‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 248 sur 298 · LIVRE I. SECTION I · texte numérisé non relu

LIVRE I. SECTION I

mangent pas à leur appétit , et n'ont pas , dans les ardeurs de la canicule, un verre de vin pour se garantir de la fièvre, pas une lente mobile pour s'abriter en moissonnant ; tandis que dans la ville voisine les oisifs et les gobe-mouches réunis sous des tentes bariolées et garnies de falbalas se gorgent de glaces, liqueurs fines et rafraîchissements.

Ce bien-être, ce beau de civilisation, s'allie chez les llarmoniens avec le bon, avec les charmes de l'industrie productive. Si la campagne d'un canton est couverte d'une centaine de groupes, chacun des cents est pourvu de ces agréments que l'état civilisé procure aux oisifs ; chacun a des provisions dans ses belvédères, fruits, confiseries, vins assortis; et, si la séance n'est pas de celles qui se terminent par un repas, on verra partir du Phalanstère une centaine d'ânons, ou des chameaux conduisant au pas les paniers de rafraîchissements aux divers groupes. Ainsi s'opérera l'alliance dubon et du beau, qui sont toujours concordants en Harmonie, toujours discordants en civilisation.

L'on s'étourdit sur les pauvretés de l'agriculture civilisée, en lisant dans les poètes quelques tableaux de plaisirs champêtres; Delille, usant largement du droit de mensonge accordé aux poètes, nous assure que les champs sont un séjour de délices ineffables, que nous ne savons pas savourer; c'est son expression :

Mais peu savent goiiler leurs voluptés touchantes ; Pour les bien savourer c'est trop peu que des sens.

Que voit-il donc de si touchant dans les voluptés d'une troupe d'ouvriers qui, exposés au soleil de la canicule, souffrent la faim et la soif; qui, â midi, mangent triste-

ment une croûte de pain noir avec un verre d'eau, et en s'isolanl chacun de son côté, parce que celui qui a un morceau de lard rance ne veut pas le partager avec ses voisins? Qu'y a-t-il donc à savourer dans l'aspect des privations de ces pauvres gens? Il faut le crédit de Delille pour faire passer une telle arlequinade pastorale; Delille est en morale un autre Chapelain ,

Qui, de son lourd marteau , martelait le bon sens.

Il exige , au début de son poème , des yeux exercés et des sens délicats , pour goûter les plaisirs de l'amour des champs; à quelques pages de là, il veut exclure les sens de la partie , et faire savourer des voluptés touchantes qu'il reconnaît lui-même peu flatteuses pour les sens.

Elles ne sont pas moins insipides pour l'âme : en effet, 500 familles d'une bourgade, cultivant 300 carreaux de choux, n'auront dans ce travail aucun stimulant pour l'amitié, l'amour, l'ambition, ni pour les passions distribulives 10e., He,^ j^e.

12e. Point d'intrigue en composite (407). Il n'y a dans leur jardin chélif et barricadé aucun charme pour l'esprit ni les sens. Le travailleur n'y est mu que par le triste véhicule d'échapper à la famine, et de s'approvisionner de quelques mauvais choux, pour soutenir sa femme et ses enfants affamés ; sauf encore à surveiller , la nuit, les voisins qui tenteront de lui voler ses choux. Tous ces calculs sont loin de l'enthousiasme qu'exige la 12®. passion.

10e. Point d'intrigue en cabaliste (40i); car dans la culture de ses [mauvais] choux, t le paysan » ne songe pas aux rivalités de perfectionnement , au choix des espèces, aux ligues avec des coopérateurs. Il n'a d'autre

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