PREMIÈRE PARTIE. PIVOT DIRECT
45 existences fûcheuses , comme celle d'un Esope , contrefait , esclave , supplicié , ou d'un chrétien captif dans les bagnes des Musulmans.
Chaque âme n'aura ressenti, selon cette échelle, que 4/16®. ou 4/48®. de malheur, puisque , dans les âges de subversion estimés malheureux , on trouve encore une moitié de chances à peu près favorables , et assez heureuses comparativement aux faibles prétentions des civilisés et barbares, dont les désirs, en fait de bonheur, sont très-limités, surtout ceux des barbares et encore plus ceux des sauvages.
Une âme , en récapitulant et balançant ses 840 existences (plus ou moins), conclura sur le tout comme un cultivateur qui, sur 48 années, a eu seize bonnes récoltes, une moyenne et une mauvaise. L'agriculteur n'élève pas si haut ses prétentions; il s'estime heureux quand il a deux bonnes années sur trois : on en voit si fréquemment deux médiocres sur trois , depuis que la destruction des forêts et les théories de perfectibilité perfectible ont dégradé les climatures au point de les rendre méconnaissables, et faire bientôt de la France une Sibérie en miniature.
D'après cette estimation trôs-réguliére des chances de métempsycose , loin d'admettre aucun retranchement sur l'exercice futur des passions, nous devons considérer comme enfer passionnel les sociétés actuelles, 2, 5, 4, 5 (tableau 53), où les passions toujours entravées, n'existent que pour le tourment des humains qui, dans ces sociétés , manquent la plupart des trois chances d'essor, fortune, vigueur^ longévité ['àZ'^).
Et pour arriver au vrai bonheur de cette vie , il n'est d'autre moyen que d'y renaître périodiquement ; car l'exis-
tence , dans les quatre sociétés actuelles, ne peut être comptée que pour demi-essor de passions , chez les plus heureux , comme les sauvages , les grands , les riches ; et pour servitude passionnelle , chez le grand nombre des civilisés et barbares , dont le sort actuel ne semblera qu'une captivité , quand on connaîtra les biens réservés aux harmoniens.
Il faudra donc renaître en Harmonie, pour connaître le bonheur de cette vie , où la plupart des hommes n'ont paru que pour y voir le bien sans en jouir ; notamment fa masse du peuple, qui n'a vécu que pour atteindre au triste sort de ne pas mourir de faim. Là se bornent à peu de chose près les plaisirs du peuple souverain , dont l'ambition est de manger du pain , trouver du travail.
D'autres classes, quoique possédant la fortune, ont à peine un éclair de bonheur. Telle femme a été belle et heureuse quelques instants ; mais bientôt passée et délaissée, elle a traîné une fastidieuse vieillesse. Rien ne dure si peu , n'est si vite fané que les femmes civilisées : aucune classe ne doit plus souhaiter de revivre dans cette Harmonie sociétaire, où l'on pourra, sur une carrière de 144 ans (0 (terme approximatif), compter 120 ans d'exercice actif en amour, avec des chances de sympathies artificielles, dont les détails, lorsqu'ils seront con-
(i) Je n'indique pas 144 ans pour terme moyen de la vitalilé des harmoniens, mais pour terme parfait qui est celui d'un sur douze ; de sorte que, de 12 barmonieus nés le même jour, il en parviendra un à 144 ans , 2 à 120 ans ; et de 144 individus nés le même jour, on en verra un atteindre à 192 ans, âge centenaire d'Harmonie. En Civilisation même on a vu Jean Rovin, Hongrois, atteindre l'âge de 172 ans, sa femme 164, ses enfants, Macrage 142, Puloliman 140.