LIVRE I. SECTION II
Le luxe des Harmoniens est à peu près nul dans diverses branches où nous employons inutilement des sommes immenses. Pour loger LucuUus, il fiiut à Rome construire un vaste palais : il se contentera, en Harmonie, de trois à quatre pièces, parce que dans ce nouvel ordre les relations par Séries sont trop actives pour qu'on ait le temps de résider à son appartement.
Chacun est sans cesse dans les Sérislères ou salles publiques , dans les ateliers , les campagnes , les étables ; on ne se tient chez soi que dans le cas de maladie ou de rendez-vous : il suffît alors d'une chambre à coucher et d'un boudoir ; aussi le plus riche n'a-t-il guère que trois pièces d'appartement.
Celui qui donne un repas choisit une des salles afFectées aux sociétés particulières et rapprochées des cuisines. En rassemblant sa compagnie dans ses appartements, il perdrait trois avantages : i^. la proximité des mets qu'il faudrait transporter peut-être loin des cuisines; 2^. la rencontre des nouvellistes qui vont en ricochet siéger quelques minutes à chaque table , et y débiter les nouvelles du globe, qu'un comité dépouille un instant avant le dîné (0; Z^. l'abord des négociateurs qui vont indiquer les changements de séances résolus, et faire de nouvelles propositions.
(i) C'est encore un des mille plaisirs que les riches civilises ne peuvent pas se procurer. Ils n'ont pas de ces collecteurs ambulants qui viennent donner en tous genres des nouvelles du globe entier, des abrèges succmcts , comme était en 1790 le journal dit Beaumont : encore ce journal ne traitait-il que de la politique. Les Harmoniens , à dîne' , veulent papillonner sur 7 à 8 sujets différents, de la politique aux théâtres , du commerce aux amours, etc., etc.-, il leur faut donc plusieurs de ces feuilles abbrévia-
De là vient qu'on ne mange presque jamais dans ses appartements, même dans les cas de partie fine, qui est intéressée à rester à la proximité des salles publiques. Les couples qui vivent conjugalement et en logements accolés n'ont pas d'intérêt à s'éloigner des salles publiques, d'où ils retourneront facilement par la rue-galerie à leurs appartements sans s'exposer aux injures de l'air.
Ajoutons que les soupes de famille, avec enfants, sont inconnus en Harmonie , parce que les enfants , trèsmatineux dans leurs occupations, sont couchés à l'heure du soupe des pères , et doivent être couchés par convenance avec les relations de ce nouvel ordre, où les gens âgés, aussi bien que les jeunes, sont en relations joviales aux heures du soupe , et n'ont que faire de nos délassements de ménage, comme la société des tendres enfants hurlant, brisant, souillant, etc.
En Harmonie , on aime que les enfants travaillent utilement pendant le jour , et qu'ils se couchent dés les huit heures du soir, a6n de ne pas gêner les délassements des pères , et pouvoir se lever le lendemain de bon matin , ainsi que l'exigent leur santé, leur intérêt, leur éducation et les convenances générales.
Et comme la nature a distribué toutes les attractions
lives , intitulées esprit des journaux ; il leur faut de plus, des conteurs qui abrègent encore la feuille , dispensent une table de la lire , et lui en débitent en passant ce qui peut intéresser la compagnie. Le journaliste qui fait ces abrégés n'écrit que pour les masses , le nouvelliste courant les tables sait faire à chacune la répartition de ce qui lui est agréable. On rencontre des caractères qui ont ce goût de conter et parcourir ; ils ne sont utiles à rien en civilisation ; ils seront très-précieux en Harmonie , ainsi que tant d'autres caractères dont ou n'a aujourd'hui aucun emploi.