ARTICLE III
IiilcicLs spéciaux de PADglcUTic el de la France.
Gardons -nous d'enthousiasme, dans une discussion où il ne faut apporter que de la justesse arithmétique. Posons sévèrement les thèses qu'il faudra démontrer au sujet de l'Association.
J'ai plusieurs fois répété , comme redite nécessaire, que les études se réduiront 5 prendre connaissance d'une seule opération qui est la série passionnelle unitaire ; qu'il sufïira d'apprendre à former et développer les séries; apprendre comment une réunion d'associés inégaux en fortune, doit disposer ses travaux domestiques el agricoles, pour produire, consommer et distribuer par séries.
Le premier effet digne de notre attention dans le mécanisme des séries passionnelles, c'est le triplement de produit ; le moyen d'obtenir un revenu réel de 500,000 fr. sur tel terrain qui n'en rend que 100,000 en civilisation :
INTRODUCTION. 6i
je ne décrirai pas d'avance les biens qu'on va devoir à cet accroissement de richesse, chacun peut les entrevoir; je m'arrête seulement à celui qui est promis en tête de cet article, c'est l'extinction subite des dettes publiques; faisons-en l'application à la France.
Elle produit estiuialivement 4 milliards et demi en industrie civilisée et morcelée; elle produira donc de 15 à 14 milliards en industrie sociétaire ou combinée. Cet accroissement de fortune sera presque subit, car l'Association une fois éprouvée et démontrée sur un village, se répandra ensuite avec la rapidité de l'éclaîr. On est si unanime en amour de gain !
Sur ce revenu de 13 à 14 milliards, l'impôt estimé aujourd'hui un milliard avec les 128 millions de frais, etc., s'élèverait donc à 3 milliards. Le gouvernement pourra bien le réduire à moitié, soit 1,500,000,000; et c'en sera assez pour éteindre les dettes subttement , car une dette est liquidée quand les époques de prochain paiement et les intérêts sont si bien garantis.
Entre-temps, la nation devenue colossalement riche par le triplement de produit , s'enrichira encore de la réduction des impôts à moitié. Dans cet état de fortune , elle offrira au souverain l'abonnement général : une somme annuelle de 1,500 millions fournie par trimestre, à jour fixe et sans frais , par chaque canton versant dans le chef- Jieude sa province.
(11 est inutile de répéter les différences de la valeur réelle et de la valeur représentative; voyez pour cet objet la page 1 . )
Le fisc épargnant les 128 millions de frais, etc. , et beaucoup d'autres dépenses, tant de la guerre que de la marine , n'aura pas plus de 500 millions de charges
62 IXTRODUCTIOW.
réelles, pour 4,500 millions de rentrées; il verra donc son revenu élevé tout à coup au triple relatif, par l'opération qui aura réduit de moitié la masse des impôts.
Voyez la noie (i) ci-bas, sur les intérêts et bénéfices des agents supprimés.
Je cite celte merveille entre cent, pour intéresser le lecteur à ce mécanisme des séries passionnelles , d'où naîtront tant de prodiges. Il en est un autre dont il faut faire mention sans délai , et qui concerne spécialement les nations endettées.
L'ordre sociétaire, tout en triplant le produit réel de l'industrie, fournit en outre une ressource particulière pour acquitter gratuilement la dette publique de la nation
(i) Voici, diront les critiques, un étrange sujet d'alarme pour les agents du gouvernement. Vous allez soulever contre vous tous ses employés , si vous parlez d'une amélioration qui doive causer des suppressions d'agents fiscaux, militaires et autres.
Tant s'en faut que ce soit pour eux un sujet d'alarme, la suppression tournera entièrement au profit des agents conge'die's; ils y trouveront mutation cumulative et triple be'ne'fice; jugeons -en par application à la France.
Si la dépense est réduite a 500 raillions par les suppressions, et que le souverain se trouve renié a 1,500 raillions d'impôt, il aura amplement dequoi satisfaire les agents congédiés, tout enafTectant le nécessaire a l'extinction progressive de la dette publique; il leur conservera donc a tous leur traitement en viager. J'y vois et ils y voient eux-mêmes triple avantage, savoir:
1"*. Emoluments maintenus et dispense d'exercer la fonction qui deviendra sinécure, titre honorifique.
2°. Garantie du traitement perpétuel , si incertain aujourd'hui vu les suppressions fréquentes causées par les luttes de parti. Cette garantie comprendra tous les bénéfices Ucites, fournitures, droits, remises et profits tolérés.
y. Bénéfices des nouvelles fonctions attrayantes, auxquelles
qui aura pris l'initiative, en fondant le canton d'épreuve. Quelqu'énorme que puisse être cette charge, excédâtelle le colosse de dette anglaise , qu'on évalue à 20 milliards, et que j'estime 24(0, elle sera soldée gratuitement et d'emhle'e par un transfert dont il n'est pas temps de donner connaissance; et qui sera expliqué dans le cours de cet ouvrage (2^. tome). Il transformera la dette de la nation libérée en une créance aussi solide que le meilleur domaine, et la dégagera de l'intérêt comme du capital qui sera remboursé en entier la dO^. année.
Cet aperçu, dont les démonstrations seront fournies à la rigueur, doit piquer d'émulation les états grevés d'une forte dette publique , notamment l'Angleterre qui succombe sous le faix.
l'agent supprime pourra vaquer dans l'état sociétaire, ou abonderont les emplois lucratifs pour tout individu de la classe qui a quclqu'éducalion.
11 y aura donc en réalité triple bénéfice pour tout agent congédié; mutation d'emploi et cumul de traitement. Aussi tous ceux à qui on en détaille le compte, expriment-ils aussitôt le vœu d'être supprimés a ces trois conditions bien préférables à Tavanceraent (ju'ils peuvent espérer.
D'ailleurs, chacun a-t-il de l'avancement assuré en civilisation? Combien de fonctionnaires ont plutôt la déchéance à redouter: le ministre même peut-il se flatter d'être en place l'année suivante?
Ce sont donc les agents mêmes du gouvernement qui sont dans le cas de désirer l'épargne de leurs fonctions , et l'accroissement de revenu qui en résultera pour eux ; la dispense de fatigues , responsabiUté, etc.
(i) Vingt-quatre milliards, dont 20 en budget fiscal ; 2 en dettes communales; 2 en dettes consciencieuses ou froissements de révolutions, et spoliations non encore prescrites.
Tel est le prix assuré à la conlrée qui prendra l'initialive (le rAssocialion , et à qui le monde sera redevable de son avènement à cet état fortuné. Une puissance qui, avant que la théorie d'Association ne soit découverte , emploie cinq cents familles en essais sociétaires, doit-elle hésiter à employer le septième de ce nombre, soixante et dix à quatre-vingts familles, à l'épreuve de cette association, lorsqu'enfin le procède en est inventé? S'il est prouvé dans ce traité , qu'une épreuve si facile peut dégager subitement et gratuitement la nation anglaise d'un fardeau de 24 milliards de dettes, quels seraient ses regrets, si elle venait à manquer ce coup de partie en se laissant devancer dans la carrière?
Cette palme lui semble d'autant mieux dévolue, qu'un de ses savants, Newton, a préparé les voies au calcul de l'Association, par la découverte de la théorie d'attraction matérielle.
Newton, en démontrant que l'attraction matérielle a la propriété de régir l'univers en harmonie , donnait à présumer que l'Attraction passionnelle dont on n'a jamais fait aucune étude, couvrait aussi quelque grand mystère. C'est de quoi l'on va prendre connaissance dans la théorie de Association , qui n'est autre chose que le calcul analytique et synthétique de l'Attraction passionnelle.
Outre l'imminence d'une banqueroute qui serait inévitable dans le cas de nouvelle guerre, d'autres motifs de circonstance invitent l'Angleterre à prendre l'initiative; j'en vais remarquer trois tirés :
1°. De l'exploration de l'Afrique; 2". De l'état précaire de l'Indostan; 50. Des tentatives de passe au nord.
l». L'exploration de l'Afrique. On ne sait trop quel
iNTRonrcTiON. 65
appât ouquelle instruction secrète, dirige tant de voyageurs anglais vers l'intérieur de l'Afrique. Les corps savants ne voient dans ces expéditions que curiosité louable, et zèle pour le progrès des sciences; d'autres estiment que ces nombreux voyageurs sont commissionnés pour le service des spéculations commerciales; d'autres enfin croient, avec quelque raison, que l'Angleterre cherche à s'emparer des nombreux Potoses que recèle l'Afrique intérieure ; et qui, étant tous intacts, fourniraient une proie immense à une puissance européenne qui pourrait les découvrir et se concerter avec les roitelets du pays pour rexploitation en partage de bénéfice.
Le triste sort de Mungo Parck et de tant d'honorables voyageurs employés à ces expéditions , doit tourner les vues de l'Angleterre vers le moyen qui lui est offert. L'Association par sa propriété d'attirer et fixer subitement les Sauvages à l'industrie, policera en moins de cinq ans tous les Africains demi-barbares, ou pleins barbares. Si donc l'essai de fondation est fait en 1822, on peut assurer qu'en 4827 les voyageurs pourront parcourir l'Afrique intérieure en pleine sûreté, et y trouver partout des nations plus hospitalières que les civilisés, gens hospitaliers jusqu'à la bourse.
Il resterait à expliquer à qui appartiendront les mines d'or africaines, lorsque le pays sera policé et accessible à tout le monde : chacun va répondre qu'elles appartiendront aux indigènes , qui , une fois policés et initiés aux sciences, pourront bien exploiter leurs mines sans recourir aux Européens.
Solution erronée et qui ne sera point admise en congrès d'unité sphérique. En effet, les nations que l'ordre sociétaire va élever à l'état policé , les Africains que l'Associa-
tion délivrera et de la traite des Nègres et de tant d'autres persécutions, seront redevables d'une libéralité quelconque à leur bienfaiteur. Mais sur quoi devra-t-on asseoir cette prestation, sinon sur les propriétés neutres comme les mines intactes? Elles n'appartiennent à personne, puisqu'elles n'ont jamais été exploitées par les souverains mômes qui ont tant d'esclaves à leurs ordres ; la prescription d'abandon est assez constatée par la non exploitation.
Dès-lors toutes ces mines , soit d'Afrique , soit d'Australie, seront par décret du congrès d'unité sphôrique, affectées en demi-part du produit à récompenser la puissance fondatrice, Angleterre ou autre; et ce sera acquitter une dette générale sans rien prélever sur personne.
Au reste, l'Association aura bien de plus puissants moyens pour récompenser ses fondateurs; je ne m'arrête à parler de celui-ci, que parce que le cabinet anglais paraît en avoir fait un objet de spéculation.
20. L'élat précaire de l'Indostan. Un empire de 52 millions d'habitants est une possession très-bonne à conserver. Cependant, il est plus que probable que si l'état civilisé et barbare se prolonge , l'armée anglaise finira par une catastrophe semblable à celle de Varus et de tant d'autres, qui, confiants en leur tactique, ont péri dans un piège de Barbares ou un piège de climats. Les Hindoux, à force d'être battus, apprendront l'art de la guerre; quelque transfuge disciplinera leurs fourmilières. Il n'y a pas si longtemps qu'une poignée de Suédois faisait fuir des nuées de Russes; il n'a fallu qu'un homme pour élever les Russes au niveau des Suédois. Les Hindoux auront, outre cette chance, le climat qui viendra à leur secours, et qui peut-être les dispensera de s'aider de la tactique régulière : lorsque dans une campagne d'été, le
Cholèra-Morbus aura fatigué l'armée anglaise , il sera facile aux indigènes de l'accabler.
L'Angleterre préviendra ce fâcheux dénouement , en accélérant l'avènement à l'ordre sociétaire. J'indiquerai dans les 5^. et 4^. tomes, par quels moyens ce nouvel ordre garantira immuablement à la dynastie anglaise , en cas d'initiative de fondation, son sceptre d'Indostan, sans qu'il soit besoin de le soutenir d'un seul bataillon. C'est une affaire qui concerne peut-être le souverain plus que la nation anglaise , je ne sépare pas leurs intérêts.
30. Les tentatives de passe au Nord, que les capitaines Ross, Parry et autres, ont récemment cherchée dans la baie de BafTm.
On peut à ce sujet présenter une belle chance à l'Angleterre. Elle promet pour la découverte d'une passe au Nord, 25,000 liv. sterl., soit 625,000 fr. au change de 25; si on y ajoute les frais qu'ont coûtés les six expéditions envoyées à cette recherche , on peut estimer à 40,000 liv. sterl. , soit un million de francs, le prix qu'attache l'Angleterre à la découverte.
Elle va obtenir les deux passes de Baiïin et du cap Sibérien à bien plus bas prix ; car dépenser un million ou avancer un million , c'est grande différence : et il sera prouvé dans cet ouvrage , que si l'Angleterre fait l'avance d'un million pour la fondation du canton d'épreuve de l'Association, elle aura en moins de dix ans les deux passes du Nord aussi praticables que l'est aujourd'hui la Manche. A la vérité ce ne sera que pendant les cinq mois de Mai, Juin, Juillet, Août, Septembre; mais les deux passes ne seront pas moins ouvertes à la navigation avec pleine sûreté pendant ces cinq mois , et même en Avril et Octobre dans les parages au-dessous du 75?. degré.
Je vais traiter ce sujet duns une grande note qu'il con^ vient de détacher de l'introduction; et comme la question de passe permanente au Nord se lie au problème de triple récolte, il faut expliquer d'abord ce que j'entends par triple récolle, qui sera l'un des bienfaits de l'Ordre sociétaire.
Supposons une amélioration de climatures telle que la mauvaise saison du 456. Jegré (Lyon et Bordeaux) soit réduite à six semaines, de la mi-décembre à la fin janvier; de manière que les arbres au Ao^. degré ne se dépouillent que du l^'"". au 13 décembre, que la végétation se rétablisse pleinement au l^ï". Février, et continue sans interruption , sans frimats de Mars ni Lune Ptousse.
Dans ce cas, la moisson des céréales se ferait à Lyon et Bordeaux avant la fin de Mai, comme en Barbarie.
Dès les premiers jours de Juin, l'on pourrait semer des légumes et objets de prompte venue ; et dans le cas de température à commande, variée sans excès, on verrait arriver à maturité au bout de deux mois , ces légumes formant la deuxième récolte.
La troisième, semée dans le courant d'Août, germerait avant Septembre et serait recueillie dans le courant de Novembre.
Objectera-t-on que la terre serait épuisée par cette fréquence de semailles? Non : les terres, après la restauration climatérique et l'avènement à l'état sociétaire, auront trois secours qu'elles n'ont pas aujourd'hui : l'affluence et l'excellence des engrais; les labours en défoncement (méthode Fellenberg), puis un secours plus précieux, celui d'une température graduée et fréquemment variée, qui fera abonder les sels, aujourd'hui appauvris et absorbés par les excès climatériques.
INTRCDÎIÉTION. 69
Dans les estimations données sur le produit de l'Association, j'ai tablé sur la température actuelle ; mais à spéculer sur la restauration climatérique, le produit de l'ordre sociétaire s'élèvera, en mode simple, au quintuple au lieu du triple. Cette restauration devant être lente et successive , on ne la porte pas en compte du bénéfice subit.
Il reste à expliquer comment l'état sociétaire , en modifiant l'atmosphère par une culture intégrale du globe , nous fera obtenir ce bienfait des températures à commande ; c'est-à-dire si heureusement variées et proportionnées, qu'elles sembleront obéir à la baguette magique.
Ce problème, je l'ai dit, se lie à celui de passes praticables au Nord. II existe déjà une de ces passes; l'autre est peut-être, à l'heure qu'il est, reconnue par le capitaine Parry. Mais il s'agit de les dégager de leurs montagnes de glaces; opération qui donnera à la fois les deux passes et la triple récolte.
Il faut consulter à ce sujet la grande note A (pag. 85); comme elle traite amplement des passes du Nord, et que ce sujet ne concerne que les marins, les armateurs, les physiciens, les géographes et les agronomes, j'ai dû l'isoler des discussions qui sont de compétence générale.
Je suppose que les lecteurs ont lu la note A, ils en conclueront que la découverte de l'Association semble arriver tout à point pour satisfaire à tous les besoins et réaliser tous les projets de l'Angleterre ; ou bien que la situation politique et les plans de l'Angleterre semblent disposés tout exprès, pour assurer au monde l'épreuve subite de la découverte d'où dépend son bonheur.
C'est donc à l'Angleterre que cette théorie doit être
70 INTRODOCTION.
dédiée et recommandée. Je ne dislingue pas ici entre le Roi et la Nation, puisque Tun et l'autre ont dans cette affaire des intérêts distincts et des intérêts communs.
Le Roi, intérêt distinct , par le besoin d'assurer à sa dynastie lo sceptre héréditaire du bel empire de l'Jndostan.
La Nation, intérêt distinct, dans l'ouverture prochaine des deux passes de la Mer Glaciale.
Enfin le Roi et la Nation, intérêt commun à l'extinction gratuite de la dette, et à l'acquisition des mines d'Afrique en participation.
Voici donc pour la politique des voies de grandeur et de richesse positive. Jusqu'ici on n'avait spéculé que sur les voies négatives, sur le moyen d'appauvrir ses voisins par des rançons de monopole, de balance commerciale et d'extorsions mercantiles. Une science récente , l'Economisme, a engouffré notre siècle dans ces sordides calculs, dans une politique malfaisante qui ne favorise que les spoliations de toute espèce, depuis les pirateries d'Alger jusqu'aux pirateries des agioteurs, non moins scandaleuses. Les auteurs de cette science n'ont sans doute pas eu de telles intentions; il n'est pas moins certain, que leurs théories sur la richesse des nations, n'ont accrédité que les rapines légales et les infamies mercantiles ; et que de tous les égarements de la raison , il n'en est pas de plus funeste que celui des doctrines d'Économisme, qui ayant pour tâche de s'occuper de l'Association, hase de toute économie, ne se sont occupées qu'à établir, au lieu d'Association, le morcellement industriel, et par suite la pauvreté et la fausseté.
Je vais dans les prolégomènes attaquer ces erreurs qui ont abusé le plus éclairé des siècles : les modernes, ici.
sont d'autant plus coupables, que la théorie de Newton les mettait sur la voie ; elle excitait à achever l'élude de l'Attraction, à passer du calcul de la matérielle à celui de la passionnelle, dont la synthèse détermine le procédé d'Association domestique agricole. Cette étude étant un nouveau monde scientifique , et ses tableaux un sujet d'étonnement, comparable à celui que les découvertes de Colomb et de Gama causèrent au lo^. siècle, j'invite le 19®. à se rappeler la faute commise envers les Colomb et les Galilée , à considérer qu'un inventeur est nécessairement en discord avec tout son siècle ; trop heureux le 19®., si le léger affront d'une contradiction scientifique lui garantit la fin prochaine des misères humaines, l'avènement à l'unité universelle et aux destinées heureuses.
La transition sera prompte, et c'est un avantage précieux pour la génération actuelle, qui , harassée par une tourmente révolutionnaire de trente ans, a besoin de jouir sans délai. Les régénérateurs de 89 nous promettaient le bonheur pour nos arrière-petits-neveux; ici la chance est bien différente : les aïeux mêmes , les octogénaires , pouvant toujours se promettre quelques années de vie , seront assurés de jouir du bonheur sociétaire ; d'en voir au moins l'aurore et l'effet le plus brillant , qui sera la métamorphose subite et la stupéfaction générale.
J'use du mot stupéfaction, car on ne peut pas caractériser autrement la honte et le dépit dont les esprits seront frappés en voyant le mécanisme sociétaire ; leur confusion d'avoir douté de la Providence, d'avoir pensé qu'elle avait oublié de composer pour nous un système de relations industrielles et domestiques , apte à régulariser l'essor des passions, et à pourvoir aux besoins du peuple dans les diverses classes.
En voyant ce bel ordre, l'énormité de richesses qu'il produit, et la beauté des accords qu'il sait tirer des passions les plus dédaignées, quelle sera la déconvenue des sophistes, à qui la multitude ne cessera de redire : t Vous « qui étiez oracles du bonheur des nations, et enfoncés » dans les profondeurs de la science, comment n'y avez- » vous pas vu qu'il y a un Dieu ; que sa providence doit » s'étendre à tout , principalement aux relations hu- » maines, et que la tâche de la raison était de chercher i et déterminer le code industriel que ce Dieu a fait pour » nous ! »
L'aspect des effets merveilleux qu'offrira le canton d'essai,
40. Triplement de richesse réelle, 20. Attraction industrielle , 30. Concours mécanique des passions, >^ Unité d'action, suffira pour transformer les Sybarites mêmes en ouvriers actifs qui voudront coopérer aux dispositions qu'exigera la fondation de leur canton.
Ainsi, l'imitation générale sera, fîgurément parlant, aussi prompte que l'éclair. Le premier canton fera sur les trois sociétés, Civilisée, Barbare et Sauvage, l'effet d'une étincelle dans un magasin à poudre; elles seront absorbées simultanément, et au bout de cinq ans le globe entier sera organisé : la Civilisation le sera au bout de trois ans.
Cette opération , si bien adaptée à l'impatience des Français , ne sera pas , sur annonce , goûtée de leur nation. Elle méprise les inventeurs nés en France; elle n'estime leurs découvertes que lorsqu'elles ont passé la mer et qu'elles reviennent en costume anglais. Les Fran-
çais ne veulent accueillir aucune invention dans sa naissance, et revendiquent après coup toutes les découvertes: sont-ils de bonne foi quand ils prétendent,
Que la vaccine allribuée à Jenner est d'un Français nommé Rabaud;
Que le bateau à vapeur mis en scène par Fulton , est d'un Français nommé le comte de Jouffroy ;
Que l'enseignement mutuel , sorti des écoles de Lancaslre, est d'un Français nommé Saint-Paulet, etc. etc.?
Que ne revendiquent-ils pas ? Le plagiat en France conteste les plus minimes tropbées. La soupe économique, dite Soupe Rumford, était, au vu et su de l'Europe, une invention du comte de Rumford; personne ne lui disputait cette médiocre palme ; et voilà qu'un Parisien nous prouve , en 1818, que cette soupe est due à un apothicaire de la Rochelle.
On attribuait à Bacon l'honneur d'un arbre encyclopédique; on se trompait : un autre Parisien nous apprend, en 1818 , que cet arbre est du sieur Savigny de Rethel.
Les Français, en matière de plagiat, ne s'épargnent pas plus entr'eux qu'ils n'épargnent les étrangers; témoin la ruche pyramidale , disputée à M. du Coue'dic , et tant de procès scandaleux sur les larcins littéraires.
Les plagiaires sont si actifs, qu'ils se démasquent souvent par précipitation. En 1817, un Neuchâtelois se signant Maillardoz, annonça une découverte sur le mouvement perpétuel : aussitôt un Parisien réclame et s'en attribue l'honneur. Depuis ce temps , on n'a entendu parler ni du Neuchâtelois, ni du Parisien; preuve de la sincérité du réclamant.
D'autre part , s'il entre en scène un charlatan, chacun s'accorde à le prôner. En 1811, un hâbleur nommé Chai-
7i INTRODUCTION,
mas, se disant inventeur du mouvement perpétuel, parcourait laFranceavec une mécaniqueàl2leviers coudés: elle était artislement construite, et la tricherie bien gazée : il la montrait pour un écu. Plusieurs journaux de Paris en firent l'éloge ; mais il alla à Genève , où la fraude fut aussitôt reconnue.
Telle est la France : on n'y trouve que détraction pour les inventeurs, et protection pour les charlatans. L'histrion Cagliostro y fit de nombreux partisans.
On peut , au sujet de ces démêlés de plagiat et de revendication , inviter les Français à opter sur l'allernalive suivante.
Si les revendicateurs, comme MM. Piabaud, de Jouffroy, Saint-Paulet , etc. , sont les vrais titulaires, la France est par le fait détractrice de ses inventeurs , en les astreignant à obtenir une épreuve en pays étranger, avant d'être accueillis et brevetés dans leur pairie.
Si ces revendicateurs ne sont que plagiaires, la France est par le fait protectrice de tout plagiaire qui veut enlever aux étrangers le fruit de leur génie. Elle ferait mieux «le protéger ses hommes de génie , que de spéculer sur la spoliation des étrangers.
Lequel des deux rôles est celui de la France? Je ne sais, mais à coup sûr c'est l'un des deux; et d'après les trois revendications que je viens de citer, et (jui ont trouvé plein accueil à Paris, la France est systématiquement ou détractrice des siens , ou plagiaire des étrangers. C'est à elle à opter sur l'un des deux torts; et peut-être estellc coupable de tous deux. On doit donc fort peu compter sur elle pour l'épreuve de l'Association : je vais pourtant examiner ses intérêts spéciaux dans cette affaire.
Il est bien indifférent, quant au produit territorial de la
France, que l'ordre sociétaire soit fondé par toute autre puissance : du moment où la théorie aura été éprouvée sur un village et sanctionnée par l'expérience , toutes les nations en profiteront également , et tripleront leur produit industriel aussi bien que la puissance fondatrice.
Mais il n'est pas indifférent de gagner le prix de fondation , surtout pour les deux puissances les plus endettées , l'une de 24 milliards , et l'autre de 12 : et si je n'avertissais pas les Français de la mystification dont ils courent le risque, ils pourraient me reprocher d'avoir agi en malintentionné, d'avoir abusé d'un travers de leur nation pour la laisser tomber dans le piège; car ce sera pour eux un véritable trébuchet que la raillerie , et même le délai; en perdant le temps à gloser ou disserter, tandis que d'autres agiront, ils manqueront le prix de fondation.
C'est les bien servir que de hasarder quelques aveux désobligeants, pourles préserver d'une fausse démarche. Si je leur donnais de l'encens dans cette dédicace, ils n'en feraient aucun cas ; ils en sont rassasiés. Sur cent ouvrages nouveaux , il en est quatre-vingt-dix-neuf qui prodiguent les bouffées d'encens à la nation française : je ne suivrai pas ce banal usage , n'ayant ni goût ni aptitude au rôle de flatteur: je me bornerai, selon l'Evangile, à leur rendre le bien pour le mal.
Un inventeur français ne peut , au début , espérer dans sa patrie que les trois lots suivants :
i. Etre dilFamé par les Zoïles, dès la publication.