‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 194 sur 298 · Affinité d'amitié entre compatriotes · texte numérisé non relu

Affinité d'amitié entre compatriotes

2. Affinité d'ambition, orgueil de victoire. 4. Affinité de famillisme , familles sauvées.

Accord des Français de Mahon, Analyse.

2. Affinité d'ambition, ressort de gloire. 4. Affinité d'amitié, ressort d'industrie.

Le premier vice de ces trois accords est qu'on n'y voit point de progression , point de subdivision par séries , genres et espèces. Tout y est confus ; ce ne sont pas moins de très-beaux germes d'unité sociale , de vertu , de magnanimité ; ils n'ont d'autre vice que celui de courte durée.

Dans ces trois accords , les impulsions, quoiqu'irrégulières, suffisent déjà à élever l'enthousiasme au plus haut degré , créer des hommes qui se jouent des obstacles , et à qui les prodiges de vertu deviennent familiers ; des hommes qui atteignent de fait à cette fraternité rêvée par les moralistes.

Malheureusement un tel accord dure peu en civilisalion, et n'y fait que de rares apparitions; mais il suffit qu'on l'y ait vu par moments , pour qu'il soit accord possible à l'espèce humaine, accord sur l'extension duquel

on doit spéculer, puisque ses impulsions élèvent l'homme au rang des Dieux, en l'excitant à tous les prodiges de vertu et d'industrie.

Le but de la morale doit donc être de multiplier ces accords omnimodes, et de leur donner la prédominance en mécanique sociale. C'est un effet réservé à l'état sociétaire, qui arrive en tout sens aux liens d'octave : ils n'y régnent pas constamment ; leur impulsion trop violente userait l'âme et les sens; mais ils y dominent assez fréquemment pour exercer la suprématie, et régir les autres accords de gamme, les subordonner aux liens omnimodes qui sont germes de prodiges en industrie, en vertu et en fraternité, comme on le voit par ces trois accords de Liège, Troye et Mahon.

Ce beau lien d'octave ou 8^. degré ne peut naître et se soutenir que par entremise des sept accords inférieurs qui forment son échelle ou gamme. S'il ne dure qu'un instant parmi nous, c'est qu'on ne peut pas mettre enjeu combinément les sept liens de gamme (voyez 356 , 357) , d'où naît le 8®., comme le blanc naît de l'assemblage des sept rayons lumineux.

De là vient que tel qui, comme Richelieu à Mahon, s'extasie devant un effet d'accord omnimode, ne peut pas le faire renaître le lendemain, même en diminuant les obstacles. On n'a point de méthode fixe, en civilisation, pour produire les accords , pas môme en bas degrés ni en moyens. Tel est le sujet du désespoir de la morale , sans cesse occupé à rêver des liens civiques, familials et autres, en place desquels ses théories ne font germer que de nouvelles discordes.

En principe, si l'on veut maîtriser le bel accord omnimode, le faire naître à volonté, il faut créer préalable-

ment les sept ressorts dont il se compose. Lorsqu'un régime social produira en tous degrés les sept accords de la gamme d'amitié (voyez 556), il pourra à volonté faire naître les accords omniphiles 8"", et de même en titres d'ambition , d'amour, de famillisme.

J'ai décrit , dans le cours de l'Intermède, un très-bel effet d'ambition en accord omnimode , effet permanent en Association; c'est l'unité passionnée de tous les savants et artistes du globe , qui , dégradés aujourd'hui par leurs discordes , seront en unité intentionnelle permanente , lorsque l'immensité des récompenses et des auteurs couronnés aura absorbé toutes les jalousies. Leur concert sera aussi éclatant, aussi ardent, que leurs haines sont scandaleuses en civilisation. Il importait de faire connaître aux auteurs par quels moyens , par quels ressorts d'ambition , l'ordre sociétaire peut les élever à cette fraternité dont leur maligne république est si éloignée.

Publier la science qui enseigne à produire et perpétuer ces merveilles morales , ces liens sublimes de 8®. degré , n'est-ce pas conquérir de fait le suffrage des moralistes? Il m'est d'autant mieux acquis, que ma théorie d'Association simple flatte les habitudes qu'ils ont consacrées , et élimine tout ce qu'ils proscrivent. Ils ne veulent admettre en gamme de famillisme qu'un seul accord , que la prime ou monogynie (enfants de deux pères ou de deux mères en mariages consécutifs ou second mariage après décès) : ils n'admettent pas même l'accord de seconde , hémigynie (enfants d'un père marié et d'une concubine , comme ceux de Jacob ). On exclura de l'Association simple toutes ces licences ; elle n'atteindra pas moins à l'unité sociale , quoique dépourvue de quatorze accords ; savoir :

En amour, les 4e, 5e, 6e, 7e Y, j^. )

Enfamillisme,les2e, 5e, 4e, Se, 6«, 7e Y,j^. \ Ce n'a été qu'en 1819 que j'ai trouvé le moyen de hongrer ainsi le mécanisme sociétaire : une fois celte découverte faite , j'ai pu me dire : Les moraliste^ sont à moi. J'aurais dû présumer longtemps auparavant que Dieu, qui a prévu toutes les entraves, avait ménagé quelque moyen d'accommoder l'Association aux convenances du régime civilisé. Et si les amis de la vertu admirent, comme on n'en peut douter, les beaux accords que je viens de décrire aux articles Liège, Troye , Mahon; s'ils désirent sincèrement l'extension de ces germes de vertu à tout le système social, à tout le genre humain, ne sont-ils pas de fait, les partisans de cette théorie des groupes et Séries pass., qui va outrepasser cent fois leurs désirs, et transformer 900 millions de créatures démoniaques en autant de demi-dieux, dont chaque pas sera marqué par des prodiges de vertu, d'industrie et d'unité sociale ?

Note C. Préliminaire de sympathie omniphile \. *

Dans cette réception l'on observe la pre'caution de mélanger les sexes pour acheminer aux accords sympathiques. Raoul, chasseur de Saint-Cloud, est reçu par Calypso, chasseresse de Gnide , et Mathilde, chasseresse de Chantilly, est reçue par Acte'on, chasseur de Gnide.

On commence la re'ception par des entretiens sur les penchants mutuels : on est à l'instant même en affinité ge'ne'rale par identité' de goûts industriels, et cette première conversation entre gens qui ne se sont jamais vus est aussi animée qu'elle serait glaciale s'il fallait répondre a des harangues d'officiers municipaux ou d'amis du commerce.

• ( Omis l'enToi des portraits, le détail des titres de caractères. |

On donnera environ une heure et demie à celte première séance amicale. D'abord , une demi-bciire aux conversations et au parcours du phalanstère; un quart d'heure à la station de toilette et installation , puis trois quarts d'heure au soupe , afin que ladite séance amicale soit à double ressort , qu'elle soit groupe composé, groupe d'affinité industrielle et d'action gastronomique.

Entre gens qui ne se sont jamais vus , il suffit bien d'une heure et demie pour une première séance; encore faut-il la soutenir par ressort composé ou double plaisir. Une conversation animée sans l'appui d'un repas ne suffirait pas à charmer cette première rencontre ; le calme pourrait naître , et l'équilibre passionnel serait faussé dès la première séance.

Au bout d'une heure et demie partagée entre les débals sur l'industrie, la toilette, le parcours du phalanstère et le soupe, on procédera au changement de séance, de peur de calme ou de tiédeur.

A neuf heures et demie le soupe est fini; les Gnidiens et Gnidiennes se lèvent de table, sauf quelques officiers gaslrosophes , et laissent pendant dix minutes leurs hôtes conférer sur les premières impressions , se concerter pendant que la Phalange de Gnide est au vestiaire.

Dix minutes suffisent ; on est expédilif en Harmonie pour la toilette comme pour toutes choses : les costumes y sont brillants, variés, mais commodes et faciles a revêtir. On n'a pas un instant à perdre; les moments sont comptés, non par devoir ou discipline, mais parce qu'on a un enchaînement de plaisirs à parcourir dans la journée et qu'on n'en veut manquer aucun. De là vient que tout harmonien , homme , femme ou enfant, est un prodige d'activité.

L'Harmonie , dans ses festivités , nMmilc pas les frivoles civilisés , qui dans leurs divertissements n'ont aucune vue d'accord général, n'établissent aucun lien des plaisirs avec l'industrie. On verra plus loin que ces conditions sont strictement remplies dans celte séance de réception; que le lendemain raalin elle aura servi à passionner toute la caravane pour les travaux agricoles et manufacturiers de Gnide , ou ces voyageurs s'entremettront activement et passionnément pendant les huit séances industrielles de la

journée de station. Achevons sur le moment d'arrivée, qui ne peut pas être donné à l'industrie; les harmoniens ne travaillent guère après huit heures du soir, à moins d'urgence.

A neuf heures et demie , le dessert est à sa fin , et l'orgue du caravanserai annonce , par une salve , la séance de la cour d'amour. On voit s'ouvrir les portes qui conduisent aux salons de cour, et s'avancer les proto-fées , qui escortées de troubadoures et corybantes , viennent au nom de l'archi-fée inviter la caravane. A leur suite sont des groupes de bayadères et bayaders, bacchantes et bacchanls qui se répandent dans la salle , entourent les voyageurs , prennent part aux vins mousseux , et font sauter les bovchons selon les leçons de sagesse données par Delille ( Homme des Champs ).

Bientôt la caravane est entraînée , et l'assemblée dans un beau désordre se rend au séristère d'amour. (On appelle séristère une masse de salles et pièces affectées aux fonctions d'une série d'ordre subdivisée en séries de genre. )

Les deux troupes confondues marchent sans cérémonial jusqu'à la salle du Irône, ob les chefs de la caravane présentent leurs hommages a l'archi-fée. Au bout d'une minute, elle donne le signal d'ouverture, en élevant son sceptre. Les corybantes sonnent aux rangs; les Gnidiennes et Gnidiens quittent le bras de leurs hôtes. Alors les dignitaires d'amour, les fées et sylphides, les génies et magiciens, disposent les colonnes de sympathie occasionnelle , et en moins de cinq minutes on entre en séance.

Comment se passera cette séance qui doit terminer la journée? Je n'essaie pas d'en rendre compte : notre objet n'est pas de donner des tableaux d'Harmonie, mais seulement de définir et faire entrevoir l'accord >< oranimode ou accord d'unitéisme, concert et lien subit entre des masses d'inconnus. Je viens d'en décrire une première séance ; je ne m'arrête pas à la suivante, celle de la cour d'amour qui prolongerait trop le chapitre. Je me borne à dire que, malgré cet appareil de bayadères et bacchantes, elle sera beaucoup plus décente que ne le sont aujourd'hui certaines maisons titrées de sociétés pudiques et honnêtes.

La caravane à cette cour doit trouver des groupes assortis bien différemment de ceux qu'elle aura formés à l'arrivée : le dis-

positif des syrapalhies d'amour occasionnel , objet de 2'. séance , ne peut pas être semblable à celui d'amitic occasionnelle , 1". séance.

Quelque civilisé observera que les voyageurs et voyageuses ont pu déjà trouver à s'assortir en amour parmi les groupes d'affinité industrielle qui ont occupé la première séance. Qu'importe ? Deux sûretés valent mieux qu'une : ils vont rencontrer à la cour d'amour un assortiment fort différent , et calculé sur leurs sympathies d'amour occasionnel, qu'on aura constatées par entremise des fées et fés. Chaque voyageuse ou voyageur sera bien libre d'agir selon ses goCits : il n'est pas moins vrai que l'accord de première séance , calculé pour identité industrielle , n'a aucun rapport avec l'accord de 2'. séance , calculé pour contraste occasionnel en sympathie d'amour passager. La Phalange de Gnide, pour bien choyer ses hôtes , devra leur ménager ces successions d'accords en identité et contraste , sauCà eux à opter sur sur les variantes offertes.

Après une douzaine de pareilles séances dans la journée du lendemain , séances ou l'on aura varié de toutes manières les sympathies, l'affection de la caravane pour tous les Gnidiens et de ceux-ci pour toute la caravane, sera élevée au degré omniphile inverse Xi puisqu'on aura procédé des individus aux masses.

Le but serait manqué si cet enchaînement de plaisirs ne coopérait pas au bien de l'industrie active. Dès le lendemain les voyageurs seront déjà en si intime liaison avec les Gnidiens, qu'ils s'adjoindront à eux dans toutes \es séances de travail à 5 h. du matin , après le délité (1". repas), l'hymne a Dieu et la parade industrielle ; tous les Gnidiens allant en groupes au travail , s'y verront suivis et secondés par leurs hôtes ; car en Harmonie chacun, quelle que soit sa fortune, a été dès l'enfance élevé a exercer par attraction une cinquantaine de travaux ; on en verra plus loin la preuve, au traité de l'éducation composée. La caravane connaîtra donc et pratiquera par attraction les travaux des Gnidiens : si tel groupe , au sortir du délité , va a la culture des hyacinthes , il verra se joindre à lui les hyacinthistes qui étaient dans la voiture N". 2; et ainsi des groupes qui iront cultiver choux , raves , haricots et autres légumes philosophiques.

N'anticipons pas sur ces détails d'emploi des groupes ; nous n'en sommes ici qu'à la définition. Il suffit de dire que ces dispositions si opposées a nos coutumes coopèrent sans cesse aux progrès de l'industrie ; et, pour en acquérir la preuve , il faut attendre le traité des Séries sur lesquelles je vais préluder en deux chapitre* de définitions.

Celle des groupes m'a obligé à faire une excursion dans le domaine de l'Harmonie. J'avais à décrire des accords de huitième degré , dont on ne trouve en civilisation que des germes informes , sans graduation comme celle des 130 groupes de Gnidiens , assortis aux penchants industriels des 130 groupes de voyageurs.

Je crois inutile d'avertir que ces brillants développements de passions n'auront pas lieu dans les débuts de l'état sociétaire. Notre génération de paysans grossiers n'a que faire de fées et de troubadoures , elle ne saurait convenir a de pareils accords ", mais elle en a les germes confus : je les analyserai aux pages suivantes , ou l'on verra que l'accord omniraode , quoique réduit chez nous au degré confus , enfante déjà des prodiges de vertu et d'industrie : quelle sera son influence , quand on l'aura généralisé, et élevé du mode confus au mode régulier et progressif !

Je n'ai expliijué cet accord qu'en degré inverse X i procédant des individus aux masses; il est inutile de donner la définition du direct Y, opérant des masses aux individus. Ce serait compliquer l'exposé , qu'il faut abréger, puisqu'il nous entraîne souvent à parler d'un ordre social non encore existant. Je vais (575) rentrer dans la sphère intellectuelle des lecteurs , et traiter des germes d'unitéisme ou accords omnimodes qu'on rencontre en civilisation.

PAUSE. Rappel de Thèse sur l'étude de l'Homme

sensitif.

J'ai reconnu maintes fois, en conférant avec des hommes intelligents et désireux de s'instruire sur l'Association, qu'ils n'allaient pas à dix minutes sans perdre de vue les bases , comme le minimum et l'altractioa industrielle (II, 171 ) , et y substituer leurs prestiges de civilisation.

Quelquefois il fallait, dans le cours d'une séance, leur répéter trois et quatre fois le même principe; les y ramener sans cesse, quoiqu'ils en eussent dès le premier instant confessé la rectitude. Mais les préventions ptiilosophiqucs sont si puissantes, qu'en peu de minutes elles reprennent leur empire, même chez l'homme résolu à en secouer le joug.

n est donc nécessaire d'adopter, dans un sujet aussi neuf, la règle des redites fréquentes ; elles pourront être superflues pour un très-petit nombre de bons esprits; mais elles sont indispensables pour guider la multitude obstruée de préjugés dont on ne peut la dégager qu'en lui démontrant sans relâche la malversation des sciences incertaines, en qui elle a placé sa confiance.

Qu'on se rappelle la condition stipulée à l'avant-propos : je ne vends pas via découverte ; je la donne , sous la seule réserve de partage distributif du traité. Les impatients voudraient distribuer à leur gré les premiers volumes; j'en retiens un à ma disposition, avec droit de le meubler des instructions que j'ai pu juger convenables, d'après une expérience de 22 ans sur les préjugés des pai'tis scientifiques.

D'ailleurs , je distrais de ces premiers tomes les cinq chapitres de la présente notice ; je les affecte , par anticipation , à la théorie positive ; c'est encore une concession faite aux impatients. Ceux qui ne seraient pas satisfaits, donneraient à penser qu'ils sont fatigués de s'entendre dire quelques fâcheuses vérités.

Dès le premier chapitre et même dès l'avant-propos , j'ai dénoncé l'omission de l'étude de l'homme. La classe des métaphysiciens parait s'en occuper; elle prétend même étudier à la fois niommc, /'Univers et Dieu. Ces trois problèmes sont liés intimement , sauf progression. La marche naturelle est d^êtudier d'abord le i". , qui sert d'acheminement au 2'. : on ne peut rien découvrir sur les harmonies III. 17

de l'Liiivers , sur les causes du mouvement (II, 542), si on ji^est pas initié à la connaissance de l'homme ou du m,ouvement social et passionnel , qui est (II, 248) pirot et type des quatre autres , clef d'étude pour tous quatre.

Et lorsqu'on est versé dans les deux sciences de VHomm^ et de l'Univers, lorsqu'on sait expliquer l'analogie, l'unité de système qui régnent entre les harmonies de l'Univers et les passions de l'homme (voyez l'art. Pivot inverse) , on peut s'élever, en continuant les calculs d'analogie, jusqu'n la connaissance partielle de l'essence de Dieu et de ses propriétés.

La métaph ysique civilisée n'ayan t poitt t suivi cette marche progressive , ayant voulu , au contraire ., étudier simultanément les trois problèmes, a du échouer sur tous trois (II, 540, 341) , parce qu'elle a mal envisagé le premier, qui servait d'échelon aux deux autres.

Elle n'a pas su , dans l'étude de l'homme , se tracer un plan (Z^cxploraiion intégrale etgradue'e; commencer par l'analyse des passions matérielles et spirituelles, pour s'élever nusuite à la synthèse ou destinée sociale.

y en déplaise aux matérialistes , l'homme est un composé de corps et d'âme ; il faut donc étudier dans V homme les ressorts sensuels et les animiques.

A-t-on de bonne foi procédé à l'analyse des ressorts matériels, c'est-à-dire des cinq passions sensitives ! Non; je riens de constater cette omission, par l'échelle graduée du sens de la vue {tableau 536).

Personne n'a classé les divers exercices de la vue , ni en échelle progressive , ni même en tableau confus. Nous en possédons plus ou moins certains degrés, que Je vais extraire de l'échelle {5oQ).

1". Kue asinique ou équilibrée : nos maçons et Miquelets élèvent leur vue à ce degré déjà supérieur à l'état brut 0 , à l'œil chancelant devant l'abîme. Voilà chez certains hommes un progrès arlifîciel de{) à ^., progrès que des analystes exacts auraient mentionné dans une échelle de degrés visuels , s'ils eussent avisé à ce classement.

5'. ISos sciences physiques ont élevé arlificiellemcnt Ves- ■pèce humaine à la faculté visuelle de 5'. degré, dite coterreslrc. Pue iélescopir/ue et microscopique ; emploi de l'ceil , combiné avec la terre vitrifiée ( accord de tierce ).

6'. Nos plongeurs , et surtout les pécheurs de perles , élèvent leur vue au degré co-a(|iiatique, discernant les objets au loin dans l'intérieur des eaux.

A ces trois progrès AriiÇicïch , ajoutons-en deux naturels, que des sophistes nommeront écarts de la nature.

4". Degré : la rue co -aérienne dont jouissent les Albinos, qui sont doués comparativement à nous de plusieurs perfections incontestables , entre autres :

Tact co-aèrien, ou épîderme blanchissant par contact avec la lumière solaire qui noircit les corps de race subversive.

Chevelure soyeuse et probablement plus durable que la nôtre , qui a le double vice de chute et de blanchiment.

Vue co-aérienne ou co-nocturne , faculté commune avec le chat et le hibou , avec le lion et le tigre , dont les yeux reciùeillent la portion de lumière que fournissent les cordons aromaux ; lumière bien copieuse , puisqu'elle suffit en pleine nuit aux Albinos , aux lions et aux chats.

1" . Degré. Vue noctambule , faculté de voir sans le jeu ordinaire des yeux., et malgré l'interposition de corps opaques , paupières , etc., qui masqueraient un œil éveillé.

S'il existe ainsi dans les facultés de la vue des échelons dont l'homme atteiîit déjà quelques-uns , par le secours de Vart ou de la nature, ne pourra-t-on pas s'élever à d'autres degrés d'exercice visuel , comme le 2'. , dit caméléonisme; le 5°. , dit co-aromal (*) ; les 8^. Y et 8'. X i non définis ?

(■) Le 5<. degré, vue co-aromale , nous raucha'it l'aruntage de voir, en télescope, le miroir céleste ou coque aromalc qui entoure le globe et qui l'enveloppe en forme de bulle de savon placée entre l'air et l'éthcr, à \6 lieues de hauteur. Sans ce réflecteur, les planètes ne renverraient aucune lumière. Il a la propriété de miroir interne du globe : il réfléchit toute scène de la surface du globe , dans chacun

En supposant que le corps humain ne doive pas s'élever au delà de ses facultés actuelles , il fallait au moins les classer; c'est ce gu on n'a fait ni sur le sens de la vue ni sur les quatre autres.

Ainsi, tout en paraissant raffiner sur les méthodes analytiques, tout en se flattant de quintessencier les analyses de sensations , perceptions , intuitions , etc. , l'on n*a pas encore analysé l'échelle des fonctions sensuelles intuitives , non plus que celles des quatre autres se7is.

Prètendra-t-on que ces recherches sur l'échelle sensuelle , sur les degrés d'essor naturel ou artificiel de chaque sens, n'auraient conduit à aucun résultat utile? C'est une erreur des plus graves : j'ai prouvé à l'Extroduction que les recherches sur le sens de la vue et ses emplois intégraux , pouvaient ouvrir une très-belle issue de civilisatio7i , celle de l'architecture combinée ( l'une des transitio7is -^ du tableau (II, 142).

Ce dédain qu'on manifeste pour les branches d'étude négligées, ne contrevient-il pas au premier des douze préceptes philosophiques (II, 129), explorer en entier le domaine de la science ? Elle devait donc fureter partout , généraliser l'investigation, sa7is dédaigner aucun point : elle aurait fait des découvertes dans les branches dont elle augurait le ■moins, notamment dans les recherches spéculatives sur le sens de la vue : on en a vu la preuve à l'article garantisme visuel {Extroduction).

Passant de V homme matériel à l'homme spirituel, on retrouve pareille lacune. La métaphysique n'a analysé aucune des facultés d'accords sociaux inhére7ites aux quatre groupes.

Il est donc évident qu'on a négligé l'étude de l'homme ,

de ses segments formés par les arcs du réflecteur, cl jusqu'aux points d'intersection de la plus basse corde des rayons. ^i>isi, par un temps serein et en choisissant les inoments opportuns, un œil de 5'^. degré pourra voir de Paris, arec télescope, le mouvement des jwrts de Bordeaux, . Brest , Bristol , Amsterda^n , et encore mieux de Londres cl Anvers. Les assureurs paieraient cher la jouissance d'un tel miroir.

tant matériel que spirituel ; on s'est attaché à l'ècorce, à la superficie , a des subtilités idéologif/ues fort inutiles en calcul de destinée sociale.

De là vient qu'on na rien découvert sur les harmonies de l'homme avec l'Univers, sur le destin despassions, lescauses du mouvement , et V analogie universelle {dont j'ai traité en aperçu au pivot inverse).

Et par suite on n'a rien déterminé sur les vues de Dieu; on ne connaît pas même ses propriétés primordiales ( II, 24S, 266) ; si on en avait quelque notion, comment oseraiton lui attribuer l'unité de système , et prétendre qu'il destine l'humanité au chaos civilisé , barbare et sauvage , état opposé à toute unité! Comm,ent pourrait-on croire , en outre qu'il veuille employer V attraction en mécanique sidérale, et la contrainte en mécanique sociale f Cette duplicité d'actioti et de ressorts peut-elle cadrer avec les vues d'un être unitaire en système ?

Dieu a disposé l'échelle des connaissances de manière à faire de V étude de l'homme un préliminaire obligé, une clef de toutes les sciences d' agrément que recherche la folle raison civilisée : elle voudrait découvrir l'agréable avant l'utile, pénétrer les mystères de V harmonie de l'Univers avant d'avoir trouvé les voies de la richesse^ du bonheur, de l'unité sociale.

Dieu n'a pas permis cette anticipation, ce contresens de génie : il nous a irrévocablement astreints à débuter par Vétude de l'homme , sous peine d^ échouer dans toutes les sciences d'agrément, comprises sous le nom générique de Théorie des Causes du mouvement.

Nous allons y être initiés en plein, grâce à cette étude de l'homme, esquivée depuis 5,000 ans; omission impardonnable à un siècle qui recommande sans cesse d'aWer du connuà l'inconnu, et qui, donnant ce précepte pour méthode et voie d'invention, a refusé obstinément de l'appliquer à l'étude de V homme , a refusé d'aller de l'Attraction matérielle déjà connue, à l'Attraction passionnée dont la théorie restait à connaître.

Voilà des redites sans doute ; mais trop peu encore : il faudrait les pousser à cent fois , pour bien convaincre le (jenre humain qu'on l'a trompé sur ce gui touche à l'étude de l'homme.

Cette science était Vissue naturelle do l'ordre civilisé et barbare {II, ii^Y , synthèse de l'Attraction ). Les métaphysiciens Vont esquivée , tout en faisant sonner bien haut leurs études de V homme , qui ne retire aucun fruit de ces subtilités scie7itifiques. Partout le peuple se plaint à bon droit que les savants nont rien fait potir améliorer son sort, que leurs découvertes en mécanique sociale se bornent à l'art d'augmenter les impôts , et d'' enrichir les sangsues fiscales et mercantiles tout en chantant la perfectibilité.

Glissons sur Vimpéritie politique; cette pause ayant pour objet de dèno7icer l'omissioii d'études en matériel.

J'y ai préludé par la note A (Inlrod. ), sur le désordre atmosphérique ^ et les caculs de climature équilibrée.

Je rallie ce sujet arec la note E (Extrod. ) qui traite d'une belle issue de lymbe sociale, par le garantisme visuel ou architecture sociétaire . Ces branches de perfectionnement tiennent à l'étude du matériel et des sens., ou de l'homme sensitif. La Providence a ménagé sur tous les points des palmes pour le génie , et il y en avait de belles à cueillir dans les études relatives au tact, à la vue et au goût : ceux qui dédaignent les spéculations politiques sur le matériel de l'hom7ne , peuvent être assimilés , quant à Vimpéritie, a cette pitoyable secte qui, par un autre excès , a voulu faire de l'homme un être purement matériel.

Auteurs, qui avez échoué si honteusement sur le problème du bonheur social, vos erreurs, en morale comme en métaphysique, ne proviennent que de l'ignorance de notre double destinée, la so- (ielaire ou travail combiné, et l'insociétaire ou travail morcelé : vous avez vu avec raison, dans l'homme insociélairc ou civilisé, un monstre de perversité, bien dépeint dans ce distique :

» L'argent, l'argent; sans lui tout est stérile ! ' La vertu sans l'argent est un meuble inutile. >

Vous avez cssajé des correctifs, des plans de régéiiératioa qui, ne reposant que sur le travail morcelé ou insocictairc, ne peuvent f^arantir au peuple, ni minimum, ni attraction inihtstrielle , ni vraie liberté (II, 164). De vos chimères sur la souveraineté du peuple, on ne voit naître, comme du despotisme, que des légions d'affamés, esclaves d'un écu, disposés à tous les crimes pour échapper à la misère; gens dont Rousseau a dit ; u Ce ne sont pas là des hommes, » il y a quelque bouleversement dont nous ne savons pas pénétrer la » cause. »

Effrayés , comme Rousseau , de la laideur de Ihoninie moral , vous avez cherché à vous faire illusion par des subtilités idéologiques, sur le perfectionnement de la raison. En étudiant le mécanisme des idées, avez-vous découvert le chemin du bonheur social? Non.

Avouez votre déconvenue : vous n'avez pas su expliquer l'énigme que présentait l'homme; la dualité d'essor des passions (II, 54); la chenille sociale à métamorphoser en papillon ; l'homme éclatant de vertus et comblé de richesse dans l'industrie sociétaire , dégoûtant de vices et de l)auvreté dans l'industrie morcelée ou civilisée.

L'ignorance de cette double destinée vous a jetés dans les écarts de l'athéisme et du matérialisme ; vous vous en êtes pris à Dieu du rétrécissement de votre génie, de l'insuffisance de vos méthodes philosophiques. N'étes-vous pas heureux qu'on vous dévoile enfin le secret de cette nature de l'homme, la dualité d'essor passionnel (II, ô'i), et les échelons de la destinée sociétaire (II, .35), dont vous désespériez plus que jamais 'Je pénétrer le mystèi'e?

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