauches , ou bien n'exercer en industrie que des fonctions faciles, honorifiques, lucratives. Nous voyons d'autre part, que la bourgeoisie et le peuple formant l'immense majorité, voudraient mener cette vie oisive et voluptueuse des riches , intervenir comme eux dans l'administration. 11 est évident que chacun voit le bonheur dans l'oisiveté ou dans les fonctions qu'envahit la classe riche.
11 faudrait donc pour élever tout le peuple au bonheur, transformer en plaisirs, en fonctions attrayantes, les Iravaux auxquels est condamnée la multitude salariée.
INTRODUCTION. 4i
Tel sera l'effet de l'AssoGialion par séries unitaires: elle sera gage de bonheur pour le peuple , en lui faisant trouver des voies d'enrichissement dans^les plaisirs mêmes, c'esl-à-dire dans les travaux agricoles et manufacturiers qu'elle rendra aussi attrayants que les plaisirs connus, et qui, dans cet ordre, deviendront séduisants au point d'amorcer môme les princes , à plus forte raison le peuple. On en verra les preuves dans ce traité.
3**. La morale voudrait faire régner la vertu, les bonnes mœurs, la pratique de la justice et de la vérité : rien de plus louable que celte intention; mais où sont les moyens d'exécution? Il n'en existe point dans l'état civilisé et barbare : les vertus y sont nécessairement aviHes, parce que la vérité y est moins lucrative que le mensonge. On ne peut espérer le régne de la vertu, de la justice et de la vérité , que dans un mécanisme social qui les rendra plus lucratives que le vice , l'iniquité , la fausseté. Cet effet n'a lieu que dans l'état sociétaire qui comprend le& quatre périodes 1 , 7 , &, 9 du tableau précédent.
Pour atteindre à ces divers biens, on a cru que le génie devait se mettre en frais de codes et de systèmes : au lieu de ces leviers parasites, il sufiSra d'une seule méthode : Produire par séries unitaires, \ Consommer par séries unitaires, l définies pag. 19., Distribuer par séries unitaires, )
Là se borne tout le grimoire du mécanisme d'Association , sa théorie ne saurait être plus simplifiée : un seul procédé, attrayant dans tous ses détails, dans tous ses emplois , et appliqué aux trois fonctions industrielles qui soiii , production , consommation, distribution. Tout est restreint à ce levier , et l'on n'aura autre chose à étudier que la formation et le développement des séries unitaires.
^2 iNTRODUCTIOîf.
Si celte opération est exclusivement le gage de succès en Association, j'ai dû condamner toutes les méthodes adoptées jusqu'à présent dans les essais sociétaires des Spartiates, Hcrnules, Paraguais, etc. Il nous reste à classer ces méthodes, indiquer quel rang elles tiendraient dans le tableau donné.
La Civilisation y forme le cinquième échelon. Les procédés d'industrie collective qu'elle peut essayer, ne sont louables qu'autant qu'ils se rapprochent des échelons G et 7.
On ne découvre point cette propriété dans les réunions de Spartiates, Hernutes, Croates, Paraguais; non plus que dans les sortes d'Associations rêvées par les philosophes, comme celle des bergers de la Bétique vantés par Fénélon. Toutes ces utopies ne s'élèvent pas au-delà des degrés 5, 4 et 3; elles ne sont la plupart, et presque toujours, qu'une Civilisation modifiée, tendant parfois à un retour en Sauvagerie, et non pas à une issue ascendante de Civilisation. L'on en verra la preuve, lorsque je donnerai une analyse régulière des caractères et ressorts qui constituent le mécanisme civilisé dans ses quatre phases.
Quant à l'établissement de New-Lanark, j'estime qu'il mérite le rang o 1/4, et qu'il est une demi-issue de Civilisation, une demi-transition ascendante.
Pour être issue complète, il faudrait qu'il pût nous conduire directement à la société n». 6, dite Garantismc ; alors il obtiendrait le rang o i/2 dans le tableau; il serait pleine transition, mixte régulier.
C'est déjà un très-grand honneur pour son auteur, que d'avoir fait ce que n'ont pas su faire vingt-cinq siècles savants; d'avoir acheminé à une des issues ascendantes
INtRODtCTiOS. 45
du labyrinthe , et touché par quelque point au nouveau monde industriel; à la période 6, Garantisme, d'où on s'éloignait de plus en plus; témoin l'affluence croissante dos indigents.
Relativement à la garantie de travail et de minimum ou nécessaire, l'ûge moderne semble rétrograder en génie social: on verra, par l'analyse des erreurs mercantiles (section 9), que la Civilisation déclinait et tendait à sa 4e. phase, plus vicieuse encore que la S®, actuellement existante.
Notre siècle , quoique fortenvenl occupé d'industrie , avait tout à fait manqué la voie du progrès réel ; c'est-àdire des inventions de procédés mixtes entre l'industrie familiale ou réunion minime, et l'industrie sociétaire ou réunion maxime, qui, une fois maugurée dans un canton^ doit être imitée en tous pays, par appât de rimmensiléde bénéfices et de plaisirs qu'on en verra naître.
Il est assez difficile à un globe de s'élever d'emblée à Ta découverte du mode sociétaire ou série passionnelle : si je l'ai déterminé en plein, c'est que le hasard m'a bien servr dès le début; mais peu de globes y arrivent directement sans passer par les tâtonnements, par les procédés mixtes dont l'épreuve successive pouvait consumer des siècles.
On ne songeait point à s'occuper de pareils essais: l'institution de M. Owen est la première qui tende visiblement à ce but; c'est un grand pas de fait vers une découverte, que d'avoir constaté qu'elle reste à faire, et d'avoir mis la main 5 l'œuvre ; cette modestie spéculative est ce qui manque aux modernes; avec leurs jactances de perfectibilité , ils s'éloignent d'une foule d'inventions où ils parviendraient, si l'orgueil ne les empêchait d'en tenter la recherche.
44 ÏNTRODUCTION.
On a adopté une marche différente en Angleterre ; le comité de jN'ov-Lanark pose en principe qu'il faut inventer en régime sociétaire; que l'état actuel des classes ouvrières ne pouvant plus continuer, il faut en chercher le remède dans une méthode d'union domestique et industrielle.
Nos doctrines appelées libérales n'avaient pas su élever le siècle à ce degré de sagesse : aucune société de libéralisme n'avait posé en principe.la nécessité des découvertes, ni fait à ce sujet des perquisitions, des essais théoriques et pratiques, un appel au génie.
Ce premier pas, pénible pour l'orgueil, a été franchi par la société anglaise : il faut juger son établissement, non sur le succès actuel , mais sur les succès progressifs qu'il aurait pu obtenir, en s'élevant des économies matérielles aux économies passionnelles, ou leviers d'attraction industrielle.
On a calomnié en France l'auteur de cette fondation : l'on a dépeint M. Owen comme un impie. Les Zodes manqueraient-ils à s'acharner sur les entreprises utiles? Mais que répondre aux voyageurs qui disent de New-Lanark : « Je n'ai jamais vu une population aussi morale, aussi re- " ligieuse, aussi heureuse. »
Je devais ce tribut d'éloges aux seuls explorateurs qu'on ait vus chercher franchement l'Association, et en proclamer la nécessité. En publiant cette heureuse découverte, je regrette qu'il faille se plier à l'esprit mercantile du siècle, et faire valoir sans cesse les bénéfices pécuniaires, qui sont maintenant le seul véhicule de l'esprit social. Dans d'autres siècles on aurait pu mettre en jeu de plus nobles appâts, entre autres les garanties d'harmonie générale, règne de la vérité, extinction de l'esprit
révolutionnaire, graduation de température, unité universelle de langage, signes, mesures, et tant d'autres biens qui vont naître du régime sociétaire : ces flatteuses perspectives sembleront de peu d'importance, dans un siècle tout préoccupé de commerce et d'agiotage.
Pour flatter sa manie mercantile, annonçons-lui la fin prochaine des fureurs qu'elle cause depuis si longtemps. Montrons-lui dans l'ordre sociétaire une conquête commerciale de cent millions d'Africains placés au voisinage de l'Europe, et rétifs à ses impulsions : ils semblent attendre le signal de l'Association : elle va les fixer subitement à la culture, par sa propriété d'amorce agricole et charme industriel ; propriété réservée aux quatre périodes i, 7, 8, 9, qui sont organisées en séries passionneUes.
L'adhésion des Africains à l'industrie et aux relations unitaires, va faire abonder ces denrées coloniales devenues si nécessaires à nos habitudes. Alors le -sucre de canne s'échangera poids pour poids contre la farine de froment : il suffira de six à sept ans pour effectuer celte brillante opération , qui, en élevant l'Afrique et le monde entier aux mœurs policées, abolira à jamais l'infâme coutume de la traite des nègres et celle des pirateries barbaresques, non moins honteuse pour la Civilisation.
Faut-il ajouter la perspective des unités industrielles, surtout celle de langage, et la garantie de libre circulation sur toutes les mers et les terres du globe! L'état sociétaire va répandre par milliers ces bienfaits dont le tableau nous éblouit : tout est merveille dans l'œuvre sociale de Dieu, dans le mécanisme qu'il a composé pour le concert industriel des passions; mécanisme que tout autre que moi aurait également pu découvrir par calcul synthétique
<\q raltraclion. Eh! n'est-il pas dans l'ordre, qu'un régime social donné au monde par la sagesse divine, y fasse régner autant de délices que les lois des hommes y ont déchaîné de fléaux!
Si les modernes étaient animés de l'espérance en Dieu que leur prêche la religion, loin de se décourager û l'idée des biens immenses que promet l'Association, ils auraient considéré ce bonheur comme dessein probable de la Providence; ils auraient pressenti que l'Être suprême réservait aux hommes quelque sort moins humiliant que les misères et les perGdies civilisées. Mais le génie moderne habitue les nations à désespérer de l'assistance divine; il leur persuade que Dieu s'en est rapporté à la faible raison humaine , du soin de diriger les passions : on va être pleinement désabusé par l'essai du mécanisme sociétaire; et quoique notre siècle soit celui de l'athéisme , du matérialisme et des opinions irréligieuses, je puis donner un défi sur ces croyances, et assurer qu'après l'épreuve de l'Association sur un village, les athées, les matérialistes, et les indiCFérents en matière de religion, seront tellement convaincus de la générosité divine et de Y harmonisabilitè des passions, qu'on les verra transformés en fervents admirateurs de Dieu, s'honorant de cet esprit religieux qu'ils repoussent aujourd'hui.
L'athéisme se fonde sur le triomphe permanent du mal , et sur l'immensité des misères humaines qui , aux yeux d'un observateur superficiel , semblent accuser d'impérilie ou d'insuffisance le créateur des passions.
Sans doute, à n'envisager que les quatre lymbes sociales nommées : 2^., Sauvagerie ; 3^., Patriarcat; 4^., Barbarie; 5^., Civilisation, l'on peut se croire fondé à censurer les passions; mais pour apprécier la sagesse
du Dieu qui les a créées, il faut attendre l'exposé des effets qu'elles produisent dans les périodes sociétaires indiquées sous les noms de i. Seriisme confus, Edcn. Association primitive.