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CHAPITRE III

De l'Accord omnimode Yj^, et unitéiste X. Capitulation de la Philosophie morale.

Ce ne sera pas une médiocre conquête que celle des moralistes , ennemis-nés de l'Attraction : comment les rapatrier avec elle ? Il suffira de leur faire connaître les sublimes propriétés de l'Attraction dans ses accords d'oclave 8™6. degré Y ^ : c'est le sujet de ce chapitre.

Cet accord 8«>e. est celui qui fait naître les affections généreuses et le dévouement collectif entre gens qui ne se connaissent pas môme de vue ni de renommée. Il les met en sympathie artificielle et subite.

Sous le nom de sympathie , je n'entends pas l'esprit charitable qui est une affection de 7™c. degré; le 8™®. n'a pour véhicule que le plaisir , que le charme et non la pitié. Tout élan de charité est ressort de 7^^., et non d'octave.

Faire naître subitement une amitié collective et individuelle entre des êtres qui ne se sont jamais vus (je dis

amitié de charme, et non de charité), c'est un avantage que la civihsalion ne sait pas procurer à des rois : l'ordre sociétaire assure celte jouissance aux plus pauvres individus.

C'est une des nombreuses merveilles qu'on va devoir aux accords de 8™^. degré , que je désignerai sous divers noms.

Isolément et spécialement , ils seront nommés

Accords omnimodes, ou Octaviens, ou Pivolaux Y \.

Collectivement et génériquement, je les nommerai Accord unitéiste X X, provenant de l'ensemble des quatre pivolaux, ou plutôt des huit; car ils sont huit, si on les distingue en essor direct Y , et inverse \. Nous allons en étudier quatre seulement, puisque l'état de nos mœurs n'en admet que quatre, les majeurs; et proscrit les quatre autres, les mineurs. 11 n'importe; nous étudierons et nous opérerons sur quatre comme sur huit.

L'accord 8®. omnimode en degré direct Y procède des masses aux individus; et en degré inverse \, des individus aux masses , en observant constamment la marche progressive, qui est, selon les tableaux (II, 35, 207, 576), ressort essentiel d'unité, marche immuable de la nature harmonique.

Ici l'exemple doit précéder les définitions; mais je suis obligé d'aller chercher l'exemple dans les coutumes d'Harmonie , faire une excursion de quelques pages dans la 8™®. période , décrire le procédé qu'elle emploie pour former un lien d'octave ou lien omnimode entre des masses d'inconnus. Notre définition desgammesd'accords serait incomplète , si je manquais à faire connaître et apprécier l'accord pivotai, le plus sublime de tous. Décri-

vons-le donc en action, et d'abord en préliminaires, car il faut le préparer avant de le faire éclore.

Exemple : une caravane de mille voyageurs et voyageuses , composée de Sybarites français ou autres , arrive d'Ephèse et vient coucher à Gnide, y séjourner le lendemain , pour se rendre ensuite à Rhodes et Candie. Il faut la mettre en sympathie subite avec les Gnidiens : on en a vingt moyens, entre autres celui des assortiments par caractères et par penchants industriels.

Assortiment caractériel. Dès la veille , les envoyés de Gnide sont allés à la Phalange d'Halicarnasse , au-devant de la caravane, prendre note des caractères de ceux qui la composent. Les caractères n'étant qu'au nombre de 810, très-distincts, sauf nuances, chacun connaît le sien en Harmonie; chacun en porte le signe indicateur, sur écusson, médaille, épaulette , rosette ou autre indice apparent. C'est l'opposé des mœurs civilisées, où tant de gens déguisent leur naturel.

En arrivant à Gnide, la caravane y trouve la Phalange rangée en divisions co-sympathiques avec les voyageurs: les liaisons amicales sont formées à vue d'œil et en descendant de voilure; car chaque voiture est pavoisée du caractère dont elle contient un groupe ou un titulaire individuel. Chacune est abordée par une petite compagnie identique en passions , et par conséquent amicale d'emblée.

Ce concert amical des deux masses est un accord mixte de l'"^. et de 7™®. En le décomposant, on y trouve 10. ressort de prime par l'identité de titres caractériels (II, 338) entre les deux compagnies classées progressivement; 2». ressort de 7™^. par l'hospitalité ou amitié divergente (ultramode), puisqu'elle s'applique à des in-

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connus. L'amalgame des liens de prime et septième produit un accord mixte des plus intéressants.

On peut former de vingt autres manières ce lien artificiel d'amitié subite entre des masses nombreuses : décrivons-le sur quelque sujet plus à portée des lecteurs civilisés , qui ne connaissent ni l'échelle ni les gammes de caractère. Spéculons sur les penchants industriels, pour être plus intelligible.

Assortiment industriel, établi en aflinité inverse \, c'est à dire des individus aux masses.

La voiture n^. i, pavoisant de grande chasse, contient six chasseurs et chasseresses des plus fameux de la caravane.

La voilure n^. 2, pavoisant de hyacinthe et d'oeillet, contient six sectaires habiles en ces deux genres d'industrie.

Et ainsi de cent cinquante voitures qui contiennent des assemblages par 1,2,3 penchants, plus ou moins, voire même par sympathies industrielles de choux et de raves, cultures aussi attrayantes en Harmonie que celle de l'oranger l'est en civilisation.

L'heure d'arrivée est fixée à huit heures du soir. On est strict en Association sur les heures de rendez-vous ; tout à minute fixe et sans attendre qui que ce soit, ni à table, ni en voiture. Les Harmoniens, ayant leur journée distribuée pour une douzaine de séances au moins, opèrent h la minute, comme aujourd'hui les militaires. Tout individu en retard se place aux voitures ou tables d'arriére-division.

A huit heures, les Gnidicns et Gnidiennes rassemblés au caravanserai de leur phalanstère s'y classent en même série que les cent cinquante voitures attendues, voitures

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dont on connaît le contenu en assortiments industriels, par un tableau qu'ont remis les fées de caravane aux fées de Gnide.

Je désigne sous le nom de Fées et Fés la corporation affectée au travail des sympathies quelconques. Ce sont des officiers du passionnel. Je place les fées avant les fés, parce que dans toute relation d'accords mineurs (Amour et Famillisme) les femmes ont le pas sur les hommes.

Au moment où les hérauts et hérautes de la caravane viennent annoncer son arrivée , la Phalange de Gnide s'avance aux vestibules, et plus loin si le temps est beau. Dans ce cas , elle distribue ses cent cinquante groupe» sous les péristyles et portiques. Au devant viennent se ranger les cent cinquante voitures pavoi&ées , vers lesquelles s'avancent autant de groupes analogues en affinité industrielle.

Si le temps est pluvieux, l'abord s'exécute à couvert et aux vestibules. Les voitures 1 et 2 entrant les premières sous les porches voient se détacher deux groupes , l'un à bannière de grande chasse , l'autre à bannière de hyacinthe et d'œillet. Ces groupes viennent donner la main à leurs sympathiques en industrie, s'apparier collectivement et individuellement ; et ainsi des autres voitures , à mesure d'entrée. L'affinité est aussi subite que si l'assortiment eût été distribué par caractères.

(Voyez, pour plus amples détails, la note C , p. 380).

Jusqu'ici, on ne voit guère, malgré les détails de la note C , sous quel rapport ces assortiments de sympathies doivent séduire nos moralistes : je vais le leur expliquer par l'analyse de quelques germes d'accords omnimodcs qu'on rencontre en civilisation.

Ce genre de lien y est excessivement rare ; il ne s'y

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montre que forluilement et par lueurs ; mais dans ses courtes apparitions, il élève les hommes à un état qu'on peut nommer perfection ultra-humaine : i\ les transforme en demi-dieux, à qui tous les prodiges de vertu et d'industrie deviennent possibles.

On en vit un bel eûet à Liège, il y a quelques années , lorsque 80 ouvriers de la mine Beaujonc furent enfermés par les eaux. Leurs compagnons électrisés par l'amitié travaillaient avec une ardeur surnaturelle et s'ofîensaient de l'oÛre de récompense pécuniaire. Ils firent, pour dégager leurs camarades ensevelis, des prodiges d'industrie dont les relations disaient : Ceçuon a fait en quatre jours est incroyable. Des gens de l'art assuraient que, par salaire, on n'aurait pas obtenu ce travail en vingt jours.

Quelle est cette impulsion qui enfante subitement les vertus , les prodiges industriels unis au désintéressement ? Elle n'est autre que l'omniphilie, amitié de 8^. degré. Ce n'est point l'amitié douce et tendre que vante la morale ^ c'est une passion véhémente , une vertu fougueuse; c'est vraiment le feu sacré; et cependant il n'y a point là d'amitié de ù^, 4^ , 5^ , 6^ degré , puisque ces ouvriers venus des autres fosses ne connaissaient pas individuellement ceux de la fosse Beaujonc. Il n'y avait donc rien de personnel dans ce dévouement; c'était affection de philantropie collective et non individuelle; circonstance à remarquer pour la régularité de l'analyse.

Ce mouvement d'affection collective, qui germe tout à coup chez des masses, est le plus brillant essor de la vertu. Tout moraliste avouera que si on pouvait maintenir les hommes dans cet état de sublime philantropie, leur conserver cette noblesse dans toutes leurs relations , ils seraient transformés en demi-dieux. Or, si ma théorie

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remplit complètement ce vœu de la morale , n'aurai-je pas fait sa conquête? Disposons-la par tableaux de cette unité amicale ou accord omniphile , dont elle exprime le désir.

En voici un autre effet où se rencontre la vraie fraternité, mais pour un instant seulement.

Les Troyens, après dix ans de siège, voient enfin s'éloigner l'armée grecque; ils sortent en foule de leur ville et vont parcourir les positions qu'occupait l'ennemi : panduntur portœ ; juvat ire. Dans l'excès de leur joie, ils oublient les distinctions de rang , s'abordent confusément pour se dire : « Ici était Ajax, là Diomède ; ici étaient les Dolopes, là les Thessaliens. » En pareil cas, le prince et le plébéien se confondent ; la joie est si pleine, si franche, qu'elle a besoin de s'épancher de toutes parts, se communiquer à tout venant. Chacun voit un confident , un ami, dans tout ce qui l'entoure. C'est dans une telle situation que la philosophie peut contempler quelques instants l'égalité et la fraternité, si maladroitement rêvées en civilisation, où l'on ne sait pas former des groupes omniphiles qui sont vraiment fraternels.

On les forme à volonté dans l'Association , mais sauf préparatifs; aussi n'ai-je fait, dans la note C, qu'indiquer les dispositions préliminaires, une séance d'arrivée, sans parler de la 2®. ni de la 3^ , dont les détails n'auraient pas été intelligibles. 11 suffit d'avoir fait entrevoir que l'ordre sociétaire, au moyen de ses méthodes calculées sur les sympathies, saura, par une série de séances co-sympathiques artistement graduées , faire naître les accords omnimodes en tous les titres ;

En maj. omniphilie Y et ^, omnitimie Y et ^; En min. omnigamie Y et \, omnigynie Y et ^,

Ei par suite, en Unitéisme X et X, résultat de ces accords pivolaux des quatre groupes.

Continuons sur les germes qu'on en trouve parmi nous; passons des effets d'amitié omnimode aux effets d'ambition.

J'en vois un brillant essor dans l'assaut livré au fort de Mahon par l'armée française. Le maréchal de Richelieu qui la commandait , étonné que les troupes eussent pu , sous le feu de l'ennemi, gravir ces rochers inaccessibles, voulut le lendemain faire répéter cet assaut par forme de parade. La répétition semblait facile, vu que les soldats n'avaient plus à surmonter le double obstacle du feu de l'ennemi et du barrage des points faciles. Cependant ces mômes soldats ne purent pas escalader de sang froid les rochers qu'ils avaient franchi la veille , malgré tant de périls.

Pourquoi ce ralentissement? C'est que le jour de l'assaut, les soldats stimulés par le levier suprême, V accord omnimode, étaient des dieux, et non pas des hommes; le lendemain , privés du feu sacré , du ressort omnimode (branche d'ambition, nuance d'honneur du 8™®. degré), ils n'étaient plus que des hommes, des champions d'impossibilité, des civilisés.

Dans ces tableaux de passions véhémentes , on voudrait éviter les froideurs analytiques ; on ne peut pourtant pas les élaguer tout à fait : il est force de revenir sur les trois effets que je viens de citer , et d'en décomposer les ressorts, afin d'apprendre aux moralistes mômes à connaître cette affection omnimode X 8™®. degré, celle passion foyère, dite uniléisme, qui réalisera toutes les vertus invoquées dans leurs utopies.

Analysons successivement les trois accords cités, Liège,

Troye , Mahon , en les rapportant aux ressorts du tableau 347. Nous n'y verrons que des accords mixtes , car il est bien difficile en civilisation d'en former d'autres. Peu importe, puisque le mixte est très-fort en propriétés, quoiqu'assemblant des ressorts empruntés de divers groupes.

Accord des Mineurs Liégeois , Analyse.

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