‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 11 sur 298 · ARTICLE IL · texte numérisé non relu

ARTICLE IL

Afierçus des destinées sociales, pre'venlions qui régnent sur ce sujet.

Une découverte à son apparition semble ridicule si on. la juge par comparaison aux moyens connus; le premier qui annonça l'invention de la poudre à canon et de ses effets prodigieux, mine, artillerie, etc., dut ne rencontrer que des incrédules qui l'accusèrent de vision; cependant quoi de plus constaté aujourd'hui que ces effets surprenants de la poudre?

C'est, je l'avoue, une annonce bien invraisemblable qu'un procédé pour associer trois cents familles inégales^

en fortune, et rétribuer chacun, homme, femme, enfant, selon les trois facultés, capital, travail el talent. Plus d'un lecteur se croira bon plaisant, lorsqu'il dira : € Que

> l'auteur essaie seulement d'associer trois familles, de * concilier dans un même logis trois ménages en réunion ï sociétaire, en combinaison d'achats et de dépenses, el j en parfaite harmonie de passions, de caractère et d'au-

> torité ; quand il aura réussi à concilier trois maîtresses » de ménage associées , nous croirons qu'il peut réussir

> sur trente et sur trois cents. >

J'ai déjà répondu à cet argument qu'il est bon de reproduire (car ici les redites seront souvent nécessaires); j'ai observé que les économies ne pouvant nailre que des grandes réunions. Dieu a dû composer une théorie sociétaire applicable à des masses nombreuses et non à trois ou quatre familles.

Une objection plus sensée en apparence et qu'il faudra plus d'une fois réfuter, est celle des discordes sociales. Comment concilier les passions, les conflits d'intérêts, les caractères incompatibles, enfin les disparates innombrables qui engendrent tant de discordes?

On a pu voir que je ferai usage d'un levier tout à fait inconnu, et dont on ne peut pas juger les propriétés avant que je ne les aie expliquées. La série passionnelle contrastée, ne s'alimente que de ces disparates qui désorientent la politique civilisée ; elle opère comme le laboureur qui , d'un ramas d'immondices, va tirer des germes de richesse; les détriments, les boues, les ordures et matières immondes qui ne serviraient qu'à souiller et infecter nos maisons, deviennent pour lui des sources de fortune. Il en est de même des immondices passionnelles ilont la politique ne sait faire aucun emploi. Nous allons,

grâce au levier que je nomme série contrastée, transformer en matériaux précieux tous ces levains de fureurs sociales : plus ils sont nombreux, mieux les séries seront graduées, contrastées et aptes à l'engrenage.

On doit donc se garder d'élever à l'avance des objections contre un procédé dont on ne connaît pas encore les propriétés. Il faut, selon l'avis de la philosophie, croire que la nature n'est pas bornée aux moyens connus, et selon l'avis de la raison, croire que Dieu, dont la providence est universelle, n'a pas créé les passions, les éléments de mécanique sociale, sans nous ménager quelque moyen d'employer utilement ces matériaux; moyen dont nos fausses méthodes ont pu retarder jusqu'à ce jour la découverte. L'humanité a tardé 4,000 ans à inventer l'étrier et la soupente, que tout bon simple pouvait découvrir et qui furent inconnus d'Athènes et de Rome ; doit-on s'étonner qu'un calcul immense , comme celui des séries passionnelles, ait échappé aux sciences modernes qui ne l'ont pas môme cherché et n'en ont pas soupçonné l'existence.

Plus une invention promet de bienfaits , plus le lecteur doit être exigeant sur les preuves. Si ma théorie ne se rattachait pas aux sciences fixes, chacun serait en droit de me suspecter d'esprit systématique et de modifier à sa fantaisie mon plan d'Association. Il ne sera digne de confiance qu'autant qu'il ralliera et encadrera, dans un même plan, la mécanique sociétaire des passions et les autres harmonies connues de l'univers.

Mais pour démontrer cette concordance des passions avec le système de l'univers, il faudra le faire connaître, et rien n'est plus ignoré , quoique des milliers d'auteurs aient prétendu nous l'expliquer. On a rêvé l'unité de l'uni--

Oii INTRODUCTION.

vers, elle va enfin être démontrée par application du passionnel au matériel.

IVous aurons donc deux sciences nouvelles à étudier de front , celle de l'Association et celle des harmonies de l'univers. C'est de quoi effrayer maint lecteur qui pourra craindre qu'on ne veuille l'engager dans les hautes sciences : il n'en est rien; pour expliquer l'unité de l'univers, l'accord du monde matériel avec le passionnel, nous n'aurons recours qu'à des leçons amusantes et tirées des objets les plus séduisants parmi les animaux et végétaux. Je ne donnerai ces leçons qu'à mesure de nécessité, et en doses qu'on jugera trop faibles , vu le charme attaché à cette science fort inconnue.

Dissipons d'abord le préjugé qui veut assigner d'étroites limites à la puissance de Dieu et à la marche progressive de la nature. Il semble, à en croire nos sciences, que la civilisation soit le terni£ ultérieur des destinées humaines, et qu'il soit impossible à la sagesse divine d'inventer un mécanisme plus parfait, que cet abîme de misères et de perfidies qu'on nomme civilisation perfectibilisée.

L'humanité peut organiser beaucoup de sociétés plus heureuses, et il existe un calcul régulier pour en déter^ miner l'échelle et les propriétés. Je vais disserter sur les huit premières, au nombre desquelles se trouvent celles que nous voyons établies.

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