LIVRE I. SECTION I
palais civilisé comme un lieu à'e\'i\, un manoir d'idiots qui, en oOOO ans d'études sur l'architecture, n'ont pas encore appris à se loger sainement et commodément; ils n'ont su spéculer que sur le luxe simple , sans avoir eu aucune idée du composé [ou collectif.]
Notre maladresse en ce genre est à tel point, que les Rois mômes, loin d'avoir des communications en galerie fermée , n'ont souvent pas un porche pour monter en voiture à l'abri de la pluie. Le Roi de France est un des premiers monarques de civilisation ; il n'a point de porche dans son palais des Tuileries. Le Roi, la Reine, la famille royale, soit qu'ils montent en voiture, soit qu'ils en descendent, sont obligés de se mouiller comme de petits bourgeois qui font venir un fiacre devant leur boutique. Sans doute il se trouvera, en cas de pluie, force laquais et force courtisans pour tenir un parapluie sur le Prince qui descend de voilure; mais c'est toujours manquer de porche et d'abri, n'être pas logé.
Un Roi est bien plus dépourvu, s'il s'agit de communiquer entre les divers corps de son palais : s'il veut aller du château aux écuries , à l'orangerie , il sera obligé de se mouiller et crotter. On ne connaît, en civilisation, ni les rues-galeries , ni les rues souterraines , ni la vingtième partie des agréments matériels dont jouit en Harmonie Je plus pauvre des hommes.
Un Harmonien des plus misérables , un homme qui n'a ni sou, ni maille, monte en [voiture dans un porche bien chauffé et fermé ; il communique du Palais aux étables par des souterrains parés et sablés ; il va de son logement aux salles publiques et aux ateliers, par des rues-galeries qui sont chauffées en hiver et ventilées en été. On peut en Harmonie parcourir en janvier les ateliers , étables ^
magasins, salles de bal, de < banquet », d'assemblée, etc., sans savoir s'il pleut ou vente, s'il fait chaud ou froid ; et les détails que je vais donner sur ce sujet, m'autorisent à dire que si les civilisés , en 5000 ans d'études , n'ont pas encore appris à se loger, il est peu surprenant qu'ils n'aient pas encore appris à diriger et harmoniser leurs passions. Quand on manque les plus petits calculs en matériel, on peut bien manquer les gaands calèuls en passionnel.
Passons à la description des rues-galeries , qui sont un des charmes les plus précieux d'un Palais d'Harmonie. Une Phalange qui peut contenir jusqu'à 1600 et 1800 personnes, dont plusieurs familles très-opulentes, est vraiment une petite ville; d'.utant mieux qu'elle a de vastes bâtiments ruraux , que nos propriétaires et citadins relèguent dans leurs habitations champêtres.
La Phalange n'a point de rue extérieure ou voie découverte exposée aux injures de l'air; tous les quartiers de l'édifice hominal peuvent être parcourus dans une large galerie, qui règne au l®^ étage et dans tous les corps de bâtiment; aux extrémités de cette voie, sont des couloirs sur colonnes, ou des souterrains ornés, ménageant dans toutes les parties et attenances du Palais, une communication abritée, élégante, et tempérée en toutes saisons par le secours des poêles ou des ventilateurs.
Cette communication abritée est d'autant plus nécessaire en Harmonie , que les déplacements y sont très-fréquents, les séances des groupes ne durant jamais qu'une heure ou deux, conformément aux lois des 11^. et 12^. passions ( Papillonne et Compos., 407, 409). S'il fallait , dans ces transitions d'une salle à l'autre, d'une étable à un atelier, communiquer en plein air, il arriverait que les