‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 233 sur 298 · LIVRE I. SECTION I · texte numérisé non relu

LIVRE I. SECTION I

civilisées , que tout individu qui aura le moyen de faire le voyage , ne manquera pas d'accourir.

Jusqu'à présent les curieux n'ont pu admirer dans les ouvrages de l'homme que du beau matériel. Pour la première fois ils pourront voir le beau passionnel , dire qu'ils ont vu Dieu en personne et dans toute sa sagesse ; car, qu'est-ce que l'esprit, la sagesse de Dieu, sinon l'harmonie des douze passions, leur développement complet sans aucun conflit et en accord aussi parfait que celui d'un excellent orchestre? Ce bel œuvre est le seul qui puisse donner aux humains une idée de la gloire et de la sagesse de Dieu.

Nous connaissons jusqu'à présent sa sagesse matérielle qui éclate dans l'harmonie des sphères célestes et dans la mécanique des objets créés; mais nous n'avons aucune idée de sa sagesse politique et sociale. iS'ous ne connaissons en ce genre que l'esprit démoniaque dont nos sociétés sont l'image, par leur mécanisme de fausseté, de pillage et d'oppression. Nous ne verrons l'esprit de Dieu que dans l'Harmonie des Séries passionnelles , dans leur unité, leurs vertus, et le charme qui les stimule sans cesse à l'industrie utile. En réfléchissant sur l'enthousiasme dont cette innovation fortunée va remplir le globe , ce n'est pas trop de compter sur 500,000 curieux qui viendront admirer l'équilibre et l'Harmonie des passions développées sociétairement, par Séries contrastées, rivalisées , engrenées, évitant les sept vices de l'industrie individuelle (202).

On ne pourra admettre les curieux qu'en petit nombre la première année, parce que la Phalange ne sera pas exercée, n'aura pas pris son aplomb, noué ses intrigues; mais dès le printemps suivant , où elle rentrera en exer-

cice avec des habitudes formées et une marche assurée , on pourra admettre les masses de curieux au parcours intérieur, en graduant le prix d'admission selon les fortunes ou les concessions de parcours, et en faisant gérer les cuisines et tables du caravenserai par des traiteurs dvilisés, qui confinés dans ce local ne gêneront en rien les relations de la Phalange primitive.

Lorsqu'ensuite on formera d'autres Phalanges, elles seront pendant longtemps en arrière de celle d'épreuve, d'autant mieux que la terre entière voudra s'organiser à la fois. On manquera de bois de construction ; il faudra aller faire une forte coupe dans les régions de l'Amazone et du 3Iississipi : ce travail , à force de dissémination des ouvriers exercés, marchera lentement; dès lors la l'"^. Phalange , si elle est fondée en haut degré , sera longtemps la plus avancée en Harmonie , et la seule digne de curiosité.

C'est une spéculation sur laquelle devront réfléchir les actionnaires. A n'en juger que par le concours des Anglais venus à Paris après la pacification. Ton pourrait espérer des seuls Anglais une recette de lo millions, et par conséquent 60 millions de l'Europe entière; j'ai dit 20 à 25 millions , pour caver au plus bas.

Il sera indispensable d'astreindre les civilisés à cette contribution, car on serait excédé par leurs sollicitations el leurs importunilés. 3Iais quand ils verront qu'on peut à peine admettre ceux qui paient cent, deux cents ou trois cents francs par jour, ils se rendront à cette observation, la plus convaincante pour des êtres habitués à juger tout au poids de l'or.

Enlrelemps, cette collecte mercantile ne sera qu'un des menus prbfits de la Phalange d'épreuve; son bénéfice

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