LIVRE I. SECTION I
listes, ravisles ou autres, se garderont bien de former comme nous des massifs énormes et sans liens : j'ai dit au chapitre précédent qu'elles mettront à profit les variétés de sol et d'exposition , pour entrelacer à propos les espèces de choux et de raves, pousser quelques choutières sur les hauteurs affectées aux ravières, et de même quelques ravières dans les bas affectés aux choulières.
Malgré celte dissémination, une Série dans l'ensemble de ses travaux ne présentera pas la 30^. partie de la complication qui règne dans oOO jardinets de nos paysans, dont peut-être les 9/10"' sont mal placés pour la culture et l'arrosage du chou , et hors d'état de faire prospérer les différentes espèces , comme on le ferait en les répandant sur la masse du territoire, et plaçant les choulières sur chaque point où nulle autre culture ne pourrait obtenir autant de succès.
Lorsque le terrain est également convenable à plusieurs végétaux, on engrène leurs lignes en équerres ou échelons, 5®. ordre. C'est par le mélange de ce 3^, ordre avec le 2®. ou ambigu , et le \^^. ou massif à bordures et autels, que les campagnes d'une Phalange, vues des hauteurs, présentent, en règne végétal, l'image de plusieurs grandes armées, ou des évolutions qu'une seule peut effectuer successivement. Les forêts mêmes offrent cet aspect , parce qu'elles sont entrecoupées de nombreuses clairières cultivées, ne fût-ce qu'en fourrage naturel et artificiel, dont les distributions rentrent dans le système d'amalgame des trois ordres.
Pour l'aclivilé du mouvement agricole , peu importe quelles Séries interviennent. Le paysage est même plus animé, plus régulièrement meublé , si, au lieu de deux Séries formant 60 groupes, il est occupé par des dé-
tachemenls de 30 Séries , fournissant chacune deux groupes.
Ainsi, au lieu de voir en une belle malinée 60 groupes d'amis des choux et des raves , on pourra n'en voir que deux, auxquels s'adjoindront 38 autres groupes, les uns, amis de << l'ail et de l'ognon ; les autres , amis des « carottes et panais : > si l'on peut mettre en scène toutes sortes de cultures, la campagne n'en sera que mieux ornée : il suffît qu'on la voie occupée par une foule de groupes agissants, et que le fond du tableau soit suffisamment garni de personnages. L'action n'en sera que plus intéressante si elle fait intervenir une trentaine de Séries, fournissant chacune deux groupes (nombre certain pour un incertain), ou bien 1 , 2, 3 groupes; car en calculs généraux on sous-enlend toujours l'inégalité dislribulive.
Les séances étant de courte durée , on voit souvent ces groupes en mouvement général de déplacement, aux heures de 6 1/2, 8 1/2, 10 1/2 du matin, et ainsi dans la soirée. Cette activité n'existe pas dans les campagnes civilisées, où le paysan est stationnaire pour une journée entière.
Le charme de ces tableaux ne serait que simple , si leurs personnages étaient comme aujourd'hui des affamés dont il faudrait plaindre le sort. Ce serait le beau isolé du bon , selon la méthode civilisée , qui ne sait créer le beau qu'aux dépens du bon. Aussi tout ce qu'elle présente de beau , en jardins ou en édifices , est-il improductif ; et par suite , les lieux où existe le bon , les campagnes cultivées et les manufactures n'offrent-elles qu'un spectacle affligeant pour l'homme juste ; on y voit des cultivateurs et ouvriers affamés, dont les trois quarts ne