‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 23 sur 298 · PREMIÈRE PARTIE. NOTICE I. Hi · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. NOTICE I. Hi

sagesse moderne se dénonce elle-même ; je me borne à m'étayer de quelques autorités imposantes qui ont signalé avant moi la fausseté des lumières actuelles , et à constater que les plus grands génies ont auguré , invoqué la découverte d'une théorie sociale autre que la Philosophie, franchement accusée par eux d'avoir engouffré la raison humaine dans les ténèbres.

Quelle est donc la faute commise dans les études, quelle est la branche des sciences oubliée ou négligée ? Il en est plusieurs, et notamment celle dont on croit s'être le plus occupé : je veux dire l'élude de l'Homme. On l'a manquée complètement, tout en croyant l'avoir épuisée : on ne s'est attaché qu'à l'écorce de la science, à l'Idéologie et autres accessoires, bien insuffisants tant qu'on ne possède pas la science fondamentale ou théorie des ressorts de l'âme.

Pour connaître ces ressorts et leur but , il faut procéder au calcul analytique et synthétique de l'Attraction passionnelle. Sa synthèse détermine le mécanisme d'Association domestique et industrielle qui est destinée des sociétés humaines.

La destinée ! mot frappé de ridicule : chacun croira passer pour visionnaire s'il ne tourne en dérision l'idée d'une destinée préétablie, d'une théorie divine et mathématique sur les relations des sociétés et le mécanisme des passions.

Cependant, comment concevoir que l'être éminemment sage ait créé nos passions sans avoir auparavant statué sur leur emploi? Dieu, exercé depuis une éternité à créer et organiser des mondes, a-t-il pu ignorer que le premier besoin collectif de leurs habitants est celui d'un code régulateur des sociétés et des passions?

nâ PROLÉGOMÈNES.

Livrées à la direction de nos prétendus sages, les passions n'engendrent que des fléaux qui feraient douter si elles sont l'ouvrage de l'Enfer ou de la Divinité. Essayez successivement les lois des hommes les plus révérés, de Solon et Dracon, de Lycurgue et 3Iinos ; vous n'en verrez toujours naître que les neuf fléaux (51 ) qui constituent le mécanisme subversif des passions. Dieu n'a-t-il pas dû prévoir ce honteux résultat de la législation humaine? Il a pu en voir les effets dans des milliards de globes créés antérieurement au nôtre ; il a dû savoir , avant de nous créer et de nous donner des passions, que la raison humaine serait insuffisante pour les harmoniser, et que l'humanité aurait besoin d'un législateur plus éclairé qu'elle-même.

En conséquence , Dieu , ù moins qu'on ne veuille croire sa providence insuffisante, limitée et indifférente sur notre bonheur; Dieu, dis-je, a dû composer pour nous un code passionnel ou système d'organisation domestique et sociale, applicable à l'humanité entière qui a partout les mômes passions; et il a dû nous interpréter ce code passionnel par des voies fixes, qui ne laissassent aucun doute sur son excellence et son origine.

Il existe donc pour nous une destinée unitaire, ou législation de Dieu sur l'ordre à établir dans les relations industrielles de l'humanité. La tûche du génie était d'en faire la recherche , et préalablement de mettre en question par quelle méthode on doit y procéder. Cette méthode ne peut être que le calcul analytique et synthétique de l'Attraction passionnelle, puisque l'attraction est le seul interprèle connu entre Dieu et l'Univers.

Autre indice : comment supposer Dieu plus imprudent que ne serait le plus novice d'entre nous! Lorsqu'un

homme rassemble des matériaux pour bûlir, manque-l-il à faire, soit par lui-même, soit p^ir intervention de l'architecte, un plan d'emploi de ces matériaux? Que penserions-nous de celui qui , achetant beaucoup de pierres de taille , bois de charpente et approvisionnements pour la construction d'un vaste édifice , ne saurait pas quelle sorte de bâtiment il veut élever, et avouerait qu'il a rassemblé ces matériaux sans aVoir songé à l'emploi qu'il en pourrait faire? Un tel homme nous semblerait en état de démence.

Tel est pourtant le degré d'ineptie que nos sophistes attribuent à Dieu , en supposant qu'il ait pu créer les passions , attractions , caractères, instincts et autres matériaux d'édifice social, sans avoir arrêté aucun plan sur leur emploi.

Dieu n'aurait donc pas su composer pour nous un code ; il aurait été obligé de s'en remettre à la sagesse des Solon et des Justinien, pour statuer sur le mécanisme domestique et industriel des sociétés! Le sens commun répugne à suspecter la divinité de cet excès d'impéritie : nous devons donc penser, en dépit des sophistes, qu'il existe pour nos relations une destinée préétablie, ou réglée par théorie divine antérieurement à la création de notre globe ; un mécanisme d'unité sociale et industrielle dont la raison devait s'évertuer à découvrir le plan , au lieu de s'ériger en Titan et de ravir à Dieu sa plus haute fonction, qui est la direction du mouvement social ou passionnel.

De toutes les impiétés, la pire est cet impertinent préjugé qui suspecte Dieu d'avoir créé les hommes , les passions et les matériaux de l'industrie, sans avoir arrêté aucun plan sur leur organisation. Penser de la sorte, c'est attribuer au Créateur une déraison dont rougiraient

les hommes; c'est tomber dans une irréligion pire que l'athéisme ; car l'athée n'avilit pas Dieu en le reniant, il ne déshonore que lui-môme , par une opinion voisine de la démence. Mais nos législateurs dépouillent l'Etre suprême de sa plus belle prérogative ; ils prétendent implicitement que Dieu est incapable en législation. Il le serait si , après l'expérience qu'il a acquise pendant l'Eternité passée , sur la distribution matérielle et passionnelle des mondes, il eût oublié de pourvoir au plus urgent de leurs besoins collectifs , celui d'un code passionnel unitaire, et d'une révélation permanente de ce code.

C'est assez prouver qu'il existe une destinée préétablie, en dépit du ridicule que les esprits forts attachent à ce mot , pour se dispenser des études auxquelles ils s'astreindraient en confessant la nécessité d'un code passionnel arrêté dans l'esprit de Dieu avant la création de chaque globe. Tant que nous n'avons pas découvert ce code , nous ne connaissons pas l'Homme , puisque nous ignorons l'emploi et le but assigné par Dieu aux ressorts de notre âme, passions , attractions , etc., et aux sociétés humaines dirigées par ces ressorts.

Et puisque Dieu a dû composer pour nos passions ce code régulateur des rapports domestiques industriels et sociaux, comment présumer qu'il ait voulu le cacher aux hommes , seuls êtres qui aient besoin de le connaître? Il ne nous a pas caché une branche de lois du mouvement bien moins importante pour nous , celle de la gravitation matérielle et des harmonies sidérales : il nous a initiés , depuis Newton , à ces mystères d'équilibre de l'univers , jugés impénétrables dans les siècles antérieurs ; pourquoi présumer qu'il veuille nous refuser l'initiation au système qu'il a dû composer sur le mécanisme des passions et des

sociétés ; nous refuser la science qui importe le plus ù nos besoins, à nos relations industrielles?

Les corporations savantes sont donc en faute pour n'avoir pas cherché la théorie des lois sociétaires divines , et plus encore pour avoir semé le découragement , insinué que la nature était couverte de voiles d'airain; d'où il suivrait qu'il faut supprimer tous les corps savaots qui se livrent à l'étude de la nature ; car si le voile est d'airain ils ne l'enlèveront pas, et ne pourront publier que des sophismes dangereux, des opinions aventurées.

Au reste, cette assertion est tombée dans le ridicule depuis le succès de Newton qui, en soulevant un coin du voile, a prouvé qu'un travail plus étendu pourrait enlever le voile en entier , et qu'il n'est pas d'airain puisque lui Newton a su en enlever une portion.

Chaque fois qu'une branche d'études est négligée par les sciences exactes, on voit s'élever à la place une charlalanerie scientifique. Avant lachimie expérimentale, nous avons eu le règne des jongleurs nommés Alchimistes; avant la physique expérimentale on vit dominer les Magiciens; avant l'astronomie mathématique on révérait les Astrologues, encore accrédités chez le bas peuple ; avant la découverte du quina on a eu des sorciers qui conjuraient la fièvre : ainsi, l'esprit humain est condamné à tomber sous le joug des faux savants, s'il ne se rallie pas à la science exacte; et de là vient que la Civilisation est, depuis son existence, le jouet de plusieurs classes de sophistes persuadant qu'il n'existe pas de destinée sociale, parce qu'ils ne savent ni ne veulent en étudier la théorie dans le calcul de l'Attraction passionnelle, et qu'ils trouvent plus commode, plus lucratif, de fabriquer des systèmes, que de s'exercer sur le problème épineux de l'harmonie sociétaire.

i\6 PROLÉGOMÈNES.

Si une erreur peut durer Irois ans chez un individu , trente ans chez une famille , trois cents ans chez une corporation, elle peut proportionnément durer trois mille ans chez l'espèce humaine , surtout quand l'erreur est propagée par les corps savants, tous d'accord ù entretenir le préjugé qui nous persuade que Dieu aurait créé les passions , sans composer préalablement un code sur leur mécanisme social.

J'ai observé qu'en commettant pareille étourderie. Dieu se serait montré moins intelligent que le moindre d'entre nous. Demandé-je trop de faveur pour la sagesse divine, quand je la suppose égale à celle de l'homme? Nos Escobards vont répondre que la sagesse divine est mille fois supérieure; mais pour les confondre, on veut seulement qu'ils accordent à Dieu autant de raison qu'on en trouve chez les hommes ; autant de judiciaire dans la distribution matérielle et passionnelle des mondes; et surtout dans celle de ce monde, si justement critiquée parle roi Alphonse de Castille, qui disait : << Si Dieu m'avait consulté > sur la création du monde, je lui aurais donné de bons » avis. » Sans doute Alphonse lui aurait conseillé tout le contraire des neuf caractères (ol) qu'on voit régner jusqu'à présent dans le monde social; mais ces neuf caractères sont-ils vice accidentel ou vice essentiel et irrémédiable? Ne doit-on pas présumer de la sage Providence qu'elle nous réserve un sort tout opposé , dont il fallait rechercher la théorie dans une étude régulière de l'Attraction, seule interprète habituelle entre Dieu et l'Homme?

Tant que l'esprit humain ne s'est pas élevé à la découverte du calcul des destins sociaux, interprétés par synthèse de l'Attraction , nous restons dans un état de crétinisme politique ; nos progrès dans quelques sciences

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